‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 299 sur 429 · SCÈNE YIL · texte numérisé non relu

SCÈNE YIL

GULLIVER, O'BRIAN, mise de gentleman distingué.

GULLIVER, le prenant d'qbord pour Marans. Tiens, vous voilà déjà revenu !

o' BRIAN, saluant avec courtoisie. Milord?

GULLIVER, le regardant. Non! ce n'est pas le Français... {A O'hrian.) Pardon de la méprise,

Monsieur {A part.) Tournure distinguée

{Voyant qu'O'brian regarde de tous côtés.) Monsieur s'est égaré, peut-être ?

o'brian. Oui, je cherche quelqu'un... (Le regardant.) et je vois que je l'ai trouvé.

GULLIVER, avec empressement. Gomment donc! je me ferai un vrai plaisir de vous servir de guide. A quel château vous rendez-vous?

o'biuan, souriant. Au château de... je ne peux jamais me rappeler son nom!.. {Promenant son bras dans plusieurs directions.) Sur la hauteur... là-bas.... OU; de ce côlé.... je suis un peu désorienté!

GULLIVER. Je les connais tous... je vais vous y conduire! {A lui-même, gaiement.) i'ai du bonheur... je ne rencontre que des gens charmants, aujourd'hui... {Haut.) Je prends mon fusil et... {H fait un mouvement pour l'aller prendre.)

o'brian, passant familièrement son bras sous le sien et l'arrêtant. Ah! vous avez un fusil?

GULLIVER. Oui, j'étais en chasse...

o'brian. C'est fort prudent. Monsieur... car on m'a parlé de voleurs, dans le voisinage.

GULLIVER, d'un air de jactance et imitant Marans. Pouh! des contes bleus... des histoires de nourrices! il n'y a pas de voleurs, il n'y en a jamais eu !

o'brian, le retenant toujours comme pour causer. Hum ! j'ai quelques raisons pour ne pas être de voire avis!

GULLIVER, un peu soucieux. Vous y cio;. cz?

o'brian. Je suis foné d'y croire! j'ai eu souvent à faire a eux !

GULLIVER. Ah!.. Monsieur voyage?

o'biuan. Beaucoup:

ACTK I. SCÈNE V!l.

ci'Li ivEn. Pour son plaisir H

o'iJiUAN. Kl |.;ir cl.it.

GULLIVER, àp<ir<. C'est un nésocianl en {jtiosî (Tout eu se promenant hras <lessu<i hra^ dessous ft sans affectation, Obrian fait tourner Gulliver et se trouoe phui; entre lui et son fusil.)

oBiiiAN, continuant. Mais j'yi une faiblesse'... j'iiiiiie mes ai»es.

Gi;i.Livi:n. gaiement, .lo partaîo celle faibles.se.

o'ni\i.\N. Jo ne |Hiis voyaficr ()uc (i.iii.s une bonne \oiUire à moi.

GULLIVER. Une '.lormeuseî.. où Ton sélond!

o'uin.vN. .\vec mes cliovaiix pour inaric^lcr, quand je veux !

GULLivKR. C'est comme moi 1

o'BniAN.Ume faut le meilleur hôtel, le n'pillenr souper !...

GULLIVKR , toujours gai. Le meilleur claret? c'est comme moi' (.1 part.) Un lord de la chambre haute, [)Our le moins !

o'DniAN. lîl beaucoup d'or dans mes poches!,.

GULLivtii , faiisunt sonner ses poches. C'est comme moi! je ne m'embarque jamais sans biscuit!.. (Lui frappant fnmUicrcmeunt sur l'épaule.) Allons, allons, mon gaillard.,, je vois que nous avons soin do nous! (Avec bonhomie.) lié! ninn Dieu! (juand on a le moyen do se donner loiiî ça.,, on serait bien dupe.,.

ouniAN. .\h ! voilà!,, c'est que, jusiemcnl, lout cela est au-de.ssns de mes moyens.

GULLivEn, redevenant sérieux. .AI :rs, vous êtes obligé de \ous reslrcindre,

o'ilRIAN,

Air i.lu Part'tgc do la r /dusse.

Rloi? i:îc rosUiiiiirc 1 ah' jam;iis je n'y prnsc! C'est impossihio... oui, riiiiliittide e.sl lù! Le pli, Idonsicur, est pris... de ma dépense Jo ne saurais retrancher... g;i !

GULLIVKR.

C'est s'écai'lcr des règles tinanciéies,.. ORRi \N, coulinuant.

Or, il finit donc, point do luilieu, Qa'iri, poiu' faire honueur a mes affaires.

Tout le monde s'y prête un peu.

GULHvKn,i;i</uù'Moul le monde?.. Comment?

o'uuiAN. Les |>ersonncs bien nées, s'entend ! je n'aeceplerais pas de toute autre.

GiLLivKR, déconcerté, à pari. C'est un pauvre, nuiinlenanl!.. un pauvre bien mis! j'en ai connu! (Haut, d'un ton doux.) Vous savez, mon cher que la meadicilé est inlerdile dans les ïrois-^ Royaumes!

o'nniAN, vivement. Que me diies-vous là, nilord ! vous me faites injure. C'est un serxici* que je récla;ne, de gentilhomme à gonliihommo !.. et (jue je saurai reconnaître... (Changean! de lov.) Aimez-vou^ la niu-ique?..

wULUVKR. Parbleu! un habitué de Ouccn's- Tliéillre. (.Se jv/ournan/,) Demandez àiiion ami... non, il n'est plus là. (A lui-même.) Jo suis bien fiUhé qu'il se soit en allé. (Haut et mettant la main à sa poche, d'un air dédaigneux.) ^h^is il n'est pas question !.. voyons, finissons, mon bravo homme !.. Qu'est-cii ipi'il vous faut?

o'brian, trèsi-poli. La moindre des choses! co que vous avez sur vous.

GULLiviR, se rJcriant. Sur moi!., il est charmant ! mais j'ai trois cents livres !

o'rrian, /"roif/emc/jL Je m'en contcnlerai!

GULLivin, étourdi. Plalt-il?

o'buia.n, de même. Qwg voulez-vous, les temps sont durs !

GULLIVER, se fâchant. Mais, malheureux, cslco que jo suis obligé de payer vos frais de maison! quand on a tics goûts aussi extravagants que les vôirrs !.. vous n'aurez pas un schelling!

o'iiiiiAN, toujours poli. Oh ! que si fait!., je vois à votre ligure loyale, ouverte!

GULLIVKR , élevant la roi \ J'ai la figure ouverte ; mais la bourse, non...

o'buian, l'arrêtant par le bouton de son habit, au moment où il veut s'en aller. Vous remarquerez, .Monsieur, que je ne me suis pas écarté des leruics de la plus exquise politesse, et qu'il no m'entrerait jamais dans l'idée d'avoir recours à la violence!

GULLIVER. 11 ne manquerait plus <juc ça!,, ah ! bien !..

o'uRiAN, lui mettant sons le nez un pistolet très-riche qu'il a tiré nonchalamment de sa poche. Hue pensez-\ous de cet objet de fantaisie y

GULLIVER, frappe. A part. Un pislolol,., oh!,, c'est un voleur ! un voleur déguisé en honnélo homme... j'en ai connu.

o'biuan, lui tenant toujours le pitUo'eL suus le nez. i]'i;A bien travaillé, n'est-ce paa ?

GULLIVER, avec intention. Oui, oui, c'est joliment travaillé! {A part.) 1:11 je suis à une lieue de mon fusil!

0 bi'.ia.n, même jeu. Je crois que la vue seule...

GULLIVER, lui donnant sa bourse. Oh! la vuo seule vaut les trois cents livres, comme un...

OBRIAN, la prenant. Puisque vous l'exigez absolument... je ne vous fais pas de reçu... la parole d'un gentilhomme irlandais...

GULLIVER, à lui-même. C'est lechef irlandais!.. Ah ! brigand, je \ais porler plainte et si je puis lo faire pendre!.. (Haut.) Serviteur! à l'avantage...

o'brian, voulant le retenir. Un moment!., ce n'est pas lout !

GULLIVER. C'est lout ce que j'ai!,.

o'biuan, re/o//c. Me prenez-vous pour un voleur?., nous ne soiMuifs pas ([uiitos, Monsieur, je vaisap|)cler mes i^imis.

LE VOL A LA ROULADE

GULLivEB, à part. Sa troupe... pour m'assassiner!

o'BniAN. Vous m'avez dit que vous aimiez la musique?

GLi.Livi n, hors de lui. Il veul me faire chanter! encore! c'csl bien assez comme cela!..

ENSEMBLE (1)

Air du Proiihète.

Quelle audace!

Faire, en face, Un lel niélier sans rougir 1

M;us, silence.

Ma vengeance Saura bioniôt le punir.

o'BniAN.

Sans menace,

Face a face, Expliquons nous, a loisir!

Du silence !

Et je pense Qu'un mot va tout éclaircir,

{Gulliver se sauve à toutes jambes.)

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