SCÈNE IL
PRETTY, puis MARANS.
PRETTY, d'abord seule. Idiote! c'est-il rustique, ces hommes des bois!.. (Souriant.) Ils ne rêvent quebraconniersetvoleurs! (Haussantles épaules.) Est-ce que des filous viendraient s'établir dans une forêt!.. Ils ne feraient pas leurs frais!.. (Se ravisant et baissant la voix.) Hum!.. (Elle remonte et regarde, des deux côtés., pendant la ritournelle.)
Air -. Chacun son bien (Clapisson).
Quoiqu' ça, je r'douf leur approche...
Les larrons sont si malins!
S'ils savaient qu' j'ai, dans ma poche, Tout' ma fortun'... quinz' schellings!..
J'ai su m' les économiser, Afin de me faire épouser; Je n'entends pas qu'ils mêles prennent!.. Ça m' Trait du tort près des garçons... Ah! oui-da, qu'ils y viennent!
Qu'ils y viennent!
Et nous verrons !
Tien, tien, lien.
Chacun son bien!..
Qu'ils vol'nl les aulrs... je n' dirai rien!
(\) T. Pat. P.
iiAiiANS, cudcltors. Hé! mon enfant!
riiETi'Y, tremblanle et les mains sur ses poches. Saint Georgesien voilà \\n'.(Ls regardant entrer.) Non, il est trop avenant pour ça !
MARANS, courant à Prettij. Impossible de la retrouver! dis-moi, l'as-tu vue? réponds vile!
l'UKTTV. Qui ça, miiord ?
MARANS. Hé! parbleu ! celte fée... celte charmante apparition !.. ou, plutôt, sa voiture... uno calèche... là-bas... tout à l'heure?
PRETTV. Surlaroute de Dinsdale! Ah! la calèche bleue... et la belle voilée... comme on l'appelle !
MARANS , vivement. Elle est belle , n'est-ce pas? jeune? ravissante d'éclat et de grâce? (Avec joie.) J'en étais sûr!
PRETTV. Dame ! on ne sait pas!... Personne ne peut se vanter d'avoir vu sa figure!
MARANS. Qu'est-ce que ça fait? Il ne faut qu'un peu de tact!., nous autres Français !..
PRETTY , à pari, le regardant avec plaisir. C'est un Français!
MARANS, continuant.
Air : On dit qus je suis sans malice. Tiens, nous devinons une femuie, Ses yeux, ses traits, jusqu'à son ànie!.. Nous jugeons tout... et sans avoir, Pour cela, besoin de la voir.
Avec notre coup d'œil de maître, Nous l'adorons, sans la connaître!..
PRETTY, souriant.
Et puis, dès qu' vous la connaissez, Vous en avez beu vite assez.
MARANS. Oh! j'aime celle-ci!.. C'est pour elle que, depuis quinze jours, je parcours le comté en tous sens! Vingt fois, j'ai rencontré celte mystérieuse calèche... et sa propriétaire, plus mystérieuse encore... sans jamais pouvoir lui adresser la parole!., dès que je m'approche, le chapeau à la main... ses maudits chevaux, que je n'ai f)U mettre dans mes intérêts, l'emportent comme le vent! mais, c'est égal! cette taille flexible et fine... ce bras arrondi... ce port plein de charme et de distinction, tout décèle uno personne accomplie, et, chaque jour, je me trouve dix fois plus amoureux que la veille.
PRETTV, riant. Quéqu' ça sera donc, au bout de l'année ?
MARANS. Qui est-elle? lesais-lu?
PRETTV. Non, vraiment! mais, à ce brillant équipage, son groom , deux grands laquais poudrés... ça doit être quelque riche lady des environs !..
MARANS, contrarié. Ah ! diable ! tu crois qu'elle est mariée? (Prenant son parti.) Enfin ^ on ne peut pas tout avoir!
PRETTY. Ça ne vous cmpéchorail pas?..
MARANS. Ça n'empêche janiais!.. mais j'aurais préféré... (Se retournant vivement et allant re-