SCÈNE II
Les Mêmes, Majorin.
Majorin. — J'ai reçu ton billet, j'ai demandé un 10 congé ... de quoi s'agit-il?
Perrichon. — Majorin ... je me bats dans deux heures ! . . .
Majorin. — Toi ! allons donc ! et avec quoi !
Perrichon, ouvrant son manteau et laissant voir ses 15 épées. — Avec ceci.
Majorin.. — Des épées !
Perrichon. — Et j'ai conipté sur toi pour être mon second. {Daniel remonte,)
Majorin. — Sur moi? permets, mon ami, c'est 20 impossible !
Perrichon. — Pourquoi !
Majorin. — Il faut que j'aille à mon bureau ... je me ferais destituer.
Perrichon. — Puisque tu as demandé un congé. 25
Majorin. — Pas pour être témoin ! . . . On leur fait des procès, aux témoins !
Perrichon. — Il me semble, monsieur Majorin, que je vous ai rendu assez de services pour que vous ne refusiez pas de m'assister dans une circonstance capitale de ma vie.
5 Majorin, à part. — Il me reproche ses six cents francs !
Perrichon. — Mais si vous craignez de vous compromettre ... si vous avez peur . . .
Majorin. — Je n'ai pas peur . . . (Avec amertume.) lo D'ailleurs je ne suis pas libre ... tu as su m'enchaîner par les liens de la reconnaissance. (Grinçant.) Ah ! la reconnaissance !
Daniel, à part. — Encore un !
Majorin. — Je ne te demande qu'une chose . . . IS c'est d'être de retour à deux heures . . . pour toucher mon dividende ... je te rembourserai immédiatement et alors . . . nous serons quittes ! . . .
Daniel. — Je crois qu'il est temps de partir. (A Perrichon.) Si vous désirez faire vos adieux à madame 20 Perrichon et à votre fille . . .
Perrichon. — Non 1 je veux éviter cette scène . . . ce serait des pleurs, des cris . . . elles s'attacheraient à mes habits pour me retenir . . . partons ! (On entend chanter dans la coulisse.) Ma fille !