SCÈNE IV
GÉDÉON, TRIBOULARD, donn,int la main a VICTORINli; /jui5, FRANÇOIS, r/uj apporte un guéridon, sur lequel il y a trois couverts^ et trois plats de poisson (I).
TRIBOULARD. Eh ! bonjoup donc, cher ami !. .. GtDKo.M, saluant, des épaules, et son lorgnon dans ra-U. Monsif'ur... Mademoiselle...
miBoi LAUD. Très-bien ! voilà la connaissance faiie... Je vous présente ma (ille!
GtDKo.N (i). Rayonnante, sous toutes ses faces! vicToniMi, 0 part. Quelle différence avec mon valseur d hier...
CfcOKo.v. Quant a moi, je vous prie de m'excuser... uiiiis, quand on arrive de voyage .. Air : J'ai de l'esprit dans mon sac. (Premier acte, Promise.) Je suis, vraiment, affligé, Honteux et découragé, De me voir envisagé Dans un tel négligé...
C'est mesquin, c'est misérable!
Oui, c'est par trop sans façon...
Pour la présentation.
Ce n'est pas présentable.
Ce pal'tot de crispin, Ce vêtement de troltin, Gel ignoble casaquin De velours et de salin...
Cesl ma veste, Un peu leste, C'est ma veste du malin...
C'est ma veste.
Trop modeste, C'est ma vote du matin !
Oui, du reste, J'ai ma veste, Et mon esprit du nicUin-
TRIBOULARD, riant aux éclats (<). Ah! ah! ah!... il appelle ru un néi;lii;ù du malin... mais, [e vous lrou\o éblouissanl, moi !...
vicTORhNE, «i part. On n'est pas plus ridicule! CÉDKON, a part. Efful râlé !... four complet !... lâchons de me rattraper sur le dialogue.
THIBOULABD, faisant asstoir sa fille. Allons, allons, à table !... je meurs de faim! GKDKO.N, d'un air agn-able. Moi, j'en crève! TRiBOULABD, riant toujours. Il en crève!... (A sa fille.} Dis donc, il en crève ! quel luisseraller plein de franchise !... j'adore ces natureslà!... {Ils se placent. — François les sert. — A Gédéon.) Mon gendre, vous servirai-je un peu de car()e ?
GtDÉON, faisant la moue. Oh ! la carpe !,.. TaiBouLABD. Ou du brocliol '.' GKDÉON, avec dégoût. l'euh!,..
TRIBOULARD, levant la cuillère sur un autre plat. Je vois que vous aimez mieux la perche !
GKDKON, d un air résigné, tendant son assiette. Allons !... tendez moi la perche !
TRiBOULAiiD, riant plus fnrl . Oh 1 oh! oh! tendez-moi la |)erche!... {Gédéon lui tape sur l'épaule. A Victorine.) Il est Irès-gai!
GÉDÉo.N, mangeant. Mais quel luxe de poisson !...
TRIBOULARD, d'un air fier. Cesl que, voyezvous, je me livre à la pisciculture.
GKDKO.N. l'isci... quoi?
TRIBOULARD, mangeant. Culture; je fais éclore des petiis poissons dans mes pièces d'eau, par des procédés chimiques...
GKDKON, Comme les allumeltes.
TRiBouLABD, riant encore f/lus fort. Comme les allumetles!... l'as-lu entendu?..
GÉDÉON. Vous devez descendre du fameux Jean Goujon !
TRIBOULARD, SB tordant. Ah I ah ! ah 1... diable de Parisien, va !... il est intarissable !...
GÉDÉON, a part. Pas moyen de l'agacer!... je ne peux pourtant [las lui donner un coup de pied... surtout, pendant qu'il est a;sis!...
TRIBOULARD, à Victuvine, dont François enlève l'assiette. Eh bien, hllelle, qu'as-lu doncP... tu ne manges pas ?
GÉDÉON. Mais si... elle dévore... des yeux, son futur!...
vicTORiNE, réprimant un mout^ement, à son père, a lyii-voix. A propos, mon papa... vous n'avez pas reçu une visite, ce malin ?... TRIBOULARD, distrait. De qui ?
vicTORiNK, timidement. Un monsieur... un jeune homme...
TRIBOULARD, brusquement, tournant la télé. Je ne connais ptrsonne de ce nom-là !...
GÉDÉON, poussant un cri. Ah !...
L'ART DE DÉPLAIKi:,
TniBouLARD, de même. Oh !...
GKDiioN. J'ai failli avaler une arête !
TniBOiLARD, /atsouf des grimaces. Et moi, vous m'en avez fait avaler une!.., {Lui donnant un coup d'amitié.) Satané f.irceur !... je ne pourrai jamais vivre avec cet èlre-là!,..
GÉDKON, S;' Icvant vivement, d'un air piqué. Monsieur, si mon caraclore vous déplaît, vous n'avez qu'à le dire!... je vais m'en aller... je m'en vas!... (// remonte au fond.)
TniBOUt.ARD, se levctnt aussi, et eotirant après lui, pour l- ramener. Acre abandon. M;iis, au contraire, enfant chéri!... je vous trouve ravissant!... je vous trouve un amour!... vous me fon-z mourir de rire... c'est ce qu'il me faut pour ma santé !... [Avec culratnemenl.) Vous m'alloz... vousm'aliezi... au delà de toute locution !... {François emporte le guéridon.)
GÉDKON, déconcerté. Je vous vas... je vous vas!... vous éles'bien bon!... mais mademoiselle?... je ne lui vas pas!...
Tn'iiouLARD. Ma fille'î^... vous lui plaisez! j'en mettrais au feu les deux mains qui me restent !...
GÉDKON. Il ne vous reste que ces deux-là ?... en6n, soit !... mais je voudrais...
TRiBOiLAiiD. L'entendre de sa bouclie? {A sa fille.) Allons, parle, parle... je t'y autorise!...
vicToui.NE, timidement. Eli bien, mon père, puisque vous le permettez... j'avoue que tout autre parti...
TRiBouLARD, l'interrompint. Te réduirait au désespoir!... {A Gédéon.) Vous voyez!... je ne le lui fais pas dire!..,
viCTORiNE. Mais...
TRIBOULARD, vivemcnt. Je cours chez mon notaire!...
GÉDKON, fi part. Sapristi !
VICTORINE, l'arrêtant. Mais, mon père?... vous m'aviez promis d'attendre ma bonne amie, ma compagne de pension,.,
TRIBOULARD. Eh bien, pourquoi ne vient-elle pas?
VICTORINE, Je lui ai écrit. (A part.) Car je n'ai plus d'espoir qu'en elle !... cette chère Ana'is !... (Haut.) et, bien certainement, sous deux ou trois jours...
GKDKON, appuyant. Oui, sous deux ou trois mois !...
TRiB')ULARD, avec exclamation. Relarder voire bonheur, d'une seconde !... non pas!... {A Cédé m.) A bientôt, mon gendre!... loi, ma «fille,.,
VICTORINE, d'un air boudeur. Je retourne à mon piano...
TRinouLARD. PouT recommenccr à tapoter la val.^e éternelle d'hier au soir!... Tiens, elle me sort par les yeux la valse !.,.
Air : Valse des Hâtons dans les roues. (Mangeant.) Ira la la la, la la la, la la laire!,..