Acte III
Perrichon, lui indiquant un siège à gauche du guéridon. — Vous avez quelque chose à me communiquer 1 {Il s^ assied sur le canapé. Daniel remonte.)
Le Commandant, s' asseyant. — Je n'en sais rien encore .... Permettez-moi d'abord de vous adresser une question : 5 Est-ce vous qui avez fait, il y a un mois, un voyage à la mer de Glace %
Perrichon, — Oui, monsieur, c'est moi-même ! je crois avoir le droit de m'en vanter !
Le Commandant. — Alors, c'est vous qui avez écrit sur le 10 registre des voyageurs : Le commandant est un paltoquet.
Perrichon. — Comment ! vous êtes*?. . . .
Le Commandant. — Oui, monsieur. . . .c'est moi !
Perrichon. — Enchanté ! {Us se font plusieurs petits scUuts.) 15
Daniel, à part en descendant. — Diable ! l'horizon s'obscurcit. . . .
Le Commandant. — Monsieur, je ne suis ni querelleur, ni ferrailleur, mais je n'aime pas à laisser traîner sur les livres d'auberge de pareilles appréciations à côté de mon 20 nom ....
Perrichon. — Mais vous avez écrit le premier une note .... plus que vive !
Le Commandant. — Moi 1 je me suis borné à constater que mer de Glace ne prenait pas d'E à la fin : voyez le die- 25 tionnaire. . . .
Perrichon. — Eh ! monsieur ! vous n'êtes pas chargé de corriger mes .... prétendues fautes d'orthographe I De quoi vous mêlez-vous % {Us se lèvent.)
Le Commandant. — Pardon ! . . . . pour moi, la langue fran- 30 çaise est une compatriote aimée .... une dame de bonne
maison, élégante, mais un peu cruelle. . . .vous le savez mieux que personne»
Perrichon. — Moi 1 . . . .
Le Commandant. — Et quand j'ai l'honneur de la 5 rencontrer à l'étranger. . . . je ne permets pas qu'on éclabousse sa robe. C'est une question de chevalerie et de nationalité.
Perrichon. — Ah çà ! monsieur, auriez-vous la prétention de me donner une leçon ?
10 Le Commandant. — Loin de moi cette pensée ....
Perrichon. — Ah! ce n'est pas malheureux! (A par^.) II recule.
Le Commandant, — Mais, sans vouloir vous donner une leçon, je viens vous demander poliment. . . .une explication. 15 Perrichon, à part. — Mathieu ! . . . , c'est un faux commandant.
Le Commandant. — De deux choses l'une : ou vous persistez. . . .
Perrichon. — Je n'ai pas besoin de tous ces raisonne- 20 ments ! Yous croyez peut-être m'intimider : monsieur .... j'ai fait mes preuves de courage, entendez- vous ! et je vous les ferai voir ....
Le Commandant. — Où ça "?
Perrichon. — A l'exposition .... L'année prochaine .... 25 Le Commandant. — Oh ! permettez ! .... Il me sera impossible d'attendre jusque-Là .... Pour abréger, je vais au fait : retirez-vous, oui ou non 1 Perrichon. — Rien du tout !
Le Commandant. — Prenez garde !
30 Daniel. — Monsieur Perrichon !