‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 106 sur 429 · SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XIL

LE MAROUIS, JACQUELINE, en riche costume

de cour, éblouissante de fleurs, de diamants et

suivie de deux laquais en grande livrée, qui

se retirent presque aussitôt et ferment les

portes (1).

JACQUELINE, avec hauteur. Ah! Monsieur, on a bien de la peine à arriver jusqu'à vous!

LE MARQL-is, l'admirant (2). Madame !.. (A part.) Elle est très-belle, je ne peux pas dire le contraire! un vrai morceau de roi; mais il n'en tâtera... pas même d'unedent! (Haut.) Madame!..

JACQUELINE. Hein?

LE MARotis, à part. Mieux que Guillemetle, ma foi! de l'aisance, de la grâce! Cette diable de roture... c'est comme la rouille... ça s'efface par le contact!... Et dire que tout cela était à moi... et va peut-élre...

JACQUELINE. Avant de me rendre à l'Opéra... {Elle s'assied sur le canapé.)

LE MARQUIS, fl part (3). Voui! je sai? pourquoi!

JACQUELINE, élevant la voix. J'ai pensé, Mon-

.«■ieur, qu'il était convenable de nous entendre...

\.EVAnQr\s, effrayé. Pardon... je vous prierai

d i lever le verbe un peu moins 'naut... nousavons

de^ malades dans la maison!...

J.^i QUKLiNE, regardant la porte à droite. Ah ! je com prends! (Avec dédain.) cette créature est la. LE JUABQiis, choqué. Créature !

J 'coirELPîî, de même. Soyez tranquille!.. Elle ne arr.iira pas devant moi!.. Si elle l'osait, je la ferais jelei au For-l'ÉvOque!

^ J le marq

2 Lci'irq.J.

3 J I.c marcj.

LE MARQUIS. Au For-l'Évêque! (.4 part.) Vertuchou! quel parfum de royauté!..

JACQUELINE, .Se levant et jouant avec son c'uentail. Parlons de nous, Monsieur!., je ne reviendrai pas sur le passé... j'étais une sotte de me désoler, (Souriant.) il faut savoir se faire une raison !..

LE MARQUIS, à part. EUo appelle ça de la raison !..

JACQUELINE. Vous avez mangé votre fortune..c'est très-bien! Je ne suis pas d'humeur à vous laisser manger la mienne!.. On m'avait conseillé une séparation... ou de vous faire interdire.

LE MARQUIS. M'iuterdire quoi?

JACQUELINE, minaudant. Mais une personne... qui daigne me porter quelque intérêt'., ne veut pas d'éclat... et je viens vous proposer... une pension de dix mille livres.

LE MARQUIS. Une pension... de retraite?

JACQUELINE. A Condition que vous vivrez en Bretagne, et que vous ne mettrez plus le pied à Paris!

LE MARQUIS, à part. Nous y voilà!.. (Haut et fièrement.) Madame... je repousse les présents d'Artaxerce!.. d'Artaxerce!.. (.4 part.) J'appuie exprès.

JACQUELINE, froidement. Je m'y attendais!., et à mon grand regret, Monsieur... j'ai pris d'autres movens de vous éloigner de moi... (Comme voulant sortir.) je vous salue.

LE MARQUIS, l'arrêtant. Un moment! Vous ne me quitterez pas ainsi!.. (Avec force.) car à la fin de ça, Madame, je suis votre mari,., vous êtes ma femme!

JACQUELINE, avcc ironic. Ah !.. vous vous en souvenez à présent?..

LE MARQUIS, eieranf la voix. Et j'ai bien le droit...

JACQUELINE, montrant la porte. Prenez garde! si votre maîtresse vous entendait...

LE MARQUIS. C'cst juste! (Très-bas. ) Mevci... et j'ai bien le droit...

JACQUELINE. Des droitsî

LE MARQUIS, à part, la regardant avec plaisir. Décidément, elle est bien mieux que Guillemetle! quelque chose de plus... el puis, un certain !.. Si je pouvais la souffler à mon souverain bien-aimé!.. à Ariaxeice... (Haut et câlinant.) kWons, voyons, marquise... j'ai eu des torts !.. n'en parlons plus! JACQUELINE. Comment, Monsieur?

LE MARQUIS, tendrement. Jacqueline!., vous voyez que je n'ai point oublié votre petit nom! JACQUELINE. C'esl très-datlpur !

LE MARQUIS, de même. Allons, allons... est-ce

qu'il n'y a pas dans votre cœur un petit coin qui

balte encore pour ce pauvre marquis?..

JACQUELINE, réprimant un mouvement de joie

Quelle extravagance! des gens mariés qui s'ai I nieraient !...

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