SCÈNE XII
VAUnORfi, STÉPHANE, puis CLARISSE (f ).
VAUDORÉ, assis. Je suis stupéfié! Stéphane.., qu'en dis-tu'?
1 S. madame B. Y.
STÉPHANE. Dame... comme on dit : l'amour... c'est l'amour! ce qui est brut est brut!
VAiDORK, 5e levant. Et qui diable épouset-olle?.., quel est limbécilo aascz abandonné du ciel !'..
CLARISSE, tortant de sa chambre, à droite. Arr<^lez, Monsieur (1). Cet imbécile... c'est votro neveu !..
STÉPHANE, à part. Ah! fichlre!
VAiDORÈ, se récriant. Stéphane !.. lui!.. CLARISSE, ai'ec ironie. Lui môme!., j'ai tout entendu... et je lo félicite de la délicatesse de son procédé, et de la constance de ses sentiments... STÉPHANE, o part. Bigre !.. la peiite furie qui ne comprend pas, el qui va faire des siennes!
VAUDORÉ, revenant à lui. Tu quoquc... nepote!..
STÉPHANE, à part. Il parle encore latin! décidément, il pleuvra aujourd'hui.
VAunoRK. Te marier!., el avec...
STÉPHANE, vivement. Mon oncle, je sais tout ce qu'on peut dire à cet égard!., mais, que voulez-vous'?..
Air -. J'aime, j'aime (M. Pantalon).
J'aime, j'aime !
A tout, ce mot-la seul répond,..
J'aime, j'aime !..
(Regardant Clarisse àla dérobée.) Mais, mon amour, le comprend-on '/
(Reprenant avec feu.) J'aime, j'aime, j'aime, j'airae !..
Et voyez-vous, moi-même Cet amour sans raison (bis.) Me confond !
VAUDORÉ. Ah!., tu conviens donc?..
STÉPHANE. Oui... mais... (Ko u/orW reprendre l'air.)
J'aime, j'airae...
VAUDORÉ, s emportant. Ah!., que le diable le pata fiole !..
CLARISSE, a Stéphane. Ainsi, Monsieur... vous épousez maman (2)!..
STÉPHANE, lui faisant des signes. Oui, Clarisse... vous serez ma tante... el moi jo serai volro beau-père !
VAUDORÉ. Hein? (Après avoir refléchi.) Au fait, c'est vrai !..
STÉPHANE, voulant lui prendre la main, c/iantonnant.
Aimerez-vûus votre beau-père !..
Aimerez-vous ?..
CLARISSE , sèchement et lui tournant le dos. Laissez-moi, Monsieur (3)!..
STÉPHANE, sentimentalement. Quel groupe attendrissant nous allons faire à nous quatre...
UiNE PASSIOiN A \A VAMLLE,
jamais il n'y anra ou des ôlres plus unis par les liens do la famille!., je serui le grand-père do vos çnfanls, mon oncle',..
VAUDORK, surpris. Toi?,.
CLAlUSSli. Vous?
gTÉPUA.NE. Sans doute, élant le mari de la mère de voire femme!..
YAUDORÉ, chcrchaut à comprendre. Hum !.., c'est possible !...
STÉPHANK. En outre, vos petits, si vous en avez, seront mes cousins... puisque vous éles mon onde!., les miens seront vos beaux-frères!., et de plus, les vôtres seront mes petits enfants, puisqu'ils seront nés de votre épouse, qui sera ma bru, étant la tille de ma femme... qui sera votre belle- mère... entendei-vou*. mon gendre?
YAUDORÉ, qui a eu peine à le suivre. Ah! quel gâchis.., hiéroglyphique !
CLARISSE. C'est à ne pas s'y reconnaître!
STÉPHANE, à part. Je voudrais le faire tourner en bourrique!..
. vAuooRÉ, à Stéphane. Et si je te refusais mon consentement?
STÉPHANE, û part. Je l'espère bien, parbleu!... (Haut.) Mais c'est plutôt moi qui pourrais vous refuser le mien!..
YAUDORÉ. Celui-là est nouveau... ne suis-je pas ton oncle?
STÉPHANE. Ne suis-je pas votre beau-père... ou peu sen faut?
YAUDORÉ. Comment, drôle!,.
STÉPHANE, vivement. El si je ne voulais pas vous accorder ma bru ?..
YAUDORÉ. Ah ! c'est comme ça!., eh bien ! je te déclare (!)... que je consens à tout...
STÉPHANE, 0 parf. .Vie! aïe!., jo me suis enferré !
YAUDORÉ, avec intention (2). Épouse maman Bidault!., en faveur d'icelle, je le donne moitié dans les bénéfices de ma maison de vanille... je me charge des frais de noce... de la corbeille... je me charge de tout !.. mais épouse-la tout de suite... aujourd'hui... je l'exige!., pour que je passe... je guis pressé! {A lui-même d'un air triomphant.) Ah!..
STÉPHANE, à part, se frappant le front comme frappé d'une idée. Je me déferre!.. (Haut.) Mon ûncle, mon intérêt personnel ne me fera jamais trahir mes de\oirs de père de famille!.. {D'un air grave.) Il faut au préalable que je cause avec mon épouse de 1 avenir de notre enfant!
CLARISSE. Hein?
vaudoré. Plalt-il?
STÉPUANE, prenant une prise de tabac dans la boUede son oncle. Certainement, votre recherche nous honore !.. mais la disproportion des âges !..
quelquefois unejeuno fillo... [/ar dépit... so laisse aller à un mariage... Je crois savoir de bonno part que ma bellerfillo a une inclinatioç secrète... YAUDORÉ. Gomment!
CLARISSE, les larmes aux yeux. Quelle indignité !
STÉPHANE, /a ;)renan/; Jansses iras (l). Clarisse, chère enfant!., il vautmieux l'avouer avant (ju'après... si tu en aimes un autre... parle sans crainte... verse ton chagrin dans le sein d'un père' {Il l'embrasse.)
YAUDORÉ. Il abuse de la paternité (2)! {Le repoussant.) Brigand!., voleur! (3).
CLARISSE, étouffant. C'est affreux!
STÉPHANE, de l'autre côté et toujours came. Ce que tu souffres!., jo le vois!.. Eh bien! confietoi à cet honnête homme... {Montran ison oncle.) Qui est calme, maître de lui!.. Un marchand do vanille!., ilest digne do s'entendre!., il sentbon! dis-lui lout!..
CLARISSE. Ah! je suis furieuse (4)!
YAUDORÉ, Qu'est-ce qu'il y a donc, ventre do biche!..
STÉPHANE. Elle va tout vous dire... dis-lui tout!
CLARISSE, sèc/ie?)ie»U. Oui, Monsieur, il saura tout ce que je pense.
STÉPHANE. Et maintenant, allons trouver la vieille... si elle me reste sur les bras... je la laisse tomber... tant pire! {H entre chez madame Bidault.)
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