‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 308 sur 429 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LORD DURIIAM, précédé de i'lusieuiis laquais. puis ANN.Vll (I).

Lono DuniiAM, au fond, dunnant son chapeau et ses gants à un laquais. Davis, vous avez donne mes ordres? c'est bien! Prévenez miss Durhani. La fuyant venir à droite.) Non... la voici! Laissez-nous. (Les laquais sortent.)

xy^Mi, gaiement el en négligé élégant, l'embrassant. Bonjour, mon bon père.

LouD DuuHAM, l'cniOrassunt à plusieurs reprises. Bonjour, chère Annali!.. Tu guettais donc niun retour?. .

AN.NAu. Fuistjuo vous vouliez vous promener, ce malin, pourquoi ne m'avoir pas fait réveiller? je sous aurais accompai,'né... (Ils s'asseyent luus deux à gauche sur une causeuse. Se pressant contre son père.) C'est si bon d'être ensemble... toujours!...

LORD DURUAM, la baisant ou front. Voilà bienlùl un an que ce bonheur nous est rendu !

ANNAU. Déjà ! Comme cela passe, (piand on est heureux!.. Un an que j'ai retrouvé le meilleur des percs!.. (Sourta/i^) ou plutôt que j'ai fjil connaissance avec lui... car, des souvenirs de mon enfance, il no m'était rien resté... sinon, qu'au milieu d'un terrible incendie...

LOi\D DURiiAM. Ah! quel jour tu me rappelles! AN.NAii. Celait à Conslanlinople. Je ne me doutais guères que j'avais éié élevée chez les Turcs ! (ommcnl nous y trouvions-nous donc, mon père ?

LOUL) uuiiiiAM. J'étais ambassadeur d'Angleterre... un soulèvement qui menaçait nos compalrioles m'avait obligé de me rendre abord de noire escadre, pour concerier les moyens de les préserver. Juge de mon elfroi quand, du haut du vaisseau amiral, j'aperçus le quartier de Péra tout CD feu; je me jette dans un canot, je m'élance, et j'arrive pour trouver mon palais en cendres. Éperdu, presque insensé, j'appelle ma fille, à grands cris! rien!.. Mes gens, les femmes qui veillaient sur loi... avaient fui épouvantés, ou avaient succombé. Je serais mort sans une voix secrèle qui me disait là que Dieu ne m'avait pas enlevé pour toujours le seul bien qui m'altachàt a la vie!..

AN.NAii. Pauvre père! El pendant que vous vous désoliez... je dormais bien tranquillement dans les bras de l'homme qui m'emportait.

(1)DsA.

LORD DLRiiAM. Maudit soil coDavis!.. Faire do l héritière des comtes de Durham une cantatrice de grand chemin !

AN.NAH. Il ne savait pas qui j'étais! et moimême... (Souriant et se levant.) Mais, après tout, mon père, il n'y a rien que de louable, a gagner sa vie... honnêtement et par son seul talent.

LORi) uuRiiAM, « part, llonnélement!.. (// se /ère.) Qu'elle ignore toujours!... (//aut.) Certainement... j'estime fort les artistes... estimables... et cependant, je te l'ai dit, il faut que lu me promelles... de ne plus chanter... jamais!..

AiNNAii, attristée. Oh! jamais! c'est bien peu!..

LORD uiauiAM. (Jue veux-tu? je n'aime pas la musique.

ANNAU, le menaçant gracieusement, du doigt. Ah ! si l'on peut dire!

Air ; Pendant la nuit obscure (l'orcherons).

Tenez, hier encore.

Je vous crus endormi...

Sur ma harpe sonore

Je jouais... a demi!

En chantant, de ma place,

Je vous suivais des yeux,

Et voyais dans la glace

Votre sourire heureux !..

Ma voix a votre cœur Semblait donner (0/s.) tant de bonheur!

El, bravos plus llalleurs!..

Djus vos regards (Ois.) j'ai vu des pleurs!

(Mouvement de lord Durham.) Mon pcrc, mon porc tout bas

Ne grondez pas.

Boa piirc, ne grondez pas...

Je vous promets de ne chanter Qu'avec vous seul (^is.) pour m'écoulcr.

LOUD DLRHAM. Eh! bien oui, quand nous serons seuls, les portes bien fermées... mais, autrement, plus de musique devant qui ce soit!., je l'ordonne.

MACPHERSON, en deltors. C'est bon !.. inutile de m'annoncer!

LOUD DIRHAM. Lc lordjugc du comié!..

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SCÈiNE II.

Les mêmes, MAC-PHERSON.

MAc-PFiËRsoN, OU fond, Au diable les laquais... qui vous empêchent d'entrer, sous prétexte de vous ouvrir les portes!

Li: VOL A LA ROULADE,

I.ORD Dur.iiAM, alldiil à lui {\). Mon in\i\o Miic- PliPison !.. je vous revoi.^^ enfin!

.MAc-piiiaiSON, lui serrant la nniui. Clieroonile! Ah! ça fiiil du bien de se ielrouvi.>i!.. {Vuiiint Annah.) Volie cluumanle fillo, n'e.>t-ce p;is? je la reconnais! loul le portrait de sa pauvre mère!... (A Annah.) Ah! ah! non-; autres juges, il ne faut pas nous montrer deux fois une ligure!., surtout une jolie (igure.

ANNAH. .Monsieur!.. [A part, en riant.) Ah ! bon Dieu ! h drôle de perrurpie !

LORD pfunAM. Annali! saluez le meilleur de mes amis.

AN.NAH, bas, à son père. Je n'ose pas.

Lono DiiRiiAM, bas. Pourquoi donc?

AN.NAH, bas. A cause de sa coiflure ! J'ai peur de lui rire au nez !

LORD DURHAM ô Mac~Pherson. Elle est un peu intimidée !

MAC-PHERSON, gaiement et redrcssaut sa perruque (2). L'aspect de la justice! rassurez-vous, belle miss... nous ne sommes pas si méchants que nous sommes noirs! hé! hé! hé! A propos... je voulais vous dire, mon cher lord, que je ne pourrais pas venir... pour la cérémonie d'aujourd'hui.

ANNAH, à part. Quelle cérémonie?

LORD DURHAM. Et qui peul VOUS empôcher ?...

WAc-PHERSON. Je préside les assises du comté, nous avons une audience Irès-chargée... je ne sais à quelle heure j'en sortirai!., je passe ma vie à

interroger ces peadards-là! j'en ai l'esprit à

l'envers.

ANNAU, à part. El la perruque aussi !

WAG-PHERSON, redressant sa perruque.

Air de Sommeiller encor, ma chère.

Contre moi les gaillards murmurent...

J'ai beau leur prêcher la raison, Ils sont pressés... ils se figurent Que l'on n'est pas bien eu prison.

Encor, faut-il le temps de vous entendre!.. Mes enfanlsl c'est bien malgré moi...

Mais la justice, enfui, ne peut vous pendre, Sans qu'elle sache, au moins, pourquoi.

LORD DURHAM. Mais VOUS n'avez pas de ces grondes causes...

MAC-PHF.RS0N. Si fait, parbleu!., une seule, qui m'empêche de dormir!., ce scélérat... ce musicien ambulant!..

LORD DIRHAM, tressaillant. Hein !

ANNAii, riant. Un musicien !

MAC^pnERSON. Qui a mis toute l'Angleterre à contribution! [A lord Durham.) Vous en avez entendu parler?..

LORD DURHAM, voulant déloumef la conversation. Très-vaguement!..

{ij A. M.-P. D.

.MA(M'Hi::'.soN, « .l)!)ia/(. Figurez-vous, miss, que ce drôlo avait organisé une troupe....

ANNAH. Une troupe d'amateuis?

MAc-iiiiiRsoN. Oui! d'amateurs du bien des autres !

ANNAH, avec dciioût. Ah!., des voleurs!

MAc-PHEusoN. Avcc Une jounc fille, qui les commandait.

ANNAH, indignée. Une jeune (iUe associée à des brigands! oh! ce n'est pas possible!

MAc-pHKRsoN. Vous nopotivez croire à tant do perversité! c'est pourtant la vérité! cette petite n)alheureuse est d'autant plus coupable, que c'était elle qui attirail les pauvres voyageurs dans le piège.

ANNAiL Ah! l'horreur!..

LORD DURHAM, ému ct l'interrompant. Mais enfin, puisquevous ne tenez ni l'une, ni l'autre?

MAc-PHiiRsoN. Peut-être!

LORD DURHAM, inquiet. Conmient?

MAC-PHKRSON, à mi-voix. Un avis anonyme me promet de me faire connaître cette jeune criminelle, de me la livrer.

LORD DURHAM, 0 part. Grand Dieu !

MAC-PHERSON. Une fois en mon pouvoir..- oh! je serai sans pitié !

ANNAH, approuvant. Si elle est réellement coupable....

MAC-PHERSON. N'cSt-CC paS ?

LORD DURHAM; O part. Elle me met au supplice!..

MAC-PHERSON. Ah ! ah ! il faut marcher droit avec moi. (Changeant tout à coup de ton.) Ça ne m'empêchera pas de venir dîner !.. \in peu tard, peut-être... mais je vous rallrapperai !.. cl... je veux porter la santé de notre charmante mariée !

ANNAH, surprise, à part. Une mariée?..

MAc-PHERSON. Sans adieu, cher ami!

ENSIÎMBLE.

Air ; Vite, allons, parlons.

MAC-PHliRSON.

Pour les innocents Si la justice est tutélairc,

Elle fait la guerre,

En tout temps.

Au crime, auK méchants,

LORD DURHAM, à part.

Quel nouveau tourment!

Un juijement !..

Et comment faire.

Ici, pour me taire Sur un danger si meiiaçanl?,.

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