‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 40 sur 429 · ANACHARSIS, PI.MENTAL · texte numérisé non relu

ANACHARSIS, PI.MENTAL

PIMtNTAL (entrant par le fond). Toutes mes invitations sont fuites...

A^ACiiAitsis. Il a une canne... Est-ce qu'il battrait ses ^miis IMcnsicur ?...

pi.MKNTAL. Une aiïaire de commerce ?... ça reparde mon associé...

ANACiiAHSis. Non. non, Monsieur, pnr(ion!

je \iens... je désirerais prendre des luformalion-j...

PIMENTAL (se découvrant). C'est différent... Parlez, Monsieur.

ANACiiAi\sis -Monsieur, auriez-vous l'exiréme bouté de me dire si vous parlez bientôt pour France ?...

piME.NTAL. Mais oui, Monsieur, aussitôt que je serai prêt.

ANACHAKsis. C'est juste ! on ne peut pas exi^jer que vous paniez a tant !... Et quand sera-ce ?

PIMENTAL. Quelques jours après mon irtîiriage... J'y co^iduirai ma jeune épouse qui est impatiente de revoir son pays

ANACiiAusis. Vous prenez femme , Monsieur ?... vous éti's bien heureux ! Je n'ai pu IoucIkt que le seuii du temple de riJymeii.

PIMENTAI, (à pari). Est-il sin^'uli<*r ce Monsieur !. . Qu'fsl-ce «lue ça me fait ?

A.NACUAH'-is. A l'inspection de votre physionomie... Je ne me [li ;ue pas d'être un Lavaier!... cepondanij.; vous crois d'une bonne pâle... ce qu'on appelle... un brare homme....

PIMENTAL. Jam'eu Ualie ; mais ..

aisacharsis. Fardun ! vo.s allez voir que ces détails ne sont [)ns <i, .. iiors-d'œuvre : de sorte que votre caracière e.>l assez doux, assez égal ?

PIMENTAL. Ab ! ah î ah ! mais...

ANACHARMis. Vous riez, Monsieur ? ce rire témoigne d'une conscience satisfaite d'ellemême ! Ainsi, vous èies poli avec vos inférieurs... jamais d'emportemeuis... de ces gestes équivoques?.. .Vous concevez, dans le pays des bambous, il est naturel qu'on s'inlorine...

p'i.MicNTAL (souriant,, hit ! c'est un fou, bien certaiuemeni !... tl).

anacharsis. De plus, Je lis dans ce regard limpide que vous êtes généreux, libéral ?...

PIMENTAL. Mais... à l'occasion... quand il y a lieu.

ANACHARSIS. v'c'la ne gâte rien ! je vois, Monsieur, que vous me convenez parfaitement et que nous pourrons corder etfsemble !

pivîKVTAL. Comment, corder! du tabac?

ANACHARSIS. C est une la(;on de parler qui veut (lire : nous accorder.

(1) Pimentai, Anacharsis.

ALBl.M DRAMATIQUE.

PIMENT AL. Sur quoi ?

A\ACH\RSis. Rclaîivemenl an sorvlteur que vous avez demandé dans la feuille davis

PIXfENTAL (remettant son chapeau^. Oll ! oll ! mon garçon, comment ! c'est f)oiiiTela ?

AXACHARsis. Oui , Monsietip , j'' chcrclie un maître de retour.... Je n'ai pas besoin de vous dire que je n'étais pas né pour être domestique...

PIMENTAL. Je m'en aperçois hien, car vous mettiez la charrue devani les bœufs, en vous renseignant sur moi... Ah ! ah ! landistjuece serait moi, au cuntraiie, qui devrais aller aux informations !

ANACHABSis Qu'à cela ne tienne! df-s, que nous serons à Paris , je vous fournirai les meilleurs ceriilirats !...

PIMENTAL. Ce serait un peu tard ! Du reste, c'est inutile, mon garçon ; ce n'est pas moi qui vous ramènerai à l'aris.

ANACHARSis. Pourquoi dopc ?

PIMENTAL. Parce que c'est un noir que je veu\ prendre à mon service !

ANACiiARsis. Un nègre ! ! oh ! Monsieur, vous n'y penspz pas.... c'est désagréable à l'œil; ça ne fait pas bien.

PIMENTAL. Si fait !... si fait !... avec une li- ▼rée orange.

ANACHARSis. Oh ! quelle cblanlU !... noir et jaune !

PIMENTAL. Et puis, ma femme a déjà une fdie de couleur.,, ça me rappellera ce pays où j'ai fait ma fortune.

ANACBARsis. SoHgez donc, avec moi, quels avantages !... Je mange très piU !... Une fois embarqué, je ne vous demanderai jamais à sortir le soir . pour mes petites affaires .. et, quant au.»gages, ce que vous voudrez... C'est une vente au rabais pour cause de départ !

PIMENTAL. Mais sacrebleu ! je vous répèle que c'est un nègre qu'il me faut !

A>"AceARSis. Allez, dans ma position, je vous assure que je ne suis pas blanc!... El j'ai lant de noir dans Pâme !...

PIMENTAL impatienté). Ah ! ça, voyons, à la fin îjje suis bien le maître ! c'est impossible ! (\).

ANACHARSIS. Allons. ma dernière branche cassée !... Mais quelle idée !..

PIMENTAL (le conduisant). Bonjour, bonjour, mon garçon, je suis bien fâché...

ANACHARSIS. Et moi aus.si. Monsieur... Vous m'auriez si bien convenu!.,.

PIMENTAL. Ça me flatte beaucoup ; mais adieu, une meilleure chance ! (il pose son chapeau et sa canne sur une chaise.;

ANACHARSIS. Ah !... mais dites donc ! puisque vous tenez tant à cette couleur du Congo., j'ai un cousin... par alliance !... à peu près de ma taille, garçon intelligent, qui est noir comme du cuir vernis de Nys et Compagnie...

PIMENTAL. A-l-il de bons répondants ?

ANACHARSIS, Quaiit îiça, je vous en réponds comme de moi-même !

PIMENTAL. Eh ! bien, envoyez-le-moi, je m'en arrangerai peut-être... il pourra nous aider ce 8oir.

ANACQABSis. Mcrci, Monsieur!... Mais je

(1) ÀDaebarsis, Pimentai.

vous regrelierai toujours! Tvous m'alliez

comme un gant, (tin sortant.) Hé, vite! courons prévenir mon cousin ! (^iisort parle fond.)

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