BARBEZIEUX
Bon! rien qu'une pi(!Ùrc aux doii^ts...
[Montrant le comte.) 11 conduit si mal son épée !
C'est «a écolier a ce jeu... Le hasard seul lu vint en aide...
Car, a sa place, vcntrcblcu !
Moi... je me serais tué raidc.
LE COMTE, riant. J'en aurais été bien fAché..., lu m'amuses trop... (Regardant au fond, comme s'il attendait quelqu'un.) Mais je ne puis te donner ô dîner.
BARBEZIEUX. Pourquoi?
TAVANNES, vivcment. Parce que nous l'emmenons à Paris...
cHABRiAc. Il a sa grâce... el avant d'aller remercier le roi, il faut qu'il vienne sc griser avec nous chez Bancelin...
BARBEZIEUX. Ingénicusc idée!... j'en suis!
LE COMTE, sèchement. Je n'irai pas!
TAVANNES. Tu perds la tôle !...
ciiABRiAC, à Barbezieux, en riant. Après ça, on la perdrait à moins: son père veut le marier!
BARBEZIEUX. Se marier! fi ! l'horreur! Est-ce que des gens d'esprit font de ces bétises-là?... Ce n'est pas moi, d'abord, j'ai bien juré... et si Armand avait la faiblesse... je ne lo reverrais jamais... (Se ravisant.) Ah! si... pour lui soufllor sa femme!...
LE COMTE, haussant les épaules. Je lo le permets! (// va parler à Joseph, qui rentre.)
CHABRIAC. Comment l'y prcnrlrais-fu?
BARBKZiKUX. Ticns!...
CHABRIAC, ironiquement. Toi? allons donc!
TAVANNES. A moins d'user des grands moyens! Le boudoir à la Bichclicu !
ACTR [l, SCftNK V
n.viini ziLUX. Qu'osl-cc que c'est quo ra?...
TAVAN.NES. Tu n'iisilonc pus vu celui irAimandï (// lui montre la porte a gauche.)
cnvBi'.i.vc. Une fois ciUré la ..
TAVAN.NKS. Oii esi sjisi d'une douce langueur...
ciHuniAC, à Harbizieux. Je crois bien... dans les cou^sins... derrière les uicublos... sous les lei\idies nièiiie, un choix de pinfunis...
tava>m;s |) aroii.ales il"C)rien(...
ciivuiiuc. (Jiii vous plongent dans un ^omnu'il délicieux.
UAiiUKziEUX, souriant. Ah bah!
TAVAN.NES. Les idées se confondent...
ciiAuuiAc. On D'à plus la conscience de soinïênie...
DAUBKZitLX. Ah bail!
TAVAN.NES. Et l'on rcposo douccmenl...
ciiABniAC. Prés de ce joli marbre do Gouslou... de l'Amour et l'.-ychél...
DMXBKZiEux, voulatU eiitrcr. Oh! o!i ! lAniour et Psyché, c'est dans mon genre!
Lii coMTii, fermant la porte {\ ). Arriére, profane:
iiAnDi'.ziiX'X, souriant de plus Lcllc. Ah! c'est ce que vous appelez un boudoir a la... Ventre ilc biclie ! j'en auiai un!... {Se rcprcnanl.) i'cn aurai deux... un à la ville et un à Ki campagne... Je veux ôlre l'homme de France le plus scélérat !...
ciiADRiAc. Trêve de sornettes, Messieurs... Nous avons nos voilures... parlons!
TAVAN.NES. Viens, Armand.
LEcoMTi;. Impossible : je vous l'ai dit : je rcslc.
ciiABniAc. Sérieusement':*
LB COMTE. Sérieusement! et vous m'obligerez même on me débarrassant de volrc présence.
TAVANNKS. C'cst-à-dirc qu'il nousren\oic!
innuEziKLX C'est aim:d)le!
ciiABr.iAc, avec colère. C'est un afTionl!... Morbleu ! dussé-js te forcera me donner aussi un lion coup dépée, lu viendras avec nous!...
LE COMTE, impatienté et mettant la main à l'cpêe. )0h\ soit!... si tu y liens!
BvnBEZiELX. Kh! Messieurs, y pensez-vous !... sans aucun motif. (Frappe d'une idée.) Ah ! je sais pourquoi il nous fausse compagnie!... La pelilo de l'autre jour! .Margot, Margolon, .Marjolaine... je ne sais plus... une jolie fille, ma foi!
LE COMTE, voulant le faire taire{t). Barbczieux!
DABDi-.ziELX. Il cst piqué... parce qu'elle l'a joié a la porte.
ciiAuniAc ET TAVANNEs. Ail boli! Vraiment?
LE CO.MTE. C'est a-dire...
DAKni zii;ix. Ah! j'étais présent!... ainsi!... .M«is, mon Dieu! cela arrive à tout le monde... Moi, qui vous parle... je suis pcul-ôlre l'homme
de Franco qu'on n le plu?; jo!é à l;i porte... ot mônic par la fenêtre...
ciiABKiAc, au cov}te. Ouoi ! colle déesse chainliêhc?
LK coMTK, cift'c cffurt. Lh bien, oui, je reste, parce que mon départ scr.nl l'aveu de ma défaite... [larcequecetlepoiile paysanne... celle innocente, celle enf.inl «pii dcva t me servir de jouet, m'a joué elli'-ménio... j'ai élé vaincu, chassé par elle!...
Tois. Pas possible!
LE co.MTE. Jugez si j'ai hcllo de prendre ma revanche.
ciiABiiiAc. Et comment y parvenir':*... tu dois ôtre consigné?...
Li: COMTE. Complélemenl.
CHABniAc. Tu as écril?
LE COMTE. Vingt fois.
BAiiBEziEL-x. Saus rece\ oir do réponse! (Joseph rentre.)
TAVAN.NES. A!ors, si lu ne peux te présenter chez elle... que diable cspcres-tu?...
LE COMTE, tranquillement. Mais qu'elle viendra chez moi.
Toi's. Chez loi.'...
DAiiBEZii-.Lx. Quand?...
LE co.MTE. Aujourd'hui.
TA VANNES, nvcc admiration. Oh! si tu fais cela!...
LEcoMTK, à Joseph. Joseph, as-tu laissé la petite porte ouverte'.'
JOSEPH. Oui, monsieur le comte.
BAiiBKziiax. Ah çà ! comment veux-tu qu'une femme qui est restée insensible à vingt lettres de toi?...
LE COMTE. Elle ne résistera pas à celle quo -loseph lui a écrite ce malin.
TOUS, étonnés. Josei)h!...
JOSEPH, plus étonné (i). Moi, Monsieur, je n'ai pas écrit !
LE COMTE. Si fait!
JOSEPH. Je VOUS assure...
LE COMTE. Une lettre qui fail honneur à les senlimcnls et à ton style... [Souriant.) J'en sais quelque chose...
JOSîPH, devinant a moitié. Ali!
cHABuiAc, de même. Je devine 1... son air d'assurance... (On entend la sonnette d'une parle extérieure.)
JOSEPH, remontant, à 7ni-voix. La petite porte qui s'ouvre...
LE COMTE, avec joie. C'est elle!... Oh! qu'elle nielle seulement le jiied dan.s le e,liaL<:au...
TAVANNES, lui prcuunC la inuin. El elle n'en sortira pas?...
LE COMTE, ai'cc explosion. Non, foi do genlilhonime!
i U.C AI. ï.
IS
LE FAUCONNIER
ciiADuiAC (I). Très-bion... nous le laissûus.,.
LE COMTE. C'est cela.... une heure de chasse dans la forêt... A votre retour... [Montratil lu fenêtre à droite.) si ce rideau est baissé!...
BARBEZiEUX, riant. Nous sonnerons l'iialali!...
JOSEPH, écoutant. J'entends son pas léger...
LE COMTE. ParLoz. {Il remonte au fond.)
TOUS. Adieu!
LE COMTE, qui a regardé au fond, à ses amis, Eli! non, restez...
BARBEZiEux, étow'di. Partez ! Fcslez !... ah çà! il nous fait virevolter...
LE COMTE, en colère, à Joseph. Ce n'est pas elle, bourreau!...
JOSKP}!, regardant. Vertucliou !... je n'avais pas laissé la porte ouverte pour celle-ci...