‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 360 sur 429 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Les MÊMES, ALFRED, puis successivement LE DOCTEUR, LUGY et SMITCHEY (1).

ALFRED, avec une joie folle. Oui,, c'est moi, Bretagne, ma bonne Clémence!.. Oh I comme en approchant de cette maison, je sentais battre mon cœur!..

CLÉMENCE, balbutiant. On ne vous attendait que demain...

ALFRED. C'est vrai !.. mais à vingt milles d'ici... désolé de la lenteur de ce maudit coche, et ne pouvant plus résister à mon impatience... j'ai pris un cheval!., toujours ventre à terre!., comme une voilure de poste que je viens de rencontrer...

CLÉMENCE, à part. Sa fiancée qui fuyait!..

ALFRED. Oh! quel bonheur de les revoir!..

BRETAGNE, allant à gauche et criant. M. le docteur!.. Mesdemoiselles!..

CLÉMENCE, voulant l'arrêter Ci). Ne les appelez pas, monsieur Bretagne!..

ALFRED. Pourquoi?

CLÉMENCE, troublée. Dans le premier sommeil... la surprise... le trouble...

BRETAGNE, Ics Voyant accourir. Bah!., tenez... ils n'étaient pas encore couchés...

CLÉMENCE, à part. Oh ! malheureuse !.. que leur dire?.. {Entrent le docteur et Lucy par la gauche, puis Smitchey par le fond.)

LE DOCTEUR, en dehors. Quel tapage!,.

SMITCHEY, entrant par le fond. Est-ce qu'il y a quelqu'un de malade?

LE DOCTEDR, apercevant Alfred. Que vois-je?

LUCY, avec un cri de joie. Alfred!.. (3)

SMITCHEY. Alfred!..

ENSEMBLE, pendant qu'ils s'embrassent.

Air: Salut, salut, cité chérie (Haydée).

TOCS, excepté Clémence.

Jour de bonheur ! moment d'ivresse !

Ah ; loin de ^"^'^ peine et tristesse ! (Bis.)

Nous .... . .

j^çg voici réunis pour toujours !

CLÉMERCB, d part.

0 jour de deuil et de tristesse I Helas! pour calmer ma détresse, (Bis.) Qui viendra donc à mon secours?

ALFRED, à Lucy. Ma sœur chérie !

SMITCHEY, gaiement, Oui-dà ! monsieur l'amou-

3 li. S.D, A. L. C.

ACTK ïl, SCENE XV.

reux, voilà comme vous attrapez voiro mondo?..

LK DOCTKUH, oivc boiihcur. Oh 1 maintenant, je défie bien lo chagrin do nous atteindre !..

ALPHED. Mais M.irion ? je ne \ois pas Marion !. .

LE DOCTEiR. C'ost justc! va la chercher, Clémence!..

CLÉMKNCB, à part. Bonté divine!

LE DOCTEUR, Voyant quelle ne bouge pas. Eh bien?

LUCY, se dirigeant vers la gauche. J'y cours nioi-mônje!

CLÉMENCE, les viains jointes. Oh ! n'y allez pas... n'y allez pas, Mademoiselle!.. (Mouvement : on l'entoure.)

TOUS. Comment?

BRETAGNE, d'un air grave. Je vais vous expliquer!., celte pauvre fille... je lui ai annoncé tout à l'heure que je l'honorais de mon alliance... ça l'a rendue folle de joie !

CLÉMENCE, d'une voix entrecoupée. Non...

non... pliii au ciel que je fusse folle... MissMarion...

TOUS. Eh bien?

CLÉMENCE, aux genoux du docteur. Pardonnez lui. Monsieur... pardonnez moi... ce n'est pas ma faute...

TOUS. Eh bien?

ALFRED. Marion?

LE DOCTEUR, un peu ému. Voyons... expliquetoi!..

CLÉMENCE, d'une voix sourde en s'avançant à pas lents et tremblants vers le docteur. Partie !..

TOUS. Partie?..

ALFRED. Elle!..

LUCY, allant à Clémence. Ce n'est pas possible... Clémence... vous vous seriez opposée...

CLÉMENCE, pleurant et s' agenouillant. Je l'ai priée, suppliée... J'étais à ses genoux comme je suis aux vôtres... rien n'a pu l'arrêter!., elle est partie !..

ALFRED. Seule?

CLÉMENCE, baissant la tête. Avec M. Michaël Warden!..

TOUS. Warden !..

SMiTCHEY, (i part, se frappant le front. C'était Marion!.. et je lui ai donné de l'argent pour ce beau chef-d'œuvre !

LE DOCTEUR, à Clémence, avec une colère froide. Tu mens !.. tu mens!., je suis sûr (|iie ma fille est encore dans sa chambre!

BRETAGNE, qui o diftparu un moment et quirevient par la gauche (1). Non, .Monsieur, la porte était ouverte... il n'y a personne...

LE DOCTEUR, avec un mouvement de fureur qu'il réprime aussitôt. Misérable! {Moment de stupeur et de sdcnce.)

CLÉMENCE, lui présentant la lettre de Marion, Cette lettre qu'elle a laissée pour vous...

LE DOCTEUR, la Saisissant et avec amertume. Oui... oh! oui... je sais ce qu'elle contient!., fatalité!., entraînement!., des larmes hypocrites... son pardon qu'elle intplore... {S' approchant de la cheminée et y jetant la lettre qui brûle.) Je ne connais plus ceux qui m'ont trompé!..

Lucv, courant à lui. Mon père! Marion n'est pas coupable!., elle ne peut pas l'être!..

LE DOCTEUR, tremblant d'émotion (2). (Jue son nom ne soiijamais prononcé devant moi. ..el si elle osait m'adresser d'autres lettres... le môme sort!., toutes!., je l'ordonne!

ALFRED, sortant de son accablement. Ohl ce Michaël NVarden ! je l'ai dit!., je le tuerai.

SMITCHEY, a part. Décidément, je ne l'échapperai pas!..

LE DOCTEUR, relevant la tête et avec un rire convulsif. Eh bien ! pourquoi ces visages consternés?.. (Musique en sourdine.) Ne vous ai-je pas répété cent fois que ce monde est une bouffonnerie... une absurdité!.. Ya-t-il rien de plusrisible, en effet... qu'une fille qui s'enfuit avec un séducteur... qui abandonne son père... qui le déshonore... (Eclatant tout à coup en sanglots et tombant accablé dans un fauteuil.) Oh! mon Dieu!..

TOUS, courant à lui, luct et alpred. Moa père !..

SMITCHEY. Mon ami!

clémence ET BRETAGNE. Mou chcr maître!.. • LE DOCTEUR, avec larmes. Ah ! je l'aimais trop !.. (// se cache la figure; Lucy et Clémence sont à ses pieds. Alfred et Smilcfiey sont derrière lui et le soutiennent. — La toile tombe,)

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