‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 22 sur 89 · MARIE- E · texte numérisé non relu

MARIE- E

is

Maître, est-ce que je t'aimerais comme je t'aime, à l'idolâtrie! Malgré tout, j'ai bien le droit de tenir à mon bonheur! de le dé-

fendre! Richard, sauvons, sauvons notre bonheur !

RICHARD. — Trop tard!

MARIE-LOUISE. — Non! Non! Il sera trop

tard quand tu m’auras dénoncée! Alors, tu épieras leurs regards, leurs manières, tu sauras qu'ils savent, et ton amour sera souillé! RICHARD. — Je n° y peux rien!

MARIH-LOUISE, — Si! Si! Je te jure que si! J’ai trouvé un moyen... un moyen acceptable, honorable !..

RICHARD, qui, de nouveau, la porte. — Folie!

MARIE-LOUISE, dans un cri désespéré qui arrête Richard et le ramène vers elle. — Tu t'es engagé à

se dirige vers

à m’entendre! Ne me condamne pas sans m’entendre! Ne me condamne pas à ce tourment ! Ce serait l’enfer de te voir me haïr ! Car tu souffrirais ! Car tu souffres déjà !

Tu m'aimes, Richard, et tu souffres déjà ! De-

puis une heure tu ne te bats pas avec une migraine, tu luttes contre lés larmes... Elles brûlent le bord de tes paupières... (Lui touchant la figure.) Elles sont là, là tout près! Tu ne l’avoueras jamais! Je connais ton orgueil! Je t’ai chéri aussi pour ton orgueil.

Mais les larmes sont tout près.

RICHARD. — Et si cela était?

MARIE-LOUISE. —— Je t'adore, mon amant chéri! Dans notre lit, nous pleurerons ensemble! Je te tiendrai contre moi, je mettrai ta petite figure aimée contre ma figure et Je sentirai tes larmes couler sur mes yeux, sur mes lèvres, sur mon corps. Mais ne leur dis rien !

RICHARD. — Que me demandes-tu ? De garder l'argent de Raymond ?

MARIE-LOUISE. — Tu es fou! Tu FRARORTES ras Raymond jusqu’au.dernier sou! Et tu verras ma joie de me priver, comme je sacrifierai sans un regret l’élégance, les chif-

fous, les sales chiffons, les sales loques..

RICHARD. — Je ne comprends plus, Marise.

MARIE-LOUISE. — C’est tout simple! Tu gères, en quelque sorte, la fortune de Raymond, tu as le maniement de ses fonds, de sa caisse. Eh bien, à son insu, tu lui rendras les vingt et un mille cinq cents francs.

RICHARD. — Insensé!

MARIE-LOUISE. — Pas d’un coup! En plu-

sieurs fois!

RICHARD. — Impossible !

MARIE-LOUISE. — Pourquoi? J’ignore vos affaires, mais pas besoin d’être sorcier pour

glisser une somme par-ci par-là!... Tu ima gi-

neras bien un truc... du moment qu'il s’agit d'ajouter !... Et comme chaque fois tu conserveras la preuve...

RICHARD. — Marise, je te répète.

MARIE-LOUISE. — Ne le répète pas! Je devine à ton accent qu’il y a un espoir.

un petit espoir... Ecoute! écoute! A la fin

de ka semaine, nous quittons le château. D'ici

re Le Voleur HE

là, avec Isabelle, nous calmerons Raymond, nous le consolerons.. Un père ne cherche que les motifs de pardonner! On lui en suggérera!... Les meilleurs! Dans deux ou trois jours, le souvenir de cette algarade n’existera plus... Je m'en charge!

RICHARD, qui faiblit. — Non, Marise….

MARIE-LOUISE. — Et tiens, quand la restitution sera complète, quand nous ne détiendrons plus un centime de ce méchant argent, si une confession doit soulager ta conscience, eh bien... eh bien, libre à toi! Ma faute paraîtra moins grave à ce moment-là, moins laide. Enfin, je ne m’opposerai plus à rien!

RICHARD. — Où nous as-tu menés! Misérable petite! Criminelle!

MARIE-LOUISE, qui attire Richard vers le lit. — Oui! criminelle par amour! Petite esclave ivre! C’est que je t’appartiens terriblement! Je me serais vendue pour une caresse de toi! Pts

RICHARD. — Tais-toi !

MARIE-IOUISE. — R1iky, je t’appartiens! Je suis ta servante! Si tu m'ordonnes de tuer, je tuerai! Si tu m’ordonnes de mourir, je me tuerai! J'e: suis ta servante! Exige! Humiliemoi! Abuse de mon corps! (ichurd lui met sur Îles lèvres une main qu’elle écarte.) Laisse! Laisse! c’est si bon ces mots-là! C’est si bon, c’est si voluptueux d’être asservie à ce point! J’en jous!... Mon amour, j'ai envie de toi! Prends-moi, Riky! pr ends-moi,

tout habillée, comme l’autre jour ! Viens!

RICHARD, Penché sur elle. — Gueuse!:

Gueuse! Ma petite maîtresse !...

- MARIE-LOUISE, sur le lit, pâmée. — Ri-

chard, je t'aime! J’ai si envie de toi!

RICHARD, se redressant tout à coup. — Ah cà, je deviens gâteux, moi... J’oublie le plus beau !

MARIE-LOUISE. — Mon chéri...

RICHARD. — Marise... Mais, Marise….

pourquoi Fernand s'est-il accusé ? Pourquoi Fernand prend-il ta faute à son compte ?

MARIE-LOUISE, — Parce que Je le lui ai

demandé !

RICHARD. — Voyons, voyons, voyons! Tu le lui as demandé...

MARIE-LOUISE. — Oui! :

RICHARD. — Où? Quand?

MARIE-LOUISE. — Ce soir. dans le parc...

RICHARD. — Ce soir?

MARIE-LOUISE. — Lorsque je vous ai quit-

tés. lorsque je suis allée à la recherche de Fernand!

RICHARD. — Tu l’as donc trouvé ?... Tu es revenue en déclarant...

MARIE-LOUISE. — Pour ne pas éveiller les soupçons |

RICHARD. — Ainsi, ton retour sans Îui.… puis son entrée, c'était un stratagème... Vous vous étiez concertés ? À

MARIE-LOUISE. — Oui, Richard.

RICHARD. — Ah! (Un temps.) Et tu avais imaginé, séance tenante, toute cette comédie ?

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44 Le Voleur MARTE-LOUISE. — Je m'étais rendu compte, RICHARD. — Tiens, tiens! en écoutant Gondoïin, que son erreur me lais- MARIE-LOUISE. — Une cour de gamin, de sait une chance de salut... oui... aù prix collégien, tu le devines..….. - d'une autre mauvaise action... La frayeur RICHARD. — Jl te faisait la cour depuis m'a inspirée... Sois pitoyable! longtemps ?

RICHARD. — Tu étais donc sûre de rejoin- MARIE-LOUISE, — Depuis assez longtemy 5. dre Fernand? Depuis le début de notre villégiature. | MARIE-LOUISE. — Je l’avais vu s'éloigner RICHARD. — Et tu ne m'as pas averti! vers le petit lac. MARIE-LOUISE, — Cet enfant ne me parais- RICHARD. — in tout cas, tu étais sûro de sait pas bien dangereux! D'ailleurs, je ne = “ LA

MARIE-LQUISE.

son obéissance... Ton calme, ton sang-froid.. MARIE-LOUISE. — J’espér ais qu'il me rendrait ce service.

RICHARD. — Tu n’as pas eu le loisir de lui demander un service! Non!... Tu ne t'es absentée que quelques minutes... le temps de

donner des instructions, un ordre

MARIE-LOUISE. — Un ordre...

RICHARD, avec un regard dé menace. — Un ordre.

MARIE-LOUISE, — En effet, Fernand a accepté presque aussitôt... .

RICHARD, érop calme. — Avoue, Marie- Louise, que tout cela est étrange! Je te défe de répondre à cette simple question : coim-

ment.

MARIE-LOUISE. — Ne la pose pas. Il est entendu que je ne te cache plus rien, ni mes pensées, ni mes actes. Je me suis adressée à Fernand parce qu’il me faisait la cour.

Richard est revenu au milieu de la chambre et Marise l’a suivi. ,

— RICHARD, JE T'AIME! é

redoute aucun RORReRE aucune tentation. Je t'aime ! lan — Tu m'aimes, mais pend '

RICHARD

quatre mois &u as toléré que.

MARIE-LOUISE. — Je me repr oche cette co:

quetterie.

RICHARD. — Bon! Nous voici déjà à ia coquetterie !

MARIE-LOUISE. — Je me reproche mes torts,

mais envers Fernand seul; j'aurais dû le rabrouer plus tôt.

RICHARD. — Tu l'as donc rabroué?

MARIE-LOUISE. — Ce soir même!

RICHARD, de plus en plus menacant. — Ah! Ah! ce soir! Comme ça tombel..…. Pas bien sévèrement, j'imagine, puisque deux heures après tu réclamais de lui un dévouement formidable... Formidable! A ta prière, ce garçon, la fierté même, se reconnaît publiquement coupable d’une indigmté qu'il n'a pas commise! C’est héroïque! C’est sublime!... C’est curieux! | MARIE-LOUISE. — J'ai fait un vila

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