SCÈNE X
Les mêmes, LOU-LOU, un polichinelle à la main (3).
LOU-LOU^ accourant.
Un polichinelle!... M. Polichinelle que j'ai trouvé dans ma chambre !..
1 Long. A. Mad. B.
2 A. mad. B.
3 A. L. mad. B.
ANTINOUS, «I part.
Chien (i'enfant! qui arrivo coimno une
bombe !..
MADAM E DinrilOI.IN.
Ali ! il est charmant!
Lou-LOU, à mt-0"ia:.
Sij^no (juo ma cocotte est en train de devenir féo... jo lui en avais demandé un... {Courant à la c/ieminre et regardant sa cocotte.) Ah! lieii!
MADAME BKnTlIOLIN, Cl part .
En effet, j'avais oublié...
LOU-LOU, à Antinous.
Elle n'a pas encore pondu. {Elle remonte.) MADAME BERTHOLIN, à part; elle met des dragéet près de la cocotte.
C'est ce qu'il y aura de plus clair dans sa féerie.
ANTINOUS
Qu'est-ce donc, ma belle?
MADAME BERTUOLIN, revenant à Lou-lou.
Allons, ma petite!., joue dans un coin, sans faire do bruit... je cause avec Monsieur (I)... {A AntinoUs.) Elle ne vous gène pas?
ANTINOUS, faisant la grimace.
Au contraire, j'adore les enfants... {Souriant à Lou-lou.) et les polichinelles aussi... {Tendrement, à m.adame Bertholin.) Mon bonheur serait d'en avoir.
MADAME BERTUOLIN, SOUViont.
Des polichinelles? {Elle s'assied à droite.) ANTINOUS, prenant une chaise.
Des enfants à moi... {A mi-voix.) à nous! {H ■l'assied à côté de madame Bertholin.) Je serais un père si... tendre... un père si... soigneux... {Ricanant.) un goùte-au-pot... un vrai chauffe-lacouche, quoi!
MADAME BERTUOLIN.
Vous me faites plaisir de i)arler ainsi... car, franchenient, je vous trouvais un peu faraud... ANTINOUS, avançant sa jambe.
Oh! parce qu'on fait valoir ses avantages...
LOU-LOU
Comment va votre nez, monsieur TinoUs?
ANTINOUS, avec impatience.
Bien... bien... mon petit loup! {A madame Bertholin.) J'y tiens si peu à ces charmes passagers!..
LOU-LOU, â part.
Ah 1 lu traites mon frère d'imbécile, loi !
ANTINOUS, voulant prendre la main de madame Bertholin.
Et si vous aimez un peu votre petit Antinous...
LOULOU, se mettant entre eux (2).
Ah! vois donc, maman, comme ton petit Antinous ressemble à mon polichinelle! avec son nez tout rouge!
\ L. A mad. B. 2 A. L. raad. B.
LA FÉE COCOTTE
ANTINOUS, se levant.
Hein?... plalt-il?.. (^4 part.) Qui est-ce qui a donc inventé les enfants, mon Dieu !... UADÂME BERTHOLiN, qui s'est Icvée, à part, regardant Antinous.
Le fait est qu'il y a quelque chose... (Elle rit. A AntinoUs.) J'espère que vous no vous fâchez pas des plaisanteries...
ANTINOUS, avec un rire forcé.
Du tout!.. Elle est très-drôle!.. J'adore les cnfanls... (.4 port.) en nourrice... pelil singe !
MADAME UEliTHOLlN, à Lou-lou.
Allons, Mademoiselle... tenez-vous là... et soyez sage (i)! {Lou-lou prend le tabouret et le pose près de la chaise d'Antinous ; elle a pris la pelote aux grosses épingles et s'en sert pour jouer.)
ANTINOUS, reprenant son ton passionné.
Je vous l'ai écrit, ma déité... je brûle... je me consume...
Air de Par/s et le village.
Comme Atala le dit à son Calchas, Dans un chapitre de son livre , « Passons nos jours gaimcnt... hélas! » « Car nous n'avons qu'un temps a vivre! » Transi, glacé, par votr' froideur, Je grelotte comme en décembre !
Ah! dans le lemple du bonheur L'amour doit-il faire antichambre?
(Tendrenunt.) Me laisserez-vous grelotter longtemps?., dites... ah! à'ilesl... (Us s'asseyent tous.) LOU-LOU, le contrefaisant, à part.
Dites... oh ! dites!.. Quel tas de bêtises il lui ragote!.. Je les compte... je les marque! (Elle se met à lui enfoncer ses grandes épingles dans ses faux mollets.)
MADAME BERTHOLIN.
Je vous avoue que je redoute un second mari.
ANTINOUS, roucoulant.
Pourquoi? pourquoi, méchante?
MADAME BERTHOLIN.
Mon premier était si colère, si despote!
ANTINOUS, de même.
Oui, mais moi... je suis un agneau, un mouton... une pauvre colombe...
MADAME BERTHOLIN".
Vous avez l'air bon enfant!
ANTINOUS
Oh! oui!
MADAME BERTHOLIN.
Et puis, sans ôlre tout à fait un jeune homme... vous avez un physique... de beaux cheveux... nne belle jambe... et ma foi...
ANTINOUS, avec passion.
Oh! achevé, enchanteresse... dis que tu es à moi..- et toute ma vie... je le répéterai... {Poussant nu grand cri à une épingle que Lou-lou a
I L. A.UK.d It.
enfoncée /rop /"or/.) Ah! sacrrrrbleu !
MADAME BERTHOLIN, effrayée.
Qu'est-ce donc ?
ANTINOUS, se levant, effaré et sautillant sur un. pied et sttr l'autre.
Mille millions de!... Oh!... aie! {Il emporte sa chaise à gauche, s'assied et retire les épingles.) MADAME BERTHOLIN, Voyant Ics épingles à ses mollets et riant aux éclats.
Ah! ah! ah!(1).
ANTINOUS, furieux.
C'est cette petite sangsue!.,
LOU-LOU
Je l'ai pas fait exprès... j'ai cru que c'étaient des pelotes !
MADAME BERTHOLIN, riant lOUJOUTS.
Vous avez donc de faux mollets?..
ANTINOUS
Très-peu!... les jours de bal seulement! (Begar dont Lou-lou de travers, et à part.) Petit morceau de glu!
MADAME BERTHOLIN, fiant encoTc malgré elle.
Fi, Mam'selle! c'est très-laid, demandez pardoa à Monsieur.
LOU-LOU
Je te demande pardon, monsieur Polichinelle* ANTINOUS, d'un air contraint.
Oui, oui, elle est charmante! {A part.) La. moutarde est de trop chezl'épicière! {La prenant sur ses genoux. ) Je te pardonne... et baisez papa!.. (A part.) J'ai envie de la mordre!
Tiens! qu'est-ce que t'as donc là-dessous? {Elle lui enlève son faux toupet.) ANTINOUS, se levant exaspéré et la posant à terre.
Mille noms d'une pipe!..
MADAME BERTHOLIN, le voxjant ckauve et riant de plus belle.
Ah !.. vous êtes donc chauve?
ANTINOUS, perdant la tête.
Très-peu!., les jours de bal!,. Oh! je perds la iioule].. Poursuivant Lou-lou.) Toi , reptile venimeux!.. Je ne sais qui me tient!.. {Ilreprend son toupet.)
LOU-LOU, se sauvant en criant.
II veut me battre... le vilain !.. Au secours!... Mon frère ! {Elle disparaît au moment où Longjumeau paraît à la porte vitrée, une grande cuiller à miel à la main.)