‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 55 sur 429 · SCÈISE II. ^ MARIANNE, GUIDO · texte numérisé non relu

SCÈISE II. ^ MARIANNE, GUIDO

GUI DO

C'est heureux !... j'ai cru que vous au si, Marianne, vous alliez me laisser à la porte.

MARIANNE

C'est que j'avais peur de réveiller Minette GUlDO, d'un air sombre.

Pauvre petite!... elle dort?... elle fait bien!, et moi aussi, je voudrais dormir... dormir toujours!... d'abord, qui dort dîne... c'est une économie; et puis on a un autre plaisir plus vif encore s'il est possible...

MARIANNE

Et lequel ?

GlIDO.

C'est de ne plus voir les honimes!... et dans mon état de misanthrope, Marianne, je ne peux plus les envisager.

MARIANNE

Est- il possible!... Vous n'avez donc rien obtenu des débiteurs de votre père?

GUIDO

Ah! bien oui .. Si tu avais vu les mines ai- Ion f^ées qu'ils m'ont faites!... L'un ne me reconnaissait pas!... L'autre avait fait do mauvaises affaires!... puis ils disparaissaient... impossible de les rejoindre... car, depuis qu'iU

ont eu des malheurs, tous mes débiteurs ont voiture! et moi, je suis h pied!

MARIANNE

Mais pourquoi avoir refusé d'écrire à votre oncle, qui habitait cette ville et qui était si riche ?

GUIDO, vivement.

Mon oncle, Marianne... Je vous ai défendu de prononcer son nom devant moi!... C'est lui... c'est cet honnôto négociant qui a ruiné mon père avec ses comptes... à parties doubles... D'ailleurs, il aurait eu de la peine à me répondre... puisqu'il est mort...

MARIANNE

Il fallait s'adresser à son intendant, monsieur Schalgg.

GUIDO

Cet astucieux personnage!... qui, quand j'étais petit... s'ainusait toujours à mes dépens?... M'a-t-il attrapé de fois, celui-là I... mais il ne m'y reprendra plus.

MARIANNE

Mais au moins, votre jeune cousine, avec laquelle autrefois vous avez été élevé, et qui est, dit-on, si espiègle, si maligne, et pourtant si bonne?... elle voulait réparer les torts de son père... elle vous avait fait proposer sa main... elle a tout tenté pour vous voir... vous avez toujours refusé.

GUIDO

Et je refuserai toujours.

MARIANNE

Et pourquoi, je vous le demande?

GUIDO

Pour deux raisons... la première, je te l'ai déjà dite, parce que je suis misanthrope; et la seconde...

MARIANNE

Eh bien?

GUIDO

Je ne te la dirai pas.

MARIANNE

Alors, c'est comme si vous n'en aviez qu'une.

GUIDO

Ma seconde raison... et c'est la plus forte... c'est que j'ai une passion dans le cœur.

MARIANNE

Et pour qui, grand Dieu? Pour quelque jeune demoiselle?..

GUIDO, d'un air sombre.

Non.

MARIANNE

Pour quelque veuve?

GUIDO

Non.

MARIANNE

0 ciel! c'est pour quelque femme mariée?..

GClDO, avec elfort.

Non... mais tu ne le sauras jamais, ni toi

S(:i:m: iv.

ni personne au monde!.. Moi qui le parle, je ne suis pas même sur de le savoir.

M.vr.lANNE.

C'est donc quehjue chose de bien terrible?

(it'IlX).

Si terrible... (jue, vois-tu, Mariunno, je serais amoureux de toi, si c'était possible, je mets tout au pis, que ça ne serait rien auprès!...

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