SCÈNE PREMIÈRE
Le docteur, MARION. LUCY, CLÉMENCE (1).
(Au lever du rideau, le docteur est assis près de la table et écrit une ordonnance ; Lucy, à sa droite, travaille à un ouvrage de tapisserie; Marion, à la gauche du docteur, tient une brochure à la main; Clémence, à l'autre extrémité du théâtre, tricote un bas de laine.)
MABioN, lisant d'une voix émue. « Foyer pa- « ternel, asile ^acré que nous ne pouvons quitter « sans que notre cœur se déchire... » {Elle s'arrête.)
LUCY. Comme tu es émue, Marion !
LE DOCTEUR, écrivant. Est-ce que par hasard tu prendrais toutes ces jérémiades au sérieux, mignonne?
MARroN, continuant à lire. « Asile cherel fidèle, « don! le souvenir nous poursuit toujours comme » un regret, parfois comme un remords... » {Elle fond en larmes.)
LUCY, lui arrachant la brochure et la jetant sur la table. Ne lis plus, chère Marion !
LE DOCTEUR, montrant Clémence qui s'essuie les yeux. Jusqu à Clémence qui fond en eau sur des malheurs imaginaires!
CLÉMENCE, na'ivement. Non, Monsieur... jen'écoutais pas ! je pleure, parce que je vois Mam'selle pleurer!
LE DOCTEUR, se levant et calmant Marion. Les moulons de Panurge! Voilà bien la folie humaine !.. Se créer des fantômes de douleur avec des fantômes d'inforlune !.. Cela me rappelle votre tante, ma bonne sœur Déborah! {Avec ironie.) Encore une qui prenait les choses de ce monde au tragique !..
Air : Ces Poiti lions.
Depuis trente ans, dans le p.nys de Galle, Elle vit seule avec son petit chien '
[Avec ironie.) Ame candide et trop sentimentaley Qui ue rêvait que la vertu, le bien... On la trompa.,, dès son premier lien:.. Elle eût mieux fait de punir le volage... En I oubliant., et chaque jour, morbleu, De son roman d'arraciier une page...
Pour allumer -.on feu. (Bis.)
{Donnant la brochure à Clémence (1). Comme Clémence me fera le plaisir de traiter celui-ci!..
CLÉMENCE, la prenant. De tout mon cœur, Monsieur !
LE DOCTEUR, à Murion. Toi, chère petite, oublie ces fadaises; (Gaiement.) pense à ton fiancé, un héros de lidélilé, celui-là!.. Depuis six mois qu'il est à Londres, tous les huit jours, un bouquet superbe qui t'arrive par le courrier!
LUCY, montrant le bouquet qui est sur la cor^sole. Et voilà celui d'hier!,.
LE DOCTEUR, ovce intention. Hum! rien que des fleurs d'oranger...
CLÉMENCE, d'un air fin. Ça doit avoir une signifiance!
MAiiiON, tressaillant. Vous croyez?
LUCY. Ce qui m'étonne, c'est qu'Alfred n'y ait pas joint une lettre '..
LE DOCTEUR. Elle cst sans doute en chemin ! Au reste, la soirée est belle, {Prenant une ordonnance sur la table.) je vais porter celle ordonnance, visiter deux ou trois malades... et en revenant, je passerai à la poste... {A Marion.) n'est-ce pas, mignonne? [Se disposant à sortir et s'arrêtant.) A propos de malades, que devient donc noire hôte, M. Warden? Je ne l'ai pas aperçu depuis dîner.
LUCY. Il est au jardin, à causer d'affaires avec M. Smilchey.
CLÉMENCE, regardant au fond. Tertez! il se promène appuyé sur le bras de l'avocat...
LE DOCTEUR, le regardant aussi. C'est drôlei.. il est parfaitement guéri de son épaule, et cependant, il a des moments de faiblesse...
CLÉMENCE. C'est un douillet qui s'écoute!.. {A part.) Je crois qu'il fait durer le plaisir!
MARION. Peut-être souffre-t-il encore?
LE DOCTEUR. Pas possiblc ! je l'ai remis à neuf, avec un soin! Ce garçon-là m'a plu au premier coup d'œil!... Un gaillard qui me faisait des calembourgs pendant que je le raccommodais!.. Ah! ah! ce n'est pas lui qui aurait une idée sérieuse dans la léle!
lucy(1). Hnm!.. cependant, j'ai vu plus d'une fois M. Michaël préoccupé, rêveur... (Regardant Marion.) et je ne serais pas surprise que sa gaieté ne fût un masque et ne cachât une arrière-pensée.
LE DOCTEUR, riant aux éclats {2). Ah! ah! ah! M. Michaël rêveur... M. Michaël... une arrièrepensée ! Allons donc! Je vous dis que c'est un