ACTE TROISIÈME
Le Commandant. Monsieur, je ne suis ni querelleur ni ferrailleur, mais je n'aime pas à laisser traîner sur les livres d'auberge de pareilles appréciations à côté de mon nom . . .
Perrichon. Mais vous avez écrit le premier une note 5 . . . plus que vive !
Le Commandant. Moi ? je me suis borné à constater que mer de Glace ne prenait pas d'e à la fin: voyez le dictionnaire . . .
Perrichon. Eli ! monsieur, vous n'êtes pas chargé de 10 corriger mes . . . prétendues fautes d'orthographe ! De quoi vous mêlez-vous?1 (Ils se lèvent.)
Le Commandant. Pardon ! . . . pour moi, la langue française est une compatriote aimée . . . une dame de bonne maison, élégante, mais un peu cruelle . . . vous le 15 savez mieux que personne.
Perrichon. Moi ?
Le Commandant. Et, quand j'ai l'honneur de la rencontrer à l'étranger . . . je ne permets pas qu'on éclabousse sa robe. C'est une question de chevalerie et de 20 nationalité.
Perrichon. Ah çà! monsieur, auriez-vous la prétention de me donner une leçon ?
Le Commandant. Loin de moi cette pensée . . .
Perrichon. Ah ! ce n'est pas malheureux ! 2 (A part.) 25 Il recule.
Le Commandant. Mais, sans vouloir vous donner une leçon, je viens vous demander poliment . . . une explication.
Perrichon (et part). Mathieu! . . . c'est un faux30 commandant.3
lDe quoi . . . vous f " Wb:it, business is it of yours .' " 2 Ah! . . . malheureux/ "And a prenions good thing f<>r v<>u." ;j Mat /lieu! . . . commandai it . PerriehOD tliinks the mail isabogus tjor because the îiame Mathieu is so comraon.
Le Commandant. De deux choses l'une : ou vous persistez . . .
Perrichon. Je n'ai pas besoin de tous ces raisonnements. Vous croyez peut-être m'intimider ? Monsieur 5 . . . j'ai fait mes preuves de courage, entendez-vous ! et je vous les ferai voir . . .
Le Commandant. Où ça ?
Perrichon. A l'Exposition . . . l'année prochaine . . .
Le Commandant. Oh ! permettez ! . . . Il me sera 10 impossible d'attendre jusque-là . . . Pour abréger, je vais au fait : retirez-vous, oui ou non ? . . .
Perrichon. Rien du tout !
Le Commandant. Prenez garde !
Daniel. Monsieur Perrichon !
15 Perrichon. Rien du tout! (A part.) Il n'a pas seulement de moustaches !
Le Commandant. Alors, monsieur Perrichon, j'aurai l'honneur de vous attendre demain, à midi, avec mes témoins, 1 dans les bois de la Malmaison . . . 20 Daniel. Commandant, un mot !
Le Commandant (remontant). Nous vous attendrons chez le garde ! 2
Daniel. Mais, commandant . . .
Le Commandant. Mille pardons . . . j'ai rendez-vous 25 avec un tapissier pour choisir des étoffes, des meubles . . . A demain . . . midi . . . (Saluant.) Messieurs . . . j'ai bien l'honneur ... (Il sort.)
1 témoins. " Seconds " (in a duel).
2 chez le garde ! " At the keeper's lodge."