SCÈNE IX
JEANNE, puis LA PRÉSIDENTE.
JEANNE. Thérèse!... J'avais cru l'entendre!... non, elle est encore .«ortie!... {Regardant autour d'elle.) Eh bien ! je n'en suis pas fâchée... Il m'a semblé lire dans les regards de M. Hubert... qu'il ne tarderait pas à revenir!... et quand Thérèse est là, près de nous... Mon Dieu! je l'aime bien, cette bonne Thérèse... mais elle a l'air de le gôner !... les paroles de M. Hubert n'ont plus le même abandon... et j'ai tant de plaisir à l'écouler !... Cerlainemcnt, ce qu'il dit n'a rien de bien extraordinaire... mais le son de sa voix... son sourire y donnent un charme!... (La main sur son cœur.) Ah! c'eslque je l'aime encore plus que je ne croyais!... (Elle fait un pas pour fermer la porte de droite et s'arrête en écoulant au fond.) On ouvre la petite porte de l'enclos... (Avec joie.) C'est lui!... (Elle se retourne et aperçoit la présidente, qui entre par le fond; elle est en costume de ville élégant, rappelant à peine le veuvage, et tient à la main un riche éventail à la mode du temps. —Avec un petit cri de surprise (1). Ah! madame la présidente!
LA pnÉSiDENTE, souriant. Est-ce que je vous ai fait peur, mon enfant?...
JEAN.N-K, 5e remettant. Oh! non, Madame... mais j'étais si loin de m'attendre à un tel honneur!... Vous ici, dans mon humble maisonnette!... c'est la première fois.
LA PRÉSIDENTE. J'étais allée faire visite à la baronne de Mareil, que je n'ai pas trouvée... et, en revenant, comme ma voiture passait devant votre porte, je me suis souvenue que je vous devais une réponse... J'ai laissé mes gens à l'entrée du petit bois.
JEANNE. Que VOUS ôtes bonne !... [Admirant sa toilette.) el que vous êtes belle!
LA PRÉSIDENTE, avec ccmplaisance. Ce qu'il y a de plus simple!... Quand on est veuve seulement depuis deux ans, on ne peut pas se permettre...
JEANNE, prenant l'éventail quelle fait jouer. El cet éventail! quel bijou!... Par exemple... ces petites bergères!... leur costume est un peu léger!
LA PRÉSIDENTE. Oui... Ics baignouscs!., . Mes 1 J. la P.
principes sévères me défendaient peul-ôlre... mais c'est de Watleau!... c'est à la mode!...
JEANNE, lui rendant l'éventail. Quelle jolie toilette!., comme tout cela vous va bien! C'est donc ainsi que l'on va à la cour?
LA PRÉSIDENTE. Enfant!... du tout!... (Avec un petit soupir.) Je n'y suis pas encore reçue... c'est justement de cela que je viens causer avec vous. (Bile s'assied à gauche sur tm siège que Jeanne lui a avancé.)
JEANNE, souriant. Avec moi!... Mais je n'ai aucun crédit à la cour!
LA PRÉSIDENTE, la regardant. Vous en auriez beaucoup... si vous y paraissiez! mais vous aspirez à un bonheur plus obscur, ., plus calme... et vous avez raison! (Lui montrant une chaise près d'elle.) Mettez-vous là, chère petite, et parlons à cœur ouvert, comme deux amies!
JEANNE, avec respect. Oh! Madame!...
LA PRÉSIDENTE, la faisant asseoir près d'elle. Quoique de bonne naissance, vous avez placé vos affections un peu au dessous de vous... (Mouvement de Jeanne.) Je ne vous en blâme pas... Mon Dieu! l'amour n'y regarde pas de si près, et du moment, comme vous me l'avez écrit, que ce M. Hubert, que je ne connais pas, vous plaît...
JEANNE. Sans doute qu'il me plaU, Madame, et beaucoup!.., mais tout dépend des renseignements que je vous ai priée de prendre sur lui, auprès de son maître.
LA PRÉSIDENTE. C'est co que j'ai fait, mon cœur, et je dois vous dire que les renseignements sont excellents!...
JEANNE. En vérité?
LA PRÉSIDENTE. Dans uue de ses dernières visites, j'ai interrogé adroitement le comte de Mailly sur les personnes de sa maison, et notamment sur M, Hubert...
JEANNE, vivement. Eh bien?...
LA PRÉSIDENTE. Il cn fait le plus grand casl... Pendant une heure il m'a chanté ses louanges, me répétant que c'était un garçon loyal, plein d'honneur, esclave de sa parole!...
JEANNE, e?ic/ja?îiee. J'en étais sûre!,.. Oh! Madame, comment jamais reconnaître un si grand service!...
LA PRÉSIDENTE, SB levant. Vous le pouvez facilement, chère petite.
JEANNE, se levant aussi. Moi?... parlez!...
LA PRÉSIDENTE, minaudant. Je ne vous cacherai pas que le comte m'aime éperduinent...
JEANNE. Le comte de Mailly?
LA PRÉSIDENTE. Oui, mignonne!... il veut m'épouser... il le veut... (^4 part, avec un petit soupir.) il le doit! (Haut.) Ce n'est ni sa fortune, ni l'éclat de son rang qui me déciderait... comme vous pensez bien!,., mais, malgré la sévérité de mes principes, je me suis aperçue qu'une veuve... est bien seule!,.. Je crains, je l'avoue, le carac-