CARTHAGINOIS
C’est à Carthage, de colonie phénicienne pui . sante, que nous allons suivre le voyage et ses instruments déjà assez perfectionnés par les grande importateurs de Tyr et de Sidon.
Carthage, comme toute ville importante, a deux ÿ origines, l’origine historique et l'origine fabuleuse. Nous ne relaterons, en son lieu, cette dernière MT
parce que la fondatrice de la ville se servit du cuir d’un de ses ballots pour en délimiter le territoire.
L'origine des archéologues, c'est-à-dire la vraie, est obscure, incertaine, perdue dans cette nuit des temps où la science n'apparaît jamais qu’à l’état d’aurore boréale.
La Carthage des historiens fut fondée 1059 ans avant J.-C. par une colonie tyrienne chassée de son pays. Elle reçut le nom phénicien de Xartha- Haddad ou ville neuve. Plus tard, les Grecs, quand ils la connurent l’appelèrent Karchedon et les Romains Carthazgo.
Le delenda Carthago du vieux Caton est devenu un axiome politique.
Mais à côté de ce premier jalon reconnu, de cette première pierre posée, rien sur Carthage, que ce qu’en disent le grec Hérodote et le sicilien Diodore.
La Carthage de Didon est resplendissante de lumière.
Didon, fille de Bélus, roi de Tyr, devait, après la mort de son père, régner conjointement avec son frère Pygmalion; Pygmalion s'empare du trône, confisque à son profit l'autorité souveraine, poignarde Sichée, mari de sa sœur qui, en sa qualité de grand prêtre d’Hercule, possède d'immenses richesses. Mais Didon prend les devants, charge les trésors du défunt sur un vaisseau, s’y réfugie, accompagnée de quelques grands du royaume et d’une troupe de soldats qui lui est demeurée fidèle, touche à Chypre, remet à la voile, se dirige vers
l'Afrique, prend terre à Utique, colonie tyrienne, y est accueillie comme une sœur et comme une reine à la fois par les habitants. Elle achète d’eux, sur l'endroit de la plage qui lui conviendra le mieux, tout l’espace que pourra entourer le cuir d'un taureau.
Le marché conclu, Didonsefait présenter les plus forts et les plus grands animaux qu’on lui peut amener. N’en trouvant pas à sa convenance, car ceux qu’on lui offre sont d’une race petite et malingre, elle avise le cuir d’un grand bœuf dans lequel ont été enveloppés, pendant son voyage, les instruments à réparer les galères. Elle le fait étendre sur le sol, découper en lanières minces et étroites, aussi déliées que possible et décrit, par ce stratagème, moitié au bord du lac, moitié sur le rivage de la mer, une circonférence spacieuse qui ‘devient le berceau de 1a nouvelle ville de Kartha- Haddad.
Malheureusement, il y a deux cents ans de différence entre la fondation des archéologues et celle de Virgile. La première remonte à 1052 ans av.J.-C. et celle de Virgile date de 822 seulement.
Appien trouve le moyen de donner raison à tout le monde, car il prétend que Didon trouva Carthage toute bâtie et ne fit que donner un nouvel éclat à la ville en y ajoutant un quartier nouveau qui prit le nom de Byrsa.
Or, Byrsa, en grec, veut dire cuir; la tradition
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du taureau racontée par Virgile dans ces deux vers était donc réelle :
Mercatique solum facti de nomine Byrsam Taurino quantum possent circumdare tergo.
Carthage avança à pas de géant dans la civilisation. Composée d’un peuple de négociants, elle prit et perfectionna les procédés de la mère-patrie en se les appropriant. En l’an premier de la république romaine, elle passa avec cette dernière un traité de commerce, qu'on retrouve tout entier dans Polybe.
La nouvelle ville était déjà une rude exploratrice : Hannon partit avec soixante vaisseaux et trente mille colons pour bâtir des villes tout le
long du littoral de l'Afrique, depuis les Colonnes
d'Hercule jusqu’à Cerné, qui est elle-même aussi
éloignée des Colonnes d'Hercule que ces dernières
l’étaient de Carthage. Ce document nous indiquerait que le voyage d'Hannon s’est étendu jusqu’au cap Blanc et peut-être même jusqu’au Sénégal.
En même temps que celle d'Hannon, une autre expédition partit. Elle était commandée par Imiléon, son frère. Aux Colonnes d'Hercule, les deux: flottes se séparèrent, et tandis qu'Hannon s’avançait vers le Midi, Imiléon s’aventurait vers le Nord, visitant les côtes de l'Espagne et de la Gaule, reconnaissait la Manche et arrivait aux îles Cassité-
rides, les Sorlingues modernes, situées au sud-ouest
de l'Angleterre.
Dix ans après le voyage d’Imiléon, les Carthaginois avaient une flotte dans la Baltique. Ces intré-
pides marchands allaient demander de l'ambre aux
rivages de la Suède et de la Scandinavie, celui de la Sicile ne leur paraissant ni assez beau ni assez abondant.
Les Carthaginoiïis, peuple efféminé, sur 1a fin de leur existence, imaginèrent les moyens les plus doux qu’il leur fut possible de trouver pour éviter la fatigue dans leurs déplacements. Les éléphants qu’ils faisaient venir de la Numidie et de l'Égypte portaient, solidement fixés sur leur dos, des palanquins somptueux, capitonnés avec soin de fine laine de brebis et décorés avec la plus grande magnificence. Les bourgeois voyageaient à dos de chameau sur de larges selles à peu près semblables à celles dont on se sert aujourd’hui. Quand on décidait d'effectuer une courte absence, on partait généralement à cheval, suivi d’une troupe d’esclaves portant, qui sur l’épaule, qui sur la tête, les ballots de bagages et courant pour suivre le trot de l'animal.
Les Carthaginois faisaient, comme les Phéniciens, usage de la litière. Gustave Flaubert, dans sa curieuse reconstitution punique « Salammbô6 », décrit ainsi celle du suffète Hannon .
« Un soir, à l'heure du souper, on entendit des « sons sourds et fêlés qui se rapprochaient, et au « loin, quelque chose de rouge apparut dans les « ondulations du terrain.
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« C'était une grande litière de pourpre, ornée aux angles par des bouquets de plumes d’autruche. Des chaînes de cristal, avec des guirlandes de perles, battaient sur sa tenture fermée. Des chameaux la suivaient en faisantsonner la grosse cloche suspendue à leur poitrail.
« La litière s'avançait sur les épaules de douze nègres qui marchaient d'accord à petits pas ra-
« Mais les courtines de pourpre se relevèrent et l’on découvrit, sur un large oreiller, une tête tout impassible et boursouflée, le reste du corps disparaissait sous les toisons qui emplissaient la litière. »
On a tout lieu de supposer que les Carthaginois
connaissaient les coffres de voyage, bien que nous n’en ayions aucune preuve. Il est certain que les Phéniciens s’en servaient usuellement avant et depuis la fondation de Carthage; il est donc impossible que le peuple punique n'ait pas suivi l'exemple de la mère-patrie.
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Le Voyage chez les Grecs
au point de vue politique, soit au point de SA vue particulier, qu'à l'époque des grands ent médiques ou persans. Jusque-là, les petites bourgades qu’on appelait Athènes, Sparte ou Corinthe, ambitionnaïient fort peu, pour leurs roitelets, les honneurs des relations d'outre-mer. À l’époque homérique, les rares instruments de voyage qui existaient étaient fabriqués en hêtre massif, assez habilement assemblé. On renfermait dans ces bahuts les habits, les provisions de bouche ou les objets que l’on désirait conserver. On y ajouta, mais bien plus tard, des plaques de fer aux jointures, aux coins et sur le couvercle, lorsque l'on désirait y renfermer des bijoux ou des objets précieux. On finit par les faire en bronze massif
jusqu’à l’époque où le besoin de les transporter
fréquemment contraignit les Grecs à recourir à des
matières plus légères.
Sur tous les documents que nous avons pu recueillir sur cette époque, on ne trouve pas trace d’armoires ou de coffres fixés à demeure dans la muraille. Il est à présumer que ces bahuts devaient renfermer tout ce que possédait leur propriétaire : étoffes, parfums, bijoux, argent, objets de toilette, etc.
C’est le long des murs ou adossés à une colonne qu'étaient placés les coffres. Ils reposaient sur quatre pieds, peu élevés du reste, car ils servaient aussi de sièges. Nous constaterons en passant qu'ils avaient une ressemblance grande avec les bahuts du moyen âge et de la renaissance, dont nous parlerons plus tard.
Les panneaux étaient recouverts de dessins et même quelquefois de figurines sculptés dans le bois ou incrustés en métal précieux et en ivoire.
L’ornementation la plus ordinaire consistait principalement en lignes de couleurs plates, enchevêtrées d’une façon presque toujours originale, dont quelques-unes nous sont restées. Nous citerons, entre autres, ce que l’on appelle une grecque. Ce motif bien connu de nos jours, a été trouvé sur des coffres de cette époque. Les couleurs de ces bandes ornementales étaient le plus souvent jaunes ou rouges, parfois les deux teintes étaient entre-
mêlées. On trouve aussi des bahuts garnis de clous à
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