‹ Le voyage de GrèceChapitre 9 sur 22 · TÉTHYS · texte numérisé non relu

TÉTHYS

Tout un côté de la mer de Phalère est déshonoré par la Mode. Pourquoi m'en soucier? Mon cœur emportera dans la tombe intacte la noble image que je m'en suis formée. — J'eusse aimé la mer partout ; mais c'est là que je l'aime.

Télliys qui m'as vu naître, ô Méditerranée ! Quinze fois le Taureau nous ramena l'année. Depuis que, par ton zèle exilé de ton sein, Ton aimable couleur à mes yeux fut ravie. Certes, mon âme est forte et brave est mon des-

[sein, Et rapide est mon soc dans la trace suivie ; Et jà ma bouche a su entonner l'Aquilon Avecque l'Euménis, dans l'airain d'Apollon. Car, enfant, j'ai mâché d'une fureur avide. Le rameau Pénéan, de tes embruns humide. Mais du fils d'Oïiée ou d'Hector la valeur Un instant elle fault; et parfois mon courage (Toujours la pique au poing !) médite la douceur Que je m'accoude un soir pleurant sur ton rivage, Tandis que sur tes flots où Diane a versé La stérile lueur de son flambeau glacé, La plainte de l'alcyon ne cesse de s'accroître...

Ainsi je chantais à Paris, me souve-

nant de la mer natale, par une belle nuit d'avril. Comme on le voit au second vers, il y avait quinze ans que j'étais éloigné d'elle.

Je voudrais chanter un jour comment j ai revu la Méditerranée en 1894. Ce ne fut point sur les côtes de la Grèce, mais dans les Pyrénées-Orientales, là-bas, près de la frontière d'Espagne.

Je voyageais à travers le Rouergue et le Quercy avec l'ami qui est la moitié de mon âme. Nous avions visité des bourgs enserrés au fond de détroits montagneux, des hameaux suspendus sur des précipices. Penne et Bruniquel nous étaient apparus debout encore sur leurs rochers. Nous avions vu la lune éclatante se mirer dans TAveyron rapide ; la tempête nous avait surpris sur le causse morne où pousse le noir genévrier. Nous avions rêvé sous le vert lumineux des chênes de la Grésigne...

Mais je désirais revoir la Méditerranée,.

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