FERNAND CONTINUE SA LECTURE DANS LA SERRE
porte ‘donnant sur le hat.
du jardin d'hiver sont luxueux et élégants. Il est neuf leures du soir, environ. Les deux pièces sont très joliment éclairées, et, par les portes du jardin d'hier, rayons de la lune, des pelouses et de grands arbres. On est aux premicrs'jours de septembre.
Un grand salon dans une très belle maison de campagne. A gauche, deux baies donnant sur un jardin d'hiver, par deux grandes portes- -fenêtres, communique de p'arn- pied avec le parc. À droite,
qui, ouvertes pendant tout
L'ameublement du salon et celui
l’on aperçoit, aux
veux pas de ta grosse patte! Tiens! tiens!
Je n’attendais que le moment de m'en débarrasser |
RICHARD. — Oui, mon amour; oui, ma petite poulette! |
MARIE-LOUISE. Oh! ce sourire! Va donc, eh! conquérant! Et puis, je te défends
de faire ton profil à la Bourbon, tu -entends!..…. Riky, m’entends-tu ? | RICHARD. — Trésor äes trésors. il m'est
pourtant Fnpassible MARJE-LOUISE, se jetant sur Son MAT. — Je t’ordoñne de porter le nez en Pair! As-tu compris? Je t’ordonne.…. | RICHARD. — Mon verre! Isabelle! ma chartreuse! ma tasse! ' | ISABELLE, sauvant verre et tasse d’une 3 catastrophe certaine. — Ecoute, Marise..….
MARIE-LOUISE, qui retrousse de toutes ses forces le nez de Richard. — Le redresseras- 0 tu ton pif de malheur ?.….. A RICHARD. — Marise, tu me fais mal! Je ARS te jure! Je sens que ça craque! Dre Ve ISABELLE. — Cette femme est folle! . Que Regarde-le, Isabelle! l'A ge Est-il beau 4
MARIE-LOUISE,
Mais
. regardez-le, madame!
s | Le Voleur
comme cal... Tu es rs mon adoré! Tu ressembles à Coquelin !
RICHARD. — Grace!
MARIE-LOUISE. — Pas avant qu’ils ne t’aient admiré tous! Raymond! Raymond, venez voir Coquelin.
RAYMOND, qui causait avec M. Zambault dans une autre partie du salon. — Très joli !
ZAMBAULT. — Mais c’est une scène du Jardin des supplices!.… N'est-ce pas, monsieur Fernand?
FERNAND, qui lisait assis à l'écart. — Oui, monsieur.
Au bout d’un instant, il se lèvera et ira continuer sa lecture dans la serre.
MABRIE-LOUISE, contemplant son Œuvre. — Dieu que je t’aurais aimé ainsi!
RICHARD. — Vas-tu me ficher la paix!
MARIE-LOUISE, à moitié couchée sur son mari et l’embrassant. — Rage, mon vieux Riky; rage, ma belle!
ISABELLE. — Ils sont effrayants!... Enfin, mes: enfants, devant M. Zambault.….. ;
MARIE-LOUISE, lâchant prise. — Oh! c’est viai, c'est vrai! Je me conduis très mall!..…. Monsieur Zambault, je vous demande pardon!:. Je ne recommencerai jamais!
ZAMBAULT, — Mais, madame, j'en serais navré! Le spectacle de ces petites privautés conjugales me récrée infiniment.
RAYMOND. -—- Alors, vous devriez vivre avec M. et Mme Voysin, vous ne manqueriez jamais de récréation !
RICHARD: — Oui, monsieur, telle est ma vie.
ISABELLE: — Ïl ÿ a onze mois que ces DARUE êtres-là sont mariés.
RICHARD. — Et HAE dure encore.
MARIE-LOUISE. — L’assaut! l'assaut!
RICHARD. — Tenez, à présent, ce sont les coups de pied bas.
ISABELLE. — Tu n’as pas honte? Un pauvre homme qui a travaillé toute la journée !
MARIE-LOUISE. — Travaillé!.. Ah!
porlons-en!... Lui, travailler...
RICHARD. — Je me suis tout de même appuyé deux conseils d'administration aujourd’hui.
MARIE-LOUISE. — Ça ne prend plus, mon biquet!... Je les connais tes conseils d’administration! !
RICHARD. — Je n’ai pas assisté à deux.
MARIE-LOUISE. — Sil si! sil... Mais je sais maintenant de quoi vous vous occupez à
ces fameux conseils!
oui,
RICHARD. — Oh! la trahison! Si tu as le malheur de répéter...
MARIE-LOUISE. —— Devinez, Raymond,
comment tous ces vieux passent leur temps!
RAYMOND. — Je serais vraiment curieux...
RICHAR". — Tous ces vieux! Dis donc toi !
MARIE-LOUISE. —- Mon cher, messieurs
petites femmes !
administrateurs se SC Ar des histt
RICHARD. — De petites femmes !..
faux! û MARIE-LOUISE. — Jure-le!
RICHARD. — Je le jure!
MARIE-LOUISE. — Sur quoi? .
RICHARD, — Sur n importe quoi...
l'honneur !
MARIE-LOUISE. — Oh! linfâme person nage! Il me l’a avoué!
RICHARD. — Nous avons parlé «ne fois de Mre Bérodini..
MARIB-LOUISE. — Eh bien ?
RICHARD. — Qui est une grande femme, ne énorme femme, un dragon!
MARIE-LOUISE. — Un chameau!
RICHARD. — Oui.
RAYMOND, — Ainsi, monsieur Richard, lorsque je te prie de me représenter à des conseils d'administration, au lieu d'y défendre mes intérêts, au lieu de ne songer qu’au Brésil, Es Rio, qu'aux plantations de café, tu. |
RICHARD, à sa femme. — Charmant! Charmant!… Voilà ce que tu m’attires!... Tu ris?
Et si Raymond me flanque à la porte, et s’il prend un autre fondé de DOUTE et si je u’ai plus d'argent?
MARIE-LOUISE. — Mon biquet, je te domnerai de l’amour.
RICHARD. — Et Paquin? Tu lui donneras de l’amour aussi, à Paquin?
MARIE-LOUISE. — Ingrat! Je ne vais pres-
que plus chez Paquin! Je commande toutes mes robes chez la petite Aline.
RICHARD. — La petite Aline! La petite Aline! Elle sait déjà faire une facture comme père et père!
MARIE-LOUISE. — Sale ingrat! Misérable!
RICHARD. — Et, quant à Mr Breton, votre lingère, j'ai reç soh compte ce matin..
MARIE-LOUISE. — Et?..
RICHARD. — Et il me paraît assez raisonnable..
MARIE-LOUISE. — Ab! Tu devrais t ner à mes pieds. Je m’ingénie, jet je cours les petits fournisse |
des prodiges, tout Isabelle ?
ISABELIE®. — Oui, L
me remplit d'admirationt… Toujours. pin pante, élégante, délicieusement mise. et elle ne dépense rien.
RAYMOND, à Isabelle.
suivre ! | ISABELLE. — Moi, je suis ND'ATESSeUSe. ni1 faut se donner trop de mal. Et puis, je n’ose J pas marchander. PA, MARIE-LOUISE. — Est-ce qu'on marchande, quand on à trois cent mille francs de rentes, un château, un hôtel, un yacht, quatre auto ons toutes les plantations de Montefac- "1 CIO: ne) RAVMOND, — Merci! Poussez donc
__ Un exemple à
Isabelle à la dépense! Œlle a besoin qu’on l’emeourage. | | __ MARIE-LOUISE. — Nous, mon Riky, on est des pauvres! Mais rassurée-toi, quand on ser: dans la dèche pour de bon j'achèterai tout mon linge à la Samaritaine..…. Oui, je porterai des grosses chemises... tu sais, des grosses chemises à coulisses, raides comme du apier d'emballage, avec une seule piqûre et e chiffre en rouge.
RAYMOND. — Je ne me représente pas no-
tre petite coquette de Marie-Louise dans cette tenue-là !
OR RE EDR = ae CRIE SRE es mm ; <S < é è voir pr tt} :
see Lada mi PE ne ASS ;
ee
MARIE-LOUISE. — Vous avez tort, Raymond !... Non, vous avez raison ! Je craindraïs trop de dégoûter mon homme et qu'il ne me trompe avec des femmes tout en dentelles !
RICHARD. — Moi! ma poulette?
MARIB-LOUISE. — Oh! je t'ai appris par cœur! Vieille blonde! Espèce de fille!
l Elle l’embrasse.
ISABELLE. — Idiots! Ils sont complètements idiots! (Allant à M. Zambault.) Un
cigare, monsieur Zambault ?
ZAMBAULT. — Mais, madame, je viens d’en fumer un! RÉ ISABELLE. — Vous en fumerez deux !
RAYMOND. — Îls sont légers.
ZAMBAULT. — Ils sont extraordinaires !...
Monsieur Lagardes, vous possédez les cigares les plus savoureux, la fine champagne la plus délectable, le parc le : beau, le château