‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 171 sur 429 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

GÉDÉON, ANAIS, ven(tnl du fond, des (leurs à la tnain (1).

A.NAïs. sfl;i.<ï voir Gèdion. Je crois que ces fleurs nous feront des coiflutes charmantes!..,

GKDKON, s'approchant d'elle, tiniidentent. Nous les oiTacoz toutes... par votre fraîcheur!

ANAÏs, d'un air fier et le toisant. Qu'eslce que c'est ■?

GKDKON, faisant l'aimable. Je dis : vous les ellacez... toutes... [)ar,..

ANAÏs. sèchement. Assez!... je vous ai défendu de m'adresser la parole!.., {Voulant sortir, à gauche.) Laissez-mui...

GKUi';o.\, qui s'est mis en travers de la porte; auinureu'<emenl. Tu passeras plutôt sur mon corps !... [Il indique son pied.)

ANAÏS. Oh! ce monsieu»', qui me tutoie!.,. voilà qui est nouveau... et de quel droit?

GKDKON. Du droit do l'amour méconnu!...

{L'interrompant, au moment où file va parler.) Oui, rliérie, je sais ce que vous avez dû soulIVir... en me voyant prêt à former des nœuds... mais je les ai brisés comme verre... je suis libre, Anaïs, el tout à vous, ad vitam œternaml ce qui veut dire : pour un bon bout de tem()s!

ANAÏS, avec ironie. Parre qu'on ne veut plus de lui... il me donne la [>référence !... c'est gracieux !...

GKDKON, souriant. On ne veut plus de moi, c'est vrai! mais c'est là mon coup de maître!... mon chef-d'œuvre, mon poëme épique !.,. quand vous saurez que mon oncle..,

ANAÏs (2). Jt^ me soucie de votre oncle, comme de vous !

Gi':ui.0N, Voulant s'expliquer. 11 me suffira d'un mol...

ANAÏS, vivement. Je ne le croirai pas !...

GÉDÉON, criant. Élcou lez-moi, seulement, un mille-millième de seconde?...

ANAÏS, frappant du pied. Non, non, non, non!... je neveux rien entendre!...

GÉDÉON, désespéré. Ah!... c'est à se casser la lête !...

L'ART DE DÉPLAIRE

ANAïs. Cassez-vous tout ce que vous voudrez... ça m'est bien égal... ça ne changera pas mon opinion sur vous!... je vous connais enGn... et j'en rends grâce au ciel... j'aurais peut-être fait la sottise !... [Moucemenl de Gédcon, qui ouvre toujours la bouche pour parler. Se croisant les bras.) Ah ! vous êtes joueur ! ah! vous avez des maîtresses dans tous les coins!... ah! vous êtes adonné aux liqueurs fortes!... oh ! fi !

GÉDÉON, riant. Comment.^ on vous a lu la lettre de Mongéran ?

ANAïs. Oui, Monsieur, je sais tout!...

GÉDÉON. Mais c'est un mensonge...

ANAÏS, sans l'écouler. Et vous êtes menleur par dessus le marché... il ne vous manquait plus que ça !

GÉDÉON. Non, je veux dire que... ce Mongéran...

ANAïs, l'interrovipant, avec volubilité. Est un homme que je bénis, que j'adore... car il a démasqué l'être le plus faux, le plus immoral!... voilà ce que je publierai dans le monde entier, pour que \ou£ ne fassiez plus de victimes... tout Paris saura ce que vous valez... je vous rendrai noir comme charbon!... vous serez montré au doigt, comme un paria, un lépreux, un pestiféré!...

GÉDÉON, hors de lui. Ah! dès qu'une cervelle de femme s'est chaussée d'une idée !... {A Anaïs.) Mais vous changerez de sentiment...

ANAÏS, l'interrompant toujours, en raillant. Quand M. Mongéran se rétractera à votre égard !... et, comme il ne se rétractera jamais... je retourne demain à Paris, où j'épouse M. Beautru, que j'aimerai, que j'aime déjà, autant que je vous abomine !... (Le repoussant, delà main, pour sortir.) Voilà mon caractère !... {Avec ironie.) Je vous salue, cher bon.

GKDÉON, se jetant à ses genoux. Non... je me suspends à ta robe!... tu me traîneras après loi, comme un king-charles... apprends donc que ce Mongéran et moi... [On entend une cloche sonner vivement.)

ANAÏS. Ah!... le premier coup pour le dîner ! et je ne suis pas coiffée !... adieu... Cosaque!... [Elle s'échappe et sort vivement, à gauche.)

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