‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 274 sur 429 · STÉPHANE, CLARISSE · texte numérisé non relu

STÉPHANE, CLARISSE

CLARISSE, entrant vivement. Je ne puis croire à tant d'audaco'...

STÉPHANE. Il ciait temps!., c'est ellel,,

CLARISSE, voyant Stéphane. Quoi! Monsieur, vous osez paraître...

STÉPHANE. Pardon, Mademoiselle...

CLARISSE. Ah! j'ai su de vos nouvelles. Monsieur, par ma maîtresse de musique!., que faisiezvous à Boulogne-sur-Mer?

STÉPHANE. Je prenais des bains de Barrèges !.. non... je faisais les afl'aires de ma maison de comm3rce... je me désolais d'être loin de vous!..

CLARISSE. Oui. En courant les bals, les fêtes!,.

STÉPHANE. Dame! quand on a du chagrin!..

CLARISSE. Au surplus, ça m'est égal ! comme je ne vous aime pas, que je ne vous ai jamais aimé !..

STÉPHANE. Vous mcntez !

CLARISSE. Par exemple!., allez-vous-en, Monsieur; si maman vous voyait...

STÉPHANE. Elle ne me connaît pas.

CLARISSE. C'est ce qui vous trompe; elle vous a remarqué lorsque vous nous suiviez à la promenade... même qu'elle disait ; quel est donc ce petitblond qui rougit quand je le regarde?.. Si elle vous trouvait seul avec moi, que lui diriez-vous?

STÉPHANE. Je lui dirais que je viens lui offrir des vins de Bordeaux... tous les jours on entre dans les maisons, pour offrir des vins de Bordeaux.

CLARISSE, indignée. Vous avez le coeur de plaisanter !.. je m'éloigne !

STÉPHANE, l'arrêtant avec force. Non, vous m'écouterez (2); à mon tour de vous accabler de toutes sortes de choses désagréables!.. Eh bien! oui, jemesuisamuséà Boulogne!. .Eh bien! oui, j'y ai fait la noce, pour rire; mais vous, félonne, vous allez la faire aujourd'hui même... pour de vrai, la noce !..

CLARISSE. Ciel! vous savez!..

STÉPHANE, amé?'pment. Peu m'importe, après tout, car je ne vous aime pas non plus, moi... je ne vous ai jamais aimée, moi!., j'en aime une autre, une superbe autre... dix autres!., d'abord j'aime toutes les femmes, moi!., c'est un mal de naissance... mais comme vous faites partie de ce sexe... volatil... je ne veux pas que vousvinis mariiez sans mon consentement! (Vivement.) Qu'est-ce que vous épousez? un mirliQor, une barbiche, un gant jaune?..

CLARISSE, suppliante. Monsieur Stéphane!.. STÉPHANE. Son adresse ?son état? son nom!.. (O't entend le bruit d'une voiture.) CLARISSE, regardant par la fenêtre. Il pourra

SŒNK VU.

vous l'apprendre lui-mèmo !.. car le voici (<)... mais si vous avez (juplqnes égards pour moi... vous ne l'allendrez pas!.. .Adieu, Monsieur! {Elle rentre à (jauche.)

sTtpjiA.Mi, seul. Mon rival!.. Irès-bien !.. je vas couunencer par lui bnsor le lorse... ça lu désobligera!., ça la vexera!., c'esl loul ce que je deniande !.. second bAlon dans les roues. (// s'empare du manche à balai ijue Mariette a laissé contre la muraille et s'embusque près de la parle du fond.)

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SCtNE VII.

STtPlL\Nt:, V.\UD0RÉ(2).

VAUDORÉ, en dehors, avant de paraUrc. Que la voilure resly là !..

STKi'iu.NK, levant son bâton. Oui, lu en auras besoin de la voilure... pour le reinporlor !

VAt'OOBÉ, entrant. Quevois-je?

sTKPiiANE, stupéfait, et laissant tomber son biM'jn. .Mon oncle !

VAUDonÉ. Stéphane !..

STÉPHANK, à part. Mon odieux rival est mon rcspec.able oncle !.. et j'allais laper dessus!..

VAi'DonÉ, (jaiement. Déjà, au rendez- vous?

STtPHANE, étonné. .Au rendez-vous'?

VAUDORÉ. Tu as donc Irouvé au miii;asin, ce mol. par lequel je l'inculquais de venir me joindre céans, aussilollon déboîté":'..

STÉPHA.NE, étourdi. Oui, mon oncle...

Air ; Faisons ici défense expresse.

J'accours, neveu des plus dociles!

VAUUORË, allant pour l'embrasser, et voyant le manche à balai Mais que tiens-tu la dans ta main?

STÉPHANE, embarrassé.

Une... canne... de bois des iles...

L'a espèce de jonc... marin'.

Un véritable Tamarin !..

Je le cueillis dans ma lournéff.

VAl'DOBÉ.

Pour rae l'offrir?., ah 1 je comprends '

STteUANE.

Je n* vous cach'rai pas plus longtemps Qu'elle vous était destinée.

VAUDor.É. C'est très-genlil à toi!., lu connais mon faible pour les cannes! j'en ai septante' neuf!., ca m'en fera septante-dix...

STÉPHA.NE. Et encore une, ça vous fera...

VAUDORÉ. Seplanle-onze... mais c'est drOlc, ça a l'air d'un manclie à balai !

sTÉniA.NE. Oui, \ous savez... quand le bois des lies ncsi pas travaillé...

VAUDORÉ, d'un air doctoral. Ce qui est brut... est brull.. je la ferai raccourcir... et avec une pomme d'or, un boui d'acier, une ganse de soie... et deux couches de vernis...

STÉPHANE, ù part. Ça fera un très-joli manche à balai !

VAUDORÉ, la mettant sous son Iras comme une canne. Merci de ton attention, mon garçon! et en échange, je veux le fairo un cadeau do noce...

STÉPHA.NE, feignant de ne pas comprendre. Vous allez me marier?

VAUDORÉ. Pas loi... moi!

STÉPHANE. Vous?

VAUDORÉ. C'est pour te promulguer mon intention... que je l'ai enjoint rf'a(/ï;t"nir en ces lieux... (D'un ton sentimental.) Slé[)hanc, depuis longtemps, ma nubilitii mo pèse !..

STÉPHA.NE. Sapristi I

VAUDORÉ. J'éprouve le besoin d'élro époux... d'ôlre pure!..

STÉPHA.NE, d'un air de dédain. C'esl bien commun !.. vous, mon oncle, qui avez toujours vécu dans le grand monde... qui en avez conservé le langage distingué !..

VAUDORÉ. C'est vrai; le style bourgeois m'est nauséabond, grâce à ce riche seigneur étranger qui m'avait pris en amitié et m'emmena dans toutes ses pérégrinations exotiques...

STÉPHA.NE, à part. Kn qualité de valet do chambre !

VAUDORÉ. A sa mort et malgré ses bienfaits d'outre-tombe, qui me permirent de cultiver la vanille en grand... je m'aperçus qu'un garçon était bien... célibataire ! j'y songeais récemment, lorsqu'au coin de la rue du Pas-de-la-Mule, jo rencontre deux femmes...

STÉPHANE. Vous en devenez amoureux!

VAUDORÉ. Eperdument !..

STÉPHANE. Des deux?

VAUDORÉ, souriant. Bouffon que tu es!., de la plus jeune!.. {Reprenant son sérieux.) Stéphane, tu saisque, sous l'apparence d'un calme invulnérable, je suis violent et obstiné...

STÉPHANE, o part. Moi aussi !

VAUDORÉ. Quand je me mets quelque chose en tôle, le diable en personne se donnerait un leur de reins avant de l'en extirper.

STÉPHANE, « part. Moi aussi!

VAUDORÉ. .Aujourd'hui même j'épouse damaiselle Clarisse Bidault...

STÉPHANE, s'oubliant. Moi aussi !

VAUDORÉ. Hein?

STÉPHANE. Je dis : et moi aussi si j'é'.ais à

place, j épouserais...

VAUDORÉ. Ah!.. Et j'attends de votre respect filial, mon neveu, que vous signiez le contrat allègrement !..

STÉPHANE; (/ part. C'est co (pjo nous verrons...-

UNE PASSION A LA VANILLE

(Haut.) Comment donc, cher oncle, des deux n:ains! je brûle da voir voire future, de lembrasser!..

vAUDonÉ. Ah! Stéphane! lu me dilates, do prendre la chose ainsi !

STKriiAM:. Je la prendrai comme ça... toujours !..

vAunoRÉ, l'embrassant. Je vais m'informer si CCS dames ?onl visibles!., il est parfois insolite Aq se présenter... {Revenant sur ses pas.) Ah!., qu'est-ce que jo voulais dire?..

STÉPHANK. Dues loujoiirs.

VAUDouÉ. Mon fiacro! il serait sitratondant de le garder : va payer le cocher... {Cherchant') C'est le numéro?., je n". i pas regardé... mais cet antomédon m'a remis son petit carton... (Le tirant de sa poche et le lui donnant.) Tiens... renvoie-le sur-le-champ... Ah! voici ces dames...

STÉPHANK, .st'»/. Si je sais comment rompre ce mariage immonde!., (Frappé,) Ah!., essayons!..

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