‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 136 sur 429 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les MibiES, LOU-LOU, mise simple comme un enfant qui revient de l'école : tablier, fausses manches,un panier sous le bras (1).

LOU-LOU, aijitant un petit livre et chantant sur l'air des lampions.

J'ai un prix! j ai un prix! j'ai un prix !...

LONGJUMEAU, flébété.

Un prix !.. de quel prix?

LOU-LOU, les embrassant.

Bonjour, petite maman ! bonjour, grand frère... J'ai été la première !

MADAME BERTIIOLIN.

Toujours !.. Amour d'enfant ! (Elle l'embrasse.) Oui, appelle-moi ta mère... (On lui Ole ses fausses vianches et son panier, et madame Bertholin prend Lou-lou sur ses genoux.)

Lou-LOU, à madame Bertholin.

Regarde donc mon petit livre rose... comme il est Joli!

MADAME BERTHOLIN.

Qu'est-ce que c'est?

LOU-LOU

Un conte!... la Fée Cocotte (Lisant.) n 11 y « avait une fois une princesse qui avait des « poules... »

LONGJUMEAU^ émerveillé.

Elle vous lit ça comme dans du beurre!

LOU-LOU

Ah! c'est amusant 1

MADAME BERTHOLIN.

Tu sais donc déjà?...

Pardi ! c'est en gro?^ ça se lit avec le pouce!

LO.NGJUMEAU, ovec admiration.

Elle lit avec son pouce !.. Est-elle avancée pour son âge ! (Il s'agenouille près de Lou-lou.)

\ Mnrt. B. l. Longj.

LA FEE COCOTTE

MADAME BEnxHOLiN, carcssant Lou-loii.

Eh bien! raconte-noii?-le.

LOU-LOU, d'un petit air docteur.

Voilà : La princesse allait vendre elle-môme ses œufs au marché...

LONGJUMEAU

Une princesse?... c'est d'un bon exemple pour sa cuisinière.

LOU-LOU, à son frère.

Tais-toi donc!... (Reprenant.) Un jour, une vieille pauvresse l'aborde et lui dit : « Ma bonne dame, vous seriez bien charitable si vous vouliez me donner un œuf, car j'ai bien faim. »

LONGJUMEAU

Un œuf!., c'est pas lourd quand on a faim.

LOU-LOU

Aussi la princesse, au lieu d'un, lui en donne do«ze !

Ah !.. c'est un beau trait !..

LOU-LOU, reprenant.

€ Ah ! merci, ma bonne dame, que reprend la pauvresse... ah ! vous me sauvez la vie, à moi et à mes douze enfants ! >

LONGJUMEAU

Douze enfants!., ça ne fait toujours qu'un œuf par tête... elle aurait dû donner le treizième.

LOU-LOU

Mais attends donc...

MADAME BERTHOLIN.

Ne l'interrompez pas !

LOU-LOU

Les douze enfants... c'était pas vrai !

LONGJUMEAU

Ah ! la vieille menteuse !

LOU-LOU

C'était pas une menteuse... c'était une fée qui avait voulu l'éprouver... et qui se changea tout à coup en belle femme, brodée en or, avec des plumes sur la tète !

LONGJUMEAU

Sapristi !

LOU-LOU

« Qui lui dit : lu as été bonne pour moi... je veux l'en récompenser !.. tiens, voilà un œuf! »

Encore ! ce n'est pas un conte que tu nous fais là, c'est une omelette !

LOU-LOU, continuant.

• Cet œuf produira une poule qui sera fée comme moi... mais il faut que tu le couves toi-même ! »

LONGJUMEAU

Oh!., une princesse qui couve.

LOU-LOU

Oui, Monsieur !.. la poule qui sortit de l'œuf, était vraiment fée!., et tous les malins, elle pondait des bonbons!., et elle chassait, à grands coups de bec, les amoureux qui ne voulaient

épouser la princos?e que pnrce qu'elle était riche !.. ah !

LONGJUMEAU, sc levant.

Je no croirai jamais ça !

LOU-LOU, de même.

Et moi, j'y crois!., aussi, j'ai ma grande cocotte... (Elle tire de la poche de son tablier une cocotte en papier.) que je vais placer bien chaudement sur la cheminée (1)...

MADAME HERXnOLIN, riaut.

Oui, près du petit saint Jean-Baptiste !.. ça lui portera bonheur !

LOU-LOU, y coura7it, et la plaçant.

Dieu!., si elle pouvait devenir fée... et me pondre des bonbons !

MADAME BERTHOLIN, Ô part.

Ceci me regarde ! (Haut.) Tu lui demanderais une belle poupée...

LOU-LOU

Non... plutôt un polichinelle!., parce que les poupées... faut leur faire des robes à ces demoiselles !.. c'est ennuyeux !

LONGJUMEAU, 6as, ô madame Bertholin.

Est-elle mièvre et fûiée !.. elle devine que je lui en ai acheté un, de polichinelle, pour sa fête... qui tombe aujourd'hui... vu que c'est la veille!

MADAME BERTHOLIN, baS.

Chut donc ! il ne faut pas qu'elle se doute... je me fais une joie de sa surprise ! (Haut.) Loulou (2). Il faudra aussi lui demander une belle robe... un costume de bal... je suis sûre qu'elle le l'accordera... (Elle fait un signe d'intelligeticii à Longjumeau.)

LOU-LOU,

Tu crois ?

Air : Et pourtant, papa.

Des fleurs, des dentelles.

Et puis des bijoux;

Des robes nouvelles

Et des marabouts;

y les lui d'mand'rai, moi.

Je veux les plus lielles!

J' les lui d'mand'rai, moi ;

Mais ça s'ra pour toi !

MADAME BERTHOLIN , V embrassant à plusieurs reprises.

Chérubin, va !.. est-elle gentille ! (A part, regardant Longjumeau.) Si ce nigaud avait voulu me comprendre !..

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