Le voyant de Figanières et son oeuvre
Un paysan de Figanières, humble village des environs de Draguignan, cheflieu du département du Var, publiait, en l’année 1838, un livre qui portait le titre de Clé de la Vie.
L’auteur de cette œuvre, aussi étrange que grandiose, se nommait tout simplement Louis Michel.
N’ayant jamais fréquenté que l’école primaire de son village, Michel savait à peine écrire, c’est assez dire que son bagage littéraire et scientifique n’était pas très lourd ; mais, pour cet homme simple, à l’àme éle-
vée, au cœur droit et naïf, la nature se montra d’une prodigalité jusqu’alors sans exemple.
Pour tous ceux qui ont eu l’insigne faveur de le connaître en personne, de lire et de comprendre ses œuvres, l’être moral, chez Michel, était un diamant brut qu’il suffisait de polir pour en faire jaillir des flots de lumière.
S’il était permis de mettre en parallèle la perspicacité philosophique de cette prodigieuse intelligence, on pourrait, pour’en donner une idéë approximative, jusqu'à un certain point, la comparer à la merveilleuse faculté de Mondeux, le célèbre pâtre mathématicien, qui étonna le monde savant par la solution, pour ainsi dire, instantanée des problèmes les plus compliqués et les plus ardus.
Nous ne saurions essayer d’expliquer ici, de quelle façon Louis Michel, qui n’apprit jamais rien dans les livres, était parvenu à en écrire Un dont les enseignements dépassaient de cent coudées les théories des plus illustres philosophes anciens et modernes.
Un tel phénomène, vu à distance, semble
revêtir, il est vrai, toutes les couleurs de la légende, et, pour en trouver une explication lucide et rationnelle, il faut la chercher dans les œuvres mêmes de notre auteur.
Vie Universelle , tel fut le titre du second livre publié par Louis Michel, quelques mois après l’apparition de Clé de la Vie .
Dans les quinze chapitres dont se compose cet admirable ouvrage, l’auteur expose, dans un style clair, précis et réellement scientifique, s’élevant parfois à la hauteur d’une grande éloquence, la splendide théorie des lois éternelles et préétablies qui président aux fonctions de la vie universelle, à tous les degrés de l’échelle des êtres, depuis le grand moteur infini, source et principe du mouvement, jusques à la plus infime parcelle de la substance animée.
Les esprits sérieux et réellement avides de connaître les fonctionnements les plus intimes des lois de la nature, qui, par un énergique effort de leur volonté, s’imposèrent le devoir de lire ces livres jusqu’au bout, furent profondément impressionnés parles lumineux enseignements de cette science nouvelle, dévoilant, avec la plus
merveilleuse lucidité, les causes encore inexpliquées de toutes les manifestations perceptibles de la nature vivante.
Parmi les adeptes, hélas! trop rares qui, dès le principe, acceptèrent comme vérités scientifiquement démontrées les dogmes servant de base à la sublime doctrine longuement exposée dans les livres immortels de Louis Michel, deux publicistes, célèbres à plus d’un titre, attirèrent sur eux l’attention dont ils étaient dignes, par les hautes appréciations qu’ils en publièrent.
L’éminent rédacteur en chef du Siècle, Louis Jourdan eut, le premier, l’honneur et la gloire de signaler au monde l’apparition du premier livre de Louis Michel, Clé de la Vie. C’est par ces paroles, on ne peut plus caractérisques, qu’il commença le mémorable article paru dans ce journal le 3 février 1858.
« C’est après de bien longues hésitations » et de véritables combats intérieurs que » nous nous décidons à entretenir le pu- » blic de ce livre le plus étrange, le plus » profond, le plus extraordinaire, le plus » curieux, le plus naïf et le plus savant » qui ait jamais été écrit peut-être.
« Vous dire avec quelle inquiète sollici- » tude, avec quelle défiance, nous ouvrî- » mes ce livre, serait chose impossible.
» Nous protestions instinctivement contre » ces communications d’un ordre mysté- » rieux, faites à la terre par des êtres invi- » sibles.
« Nous lûmes avec étonnement d’abord, » nous relûmes ensuite plus lentement, ces » pages empreintes d’une grandeur étrange » où se révèle la plus prodigieuse des » sciences, et, faut-il le dire ? nous ne » sommes pas encore revenu de ce senti- » ment de surprise que l’on éprouve à la » vue des choses merveilleuses.
« Mais qui a écrit ce livre étrange que » nulle plume de notre époque, nous n’en » exceptons pas même celle de fauteur de » Terre et ciel, n’aurait pu écrire.
« Qui donc fa écrit ?qui donc fa ins- » piré ? Nous n’en savons rien. Ce que nous » affirmons, c’est que ce livre est le plus » magnifique poème qui ait jamais été rêvé ; » la vision la plus extraordinaire qui ait » jamais été racontée, sans même en excep- » ter la Divine Comédie .
« Nous voudrions pouvoir donner une
» idée de cette inexplicable production et » nous allons l’essayer, sans espoir d’y » réussir. Nous aurons, du moins, atteint » notre but, si nous décidons les lecteurs » à juger, par eux-mêmes, de la valeur de » nos propres impressions.
« Cette Clé de la Vie ouvre à deux » battants les portes mystérieuses que l’hu- » manité, depuis son origine, a essayé d’en- » trouvrir. La vie des minéraux, des végé- » taux, des animaux, celle de l’homme, » la vie éternelle de Dieu, les enfante- » ments incessants des mondes, l’écono- » mie divine, en un mot, tout s’éclaire » d’une lumière inattendue à la clarté du » flambeau qu’un pauvre enfant des mon- » tagnes tient dans sa main vaillante. Il » révèle les lois de la vie de Dieu et, par » ces lois clairement déduites, il explique » les phénomènes les plus inexplicables ; » il crée une Science Nouvelle, et cette » science confirme l’Evangile, confirme la » liberté, confirme'tous les grands princi- » pes humains ; elle confirme ce sentiment » exprimé par les penseurs les plus i 11 us— » très, que nous participons à l’œuvre de » Dieu, à l’œuvre de la perfection infinie;
» sentiment que le grand apôtre de la chré- » tienté exprimait, sous une forme si ad- » mirable et si concise : ln Deo movemur, » vivimus et sumtts etc ».
Louis Jourdan termine son article qu’à notre très grand regret, sa longueur ne nous permet pas de reproduire ici en entier, par ces lignes sensationnelles :
« Mais il y a mieux qu’un intérêt de cu- » riosité dans ce livre, Clé de la Vie ; il » y a un sentiment religieux tellement » élevé, tellement vaste, un si ardent ap- » pel à l’amour et à la charité des uns pour » les autres, à la liberté, une si haute no- » tion de la justice et de la bonté de Dieu, » qu’il est impossible de lire ce livre, vrai-- » ment prodigieux, sans en éprouver un » grand bien être moral et une vive joie in- » tellectuelle. »
Presque à la même époque, l’un des plus illustres technologistes de ce siècle, qui dirigea, pendant plusieurs années, avec autant d’habilité que de distinction, le musée royal de l’Industrie, à Bruxelles, le savant Jobard publiait dans le Progrès international de cette ville, une appréciation des livres de Louis Michel dont il fut
irt
le disciple enthousiaste et l’ami dévoué.
Ce n’est qu’en reproduisant ici les derniers paragraphes de ce remarquable écrit que nous pourrons donner une juste idée de l’admiration de son auteur, pour les œuvres de l’homme extraordinaire qu’il se plaisait à appeler son cher maître.
« 11 y a quelque temps qu’est tombé, on » peut dire du Ciel, deux assez gros in-oc- » tavo dont la presse, excepté le Siècle, n’a » soufflé mot encore. Or, ces livres que » nous avons ouverts par hasard ont nom :
» dé de la Vie et Vie Universelle. Ils sont » signés : Louis Michel, un paysan, un cul* » tivateur.
« Il est vrai qu’il ne nous a fallu pas » moins d’une année pour lire les trois gros » volumes de ce paysan, où tout est si neuf, » si imprévu, que tout ce que l’on peut >> avoir appris ne sert à rien pour les com- » prendre. On ne peut certes pas exi- » ger un tel sacrifice d’un journaliste quo- » tidien, obligé de faire tous les matins » l’inspection du globe, de tâter le pouls » à tous les Souverains, de faire tirer la » langue à tous les peuples, pour nous » apprendre qu’ils jouissent tous d'une
» constitution plus ou moins mauvaise.
« Le vocabulaire de Michel seul est une » étude. Il promet de l’expliquer à une pro- » chaîne édition. ( Promesse qui a cté effec- » tivement tenue depuis lors. )
« Ses livres sont concentrés et ils parais- » sent obscurs.
« Une première lecture est comme une » première visite à l’Exposition Univer- » selle. On n’y voit rien et l’on dit : c’es » pauvre ! Mais à la fin on dit : c’est riche, » c’est très riche, c’est trop riche pour » Tétudier en six mois, au point que les » membres du Jury en oublient plus de la » moitié et ne comprennent pas le quart » du reste. Or, les livres de Michel sont » une exposition universelle, à partir de » la monade initiale, de l’infiniment petit » vivant, enfin, à l’infiniment grand. Nos » successeurs, si la presse va toujours » ainsi, seront bien étonnés, en retrou- » vant ces livres dans la poussière des » bibliothèques.
« Si l’on nous demande ce que nous en » pensons : eh bien ! dirons-nous, ces » livres sont comme le coffre de Roths- « child, rempli d’or jusqu’au bord, et
» comme il n’y a pas de coffre aussi riche » que celui de Rotschild, il n’y a pas de » livre aussi savant, aussi profond, aussi » merveilleux que ceux de Louis Michel.
« Eux seuls peuvent tenir lieu de tous » les autres, car ils sont la science de » Dieu, de la Vie Universelle. Une Seule » de leurs pages vaut plus d'in-folio qu’elle » ne contient de lignes, pour qui sait mé- » diter et comprendre.
« Le paysan croit que ses livres sont » bons ; mais, dans son ignorante simpli- » cité il n’ose, l’affirmer.
« Je pense , dit-il, que les quarante n'en » pourraient faire autant, mais ilnem'ap- » partient pas d'en juger , moi qui n'ai » fait aucune étude quelconque, je crains » de me tromper. Non, non, le bonhomme » n’a pas cela à redouter ; ses livres sur- » vivront à tous les livres, comme I’Évan- » gile, car ils sont aussi la Voie, la Vie et » la Vérité.
« Quant à nous qui en avons tant lu de » livres, ceux-ci seront les derniers et on » les trouvera sous notre chevet, à notre » heure suprême.
« Vienne un autre Omar, pour incendier
» tous les livres, inonder toutes les biblio- » thèques ; que la Clé de la Vie , que la » Vie Universelle surnagent, rien ne sera » perdu : cosmogonie, astronomie, géo- » logie, histoire naturelle, éloquence, ma- » thématiques, tous les trésors de la » science humaine et divine, dans toute » leur pureté, seraient sauvés ; ils sont » dans les livres de Louis Michel.
« Voilà ce que nous pensons sérieusc- » nient des gros in-octavo de ce pauvre » paysan du Var.
Jobard. »
Q ue peut-on dire de plus et avec une plus haute autorité ?
Un philosophe d’un rare mérite, le capitaine Renucci, dans une brochure ayant pour titre : Rapport sur une révolution inconnue, publiée, il y a quelques années, appréciait ainsi les œuvres de Louis Michel :
« C’est le plus grand monument qui » existe dans les archives de l’humanité.
« Ce système ne peut être compris et » apprécié que par les individus doués » d’un véritable sens philosophique et au
» courant des questions qui constituent » les problèmes de la métaphysique ; pro- » blêmes à l’étude depuis plus de deux » mille ans, sur lesquels se sont usés les » plus grands génies de l’humanité, et » qu’aujourd’hui, par l’organe deKantet de » l’école critique, l’esprit humain reconnaît » hors de sa portée et déclare insolubles.
« Tous ces problèmes se trouvent préci - » sèment résolus en principe, dans le sys- » tème de Michel de Figanières. Ce système » est trop vaste et trop compliqué dans ses » développements, pour que je puisse en » faire un résumé. Je me contenterai de » donner une idée de la manière dont il » résout, en principe* les problèmes méta- » physiques.
« Les problèmes métaphysiques sont » ceux-ci :
« Qu’est-ce que Dieu ? — Qu’est-ce » que Tâme ? — Qu’est-ce que la matière » et le monde ?— Quels sont les rapports » de Dieu avec les mondes ?— Comment » l’âme peut-elle avoir des rapports avec » la matière ? — Quelle est l’économie du » tout et son unité organique et vivante, » c’est-à-dire qu’est-ce que l’être absolu ?»
Ces questions posées, M. Renucci ajoute un peu plus loin.
« Ce système présente d’ailleurs, quant » à la forme, tous les caractères de la » science, etc.
« Dans ce système, les trois unités mé- » taphysiques, Dieu, l’âme, la molécule » élémentaire, sont substantiels et dans » l’espace, etc.
Les hautes appréciations que nous venons de transcrire sont, croyons-nous, largement suffisantes, pour donner une idée de la suprême importance des œuvres de Louis Michel, éclairant de la plus éclatante lumière la marche en avant de l’humanité terrestre, et, à ce point de vue, elles sont dignes de la plus sérieuse attention des amis de la science et du progrès.
Louis Michel, que les événements politiques et d’autres considérations d’ordre personnel avaient relégué, pendant le cours de plusieurs années, dans la vie privée, est de nouveau sorti de sa retraite.
En rééditant ses deux premiers ouvrages : Clé de la Vie et Vie Universelle , il a publié un nouveau livre :
Plus de Mystères !
Nous qui l'avons lu, plus d’une lois d’un bout à l’autre, nous pouvons affirmer, avec la certitude la plus absolue, que ce titre, plein d’attrait, ne sera point une déception pour toutes les intelligences curieuses et avides de savoir, qui voudront bien suivre notre exemple.
Plus de mystères ! est une condensation synthétique lumineuse mise à la portée de toutes les intelligences, de la vaste et grandiose doctrine amplement développée dans ses deux premiers ouvrages.
C’est dans les pages de ce modeste volume, que se trouve formulée la démonstration mathématique de la grande et sublime loi d’analogie universelle, embrassant, dans son incommensurable sphère, toutes les lois qui président à l’accomplissement des phénomènes vitaux, dans les mondes de l’Omnivers etl’universalité des êtres dont ils sont peuplés.
C’est là que se trouve dévoilé, aux yeux de quiconque voudra voir, l’activité vitale des minéraux, des végétaux, des animaux et partant celle de l’homme physique et moral, chef des trois règnes inférieurs.
C’est le spectacle, à grands traits, de la
Vie des univers et des mondes, soleils et planètes ; de la vie de l'éternel et infini moteur, principe et fin de tout ce qui a été, est et sera.
Les lois qui régissent toutes ces existences aussi multiples que variées, constituant, par leur ensemble, la grande Unité Omniversellc , s’y manifestent en pleine lumière, et les phénomènes qui, jusqu’ici, avaient paru les plus inexpliquables, s’expliquent de la façon la plus simple et la la plus naturelle.
Cette Science nouvelle basée sur des principes immuables et investie d’un caractère absolu et indélébile d’unité, est bien, en réalité, la Science Vivante Universelle ’, car elle permet de constater, pour ainsi dire, de visu , les mouvements sans nombre et les transformations incessantes et variées à l’infini de la Vie agissante et fonctionnante, dans tous les êtres de la nature, existant sous les quatre formes de la substance universelle incréée, à savoir:
la forme solide, la forme liquide, la forme gazeuse, et la forme fluidique impondérable, depuis l’infiniment grand jusques à l’infiniment petit.
Cette science nouvelle confirme et sanctionne, tout à la fois, les grands principes de la morale éternelle, cause génératrice primordiale du développement et du perfectionnement progressif des sociétés humaines. Elle démontre, d’une manière irréfutable, que l’homme, dans les mondes qu’il habite, et sur lesquels il séjourne plus ou moins longtemps, durant le cours de ses pérégrinations sans terme, dans l’espace et le temps, classé suivant les degrés de la valeur morale résultant du plein exercice de son libre arbitre, est bien, en réalité, l’auxiliaire, en même temps que l’exécuteur naturel de la volonté éternellement agissante et procréatrice du grand moteur universel....
Arrêté court par les limites qui nous sont imposées, nous terminerons cet aperçu des livres de Louis Michel par ces simples paroles adressées au lecteur:
« Faites d’abord table rase de toutes vos » préventions et de tous vos préjugés ; — » coupez radicalement court à toute idée » admise ou préconçue ; — oubliez, si » vous le voulez bien, pour quelques ins- » tants, tout ce que vous avez appris et,
» par un énergique effort de votre volonté, » imaginez-vous que vous ne savez rien » et puis, ouvrez résolument cet humble et » modeste volume qui a pour titre : Plus » de Mystères ! lisez-Ie sans arrière-pensée, » avec la ferme intention de le bien com- » prendre et de vous en assimiler la subs- » tance.
« Captivé par l'intérêt croissant suscité » en vous par cette lecture et par la nou- » veauté des idées exposées, votre esprit » sera bien vite séduit par le spectacle » grandiose des merveilleuses beautés du » monde inconnu, mais cependant très » réel où vous allez pénétrer. Quand il » aura compris, il ne pourra plus se faire » illusion ; il se dira qu’il est, cette fois, » bien en face de cette grande et sublime » entité-philosophique qui porte le nom » de Vérité ; entité philosophique, scienti- » fique et religieuse, Une, Unique et iruti - » visible , source intarissable et immaculée » de la Justice et de la Liberté dont Tappli- » cation pratique aura seule la puissance » d’introduire, dans les institutions de » l’ordre économique et social, le fonc- » tionnement normal et régulier de YEga-
» lité , de la Fraternité et de la solidarité , » but final et condition normale de la » vraie vie humanitaire et de l'harmonie » sociale, sur le globe que nous habitons.
Ces pages étaient écrites, lorsqu’un événement profondément douloureux est venu nous frapper comme un coup de foudre ; — nous venions d’apprendre que le dimanche 19 août 1883, à 9 heures 35 minutes du matin, Louis Michel venait de s’éteindre, dans sa soixante-huitième année, à Figanières, sous l’humble toit qui l’avait vu naître.
Après avoir accompli jusqu’au bout, icibas, la sublime mission dont il avait été providentiellement investi, 1 âme glorieuse de ce bienfaiteur, encore ignoré, de l’humanité, s’est séparée, presque sans effort, de sa dépouille mortelle, pour remonter vers les hautes régions d’où elle était descendue.
Sorti des entrailles mêmes du peuple travailleur, dont ses lumineux enseignements vont préparer et hâter l’émancipation définitive, le fils du paj'san de Figanières resté paysan, comme son père, n’a pas voulu sortir de l’ombre où il s’était
complu, durant le cours de sa vie terrestre ; aussi ne s’est-il pas fait plus de bruit autour de sa tombe qu’autour de son berceau.
Quant à nous, son disciple et son collaborateur de la dernière heure, nous n’avons, pour le moment, qu’une chose à dire et à proclamer, pour les esprits de bonne foi et non prévenus qui voudront bien nous entendre, c’est que Louis Michel a été l’humble semeur de la graine féconde d’où va sortir l’arbre géant et merveilleux qui abritera bientôt, sous l’ombre tutélaire de ses vastes et puissants rameaux, l’humanité pubère transformée et régénérée.
Cependant, tout nous fait, dès à présent, prévoir que le siècle sceptique et frondeur qui va s’éteindre dans les spasmes d’une agonie, peut-être redoutable, ne sera pas témoin du triomphe de ses œuvres absolument incomparables ; mais, par contre, nous pouvons affirmer, avec la foi la plus lucide et la plus robuste que rien, dès aujourd’hui, ne saurait donner la moindre idée de la splendeur des couronnes et de la sublimité des hymnes qui perpétueront etglorifieront sa mémoire, jus-
ques aux siècles les plus reculés, lorsque les hommes, mûris par le destin, auront enfin des yeux pour voir et des oreilles pour entendre....
Un certain nombre des lecteurs de cette notice s’étonneront peut-être du long silence qui s’est fait autour des œuvres de Louis Michel, depuis la réédition de Clé de la Vie et de Vie Universelle et la publication de son dernier livre, Plus de mystères !
Il importe de spécifier les causes déterminantes d’un fait aussi anormal.
Les unes, qui sont apparentes et tangibles, sont facilement explicables ; tandis que les autres, qui appartiennent plus particulièrement à Tordre moral et métaphysique, ne peuvent se démontrer que par le raisonnement.
Celles de la première catégorie, sont surtout caractérisées par des événements d’une nature essentiellement vulgaire, tels que la mort prématurée et, pour ainsi dire, imprévue de fauteur de Clé de la Vie ; et la situation peu fortunée de ses héritiers naturels, modestes artisans de son village natal, qui n’ont jamais eu la moindre notion des spéculations transcendantes contenues dans ses livres et qui, par cela même, les ont laissés dor-
mir, pendant près de seize ans, dans les entrepôts de l’imprimerie Paul Dupont, à Clichy-la-Garenne, sans jamais se préoccuper, un seul instant, de leur incomparable valeur.
Quant aux causes appartenant à la deuxième catégorie, les esprits superficiels et peu réfléchis les considéreront, sans doute, comme des manifestations naturelles de la vie courante, variées à l’infini, sans chercher à y découvrir le sens caché qu’elles renferment.
Pour nous, vieux disciple du Maître, initié, de longue date, aux merveilleux enseignements de son immortelle doctrine, loin de déplorer l’interminable sommeil dans lequel elle est restée si longtemps ensevelie, nous ne saurions assez nous en féliciter ; car, nous admettons, comme un fait d’ordre purement providentiel, le retard considérable imposé par les circonstances à la diffusion des lumières de la Science vivante , dans le monde des savants et des lettrés, par cette raison bien simple, que les esprits que l’on aurait crus les plus capables et les mieux disposés à se prêter à l’initiation des nouveaux dogmes, n’avaient point encore acquis le degré de maturité voulu, pour en comprendre le grandiose ensemble et s’en assimiler la lumineuse substance.
Il fallait attendre que l’évolution intellectuelle de cette fin de siècle, profondément troublée par l’éclosion successive et souvent simultanée d’une foule de théories plus ou moins absurdes et contradictoires, fut beaucoup plus avancée et partant expurgée de l’énorme stock de scories doctrinales
qui encombrent encore la voie qui lui est tracée et qu’elle doit parcourir.
Telle est, à notre sens, la cause occulte, mais cependant très réelle, de cette longue nuit, qui a recouvert jusqu’ici, de ses ombres fatidiques, les radieux enseignements de la plus grande révélation des temps modernes, appelée, par l’inéluctable loi des destinées, à devenir, un jour^ l'Evangile de l'Humanité pubère.
Auguste Commandeur
fin
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