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acquis la célébrité par un petit nombre d'excellentes productions. Mais Soto de Rojas aspirait aussi à la gloire des poëtes épiques. Il est auteur d'un poëme dans le goût mythologique ayant pour titre : « Les rayons de Phaéton (Los rayos de Faeton) ; » Barcelone, 1639, in-k. C'est- la fable narrée par Ovide, gâtée par une affectation ridicule. Soto ne s'arrêta pas en si beau chemin, et il donna vers le milieu du dix-septième siècle un fragment d'un poëme descriptif sous ce titre baroque: « Le Paradis fermé à la foule; jardins ouverts à un petit nombre, avec des fragments de l'Adonis (Parayso cerrado para muchos, jardines abiertos para pocos, con los fragmentos de Adonis); » Grenade 1652, in-4, Ces fragments étaient probablement des essais d'imitation du fameux poëme de Marini, le corrupteur du bon goût, en Italie. En tout cas, Soto imitait à merveille et Marini et Gongora, et dans ce poëme extravagant et insipide, qui n'est autre chose qu'une minutieuse description d'une maison de plaisance, la nature elle-même est gâtée par les inventions bizarres et les métaphores impossibles du poète. Dans une introduction en prose de don Francisco de Trillo et Figueroa, ami de l'auteur, on voit que ce dernier, dans sa jeunesse, était allé chercher fortune à la cour, et qu'il avait pour maître et protecteur Jorge de Tobar, secrétaire et favori de Philippe III. De bonne heure il fit connaissance avec la plupart des écrivains alors en réputation. Finalement, il sut attirer l'attention du comte-duc, le tout-puissant ministre ; il fut admis à lui faire sa cour et obtint un riche bénéfice. La chute de son Mécène rendit Soto de Rojas à la vie privée. Il se retira dans sa ville natale pour y jouir de sa prébende, et profita de ses loisirs pour composer ces poëmes étranges qui lui ont valu un rang distin-
gue parmi les plus détestables partisans et imitateurs de Gongora. Encore une fois, c'est dans la petite poésie que Soto a laisse d'excellentes choses, et plus particulièrement dans ses sonnets, chansons et autres compositions de courte haleine. A la vérité , aucune de ses meilleures pièces n'est exempte de recherche: mais le tour en est vif et la versification facile et harmonieuse. Quand Soto n'imitait pas Gongora, il était de l'école de Boscan et de Garcilaso. Son Discours sur la poésie, en tête de son Desengcmo de Amor, est très-estimé. C'est un morceau judicieusement écrit et qui fournit des renseignements utiles au sujet des règles de la versification espagnole. Ce discours fut prononcé par Soto de Rojas à louverture d'une société d'écrivains et de poètes qui s'intitulait : <r Academia salvaje, »en loi 2. Soto, dé son nom académique, s'appelait el Ardiente. Ces associations littéraires, qui commencèrent en Espagne vers la fin du seizième siècle et prirent racine dans les premières années du dix-septième, rappelaient en tout les académies de ce genre qui étaient si nombreuses en Italie. 11 ne faut pas confondre Pedro de Rojas avec son célèbre homonyme, le spirituel et divertissant Augustin de Rojas. auteur du Voyage amusant, « Viage entretenido. d
Tamayo (Pedro \ militaire et poète. Je n'ai trouve aucun renseignement sur cet auteur. Cervantes lui donne le grade de capitaine.
Tejada .'Augustin de), né a Antequera, en Andalousie, vers 1568. suivit la carrière ecclésias-
tique; il était docteur en théologie et dignitaire de la cathédrale de Grenade. Tejada cultivait les belles-lettres avec passion , et la poésie avec beaucoup de succès. Cependant il reste bien peu de chose de son œuvre poétique, cinq pièces seulement sur divers sujets, dans le recueil de Pedro de Espinosa, ce Flores de poetas ilustres. » Valladolid, 1605, in-4. Toutes ces poésies sont d'une rare perfection, et très-remarquables par l'invention autant que par la facilité des vers et l'élévation du langage. Mort en 1635 à l'âge de soixante-sept ans. Il avait laissé en manuscrit une histoire d'Antequera, sa ville natale. Sedano a reproduit dans son « Parnasse espagnol , » tome I, p. 168, une fort belle caneton de Tejada, qui est un magnifique échantillon de la grande poésie lyrique espagnole. Lope de Vega a fait l'éloge de Tejada dans son « Laurier d'Apollon. »
Timoneda (Juan de), né à Valence au commencement du seizième siècle, était imprimeur d'après Esquerdo. Ximeno remarque à ce sujet que son nom ne figure sur aucun livre, et il suppose avec quelque fondement, que Timoneda exerçait la profession de libraire. Il cite un libraire de ce nom. On lit d'ailleurs au frontispice d'un roman de Timoneda : « Yendese en casa de Joan de Timoneda. » Éditeur des comédies et autres petites pièces dramatiques de Lope de Rueda, il se permit, d'après son épître préliminaire, quelques changements.il fut aussi le premier et le plus fidèle de ses imitateurs. Il mourut vers 1597, dans un âge très-avancé. On a de Timoneda treize ou quatorze pièces dont les meilleures sont celles qui empruntent le langage populaire ; quatre scènes dialoguées (pasos) et autant de farces; deux comédies envers et en cinq actes; un auto sacramental et une traduction libre des Ménech-
mes de Piaute. Ces pièces sont d'un style vif et rapide, d'une allure un peu leste et dégagée, faites en un mot pour être jouées en plein vent. On les représentait sur les places publiques de Valence. En 1573, Joan de Timoneda publia en un gros volume un recueil de romances, qui se divise en quatre parties : c Rosa de Amor. » « Rosa espanola, » « Rosa gentil, » « Rosa real, :» et d'autres poésies légères. Nicolas Antonio regarde Timoneda comme le premier auteur de nouvelles en Espagne, « par no haver hallado otro mas antiguo, s observe sensément Ximeno. Les petits contes grivois de Timoneda sont fort agréables et ses anecdotes très-amusantes. <c El Patranuelo » est un recueil tout à fait dans le goût picaresque. <r El Sobremesa » et a: El Deleytoso » peuvent donner une parfaite idée du talent de Timoneda comme conteur. On trouvera dans Ximeno un catalogue très-complet de ses écrits divers.
Valdés (Alonso de). Le même apparemment dont il est question dans le sixième livre de la Galatée; car il n'est pas probable que Cervantes ait voulu parler de Francisco de Valdès, auteur d'un traité sur la discipline militaire « (Espejo y disciplina militar. » Bruxelles, 1553, in-8) ni d'autres homonymes mentionnés dans la bibliographie d Alvarez y Baena. Alonso de Valdès était un poëte élégiaque. Voici l'octave que lui a consacrée Cervantes dans le chant de Calliope :
De Alonso de Valdés me esta incitando El raro y alto ingenio a que del cante, Y que os vaya, pastores, declarando Que a los mas raros pasa, y va adelante :
Halo mostrado ya, y lo va mostrando
En el fâcil estilo y élevante
Con que descubre el lastimado pecho,
Y aiaba el mal que el fiero amor le ha hecho.
Sedano cite une ode burlesque du licencié Juan de Valdes y Melendez, extraite du recueil de Pedro de Espinosa « Flores de Poetas ilustres. » A moins d'une erreur, qui serait facile à comprendre, Juan de Valdés et Alonso de Valdés étaient deux poètes distincts. Il s'agit bien d'amour dans l'ode citée par Sedano : mais cette ode est une plaisanterie qui n'a rien d'élégiaque.
Vargas (Antonio Gentil de). Je n'ai pu rien ajouter aux quelques indications fournies par Cervantes sur ce poète, né à Gênes, et qui cultivait, non sans succès, la poésie castillane.
Vargas (Jusepe de), poète castillan, loué par Lope de Vega en ces termes -
Si â Jusepe de Vargas, Verdadero poeta castellano, El verde lauro encargas, Por el aire le tienes en la mano; Que fuera de sus versos y concetos Cândidos, puros y en rigor perfetos, No dudes que hasta ver el fin del caso Alborote las musas y el Parnaso ; Pero si va de paz y llega solo , El casarâ las musas con Apolo.
(Laurel de Apolo, silvaVIII).
Tout cela ne signifie pas grand'chose, et une courte notice vaudrait bien mieux ; mais les biographes et bibliographes sont muets.
Vasconcellos (Juan Mendez de), poëte portugais, florissait au commencement du dix-septième
siècle. Il se distingua dans la guerre de l'indépendance du Portugal contre l'Espagne. Auteur d'un poëme épique en langue espagnole, a La liga deshecha por la expulsion de los Moriscos de los Reinos de Espana. » Madrid, 1612, in-8. A propos de cet épisode, Vasconcellos a fait un tableau général des principaux événements de l'histoire d'Espagne. Le poëme est en dix-sept chants et en douze cents octaves. La versification en est passable; mais l'intérêt manque. Il est probable que Vasconcellos. devenu un personnage important après la délivrance de son pays, dut regretter les flatteries qu'il avait prodiguées sans mesure à Philippe III.
Vega (Bernardo de la). Alvarez y Baena, dans ses ce Enfants de Madrid, » affirme carrément que Bernardo de la Véga a fué natural de Madrid, » et qu'il devint chanoine de la cathédrale de Tucuman. Il met à son compte deux ouvrages qui n'ont aucun point de ressemblance : « El pastor de Iberia, » 1591, in-8, et « Relacion de las grandezas del Perû, Mexico y los Angeles. » Mexico, 1601 , in-8. Il est vrai qu'Alvarez y Beana n'a fait que suivre l'opinion de Mayans y Siscar dans sa vie de Cervantes, et la conjecture de Nicolas Antonio. Pellicer, te savant commentateur de don Quichotte, n'a pas été moins affirmatif que Mayans. Cependant rien ne prouve que l'auteur du Pastor de Iberia et le chanoine de Tucuman, soient une seule et même personne. Il est même très-probable que le poète n'avait rien de commun avec l'auteur de ce livre sur le Pérou et le Mexique, qui fut publié en 1601. Le consciencieux Clemencin fait remarquer que dans le Pastor de Iberia, qui abonde en allégories, comme la plupart des romans-pastorales de ce temps-là, il n'y a pas une allusion, pas un
détail qui s'accorde avec l'opinion de Mayans, et il n'hésite pas à reconnaître que Bernardo de la Vega était un gentilhomme andalous. « El Pastor de Iberia, » imprimé à Séville en 1591, in-8, est dédié à don Juan Tellez Giron, duc d'Osuna et comte d'Urena. C'est un mélange de vers et de prose en quatre livres. L'ouvrage est absolument mauvais; il abonde en barbarismes et en solécismes, et la conception est à l'avenant. Ces fautes grossières contre la langue et la syntaxe sont une forte présomption en faveur de ceux qui pensent que l'auteur n'était point Castillan. En Castille, le paysan le plus illettré parle purement et correctement le castillan. Comment s'imaginer qu'un auteur, né à Madrid, aurait péché de la sorte contre les règles de l'art de bien dire? Ce qui ajoute à l'ennui de ce roman insipide, c'est l'étalage d'érudition mythologique dont l'auteur fait parade à toutes les pages. Cervantes avait déjà sommairement exécuté Bernardo de la Vega dans le chapitre sixième de la première partiede don Quichotte. Dans le Voyage au Parnasse, l'auteur du Pastor de Iberia est un des plus redoutables champions de l'armée ennemie.
Vega (Garcilaso de la), né à Tolède en 1503, appartenait à l'illustre famille de Guzman. Son père avait été ambassadeur de Ferdinand et d'Isabelle à la cour de Rome. Garcilaso entra de bonne heure au service de l'empereur Charles- Quint. A l'âge de vingt-quatre ans, il épousa dona Elena de Zuniga, et en eut deux fils : l'aîné mourut très-jeune dans un assaut, le cadet entra en religion dans l'ordre des frères prêcheurs, sous le nom de Dominique de Guzman. Garcilaso était un vaillant soldat; il travaillait sous la tente, et relisait entre deux combats ces grands maîtres de l'antiquité dont il a été l'heureux imitateur. Il
se distingua particulièrement à Vienne au siège de Tunis. Une affaire de famille dont il s'était mêlé contre le gré de son maître, le fit reléguer pendant quelque temps dans une île du Danube. Rentré en activité de service, Charles-Quint lui confia le commandement d'un corps d'armée, au moment d'envahir la Provence. Garcilaso, arrête près de Fréjus par une cinquantaine de paysans qui s'étaient fortifiés dans une tour, monta le premier à l'assaut et fut frappé à la tête d'une blessure mortelle. Il mourut à Nice en 1536, à l'âge de trente-trois ans. Garcilaso excellait également dans la musique et dans la poésie, et faisait des vers latins avec une grande facilité. Tout a été dit sur le rôle de Garcilaso dans la poésie espagnole. Il lui a suffi de trois églogues, de deux élégies, d'une épître, de cinq canciones, d'une quarantaine de sonnets et de quelques menues poésies, pour mériter le titre de prince des poètes castillans. Le style de Garcilaso, pour emprunter une comparaison homérique, est doux comme le miel , et sa versification est admirable de simplicité. Aucun poète espagnol n'a rencontré comme lui cette perfection de la forme. Quant au génie poétique, Garcilaso est pour moi le seul des poètes modernes qui me rappelle Virgile. Il avait un sentiment très-vif des beautés de la nature et des sites champêtres. Ses paysages sont dignes de Théocrite.
Vega Carpio (Lope de), né à Madrid le 25 novembre 1562, fut un enfant précoce. Il a dit luimême que son génie lui avait enseigné l'art des vers des le berceau. A douze ans, son éducation était achevée. Il entra jeune aussi dans la vie. Avant de commencer le cours des études supérieures à Alcalâ, il avait fait un peu son tour d'Espagne. Au sortir de l'université, il entra au
service du duc d'Albe. Il se maria quelque temps après et se fit exiler à Valence, à la suite d'un duel. De retour à Madrid, il perdit sa femme, et, dans son désespoir, il s'engagea dans l'Armada qui allait envahir l'Angleterre. Il perdit, dans cette désastreuse expédition, son frère qui était officier de marine. Il revint à Madrid et fut successivement secrétaire du marquis de Malpica et du comte de Lémos. 11 épousa en secondes noces dona Juana de Guardio. Il en eut un fils qui mourut très-jeune et une fille qui devait être son héritière. Ayant perdu sa seconde femme, il se fit prêtre, entra dans la confrérie des prêtres natifs de Madrid, fut comblé d'honneurs par le pape Urbain VIII , et devint un des familiers de la sainte Inquisition. Il mourut au milieu de ses travaux et de ses exercices de piété, le 25 août 1635, dans sa soixante-treizième année. Lope de Vega, qui jouit de son vivant d'une immense popularité, fut enterré comme un monarque, aux frais du duc de Sesa. Ces funérailles magnifiques étaient comme le dernier reflet de sa gloire. Lope de Vega, abusant de sa facilité prodigieuse, écrivit, comme il en convient lui-même, trop de sottises pour complaire au public; et en lisant le recueil immense et surtout incomplet de ses œuvres, on constate que la plupart de ces œuvres ne sont pas viables. Lope de Vega vivait en quelque sorte au jour le jour. On peut dire de lui qu'il mangea son fonds avec son revenu, et son nom n'est plus qu'un souvenir, le symbole d'une fécondité incroyable. Sauf quelques comédies, qui ne sont pas d'ailleurs parmi les meilleures du théâtre espagnol, sauf ses poésies légères dont quelques-unes sont charmantes, Lope de Vega n'a point laissé une de ces œuvres maîtresses qui recommandent un homme à l'éternel souvenir des générations. Cervantes Ta excellemment
Dommé el m:nst:uc de naturaleza. . C'était er effet un proirige. un^ es:e:- :e a~i instrucsité
dans l'ordre intellectuel.
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siècle. En tout cas, ni l'un ni l'autre ne doit être confondu avec Juan de Vera Tassis y Villaroel, éditeur des œuvres de Caldéron, a la fin du dixseptième siècle.
Vergara (Juan de Vergara). Acteur et auteur dramatique. Agustin de Rojas la cité dans son voyage amusant :
De los farsantes que han hecho Farsas, loas, bayles, letras, Son Alonso de Morales, Grajales, Zorita, Mesa, Sanchez, Bios, Avendano, Juan de de Vergara, Villegas, Pedro de Morales, Castro Y el del hijo de la tierra.
Les ouvrages consultés pour cette table des auteurs cités dans le Voyage au Parnasse, ne m'ont rien fourni sur Juan Vergara, Cervantes l'avait déjà loué dans sa Galatée ;
El alto ingenio y su valor, déclara Un licenciado tan amigo nuestro, Cuanto ya sabeis que es Juan de Vergara , Honra del siglo venturoso nuestro :
Por la senda que él signe abierta y clara, Yo mesma el paso y el ingenio adiestro,
Y adonde él llegar de llega me pago ,
Y en su ingenio y virtud me satisfago.
Nicolas Antonio cite un Hipolito de Vergara, de Séville, auteur d'une vie du saint roi Ferdinand, 1630, in-8. D'après Agustin de Rojas, Vergara était à la tête d'une troupe de comédiens. Il y a eu un chirurgien célèbre de ce nom.
Villamediana (le comte de), don Juan de Tassis y Peralta, célèbre dans l'histoire galante de l'Espagne, était un grand seigneur, très-brillant, qui mourut victime de sa galanterie et de
son génie satirique. Il était de toutes les fêtes de la cour et composait des pièces que la reine et ses dames d'honneur jouaient sur le théâtre du palais. Un jour, la reine d'Espagne traversant une galerie pour rentrer dans ses appartements, quelqu'un vint par derrière et lui mit les deux mains sur )es yeux: ((Qu'est-ce donc, comte?» dit simplement la reine. Mais ce n'était point le comte; c'était le roi, et quelques jours après Villamediana fut assassiné. Il avait reçu le jour même de sa mort, l'avis de veiller sur sa personne. Mme d'Aulnoy, dans son curieux « Voyage en Espagne, » a raconté l'histoire romanesque du comte de Villamediana. On prétend, non sans raison, que cet assassinat fut provoqué par quelques pamphlets ou satires politiques du comte : aussi quelques contemporains disent qu'il mourut « por haber hablado mas de lo que debiera. » Villamediana était de l'école de Gôngora ; mais doué d'un vrai talent de poë'te, il a laissé des poésies très-remarquables. Le recueil de ses œuvres parut huit ou neuf ans après sa mort, à Saragosse, en 1629, in-4. On trouve dans ce recueil trois poëmes (Phaëton, Daphné, Europe) qui sont évidemment des imitations du Polyphème de Gôngora. Parmi ses trois cents sonnets, il en est de satiriques, de sérieux et de burlesques. Ses poésies légères rappellent les anciennes romances. Le recueil des œuvres de Villamediana, publié à Saragosse, est loin d'être complet. On cite un très-grand nombre de poésies manuscrites.
Virués (Cristôbal de) , né à Valence, fils du docteur Alonso Virués; se distingua également dans les armes et dans les lettres. 11 servit longtemps dans le Milanais et obtint le grade de capitaine. II était aussi à la bataille de Lépante.
Son nom est un des plus illustres de cette pléiade de poètes qui formaient à Valence une sorte de colonie littéraire. Virués était en relations d'intimité avec Lopede Vega.— On sait que ce fécond dramaturge, à la suite d'une affaire d'honneur, fut exilé à Valence en 1585. — Il était à la fois poëte dramatique, lyrique ou épique. Dans la préface de ses œuvres tragiques et lyriques, Virués s'attribue l'honneur d'avoir le premier réduit les comédies en trois journées; et il dit expressément la même chose dans le prologue en vers qui précède sa tragédie, « La gran Semiramis : »
Y solamente porque importa advierto Que esta tragedia, con estilo nuevo Que ella introduce, viene en très jornadas Que suceden en tiempos diferentes.
En el sitio de Batra la primera, En Ninive famosa la segunda, La tercera y final en Babilonia, Formando en cada cual una tragedia Con que podrâ toda la de hoy tenerse Por très tragedias, no sin arte escritas.
Lope de Vega répète cette assertion dans sa singulière poétique :
El capitari Virués, insigne ingenio, Puso en très actos la comedia, que antes Andaba en cuatro como pies de nino, Que eran entonces ninas las comedias.
(Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo.)
S'il ne s'agissait que de la division des pièces de théâtre en trois actes, ni Virués, ni Rey de Artieda, ni Cervantes, ni d'autres encore n'étaient dans le vrai, en s'aitribuant le mérite de cette innovation, dont l'auteur véritable est peutêtre Francisco de Avendano (1553). Mais Virués,
s'adressant à son public, à la manière des tragiques grecs ou des comiques latins, parle d'une véritable trilogie , ou si l'on veut d'une triple tragédie sous un titre unique. En autres termes, il déclare que dans sa tragédie de Sémiramis, il y a trois actions différentes, qui forment autant de tragédies; et chacune de ces tragédies se passe dans une ville différente. Le spectateur se trouve successivement transporté à Bactres, à Ninive et à Babylone. Virués, qui s'inspirait de la tradition classique, n'entendait point violer l'unité de lieu, et il croyait sincèrement concilier celle-ci avec l'unité d'action.— On a de Virués cinq tragédies ou mieux cinq drames, écrits en 1580 et 1590, et publiés seulement en 1609. Ils sont d'une rare extravagance; les personnages y meurent par douzaines, et telle action ne dure pas moins de quarante années. La plus régulière et la moins absurde de ces pièces est celle qui a pour titre : Elïsa Dido, tragédie conforme, non pas à la tradition virgilienne, mais au genre adopté par les Grecs ; faible d'ailleurs comme intérêt et comme peinture de caractère. Virués est auteur d'un poëme légendaire et religieux : a El Monserrate; fundacion de aquella real casa y camara angelical, con relacion de la vida y penitencia de Fray Juan Guarin, » Madrid, 1587. a: El Monserrate segundo, » Milan, 1602, in-8. C'est le même poëme revu et augmenté, un des meilleurs de la littérature espagnole. Cervantes le cite avec éloge dans l'examen des livres de Don Quichotte, à côté de l'Araucana de Ercilla et de la Austriada de Juan Ruto : « Todos estos très libros, dijo el Cura, son los mejores que en verso herôico en lengua castellana estan escritos, y pueden competir con los mas famosos de Italia : guàrdense como las mas ricas prendas de poesia que tiene Espana. »
Le poëme est en vingt chants, et remarquable par l'harmonie des vers. Virués avait composé, non sans succès, quelques épîtres morales et satiriques : on cite notamment une épître sur les bienfaits de la paix, et un morceau descriptif: « Le passage du Saint-Gothard par les troupes espagnoles, allant de Milan aux Pays- Bas (1605). « Obras trâgicas y liricas, » Madrid, 1609, in-8. Une lettre de Balthazar Escobar, en tête du « segundo Monserrate, » nous apprend que Virués tenait prêt pour l'impression un volume de vers : « Rimas. »
Valdivieso ou Valdivielso (El maestro José de) , né à Tolède, contemporain de Cervantes, de Lope de Yega et de cette nombreuse pléiade d'écrivains et de poètes qui ont illustré la littérature espagnole, dans le premier quart du dixseptième siècle. Il suivit la carrière ecclésiastique avec distinction. Chapelain de la chapelle mozarabe de la cathédrale de Tolède, il fut Pami et le protégé du cardinal-infant. 11 était le plus souvent à Madrid, et voyait familièrement la plupart des auteurs en renom. Il joua dans les lettres un rôle analogue à celui du célèbre père Mersenne dans les sciences. Peu d'ouvrages littéraires parurent sans son approbation, depuis 1607 jusqu'au delà de 1630. Il n'était pas, a proprement parler, l'arbitre de la littérature de son temps; mais ses jugements se recommandaient par le bon sens autant que par le bon goût; et la plupart de ses critiques, sous une forme élégante et mesurée, peuvent être admises sans trop de restrictions. Il évitait ces banalités qui étaient monnaie courante parmi les panégyristes officieux et même parmi les censeurs officiels. Valdivieso était lui-même un écrivain et un poète distingué. Il a fait beaucoup de poésie religieuse,
mais sans exclure toutefois le genre et les sujets profanes. On ne peut pas dire qu'il ait travaillé pour le théâtre; car ses pièces dramatiques et ses autos sacr •amentales (analogues aux anciens mystères du théâtre français) furent jouées presque toutes dans la cathédrale de Tolède, suivant une ancienne coutume dont la tradition se retrouve encore de nos jours en Espagne, dans les cérémonies de la semaine sainte et les réjouissances de Noël et de Pâques. Ces productions de Valdivieso annoncent un esprit facile, ingénieux, une imagination féconde, et un sentiment trèsdelicat. On cite parmi ses petits drames religieux, Y Enfant prodigue, qui jouit d'une grande popularité ; Psyché et Cupidon, sujet tout mythologique et profane, ingénieusement traité au point de vue religieux, grâce à une perpétuelle allégorie, qui est aussi le grand ressort d'une autre pièce, du genre biblique, ayant pour titre : « l'Arbre de vie. » Ce qu'il y a de singulier dans toutes ces pièces, c'est le mélange d'une foi religieuse trèsprofonde, et des souvenirs d'une autrecivilisation, cette association du sacré et du profane qui nous montre les penchants mystiques en parfait accord avec les instincts poétiques; l'imagination la plus fougueuse aux prises avec les dogmes de la théologie, en peu de mots, la religion positive servant de thème à 1 improvisation ou a l'inspiration. On sait comment Calderon a su mettre en œuvre tous ces éléments hétérogènes. Valdivieso a fait aussi deux comédies dans le même genre: l'une en l'honneur de la Vierge, l'autre de l'ange gardien. Elles sont inférieures à ses autos. Mais ce qui recommande également autos et comédies, c'est la facilité du style, la vivacité du dialogue et révocation perpétuelle des vieilles traditions nationales. C'était plus qu'il n'en fallait pour plaire au public, et Valdivieso avait beaucoup de
succès. Il a été moins heureux dans ses deux poëmes sur la vie de saint Joseph, son patron, et l'image miraculeuse de la Vierge qu'on vénérait à Tolède. Quoi qu'en ait dit le judicieux Nicolas Antonio, ces volumineux poëmes ne se recommandent que par la piété solide de l'auteur ; mais, sauf une certaine facilité de versification, ils sont absolument sans intérêt, c'est-à-dire sans valeur. Ces deux poëmes sont en octaves. Valdivieso excellait aussi aux petites compositions; et il y a nombre de pièces très-remarquables dans son Romancero religieux. Cervantes faisait grand cas du talent poétique et du goût de cet ecclésiastique. Valdivieso de son côté, qui était lié d'amitié avec Cervantes (ils étaient l'un et l'autre de la confrérie du Saint-Sacrement), a rendu justice pleine et entière en termes excellents dans la censure qu'il fit du « Persilès, » ouvrage posthume du « rare inventeur. » — ce Vida, excelencias y muerte del gloriosisimo patriarca san José. » Tolède, 1607, in-8. — ce Romancero espiritual del santisimo Sacramento, » 1612, in-8. — ce Sagrario de Toledo. » Madrid, 1616, in-8. — « Doce autos sacramentales y dos comedias divinas. » Tolède, 1622, in-4. — "« Exposicion parafrastica del Psalterio. » Madrid, 1637, in-8. — Elogios del santisimo Sacramento, a la Cruz santisima y a la purisima Virgen. » Madrid, 1630, in-8.
Vêlez de Guevara (Luis), né à Ecija, en Andalousie, en 1570, mort à Madrid en 1644, célèbre romancier et poëte dramatique, fut un des plus habiles représentants des théories poétiques de Lope et le plus fécond des dramaturges de son école. Il était très-populaire. Douze années avant sa mort, Juan Perez de Montalvan portait déjà à quatre cents le nombre de ses comédies (1632).
Voici ce qu'il en dit : « Luis Vêlez de Guevara ha escrito mas de quatrocientas comedias, y todas llenas de pensamientos sutiles, arrojamientos poéticos y versos excelentisimos y bizarros, en que no admite comparacion su valiente espiritu.» En effet, Luis Vêlez de Guevara maniait admirablement les vers, et il était comme Lope, plein de verve et de mauvais goût. Ses pièces sont en général intéressantes, notamment celles ani ont pour sujet quelque événement mémorable de l'histoire nationale. Il est surtout connu en France par son roman satirique, « El diablo cojuelo », Madrid, 1641, in-8, si populaire depuis l'imitation qu'en a faite Le Sage. Vêlez de Guevara a écrit aussi : « Elogio del juramento del serenisimo principe don Felipe Domingo deste nombre Cuarto. » Madrid, 1608. Cet écrit lui fut probablement commandé par le ministre toutpuissant de Philippe III.
Sous le nom de Tityre, Cervantes a désigné Virgile, et Sannazar sous celui de Sincero, un des personnages de VArcadie de ce poëte napolitain.
Iciar (Juan de), basque, auteur d'un traité d'arithmétique pratique (Saragosse, 1546), et d'un autre traité d'orthographe et de calcul (ibid., 1553, in-4°\