‹ Le voyage de Monsieur Perrichon (volume 2)Chapitre 18 sur 78 · SCÈNE IX Armand, puis Madame Perrichon, puis Henriette · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Armand, puis Madame Perrichon, puis Henriette

Armand. — A la bonne heure ! il n'est pas banal, celui-là ! (Apercevant madame Perrichon qui entre de la gauche.) Ah ! madame Perrichon I

Madame Perrichon. — Comment 1 vous êtes seul, s monsieur? Je croyais que vous deviez accompagner ces messieurs.

Armand. — Je suis déjà venu ici Tannée dernière, et j'ai demandé à monsieur Perrichon la permission de me mettre à vos ordres, lo Madame Perrichon. — Ah ! monsieur ... (A part.) C'est tout à fait un homme du monde ! . . . (Haut.) Vous aimez beaucoup la Suisse?

Armand. — Oh ! il faut bien aller quelque part.

Madame Perrichon. — Oh ! moi, je ne voudrais 15 pas habiter ce pays-là ... il y a trop de précipices et de montagnes . . . Ma famille est de la Beauce.

Armand. — Ah ! je comprends.

Madame Perrichon. — Près d'Étampes . . .

Armand, à part. — Nous devons avoir un correspon- 2o dant à Êtampes ; ce serait un lien. (Haut.) Vous ne connaissez pas monsieur Pingley, à Êtampes?

Madame Perrichon. — Pingley ! . . . c'est mon cousin! Vous le connaissez?

Armand. — Beaucoup. (A part.) Je ne l'ai jamais vu I 25 Madame Perrichon. — Quel homme charmant !

Armand. — Ah oui !

Madame Perrichon. — C'est un bien grand malheur qu'il ait son infirmité !

Armand. — Certainement . . . c'est un bien grand malheur !

Madame Perrichon. — Sourd à quarante-sept ans !

Armand, à part. — Tiens ! il est sourd, notre correspondant ? C'est donc pour ça qu'il ne répond jamais s à nos lettres.

Madame Perrichon. — Est-ce singulier? c'est un ami de Pingley qui sauve mon mari ! . . . Il y a de bien grands hasards dans le monde.

Armand. — Souvent aussi on attribue au hasard des 10 péripéties dont il est parfaitement innocent.

Madame Perrichon. — Ah oui !.. . souvent aussi on attribue ... (A part.) Qu'est-ce qu'il veut dire?

Armand. — Ainsi, madame, notre rencontre en chemin de fer, puis à Lyon, puis à Genève, à Chamouny, 15 ici même, vous mettez tout cela sur le compte du hasard?

Madame Perrichon. — En voyage, on se retrouve. . .

Armand. — Certainement . . . surtout quand on se cherche. 20

Madame Perrichon. — Comment I

Armand. — Oui, madame, il ne m'est pas permis de jouer plus longtemps la comédie du hasard; je vous dois la vérité, pour vous, pour mademoiselle votre fiUe. 2s

Madame Perrichon. — Ma fille !

Armand. — Me pardonnerez- vous? Le jour oii je la vis, j'ai été touché, charmé . . . J'ai appris que vous partiez pour la Suisse ... et je suis parti.

Madame Perrichon. — Mais alors, vous nous 3»

suivez? . . .

Armand. — Pas à pas . . . Que voulez-vous ? . . . j'aime . . .

Madame Perrichon. — Monsieur 1

Armand. — Oh ! rassurez- vous ! j'aime avec tout le s respect, toute la discrétion qu'on doit à une jeime fille dont on serait heureux de faire sa femme.

Madame Perrichon, perdant la tête, à part, — Une demande en mariage ! Et Perrichon qui n'est pas là ! (Haut.) Certainement, monsieur ... je suis charmée io . . . non, flattée ! . . . parce que vos manières . . • votre éducation . . . Pingley ... le service que vous nous avez rendu . . . mais monsieur Perrichon est sorti . . . pour la mer de Glace ... et aussitôt qu'il rentrera . . .

15 Henriette, entrant vivement, — Maman ! . . . (S^arrètant,) Ah ! tu causais avec monsieur Armand ?

Madame Perrichon, troublée, — Nous causions, c'est-à-dire, oui . . . nous parlions de Pingley ! Monsieur connaît Pingley ; n'est-ce pas?

2o Armand. — Certainement, je connais Pingley 1

Henriette. — Oh ! quel bonheur !

Madame Perrichon, à Henriette, — Ah ! comme tu es coiffée ! ... et ta robe ! ton col ! {Bas,) Tiens-toi donc droite !

2$ Henriette, étonnée, — Qu'est-ce qu'il y a? {Cris et tumulte au dehors,)

Madame Perrichon et Henriette. — Ah I mon Dieu!

Armand. — Ces cris . . .

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