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LE VRAI
Communisme^ socialisme, voilà des mots qui ont fait )ien du chemin et qui ont eu une étrange fortune } ils appartenaient a la langue de la science, ils appartiennent iDjourd'bui au vocabulaire politique -, de la sphère calme les idées, ils sont descendus dans Tarène bruyante des partis y on les discutait, on s'en effraye ; on s'en servait 3omme d'arguments, on les emploie comme injures : c'étaient des doctrines^ ce sont des armes.
Les choses n'en sont pas venues là en un jour. On a iengtemps vécu avec le socialisme sans s'en inquiéter le moins du monde ; on a même, de tous côtés, travaillé à
(i) G«t opiucale, composé dei articles insérés dans le Moniteur dea ^ 8, 14, 19 mars et 7 aTril 1849, a été écrit à Poccasion do livre de H. Alfred Sodre, intitulé : Histoire du eommunitme^ ou réfuMion kit» torique de» utopies todalistei.
ses progrès, sans le vouloir, il est vrai, sans le savoir, peut-être.
'Cette histoire mirito (fétre rippdiée»
Tl y a eu de tout temps des penseurs, des rêveurs, si on aime mieux ce nom, qui ont voulu réformer la société, renverser ses fondements pour la relever sur de nouvelles bases ; j'en parlerai plus tard. En ce moment, pou! expliquer le présent, il suffit de remonter aux dernières %wé^ de ia restaoration.
Le plus radical, le (dus excenirif ue des réformtteurs modernes, Charles Fourier, avait complété, en 1822, par son Traité de Vassociation domestique agricoUy le système fondé dans sa Théorie dêê quatre mou^oements; il vivait obscur, repoussé par les savants, ridicule aux yeui du monde , réfugié dans la contemplation de son idée, mattre vénéré de quelques disciples convaincus. Personne ne s'émut des ouvrages que Fourier publia en 1829 : on ne se tourmenta pas davantage de la propagande tentée par \e Phalanstère, des conférences ouvertes à Paris par le philosophe, ni des prédications de ses élèves dans la province. Les écrits successifs des adeptes, surtout de M. Considérant, la création de la Phalange, les essais malheureux de réalisation d'un phalanstère, laissèrent le public dans une indifférence dont il ne sortait Ïae par l'ironie. Au milieu des travaux de son école, ourier mourut sans bruit. Sa doctrine a été continué^ par M. Considérant^; on peut dotrter qu'elle ait fait de grands progrès depuis que son organe quotidien, la Dé] fnocratie pacifique, s'est mêlé à toutes les agitations de la politique.
Un autre novateur, Saint-Simon, était mort, en 1825^ flans la pauvreté et l'obscurité, après avoir publié son derûier ouvrage, le Nouveau christianisme, et en préparani la publication du journal le Producteur, qui fut rédige panses disciples et vécut peu. On se rappelle le retentissement bruyant de la prédication saint- simonienne, l'espèce tfe fascination qui entraîna de jeunes esprits enthousiastes, le schisme qui se déclara au sein de la petite église, les scandales, les procès, les démonstrations Ihéâ-
traies, enfin la dispersion du saîDt-simoDisme au nilteo d'un éclat de rire. Ce qu'il y ayait de sérieux dans la doctrine n'inquiélâ pas longtemps, parce que la for.iae prètaît ao ridicule plus encore qua h tond a la réfutation. Le salat-sâmonisme n'a plus été qu'une opinion philosophique, aa&s aucune action extérieure apparente.
Le mouvement donné aux idées parles théories de 8aint-SiixK)n et de Fourier, quelques-unes de leurs formules économiques, la crise commerciale qui suivit la Févolution de ISdO^ les chômages industriels de France et d'Angleterre, appelèrent Tatlention sur les conditions du travail et sur la situation des tiavailleurs ; on ne sa borna pas à décrire, en les exagérant, les misères de Tonvrier c on s'en prit à la société de tout Le mal qu'elle ne DOttvait empêcher, et on commença à l'attaquer dans son organisation entière. Ce fut d'abord une affaire de livres ; les gens qui ne se troublent qu'à la vue des désor-dres matériels^ et c'est le {dus grand nombre^ ne prirent pas grand souci de ee qui ne leur p^rnt qu'une guerre de plume.
Lsl statistique «ccnmula des chiffres accusateurs^ M. Barent-Ducbalelet détailla une à une toutes les bontés de la {MTostitution ^ un autre fit le compte des classes dangemnses quà infestent Paris *, M. Eugène Buret traça un iament^d^le tableau De la misère des cUmts laborieuses en France et en Anghterre s mû .par d'bonorablos convictioi^ philanthropiques^ il for^ les couleurs, comme l'ont fait souvent, sous Timpulsiom du zèle religieux, les membres des commissions parlementaires et les témoins des enquêtes instituées chez nos voisins pour l'examen de tout ce qni touche au paupérisme. M. Léon Faucher sut se défendce de cette exagération dans ses belles Etudes sur VAngleierre : le mal est bien assez grand .Sian^ qu'on le grossisse en le dépeigoant.
Les théoriciens n'ont pas plus manqué que les statistieiens. M. Cabet,dans l'exil auquel l'avait envoyé une coja* damnation politique, avait étudié et goû.té îes théorifis d'Owen ; à >on retour, il avait introduit en France les sociétés coopératives. Après quelques années consacréei»
aux affaires publiques, il reprît ses travaux de socialiste ; il exposa sou système dans une sorte d'utopie qu'il intitula Voyage en Icarie,
M. Pierre Leroux, par son ouvrage V Humanité^ et par d^autres écrits, développa une doctrine bumaniUire, difficile à caractériser, et que Tobscurité scientifique de la forme empêcha de devenir populaire.
M. Proudhon, en 1840, posa cette question : Qu'est-ce que la propriété ? Malgré Taudace de sa réponse, on était si peu effrayé des controverses qu'on croyait renfermées à jamais dans le cercle paisible des livres, qu'un académicien fit, sur ce travail si boslile aux idées reçues, un rapport presque complaisant. M. Proudhon publia, l'année suivante, un nouveau pamphlet économique, où il s'annonça comme Tennemi juré de la propriété. Il a tenu parole.
C'est à partir de la même époque que les adversaires démocrates du gouvernement de juillet, ayant vu échouer les tentatives d'insurrection appuyées sur l'idée républi-caine seule, employèrent le communisme comme instrument d'attaque préparé contre la royauté. A cette trans^ formation se rattachent les coalitions, les grèves, les agitations d'ouvriers, dont le pouvoir et le public ne s'occupèrent que dans une vue de répression momentanée ; les publications incessantes de journaux, brochures, écrits communistes. Alors aussi parut le livre de M. Louis. Blanc, sur V Organisation du travail, attaque vigoureuse I contre la constitution économique du pays, comnoie son Histoire de dix ans avait été un coup violent contre la monarchie de 1830.
Ce n'est pas tout; les romanciers trouvèrent des sources d'émotions dans les chiffres de la statistique, dans les arguments des philosophes et des économistes nouveaux. De là ces longues fictions où l'on voyait toujours l'individu victime des torts de la société, où toutes les institutions sociales étaient prises à partie, où le pauvre avait toutes les vertus et le riche tous les vices, où les puissants étaient toujours infâmes et les faibles héroïques. Ces heureuses combinaisons se faisaient applaudir aussi au théâtre ^ il existait pourtant alors une censure dramatique : à quoi ser-
vaîtelle? Les livres ne suffisaient plos à ce besoin qa'é* prouvait la société de se calomnier elIe-mênoLe; le roman antisocial s'installa dans le feuilleton des journaux ; il y régna en maître absolu. Tel était l'entrainement des esprits, que Jes feuilles les plus conservatrices se disputaient les ouvrages les plus acharnés contre l'ordre social. Il n'y eut que de rares exceptions. S'il était permis d'invoquer an fait personnel, je dirais que je regarde comme un titre d'honneur d'avoir repoussé de funestes innovations, malgré des excitations et des demandes venues de haut, et d'avoir donné à la partie littéraire du Moniteur un caractère d'autant plus sérieux, qu'ailleurs la littérature devenait plus futile et moins morale.
Le mal produit par les romans en volumes et eu feuilletons a été plus grand qu'on ne pense ; ils ont perverti en haut comme en bas. Les classes qui possédaient la richesse, le pouvoir, l'influence, ne pouvaient être tentées ni de se reconnaître dans de hideux portraits de fantaisie, ni de s'indigner contre un ordre social dont elles recueillaient les avantages. Pour les salons, ces tableaux de misère et de corruption n'étaient que des peintures émouvantes; les caractères faux, mais exceptionnels, énergiques, exaltaient l'imagination , sans tirer à conséquence*, les mœurs des bagnes, des bouges les plus dégoûtants, étalées dans les boudoirs, y excitaient une curiosité fiévreuse, sans danger d'imitation. Mais l'action morale de ces lectures, pour n'être pas immédiate, n'en était pas moins pernicieuse. On s'accoutumait à isoler l'émotion de la moralité; on voyait le beau dans le développement effréné des passions : la limite du bien et du mal devenait indécise et menaçait de s'effacer. Aussi a-t-on vu, coup sur coup, des aclions viles et des crimes épouvantables sortir des rangs élevés de la société, et fournir des prétextes aux accusations sans cesse répétées contre les riches et les puissants.
Parmi ceux qui souffrent et à qui le travail ni^ donne pas toujours le pain quotidien, les romans socialistes, propagés à l'infini par le feuilleton , causaient d'effrayants ravages. Là on ne tourne pas nonchalamment
et en soamnt la page Incendiaire ; on prend les eho- )Ks à la lettre; on se gonfle d'orgaeil, on s'enflamme d'envie; on s'emporte contre une société où Ton croit voir toQjoctrs le vice opulent et la vertu indigente : on lui garde d'affreuses rancunes^ et l'on appelle de tous ses voeux un ordre social où tes jouissances seraient réparties d'une manière moins inique ! Voilà ce qui grondait sourdement au fond des instincts populaires^ en présence des périlleuses fictions qui amusaient les honnêtes boar^igeois, les belles dames et les élégants caraliers.
Le gouvernement lui-même (on peut le dire ici , car ce n'est pas de la récrrminatTon , mais de lliistoire) avait sa part dans l'imprévoyance générale ; il ne faisait rien pour arrêter les écarts littéraires, rien pour conjurer les effets des mauvais livres qui travaillaienft le peuple. Les avertissements ne lut ont pas ét^ épargnés ; on hn signalait les mouvements mutuellistes, les communications établies entre les communistes de France et de l'étranger, la direction donnée à l'esprit des ouvriers, les progrès des doctrines antisociales. Les avis de l'intellig^ce prévoyante rencontraient riodiffërence ou rincréduHlé; n'av«ît-on pas une majorité parlementaire certaine, une armée fidèle?
On s'endormait dans l'optimisme ; on «'est réveiHé an bruit du tocsin de février. On a vu alors ia portée de ce qu'on avait traité avec tant de légèreté ou d'insouciance. Lesidé» socialistes avaient armé une partie des combattants ; elles entrèrent au pouvoir avec plusieurs membres du Grouvernement provisoire ; elles inspirèrent un des premiers actes de l'autorité; elles furent exposées avec une brillante éloquence au Luxembourg ; elles furent représentées à la tribune nationale par MM. Louis Blanc, Pierre Leroux, Considérant, Proudhon ; elles y défendirent le principe du lîroit au travail ; on leur attribua la création des ateliers nationaux et les désastres qui en furent la suite.
£n présence d'une telle puissance, la frayeur saisit ceux qui n'avaient rien compris ni rien prévu. D'un excès de sécurité on tomba dans un excès d'épouvante. Les mêmes personnes qui haussaient les épaules il y a deux ou trois fins quand on leur parlait de socialisme, voient maintenant
le socialisme partout : elles le chargenft de tontes les fautes du passée de tons les malheurs du présent^ de toutes les menaces deTavenir.
Voilà comment il est arrivé, ainsi que je le disais en commençant que les idées représentées par les mois de socialisme y de communisme , ont quitté le terrain de la spéculation philosophique pour arriver, à travers une aveugle indifférence, à jouer un rôle immense dans les justes préoccupations de Topinion publique.
Les esprits sérieux, les hommes qui voient quand d'autres n'aperçoivent encore rien, qui regardent froidement quanJ d'autres tremblent, ceux-là cherchent à bien connaître la vérité des choses^ ils demandent aux mots les idées qu'ils renferment ; ils veulent savoir au juste ce que le socialisme et le communisme sont, ce qu'ils ont été, c% qu'ils peuvent être.
Et d'abord, quel est le sens du mot socialisme ?
On a sans cesse ce mot à la boucbe on sous la plume, e!t il n'y en a guère sur lesquels le monde et la science s*eDtendent moins.
Chaque jour on qualifie sociaïiste quiconque désire quelque réforme, indique quelque changement possible, demande une innovation d'économie politique, s'occups du sort des travailleurs. L'expression est alors une appellation de parti, aussi généralisée, aussi peu bienveillante que l'étaient, dans d'autres temps, celles d'aristocrates, AHdéologues, de libératur.
M. Louis Reybaud, qui a fait un livre spécial sur le soeialisme, appelle socialistes (Etudes sur les réformateur ou socialistes modernes ^ tome II, chap. l^*') tous les écrivains qui sapent la société dans sa base, et qui ont la prétention d'en élever une autre, tout d'une pièce, sur les mines qu'ils voudraient faire j il y comprend les philosophes, les utopistes^ les économistes, les statisticiens, les romanciers qui ont consacré leurs efforts à prouver que tout est mal dans l'ordre social ou économique actuel \ il enferme même dans son cercle de socialistes Jérémie Benlham, cet esprit si positif, qu'on s'étonne à bon droit tie trouver parmi les rêveurs. Des réclamations ne pou*
— levaient pas manquer de s'élever contre cette classification du célèbre utilitaire : elles ont eu pour principal organe M. Charles Dunoyer {Rapport à V Académie des scienceê navales et poUtiqms, Compte rendu, tome III, p. 426).
Entendu dans celte large et naturelle acception, le socialisme embrasse également les théoriciens et les hommes pratiques, ceux qui pensent et ceux qui agissent. Des rêves socialistes comme ï Utopie ùq Thomas Morus,la Salente de Fénelon, la paix perpétuelle de Tabbé de Saint- Pierre, n'ont rien d'inquiétant ni de dangereux. Les systèmes les plus bizarres qui tentent de passer de rimagina« lion de leurs auteurs dans le domaine de l'expérience, ne
S résentent non plus aucun vrai péril social^ s'ils se livrent Fessai par des voies pacifiques^ sans désordres, sans violence. Ainsi nous avons vu et nous voyons à l'œuvre les plans de plusieurs hardis réformateurs. Le saint-simonisme, se trouvant à l'étroit dans les limites d'une doctrine économique, a voulu devenir une religion, une institution : il a échoué. Le fouriérisme a essayé, sans plus de succès^ rétablissement durable et l'extension de ses phalanstères^ l'expérience du communisme icarlen se poursuit en ce moment avec des chances qui paraissent bien douteuses^ enfin M. Proudhon résume tout ce que ses idées ont^ pour lui, de praticable, dans la banque du peuple, qu'il tâche d'organiser, et il consent à être définitivement jugé d'après la réussite ou l'échec de cette entreprise. C'est là, c'est à la pratique qu'il faut attendre les novateurs j les expériences auxquelles ils se soumettent sont les meilleurs jugements : loin de redouter^ il faut désirer ces contrôles suprêmes des théories par les faits.
Quant aux socialistes qui veulent s'imposer par la force, la société qu'ils attaquent ne leur doit que le châtiment de leur révolte. Au surplus, quand, par hasard, une réforme qui n'a pas l'assentiment d'un pays, parvient à s'établir par la force, son triomphe n'est qu'éphémère j voyez Munzer et Jean de Leyde.
M.Thiers {De la propriété^ livre III,chap. 1") donne un sens restreint au mot socialisme. Il l'applique à des idées qu'il regarde comme des attaques détournées contre la
propriété ; les socialistes^ suivant lai, sont ceux qui demandent Tassociation entre ouvriers, le système de réciprocité ou les banques d'échange, et le droit au travail, tielte analyse des éléments socialistes parait incomplète et peu rigoureuse. Le droit au travail, par exemple, appartient au communisme, auquel il conduit inévitablement) aussi M. Proudhon, qui s'y connait, disait-il ce mot, souvent répété et digne de Tètre : « Si vous me passez le droit au travail, je vous cède le droit de propriété. » Ce droit n'est pas, d'ailleurs, l'œuvre des socialistes contemporains, comme M. Thiers les entend : la formule provient de l'école fouriériste, et M. Considérant en a revendiqué pour elle la propriété. (Voyez M. Joseph Garnier, le Droit au travail, Introduction, page 21.)
Qu'il me soit permis^ à mon tour, de présenter une autre définition du socialisme, une autre division des socialistes.
J'appelle socialistes tous ceux qui, par leurs doctrines ou par leurs actes, tendent à bouleverser, changer, modifier l'organisation, les relations ou les mœurs sociales ; en ce sens, le communisme est une variété, la plus importante^ du socialisme.
On voit, par la définition même, qu'il y a socialistes et socialistes j les uns révent innocemment une perfection sociale chimérique j d'autres poursuivent la destruction radicale de la société, et sa réédifîcation de fond en comble d'après des plans préconçus ^ d'autres veulent des réformes également radicales, mais partielles; d'autres enfin cherchent seulement à introduire dans l'état social, des améliorations réelles et praticables.
Tous les systèmes socialistes demandent, aujourd'hui plus que jamais, à être sérieusement étudiés. Il faut se garder du prosélytisme qui repousse toute critique, et du dédain qui rejette tout examen. II y a des parcelles de vérité dans les grandes erreurs ; on trouve de l'or dans la fange. Les réformateurs absolus ne permettent pas qu'on retranche rien à leur œuvre ; ils coulent la société d'un seul jet dans le moule de leurs idées; c'est à prendre ou h
laisser. La critione n'admet point ces prétentions ; son devoir est de démêler le vrai du faux, comme le devoir de l'homme d'Etat est de séparer le dangereux de i'crtiley et de faire profiter le pays des bannes ettoses^ qaelfe qae soit leur origine. C'est en s'élevant à ce point d& voe qtrem. Guizot reconnaît, dans sa brochure récente svr la démocralie, que les doctrines socialistes ont lear pfaee dans le grand mouvement de l'humanHé et de la civilisation.
Le bon socialiste n'est ni cetoi qui rêve, nr c€fhii« qm renverse, ni celai qui violente ; c'est celui qwt eherebef constamment le vrai progrès, qui respecte l'état social amené par les siècles^ qui ne s'occupe que d'en dévelop-
{>er les avantages et d'en diminuer les inconvénients. Coui-là ne prend pas tout changement pour une amélioration, ni tout mouvement pour un progrès ; il sait qu'oBr peut marcher à reculons, et qu'on n*est pas toujours mieux, par cela seul qu'on est autrement Le socialiste, c'est Yauban, traçant un système d'impôts destiné à so«lagçsr l'épouvantable misère da peuple, écrasé par le ruineux despotisme dfe Louis XIV; c'est Napoléon, consacrant les conquêtes démocratiques de la révolution par le Code civil ; c'est sir Robert Peel ajoutant aux réformes politiques, les plus larges réformes financières et commerciales.
Le socialisme vrai» ceïoî de tous les esprits éclairés, de tous les coeurs généreux, se dévoue à l'étude, à fa réalisation des aménoratîons véritables ; son but est légî* time comme ses moyens 3 il n'effraye- personne et rend service atout le monde j il a droit d'exiger qn'o» ne le confonde pas avec les déclamations anarchiqwes et vides, avec les menaces révolulfonn^aires, avec les doctrines hideusement subversives qui usovpent le même nottx et attirent sur le mot de socialisme la juste réprobation du hou sens public.
Sortons des génétrittés. Qudle est, parmi' nous, It nature d'amélîoititioiïs qtii doit lepfûs exciter la soWIct-" tude du socialisme honrréteet bienfaisant?
Les institutions politiqxtes 7 Nous les avons sf souvent remaniéesj, qne te plus pressanf besoin de fia nation est
d'en aasirei la stabilité. D'ailleurs^ avec la forme répi»* blicaine et le sollirage universel, aacaa obstacle ne s'oppose aux perfecUaDneoBents.
Les insfitolions administratives ? L'ensemble en est bon } si l'on y toaebe^ qoe ce soit pour les simplifier^ non pour les affaiblir^ et qu'on n'y porte la main qu'avec une extrême discrétion.
Quant aux situations sociales, on doit naturellement s'occuper de préférence des parties de la nation qui ont le moins profité des évolutions précédentes de notre civilisation, de celles dont le sort appelle les pi us urgents sou^ lagements. La bourgeoisie a tout gagné à la révolution de 1789 ^ les privilèges qui la séparaient de la noblesse sont tombés ; elle a conquis l'égalité politique ; elle est parve^ nue à tous les emplois y elle participe au bienfait de la lui des successions et des> partages, et à ses conséquences sur la division des propriétés» Par la suppression de la féodalité, par la vente des biens nationaux, par Teffet des nouvelles lois civiles, le paysan aussi a largement profité de la révolution f le nombre des propriétaires ruraux s'est (Nrodigieusement accru, et la condition des paysans s'est ajuéliorée.
L'ouvrier industriel a-t--i\ été aussi heureux ? N'est-ce pas sa position q^i sollicite le pJua d'intérêt et demande le plus d'assistance ? Sans doute, l'ouvrier de ï» cam»pagne a quelquefois des travaux plus rudes 5 sa- tâche le retient depuis le levés iusqu'au coucher du soleil : mais sa iattptô n'est pas la meom dans- toutes les saisons^ sa vie matérielle est facile;. M trouve aisément le pain pour se nourrir, un toit pour s'alWiterpl vit. dans un air géné^ ralement sain f U apeud'ocoasionade déran^iement, peu d'excitations au. viee. Le» ouvriersr kidttâtrieksy le plus souvent renfermés dans te»viUes,^sont entassés dans des logements étroits, très-fféquemment îasaAubresy susteut dans les départements du nord, ainsi, qjue t'a fait cooknaitre avec dt'afiQigeanls détails un rapport récent de II* Blanquià l'Académie des^ sciences morales et politiques : ils payent leur réduit & des prix qu'ils sont loin. .4e I^ouvoir toujours* a0q^itteE.>. ks auteistanee» sonid'.une
grande cherté } les tentations et les moyens de débauche se présentent a eax à chaque instant : les salaires n^augmentent pas en proportion des besoins ; la production, dans ses moments d'activité, exige quelquefois des efforts abusife qui épuisent les forces ; les chômages de Tindustrie, quand ils se prolongent, laissent Fouvrier sans ressource, et la concurrence, les innovations, les déplacements de fabrication, les crises commerciales ou politiques; amènent aussi la suspension du travail.
Les misères de l'ouvrier des villes sont donc plus fréquentes et plus profondes que celles de l'ouvrier des campagnes.
Il ne faut ni se dissimuler ni exagérer le mal ; le rôle du vrai socialisme est de le constater tel qu'il est, d'en chercher les causes afin d'en trouver le remède.
Un mot sur ces trois éléments de la question. Il est incontestable, on Ta prouvé dans les livres et à la tribune, que, dans un grand nombre d'industries, les salaires ont augmenté, et que la condition générale des ouvriers s'est améliorée. (Voyez M. Villermé, Tableau de Vétat physique et moral des ouvriers ; M. Charles Dunoyer, De la liberté du travailf tome I", page 417 ; M. Thiers, De la propriété.) Il n'est pas moins avéré que, dans d'autres industries, le salaire est resté stationnaire, tandis que le prix des vivres et des objets de première nécessité s*esl ; élevé ; il est certain que, dans les classes laborieuses, il existe de grandes souffrances : il suffit pour s'en convaincre de regarder autour de soi. Et cela ne date pas d'aujourd'hui ; ce n'est pas à la République qu'il en faut demander compte : lisez les enquêtes^ les statistiques impartiales des crises industrielles , vous y verrez toujours les mêmes faits dans leur triste vérité. Depuis un siècle, surtout depuis la révolution de 1789, la masse des misères a certainement diminué ; mais le progrès n'a pas pu déraciner le mal^ qui ne disparaîtra jamais entièrement ; il y aura toujours ici-bas, pour tout le monde, des douleurs morales et des misères matérielles. La vie est une' rude épreuve.
Les souffrances de l'ouvrier industriel ont deux causes
principales: les fautes des travailleurs eux-mêmes^ le grand changement social survenu en 1789.
On a flatté les ouvriers après les avoir dénigrés. La meilleure preuve d'estime et de sympathie qu'on puisse leur donner^ c'est de leur dire la vérité. Comme toutes les classes de citoyens^ les ouvriers ont leurs défauts^ qui n'atteignent pas également ni au même degré tous les individus, mais qui sont ceux de la généralité. On remarque/ dans les rangs de ce qu'on appelait jadis l'aristocravie, de l'insolence et de l'ostentation ; parmi les bourgeois propriétaires, une tendance à l'égoïsme ; parmi les commerçants, quelque chose qui ressemble à de la cupidité peu scrupuleuse^ chez l'ouvrier, le défaut d'ordre, de prévoyance et de subordination. Ces défauts, si on les indique, ce n'est pas pour les reprocher, mais pour en signaler les écueils : ils ont été exposés avec autant de franchise que de bienveillauce par l'auteur du Livre de Vouvrier, M. Egron, qui reconnaît, dans son impartiale justice, le bien et le mal, et qui a conquis par son expérience le droit de tout dire en ami à ceux dont il avait partagé les travaux. En général, le tort des ouvriers industriels, qui ont d'ailleurs tant d'énergie et de dévouement, est de ne pas bien administrer ce qu'ils gagnent, de ne pas penser au lendemain, de ne pas économiser sur les produits des temps heureux pour pourvoir aux mauvais jours de la maladie, des chômages, de la vieillesse, de se laisser entraîner aux dépenses des cabarets, aux jouissances coûteuses et aux dépravations que leur offre le séjour des grandes villes, enfin de prendre trop promptement des résolutions violentes, comme les grèves, l'empêchement brutal du travail d'autrui, la prétention d'imposer de force des conditions qui ne devraient être débattues que d'un commun accord et d'après les possibilités réelles de la production. La première réforme à faire, par l'ouvrier lui-même, est donc celle de ses mauvaises habitudes ; sans celle-là toutes les autres sont inutiles.
En second lieu, le changement radical introduit, par la révolution de 1789, dans l'organisation séculaire des pro»
fessions indastrn^^ a 4Hiveri <uie énorme lacane qui n'est {Mis encore eomblée. Autrefois toutes les indusines étaient r^lementées : elles formaient des corporations miy ayant le droit d'excktre et d'admettre, possédaient oe véritables privilèges. Toutes les corpovatioBS poIiXiqoeSy religieuses, industrielles, furent supprimées par la révolution : la liberté absolue remplaça le régime privilé^ gié; il n'y eut plus de corporation légale : il ne resta que des individus }^acun deviut >rarbitre de sa vocation , et ne dut demander des moyens d'existence qu'à ses efforts personnels. La loi du 2-17 mars 1791 ne soumit l'exercice des professians qu'aux règlements de police qui seraient faits par rautorité. M. Charles Dunqyer, De la H- ImrU dutravaUi liv. lY, chap. 7, dit que le système de liberté fut bientôt détruit par la Convention et par l'Empire. Cet économiste fait confusion entre la centralisatioa politique et administrative et l'individualisme ^cial, prodamé depuis 17^9 : il est >très-vrai que les lois ont restreint, monopolisé même, dans certains cas, différentes professions ou fonctions, l'enseignement, le ministère ecclésiastique, les travaux publics, les postes, les tabacs, les poudres, le commerce de la boucherie et de la boulangerie, les fonctions d'agents de change, d'-avouési notaires, et quelques autres. Mais, de ce que quelques in* dustries ont été traitées et réglementées comme des services publics, s'ensuit-il que hors ces exceptions, rares et variables, la condition essentielle, caractéristique des' masses ouvrières, ait été changée? Le travail n'est-il pas, .pour Touvrier indostrieU une œuvre libre, où il entre e( .d<mt il sort à sa volonté? Sauf les situations exception* Belles où il est un employé d'une administration publique, l'ouvrier, comme l'artiste, comme le commerQant, ooaune l'homme de lettres, reste entièrement livré à lui-même, maître de sa destinée, mais obligé d'y pourvoir par ses .propres forées. £h bien, cet état d'isolement est insuffisant pour des hommes qui n'ont ni le loisir d'acqoécir rkeaucoap d'instruction, ni la ressource d'unrpéoule trainsmis, ni la séonrité^d'un avenir 'tuéme laborieux. La liberté industrielle; c'est l'individualisme pour Tour
mer, la cwoorieDee fMx l^ prodociem? ; ces:deai( eanëéqvmxces «ni .des io/c^nvéDiaiits ; s'ensuit-il que le priii'* jdpe. soit mauvais ? Mon^ mille fois jDou ; la liberté est la condition de l'aetivité humaiiiey Ja plus forte garantie du travail, le meilleur contre-poids, le plus sûr contrôle de la «onourrenoe. Maûs nersoyons pas absolus comme les pré- ^ndus .réformaiteurs de notre ordre social ; ne nions pas que roavrier ail besoin .de trouver au dehors de lui on •aoutien contre son isolement ^ n'appelons pas libre concarrence l'écrasement des petites industries par les formidables étabiûssements des grands .capitaux. La liberté ne peut pas, ne doit pas détruire les inégalités; mais ces inégalités sont accompagnées de souffrimces, et ce sont oes soDlfcanoes que le vrai socialisme a pour mission de soulager.
Que £autril donc faire 7 Nous ne placoas pas en avant de cette question celle-ci: Y a-t-il quelque chose à faire? Reconnaitre un mal, et dire qu'il ne peut pas exister de rem^e, ce serait blasphémer; ce serait tomber, par égoïsme ou par ignorance, dans un fatalisme social digne du fatalisme religieux, qui refuse le médecin parce quo I)iea a petmis la maladie. Entre l'utopie et Timmobilité, il y a un champ immense, celui de la civilisation progressive ; chaque (époqiiieen: défriche une partie.
,Liés novajteucscadkaux ne sonlnullement embarrassés; ils attribuent tout le mal à la liberté et à la concurrence, ils &aL font des peintuires qui soulèvent l'horreur ; ils effacent d'un trait. de .plume toute la révolujlion de 1789, ils rejettent son principe industriel : arrière la Uherté, arrière la concurrence! ils y substituent des réglementations bien autrement des^tiques que celles des anciennes corporations. Le travail sera organisé, c'est-à-dire que les oavrieffs seront^enrégimentés dans des.ateliers de TKtat; le salaire, suivait le& ,uns, seica égal pour tous, selon d'antres, proportionné là la capacité ou, aux besoins; des <6npéneiits hiérarohiques, rdifférents selon les systèmes, fixeront les rétributions ; le capital sera fourni par TjEltat, o'estrà-dire jiar les citoyens non ouvriers ; la concurrence «seca-enfiAehée pMr Jftfixation des,sakii:es et du .prix des
marchandises. Toutes ces combinaisons tnent la liberté, font de l'ouvrier une machine, et de l'industrie une caserne ou un couvent. Ce retour au moyen âge serait la mort du travail, en même temps que Tanéantissement de l'émulation, de Tactivité, de la dignité humaine. Les sophismes de celte économie politique antisociale ont éV^ victorieusement réfutés par la science et par Texpérience.
D'autres ont dit : L'ouvrier ne sortira de sa position malheureuse que par l'association ; et ils ont voulu imposer l'association entre le capital et le travail, c'est-à-dire qu'ils prennent à l'un pour donner à l'autre : que pour rendre l'ouvrier propriétaire, ils commencent par lui donner l'exemple de la spoliation de la propriété. Sous quelque forme qu'elle se déguise, la doctrine de l'association forcée est une iniquité ; elle ne devait pas réussir, elle n'a pas réussi. Quant à l'association volontaire, j'en parlerai plus loin.
Encore une fois, que peut-on faire ? La réponse n'est pas dans un système^ elle est dans le bon vouloir et les efforts communs du Gouvernement et des citoyens, des patrons et des ouvriers.
D'abord, une manière indirecte et puissante de faire le bien des travailleurs, c'est d'assurer la protection et le dé veloppement du travail : ceci concerne la législation et le Gouvernement. A cet ordre de mesures se rattachent l'établissement et l'entretien des routes, des chemins, des. canaux, des chemins de fer, qui activent les communica-' lions et rendent les objets moins chers par la facilité des transports^ l'adoucissement des droits de douanes en proportion des progrès faits^par les industries protégées -, h création d'institutions destinées, comme dans plusieurs pays étrangers, à diriger, surveiller et provoquer les opérations du commerce extérieur, et mettre en harmonie les débouchés avec la production } la révision périodiqQ« des lois sur les céréales, et celle des lois relatives à Fintrch duction des bestiaux étrangers et aux octrois ; la répression des fraudes dans les expéditions de marchandises exportées, fraudes qui rejaillissent d'une manière fanestfl sur les produits de nos manufactures ^ la colonîsatioD,
rinstitution de fréquentes enquêtes commerciales et industrielleSy qui éclairent les fabricants et les négociants ; la création de bureaux de renseignement et de placement qui mettent en présence l'offre et ia demande de travail ; l'organisation équitable de nombreux conseils de prud'hommes.
Outre cette action indirecte, la loi et te Gouvernement peuvent intervenir directement, à l'avantage des parties malheureuses de la population, par des combinaisons financières qui permettent d'exonérer autant que possible de l'impôt les choses de première nécessité, par de bonnes dispositions sur l'apprentissage, par le développement et l'organisation pratique de nos écoles élémentaires, en imitant ce que les pays étrangers nous offrent d'utile pour la préparation des enfants à un enseignement agricole et professionnel, et en donnant, ne fût-ce que comme contre-poids aux erreurs fatales qui se répandent par toutes les voies, des notions sur l'économie politique. M. Blanqui, dans un rapport à l'Institut, vient de signaler ce fait, que l'enseignement économique, à tous les degrés, compte en Angleterre quatre mille interprètes ; en France, il n'en a pas un seul hors de Paris.
Le pouvoir réglementaire du Gouvernement s'exerce sur certaines institutions de prévoyance qui ne sauraient se passer de sa protection, et qui ont une grande influence sur le sort des ouvriers } telles sont les caisses d'épargne, les monts-de-piété, les établissements d'assistance publique. Le remarquable rapport de M.AthanaseCoquerelsur toutes les parties de l'assistance publique fait très-bien la part du Gouvernement et celle des particuliers. (Voir le Moniteur du 6 mars 18^9.)
Dans les questions de travail et d'association, les limites de l'intervention efficace et légitime de l'autorité ne sont pas toujours bien marquées } les exigences des uns, les préjugés et les doctrines des autres ont commis et feraient volontiers encore commettre ce que l'on pourrait appeler des violations de territoire.
Posons les principes.
S'agit^il du travail lui-même, de ses instruments^ de
ses conditions f les travrfHmrs et cenxiavec rpui ifs trcMent floivent èlre laissés à leur activité propre^ à ienr enlière liberté.
Voici les conséquences : L'Etat ne doit point fournir le travail Indostriel ; par exception; dans les temps de calamitéy durant les chômages accidentels, il peut créer monentanément des ateliers, des oorroirs. Il ne doit pas dairantage les instruments de travail-; c'est à l'ouvrier de les «equérir, soit par lui-même, soit par des avances que M mériteraient sa moralité et sa capacité, soit par l'association. Enfin l'Etat n'a pas, non plus, à s'immiscer dans les conditions réglées pour le mode ou le prix du travail : l'expérience a prouvé les dangers et l'inutilité des tari6 imposés : ils ont quelquefois coûté ^u sang et ont toujours tdû étreanandonnés. (Voir Théodore Fix, Observations sur la situation des classes ouvrières, 2* partie, ehap. 2.)
Hais le Gouvernement peut et doit intervenir, soit pour -empêcher légalement des violences, soit pour faire ce que M. Fix (2« partie, chap. h) appelle avec raison la pi^ict des manufaotures. La loi a r^lementé le travail des en- 'fants : la durée du travail des adultes est le résultat d'une convention libre ; mais, si la liberté des contrats doit être respectée, la personne'de l'ouvrier doit être protégée, non- 'seuiement dans son intérêt, mais dans celui de la conser- 1 vation et de la force des homnies, en vue de la défense de I •la société. Sous le rapport de l'hygiène, le Gouvernement a . le droit et le devoir de réglementer, dans une certaine me- ' sure, la construction, la salubrité des ateliers, l'emploi des substances dangereuses, la promiscuité des sexes, la eon- >8truction des maisons ou logements destinés aux ouvriers, gui a été, en Angleterre, pays de liberté industrielle, l'objet d'une loi spéciale, le building act. Le comité des trairatilleurs de l'Assemblée nationale a proposé, par l'organe de M. de Vogué, rapporteur, des mesures analogues.
A hi liste des règlements qui ont occupé ou qui pour- «Bdent appeler la sollicitude du Gouvernement, j'ajouterai celui qui aurait pour but d'éloigner les établissements industriels des grandes villes ; cette transformation, utile aux ouvriers, aux febiicants et à la sûreté publique, s'o-
père depuis quelques années à Lyon^ en Alsarce et SanB quelques autres provinces : elle ne saurait être trop recommandée aux parties intéressées^ trop facilitée par les mesures administratives.
Quant à l'association^ c'est un des points les plus difficiles à régler, même à discuter théoriquement, parce qu'il toucbe en même temps à des doctrines absolues, à des intérêts menacés^ à des besoins réels et à des illusions.
L'association, idée toute fratemelte, se présente naturellement comme un moyen de protection pour la faiblesse, comme un instrument de dévelappemei!^ pour la puissance. Elle joue un grand rôle dans l'industrie comme dans la politique ; mais cfllene peut être bienfaisante qu'à la condition de respecter les éléments essentiels des objets auxquels elle s'appUrqne. Ne parlons ici que de l'industrie ^ distinguons, dans Fagsociation, ce qu'il y a de chimérique et ce qu'il y a de réel ; séparons le secourable du subversif, l'utile de rimpossible.
Certains faits industriels présentent des caractères rffligeants ; l'agglomération des capitaux dans une seule maiu et l'association de grands capitaux entre eux peuvent avoir pour efifet de constituer, par leur irrésistible puissance, un monopole aussi exclusif que celui qui serait consacré par une patente du gouvernement. L'ouvrier, libre, en droit, de débattre, de rejeter les conditions de travail qu'on lui offre, n'est pas libre en fait quand les l)esoins de sa personne et de sa famille l'obligentde passer, sous peine de dénùment, par les volontés d'un entr^ preneur riche et qui peut aisément remplacer les hnts qui se refusent. Ces phénomènes, et d'autres de inéme nature, ont une gravité incontestable j toutefois, Ils wd sont pas sans atténuation : les grands établissements provoquent la concurrenee engrand ; ils fout vivre et 6usciieot une feule d'industries paitielles } s'ils abusent<de^leiir pesition au préjudice des cowsommateiirs, ils tooibeikt 'pour faire place à des entreprises mieux ccrmbÉnéea ; quant à la position du patron et de l'ouvrier au memeAt
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de contracter^ il &Qt remarquer que, si le capital peut feire la loi quand le travail est rare^ il est obligé de la recevoir quand le travail abonde.
Quoi qu'il en soit, il y a des esprits systématiques qui ne sont éclairés que par une face des questions ; certaines écoles prennent des accidents momentanés pour des conditions permanentes, et, afin de remédier au mal des circonstances, elles proposent de révolutionner radicalement les éléments fondamentaux de la production. Ainsi te capital, comme toute force, peut abuser de sa puissance ^ au lieu de l'éclairer, de le guider, de le ramener dans les limites naturelles de son action, les théories absolues ont trouvé plus facile et plus simple de lui déclarer une guerre à mort. De là ces formules de l'exploitation de l'hommo par rhomme, cet antagonisme acharné du capital et du travail, qui ont déjà causé tant de mal. Je n'accuse pas la bonne foi, les intentions des auteurs primitifs de ces malheureux systèmes, je ne fais que déplorer les résultats de Terreur. Dans les mains de bien des gens, ces aphorismes sont devenus des armes de haine } ils ont arrêté l'essor au lieu de favoriser le progrès. Le bon sens dit et l'expérience prouve que le capital et le travail ne .peuvent pas se passer l'un de l'autre, et que ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est de vivre ensemble en bonne intelligence (1).
Si on examine attentivement les éléments qui concourent à la production industrielle, on voit que la rétribution du travail est dans le salaire, et celle du capital dans .les profits. En acceptant cette règle comme légitime (la .place me manque pour la discuter), je pense que la séparation absolue que proclame la doctrine économique est trop rigoureuse pour être constamment équitable. Ce qui le démontre à mes yeux, c'est que les économistes et
(1) L^antagonisme entre les deux éléments de la prodaction forme h bâte d*an oayrage, d^aillears trés-distmgaé , de M. Dupont- Whiu^ Suai twr lêt relatiotu du tremail avec le et^intal ; Tidée fondamontaM en a été Irès^bien réfutée par H. Joseph Garnier dans le Journal dm économiitety U XV, p. 41.
-- sales industriels qui la maintiennent en principe^ y cherchent eux-mêmes des tempéraments^ et qu'en gardant le droit de la liberté industrielle et rindépendence du capital, ils sentent l'opportunité d'y introduire, sous une forme ou sous une autre, le germe de l'association.
J'entre ici dans le fond de la question. Je n'examine pas les combinaisons des ateliers nationaux, ni d'aucune de ces associations générales faites, soit par l'Etat, soit avec les fonds de l'Etat : les premières sont des révolutions, les secondes constitueraient un privilège au profit d'un certain nombre d'ouvriers subventionnés, au préjudice de tous ceux qui ne le seraient pas. C'est surtout contre les associations forcées ou privilégiées que s'élève M. Thiers (De la propriété y livre III). Le décret de l'Assemblée nationale, qui a consacré trois millions à encourager les associations des ouvriers avec des patrons ou entre eux, n'est pas, à vrai dire, une dérogation à ces principes. On doit le considérer comme une mesure transitoire, provoquant d'utiles essais, et portant remède à des soufifrances industrielles momentanées.
Arrêtons-nous aux associations tout à fait volontaires, formées avec leurs propres capitaux. Ici nous nous trouvons entre une disposition sceptique, peu bienveillante, qoi aime à douter des résultats de l'association cherchée, ei l'illusion d'une espérance indéfinie, qui voit dans l'association, de plus en plus généralisée, le remède au mat moral et matériel de l'industrie et des travailleurs. Erreur de part et d'autre, Tune égoïste, l'autre généreuse^ elles supposent ou l'impossibilité radicale ou la possibilité sans limites. Le vrai est entre ces deux extrêmes.
La question ne saurait être résolue dans des termes g^ néraux } l'observation sérieuse, impartiale, des faits prouve la nécessité de nombreuses distinctions. Parmi les économistes qui ont traité ce sujet sans esprit de système^ avec un sincère amour du bien, et en parfaite connaissance de oause, celui qui me parait avoir le mieux éclàirci la dif- Gculté; c'est M. Théodore Fix, mon regrettable compair triate, enlevé prématurément à la science (Voyez Observatiam sur Vétat du cku$e$ ouvrières, p. 312). Depuis,
et tout récemment, a été publié aussi on* excellent résamé de M. Viilermé^ qui. la. intitulé t Des assooiation» oumrières.
L'association dont- il s'agit d'étendre les bienfaits se contracterait^ soit entre les patrons et les ouvriers^ soit entre les ouvriers seuiemeDt^ elle interviendrait dans Tune ou Tautra des deux gramdes brattchesde toute indoslrie, à savoir, L'industrie, agricole et l'industrie manu- Tacturière.
Les exploitations agricoles, entreprÂses, soit par les propriétaires eux-mêmes^ soit par des fermiers, ne comportent guère l'association, entre le» maîtres et les journaliers et domestiques, qui sont les ouvriers de l'agriculture : le nombre i/iaense de ces individus, qui forment une grande partiede la. popolaiion> générale de la France, l'impossibilité de compter avee ces multitudes, les différences de capacité,, la qualité puremient physique da travail de la plupart de ces ouvriers, la modicité des- revenus de kl terre, et les chances souvent malheureuses des cultures, sont les principales, non les seules raisons qui font généralement considérer l'association : comme inapplicable dans cette situation. (Voyez Mi^ Xhiers> De la propriété, livre III, chap. Illj M. Pix^ p. 331). Le métayage, consacré par. le Code eivil^ et par les usages- d'une portion de la France, est bien une espèee d'association entr« le propriétaire et le métayer ; mais entre celui-ci et les ouvriers qp'il emploie^ il n'y av pasaooiété.
Toutefois,, indépendamment d^ Tassaciation entre le propriétûre et le métayer dans- les petites exploitations où celui-ci cultive, lui-même, il existe dans dss contrées sudrouest de la France, des feito d'assooiationiagricole intéressants, q|iii. viennent d.'ètre.déeritSta^B& beaucoup de. Îrécision. et: de chacme pairi M.. Manrtegonte,. dans le. QiirnaLd'u§ryiMJUurB,pvaU§ue, BMuéïKK dei jjmvîsD iâM, p^ 15.. Les réanioDs.da pkisieura»- fermierA^ pnatiquées avto. succès pai:.les.aiiabaplifite6^'OertaiBe6 eomnuiBaitfés^ telles que o0UeidaS/laulty,.exi8tmt depuis plus de- six siècles dans le Mocvan^ et àoU- Mw Bupin. »« fait l'objet d'une.nMice(4^ciale.^axtrite)ettMl'C«sieiiao^,.ente qiMi^
ques colonies agricoles prouvent qjx'il ne faut pas regarder comme absolument incompatibles les idées d'association et d'agriculture.
Les ejxploitations industrielles proprement dites sont 3e deux espèces } les unes ont lieu dans de grandes manur àctures, les aulres par petits ateliers.
La grande industrie manufacturière admet difBciîemenl 'association complète entre le patron et ses ouvriers ^ en. îffet, une société suppose la participation aux chances : 'ouvrer assuré de son salaire n'en court aucune; eltes sont ouïes pour le fabricant, qui doil donc profiler du capital lu'il aventure; Touvrier souvent ne fournit qu'un travail naiîuel, et la variété des aptitudes et des lâches rendrait iifficile la juste répartition des bénéfices; les comptes i rendre à de nombreux ouvriers amèneraient des disseniions, des troubles et des désordres dans la manufacture ; Tailleurs, la concurrence réduit excessivement les profits, il lexpérience a montré que, dans la carrière industrielle, a ruine est bien plus fréquente que la prospérité; beaur îoup d'ouvriers sont nomades et changent souvent de )alrons : comment régler les comptes, et combien d'embarras dans toutes ces liquidations partielles ! Eufin,si un. àbrieanl prend sur les profits pour ajouter au salaire, il era payer la marchandise plus cher : dès lors la coûurrence pourra lui enlever ses avantages, et le bien que ouvrier cherchait tournera contre lui. Tel est le résumé les raisons et. des faits qu'on a produits contre la prétenion d'associer les ouvriers des manufactures à leuKS pa-r rons.
L'autorité de ces principes et de ces faits est inconestable. Mais elle ne va pas jusqu'à effticer Téquité des éclamalions élevées à la vue de 1 extrême opulence des jHmd» établisflomoirts qfri- réu so iascpt, et de-l'^ttrénaeniftèr^m de Vmikmité^, iuxeméM rm^mm^, d^lems mvmoMPS. Qiiiiiqi»'eit 4is6«idfioieiiûey il a'jd8b>pAS bom qu'uife: XHir • ittfraneiiissaMe sépare ton^oara^ le=«aiaire» duteapilal ^ l'iî est' juste quelle* capitaliiteprofitfr'd* ce qwt a'été-pro^ luit avec ce qu'il et ayancé, payé, risqué, ïT serait iniq-ufijue Touvrier, sans lequel rien n'aurait 4^é e^écutéj w.
5)ùt jamais rien obtenir au delà de son salaire. Les manuàctoriers Tont bien compris ; ils ont établi des primes d'encouragement pour ceux qui font plus ou mieux, comme les négociants intéressent des commis dans leurs affaires; c'est une part dans les bénéfices : ce n'est pas une association^ en ce sens que le patron est libre de l'ao corder^ de la refuser, d'en régler les conditions, et que jamais cette prime ne donne à l'ouvrier le droit d'exiger que le patron l'initie au secret de ses opérations (1).
Le résultat, on le voit, est meilleur que celai d'une Traie association, puisqu'il ne soumet l'ouvrier à aucune chance de perte sur son salaire : c'est seulement la prime, la haute paye qui, proportionnée aux bénéfices, varie ou cesse quand il y a moins ou pas de bénéfices réalisés. Les partisans de l'association forcée font cette objection : l'avantage est illusoire, puisque le mattre est toujours libre de le refuser. L'objection a moins de force qu'on ne pourrait le croire : d'abord la clause peut être obligatoire si elle est stipulée dans l'engagement avec l'ouvrier : ensuite, en supposant que le patron n'éprouve pas un sentiment d'humanité, de fraternité pour les familles de travailleurs qui coopèrent à ses entreprises et sont les artisans de sa fortune, son intérêt bien entenda le portera à faire tout ce qui pourra contenter ses ouvriers, les raudre plus habiles, plus attachés à l'établissement.
M. Fix, qui insiste pour qu'on ne confonde pas le sys^ tème des primes avec l'association, reconnaît que, i< dans une entreprise qui se fonde, on peut stipuler des conditions qui assurent des avantages particuliers aux ouvriers. » Il cite l'acte constitutif du chemin de fer d'Or-
(1) Cest ainsi qu^agiC, depuis plasirars années, M. Leelaire, entrepreneur de bâtiments, à Paris. H donne des ayantages à «eux de ses ooTriers dont il a pa apprécier la capacité, la bonne conduite et Passidaité. U déclare expressément que ce n^est pas une association qu'il forme avec eux : il s'agit simplement de distribuer à ceux qui le méritent, une part dans les bénéfices. Yoy. H. YiUermé, des Associa^ Hom ouvrière, p, 43.
une association de ce genre s'organise à Paris ^ M^H ^^^ disent de la République a donné Texemple en souscrîf0SiL, pour 50,000 fr. Cette société propose de bâtir des cités ' ouvrières, et elle croit pouvoir donner à ses actionnaires 4 p. 0/0 de leurs fonds, malgré les non -valeurs très-pro-^ bables résultant du défaut de location ou de payement. Dans d'autres pays, où les grandes fortunes sont plus nombreuses, et les associations plus largement pratiquées, les souscripteurs renoncent à tout intérêt de leur capital; les produits des locations sont consacrés aux frais d'administration, d'entretien et d'amélioration. Il est question d'essayer une autre combinaison ; les associés loueraient des maisons ou garantiraient aux propriétaires les loyers dus par ceux qui les occuperaient, en se chargeant des recouvrements et en faisant les frais nécessaires : l'expérience n'a pas encore ratifié cette tentative, qui semble bien conçue et d'une exécution facilement abordable.
Associations dans un but de propreté. Des établissements se sont formés en grand pour que l'on puisse, à un prix minime, donner des bains ou opérer la lessive du linge des pauvres.
Associations pour le soin des enfants en bas âge. Il existe à Paris une société pour les crèches : il y a, pour le même objet, des associations partielles dans les diiférents arrondissements 5 l'exemple a été suivi dans quelques départements. Les salles d'asile peuvent aussi se multiplier par le moyen des associations; ces établissements sont entrés dans le cercle des institutions réglementées par l'administration publique.
Sociétés de patronage. Elles soni d'une grande utilité, soit pour veiller au placement des jeunes apprentis, qui se dépravent trop souvent dans les ateliers, soit pour remplir une mission de tutelle ou de paternité envers les enfants orphelins ou abandonnés, soit enfin pour maintenir dans la bonne voie les enfants ou même les adultes qui ont subi une condamnation judiciaire.
Associations pour V instruction. Elles peuvent rendre d'inappréciables services, en créant des bibliothèques circulantes, si nombreuses en Angleterre et en Amérique,.
. . al des joorndax populaires^. eapubUant desli- |?)^;J2!oraax, des traités élémentaires : l'associa tion an- ^se pour ladifTosioadescoiiDaissanoes utiles a répaada. d'excellents ouvrages qui se réimpriment sans cesjse et dont plusieurs ont eu pour auteurs les hommes les plus éminents de la GranderBretagne. Pourquoi une société semblable en France ne réussirait*elle pas dans un appel aux plumes les plus populaires^ les plus aocrédilées ? Le génie luinnème ne saurait aspirer à une plus belle mission que celle de faire pénétrer la. lumière de la vérité scientifique dans les masses aveuglées par les ténèbres< ou 'travaillées parlessophismes*.
Aux associations pour les bibliothèques^ les livres^ les journaux, les cours et les. lectures publiques, comme il en existe à Paris et dans quelques grandes villes, on doit désirer voir s'syouier des. établissements analogues à ceux que les Anglais et les Américains appellent mechanic institutions ^Qi^m sont comj^sés, en grande partie, d'associés ouvriers. Ces institutions, destinées à perfectionner rinstruction technique des ouvriers, ont dcs> cours très-variés, et deviennent un point de réunion pour la lecture etla conversation, un centre pour la formation de bibliothèques et de collections; elles, se. mettent en rapport les unes avec les autres, ou ^vec. les. sociétés pour l'instruction élémentaire; elles ont obtenu des privilèges du parlement, et, se sont multipliées à tel point que /a Revue de WestminHer es- ^ timaqxLlLy en avait en 1844,! dans la Grande-Bretagne^ 4ûa ayant ensemble. 80,000 affiliés ;oin porte à 400,000 le nombre des volumes, qa'elles possèdent. (Voyez sur ces institutions les intére3saiats détails donnés par M. Fix, pu 358etsuiv0
l'arrêta unfténnmération qui pojucrait s'éteaxdre* Deux règles de conduite; doivent gjoidar tous, ceux q/ai ont à cmur de voir les. associations dont. je. viens de parler sa maintenir, se fortifiei:,et.atteiadre.eojmplétemeiit leur but. D'abord, qu'on ne se^coateate pias de donner^au bas d'uoa^ liste, son nom. et son engagemant pour une cotisation ; uae signatoce, sou^seat accordée ài'obsessioa ou apposée pac.vaAité^ n;acc|uitta.Baa.enj^ecsk da. p^a:fiilles o^uvxes^ Il
y faut imv cooeér aiion active : celoûci. dd¥«i faSt^qû'oa propagande de saloD, celui-là servir dnfi pliinir nu (ïïhw^J^ relations jxeti aulne sié@QrAr4iaB»les cooseiL, dirigera Tad- ^ miaistcation : les membres des comités, devront y veniravec assiduité^ les assemblées générales devront étce. nombreuses et leurs. résultais rendus publics» £n ua mot^ le succès demande^ une: q«ialité.qpB; nous, a'avons pas assez y la* persévéïtanee:; noa& alianÀonnons. avec ia* différence oe que.noos airons adopté avec engouement. Ualheaceuxi défaut qui Mt avorter les<meiUem:es entreprises !
£n seeoiid lien^ il no suffit pa& de s'associer pourr ïoar fner, iiraut.toojourâ s'assoeiec a^ec lui.. S'il a des fonC'»loirs à ri^apliF). sa dignité s'élève av«c sa responsabilité y in administrant la cbosecanamnaev il s'accoutume ou il evient à l'ordre, àlaprévor^ance ; il se trouve eu contact ivectoutesilessitoations socialeft, et la paix, publiq^ie ne )eut qu'y g^gnei; : quand on se. connaît et qu'on, s'a^préiie muluôllemeivt, on.cesse.de.se. craindre ou de se haïr.
Enfin, soit qut'on' agisse seul^ soit, qu'on: .s'associe pour lire le bien^ raseistance matérielle ne sera qu'une, partie: e la missioa sociale. Aux personnes pénétrées, du devoir e charité ou du sentiment.de fraternité, il suffîca de ca^ eler qu'une boAne parole vaut autant; qi^'uD écu, et. afune déoMuiche k&lemôlh, est qiniquefois. le meilleur* es secours».
J'aiparcoftraftro^longuementpeutrètre, mais d'une mâ>r iàre certainemeut inoomplàte, le cercle, des idéesi qui. omposentee que je^ecoisi pouvoir appeler le. boa. soeia*- Bme« J'arrive au.eommunisme.
Ici;^plue4'é«tuivoqaerdaBe<le-mot«LevCommiuûsme porte k définitif» danff seDiBMiiff il.est.la négationr de. la.pco^ riété individuelle, qu'il rftiuphwei peg- lai .Rfopjf iété^ colleoi^ Ive; itstttetitue l'Etat àL'ilidtvidttf. par. la. coDamunanté es bieBe».il coiAnit ài la: proaûifiaite. desi ^stences^ il ape leabasesi de k fiunille^r..ei>.suppnmant lapcopriéi^ ersoBoeile, il éleint l'aj^denr ppua lé travail ; il tue lalU erté hainaiQe>,etlaitde l'homme, uns uMcinne» Tel est la Mraolèr%,téHeftcfl«atflegvqtfitsé<Hi^^ conanoaurr
vvAf î.n» Aîi^^î V^ l'A éloquemment démontré H. Thiers, de
ïSH^Vopriété, livre IL
Je ne fais point, en m'exprimant de la sorte, la réfatation d'une doctrine contemporaine ^ je rappelle renseigne- ^ ment des siècles ; le commanisme n'est pas nouveau sur la terre : partout et toujours il s'est produit arec les mêmes caractères ; son histoire le démontre invinciblement. Il est bon que cette histoire soit écrite ; en la 1U saut, on cessera de s'étonner et de s'efifrayer outre mesure de ce qui se passe aujourd'hui. On ne prendra pas pour un malheur de notre temps et de notre pays une théorie et des faits qui se sont manifestés à toutes les époques el chez tous les peuples. On ne commettra plus cette erreur d'attribuer à l'emportement du caractère français, à l'é* nergie du mouvement révolutionnaire et républicain des aberrations qui ont éclaté sur les nations les pins calmes et les périodes les moins libérales ; on n'en accusera plus la république de iSkSy quand on se rappellera que c'est sous l'empire que saint Simon a préparé son œuvre, que c'est en 1808 que Fourrier a écrit sa Théorie des quatre mouvements^ que les principales idées de MM. Cabet^ Pierre Leroux, Proudhon, ont été émises avant la révolution de Février, qui n'a fait éclore aucun grand système communiste nouveau. C'est le renouvellement radical de 1789, continué en 1830, qui a provoqué, à plusieurs in-' tervalles, les grandes hérésies socialistes. Si les formules^ doctrinales ont pris en iSkS une physionomie plas inquiétante, c'est qu'elles sont devenues une arme de parti, et qu'elles ont menacé de passer violemment dans le domaine des expériences. Leur impuissance achèvera de rassurer quand on saura que ces tristes utopies n'ont jamais pu survivre aux succès momentanés qu'elles ont eu quelquefois le malheur d'obtenir.
Cette histoire du communisme n'avait pas été écrite. Les historiens de l'économie politique, MM. Blanqui, de Yilleneuve-Bargemont, en avaient dit quelques mots seulement. M. Louis Reybaud, dans le volume théorique qu'il a fait succéder à un volume biographique pour for^ mer l'ensemble de ses Etudes sur les réformateurs, a cou-
sacré an chapitre spécial, intéressant, mais qui n'est qn'oa chapitre, aux idées et aux sectes communistes. M. Franck a lu à llostitQl un mémoire intitulé le Communisme jugé par Vhistoire. (Compte rendu, tome XIV, p. 187.) C'est, flans sa forme resserrée, un travail éminemment distingué^ qui résume tout, qui n'omet rien d'essentiel, qui juge avec sûreté en même temps qu'il expose avec clarté, mais qui s'arrête après Babœuf, le plus hardi des communistes modernes. Malgré ces précédents, les seuls que je connaisse, la place restait à prendre, et M. Alfred Sudre l'a prise j le livre restait à faire, et il l'a fait.
Ne fût-ce que pour rintention, on devrait à l'auteur des remerclments et des félicitations^ il a rendu un grand ^rvice en montrant à tous que les systèmes qui font tant de bruit parmi nous ne sont que des retours à des utopies déjà plusieurs fois essayées ou prêchées, puis abandonnées, que les novateurs de nos jours ne sont que des plagiaires du passé qui s'efforcent d'appliquer aux formes et à l'état nouveau de la société des vieilleries usëes par l'expérience des siècles. Mais M. Sudre mérite d'autres éloges encore ; il a mis beaucoup d'ordre et de clarté dans sa longue revue des doctrines et des pratiques communistes;; ses expositions n'ont rien de la sécheresse ni de l'obscurité des livres écrits sur des systèmes philophiques ^ il raconte avec intérêt comme ii disserte avec sagacité; ses jugements sont bien assis; ce sont ceux d'un homme de bonne foi étranger aux passions et aux préjugés de toute école. Il a dissipé quelques erreurs accréditées: par exemple, il a prouvé que le communisme n'a aucun droit à établir une filiation entre lui et les Chrétiens primitifs; il a distingué, dans certains faits hisloriques, surtout dans les guerres des anabaptistes, deux éléments qu'on a presque toujours confondus, et il a fait nettement la part qui revient, dans ces grandes commotions, à l'idée politique et à l'idée communiste; enfin, il a mis un grand soin à caractériser, au moyen d'une analyse consciencieuse, le système de M. Proudhon: ce n'était pas facile; car M. Proudhon, le plus vigoureux destructeur qui ait peut-être jamais existé, n'est guère
sorti jmqa'à préieiit ^de ws ûiptoeiMes 'oé^Matm* M. Sudre vie «aura gré^ j'en cihb oertaîD^ de iQïWgiuH ler^pielqiies'imperfectiaDsqae les éditioBS ultéFieufes d^ âen livre feront aisément disparattre. Je ne 'pafle pas 'de certaines taches de style, de^eFtaina défiiots de propopiion entre les divers ohapitresiou dans le développeaaeol xespectif des idées; ees défenits proviennent 'de remprasaement d'one pranière rtdaotion. J'insisterai davantage sar des 'OmissioBS qni demandent^à être réparées.
La Grèce n.*a pas été, en Orient, le seul Ifaéàtre où le comumnisme se soit montré; il a ^it^son apparition «n ilbineeten Perse : M. Sadre me parle pas des sectes «ombattnesipar Meag-^txea, ni de Maxdaok. Pour être fi* idèie à son second titre de Réfutation hUtcmqiie des têfyh- •fées S9eialistesy il anrait dû SKntionner au moins les pias «portantes de ces utopies anciennes on nonvelles, par sBxemple (je cite celles-ci entre bon noDQbre d'autres)^ l'OcMmo>d'HarriDgton,'et lesréves'des sectes millénaires, :0es foQS apocalyptiques qui se sont rencontrés, chose 'iétrange, avec les extravaganees les pins bisarres de Fobfrier ; la venue du milUnmm dépassera de beaneonp l'Age •d'or : la nature physique elle-même sera traasforaiée; tes poissons disparaîtront, les bètes matfaisantes sereitl •retranchées de la société, les animaux faroucbes réclameront les honneurs de la domesticité ! Ne croirait-on pas iire les hallucinations dn fondatear du fourriériante ? M. Sndre n'a rien dit de tout cela ; il ne voulait traiter qêe rhistoire du oommunisme; maisqu^aiors il retranciie kt-seaonde partie de son titre. A côté de cette observ»* ation, peut- être trop minutiease, s*en placent d'autres plus •graves. L'analyse des communistes français aurait dû >€omprendre M. Pierre Leroux ; M. Reybaad, qui place joôt écrivain parmi tes humanitaires, n'a pas (manquéde ifiOBtrer en quoi il se rattache au communisme.
A rétran^r, un mouvement communiste, sarloat en Allemagne et en Suisse, agite sourdement les masses ; il '7 est fomenté, même parmi des hommes éclairés, par ios 4écrits philosophiques les plus radieaax, et il s'est infiltré ^dans on grand nombre de.sooiétés secrète(s^:ailU^ «Btre
lAIes/Ias «ndietfltoDsqtielf .*SQdre frotrftra dms'lelivft) de M. Fix, p. 480«t sniraDtes, luifoornircnit la matidre d'un chapitre du plus grand intérêt.
QaaDd on vettt parler ides Mes humaines^ le sujet edi tri vaste qaMl feat viser à se* restreindre. Le catalogue seraftilong de todteB les écoles^ de'toutes les sectes sociales ^i xmi ïèvé pour des mondes imaginaires des bonheurs impessibles; ilfaadrait des volâmes à qui voudrait 'dasfier tontes ces utopies^ et les exposer danS' toute la siftt^rité de -leurs illusions, dans toute la naïveté de leurs -erreiiFs, dans In meastraosité de leurs aberrations. Celles qni «e résument principaleDient dans l'idée de la comosctnauté sollicitent de nous une attention plus «érieuse parce qu'elles ont lait invasion dans la «cienee économique et qu'elles ont élevé la «prétention de gouverner, de force, la société ; il importede connaitre leur passé, afin de prévoir leur avenir.
Le comnranîsme est bien vieux; il a paru dans h monde ancien à l'état de théorie, de tentative violente, 61 même d'institution politique, on verra à quelles conditions. *Sa trace se trouve en Chine, dans les doctrines de la secte Mé, qai aimant tant le monde indkiinctementy 4i •ne reanmaismit fos de -parmU : le philosophe Meng- Tzen disait que ne pas reconnaître de femille, c'est être comme des brutes et des bêtes fauves.
Le régime 'de la communauté ne s'est pas -établi dans toutes les sociétés antiques où existait l'esclavage y main partout où il's'est fondé et aduré, là l'esclavage subsistait: il n'a jamais pu se constituer qu'à Taidcde ta servitude et pour l'avantage d'une révoltante aristooratie. « C'est, dit -M. Franck, une h» qui domine tous les'événements et qui préside à la marche des sociétés faumainee, que la pro> priété, aussi bien que l'individu, aie^s'affranchit que par degrés des liens de la communauté, soit celle de l'Etat ou de la femille, ou d'une caste privilégiée, pour revêtir un caractère entièrement libre ou personnel. Bn d'autres termes, la communauté et Fesclavage, la 'propriété et la liberté ont tocyours ^ûsté ensembto et dans les mêmes
{iroportions : partout où Ton aperçoit Tane, on est sAr de rencoDlrer 1 autre ^ dès qae Tooe est niée, étouffée oa < amoindrie^ Taotre l'est également. » f
Voici les foits à l'appui de ces axiomes historiques. Les lois de Manou établissent la propriété collective^ et la remettent tout entière entre les mains des brahmanes ou de la caste sacerdotale. «Le brahmane, dit la loi indienne^ est le seigneur de tout ce qui existe : tout ce que ce monde renferme est la propriété du brahmane } c'est par la générosité du brahmane que les autres hommes jouissent des biens de ce monde. » Les trois autres castes qui for- 4nent )a société indienne, celles des guerriers, des laboureurs et des marchands^ des artisans, sont toutes asservi^, dans différentes mesures, à Tordre des brahmanes.
De même, dans Tancienne Egypte^ la théocratie possède collectivement, d'une manière indivisible et inaliénable, plus des deux tiers du sol : la nation est partagée en castes, dont chacune est condamnée à perpétuité à exercer la même profession : c'est à la fois le communisme et 1 organisation du travail ^ c'est aussi l'immobilité, Tabsence de vie et de liberté.
Les institutions communistes n'ont jamais été plus fortement établies que dans Ttle de Crète et à Sparte,- là par les lois de Minos, ici par celles de Lycurgue. Ce sont ces institutions qu'une aveugle admiration classique, aidée ^ d'une complète ignorance des premiers principes d'économie politique, a longtemps consacrées comme un modèle de gouvernement républicain ^ fatale erreur qui n'a :pas été étrangère aux malheurs de notre république de 1792. L'expérience nous garantit contre le retour des fautes du passé : les progrès des sciences historiques et économiques doivent nous guérir à jamais de tout enthousiasme, de toute sympathie pour des législations barbares et oppressives. Lacédémone comprenait une masse d'esclaves courbés sous un joug odieux, et un certain noml)re d'hommes libres agitant sans cesse l'Etat par leurs querelles. Lycurgue voulut mettre un terme aux divisions : il établit une réforme radicale. L'abolition de 1 esclavage n'entra pas, ne pouvait pas entrer dans sa
dispensée ; Tesclavage antiqae^ bien différent de celai des temps modernes qai va s'adoacissant toujours, et qui disparaît sans que l'état social des nations soit sensiblement altéré, Tesclavage antique est une condition essentielle, perpétuelle des républiques grecques ^ des masses deshéritées de tout droit et même de Tespérance, des despotes aristocrates sous le nom de citoyens, voilà la base de ces gouvernements si vantés. Il y avait à Lacédémone des esclaves pour le service personnel, et des ilotes pour la culture des terres et pour les travaux déshonorants de rindnstrie et du commerce^ tous étaient considérés comme des choses : Lycurgue en fit des propriétés publiques. U partagea les terres également entre tous les citoyens et les déclara inaliénables } il mit en commun les objets mobiliers, ordonna que tous les repas fussent publics. La famille ne fut pas plus épargnée que la propriété ', les enfants, dès leur bas*âge, étaient soumis à une éducation commune : ceux qui naissaient avec une complexion faible étaient égorgés. Les filles n'étaient élevées que dans le but de faire des enfants robustes^ on les exer* çait, toutes nues, et publiquement, aux jeux des athlètes. Devenues femmes, elles entraient en communauté, comme les enfants et les biens ; on pouvait prêter sa femme et emprunter celle d'un autre, pour avoir des enfants plus beaux et pins forts : au lieu de familles on avait des haras humains. Pour empêcher l'excès de population qui aurait pu déranger les combinaisons aristocratiques, on ajoutait aux égorgements des nouveau-nés la chasse aux ilotes ; on tuait quelques milliers d'ilotes, s'ils menaçaient de dedevenir trop nombreux.
Les maîtres n'étaient pas plus libres que les esclaves. « On ne laissait à personne, dit Plutarque, la liberté de vivre à son gré } la ville était comme un camp où l'on menait le genre de vie prescrit par la loi. » Sparte n'était, en réalité, qu'une caserne de soldats féroces. « Au fond, dit judicieusement M. Franck, il y a moins de différence qu'on ne pense entre cette constitution et celle des castes orientales ; l'orgueil patriotique s'est substitué à la foi religieuse, et le guerrier an prêtre } mais l'esclave est
«resté à Ja:nAme ^^ace^ {Hus (niéiBffisé, tplas mâlheofenx, plos opprimé qu'auparavant, n Les ' Cretois, avxqaafe Lyloargae a emprunté «es lois, avaient ^des ^clavcs -«hargïe; .des travaux ide la terre «t -des antres services mannek^ -les citoyens se livrai^it a la gverre^ aux affaires pnbli- ^qnes et à iloistveté; ils prenuent en «omninn leurs 'repas payés par TËtat^ les biens et les femmes étaient ^en commonauté. Si»iteDaes longtemps par Tégoïnae et -rpar Torgoeil, les institatâens Jacédémoniennes ^'écrmkferent dans la corraption. £t c'est là ce qu'on voudrait ^nous faire admirer, ce qu'on prétendrait nous faire imiter! Les pratiques odieuses de Crète et de Sparte ont été idéalisées par «Platon. Les «ithousiastes quand même âa -sphilosophe grec ont cru l'absoudre en disant que sa A^ -publiqHe n'était pas une constitution pratique, mais seule- OMntle type rêvé de la perfection sociale. On va vohr ce
rvaut cette ext^use, et ce qu'il faut penser de l'idéal Platon. D*abord, Tesclavage y est consacré comme ^condition éterneUe de Tordre social : il faut à tout jamais des esclaves tioar qu'il puisse y avoir des citoyens ! Les Jionmies sont divisés- en itrois oaiAes ou classes : les maigistrats et les sages, les guerriers, et les mercenaires, qui ' eomprennent leaiaboureurs, les artisans et les marchands; cette 'dernière n'est bonne que pour servir les autres , et me mérile'pas qu'on s'en occupe. L'aristocratie des guer- < ffteraet des pMtosophes, voilà toute la société. — Les Hierriers, toujours armés, campés, n'ont rien à eux, sont neiffris en^eomimun aux frais de l'Etat. Pour mainlenir •la perfection des deux races privilégiées, Platon proscnl le mariage et ne permet que des unions annuelles } les •cnftntsne conoaissent pas leurs parents : ils sont depo- >Bés dans un asile commun, allaités par les mères changées «Q nourrices publiques, élevés en oommun par l'Etat ; les ittes -se livrent aux<mèmes exercices que les garçons. Les fenfents mal constitués, incorrigibles, ou nés hors des con- "ditions de Tacoouplement légal, sont mis à mort } l'ave»* tement est ordonné aux femmes après leur quaranti^ne année I La propriétéestiproscrlte comme la femille. Bans son livre des Lois, Platon ialt de vains efforts
^poirr^OBcflier la propriétéânâivida^ôlle 9Wc'Végiûi\é wtm 4m ettofens ; les moyens arbitraires etTîo^ts qall pr^ rposene supportent pas un sérieux-examen. «Il proctamQ ia oonmonauté ^es femmes. Tel-est^ en résamé, Tldéâl -ptotonicien !
Le cdmmanisme ne pésétrapoint dans les insfîtiitîoas Tomahaies ; nulle part la famille eti la propriété n^entéié 'plus fortement constituées qu*à Amne.
Le régime de la communauté a été adopté dansTanUjqQité par quelques agrégations. Sans parler des pythagoriciens et de leurs col^ges^ on peut citer tes deux sectes •juires des Ëssénîens et des Thérapeutes. Les Bsséniens, renfennés dans un petit espace^ et à un nonilire qui ne dépassa pas quelques mille, habitaient la campagne, 'tra- Yaillaient à la terre et aux objets de première nécessité, n'avaient point d'esclaves^ n'amassaient pas d'aiigetti, mettaient leurs biens en commun, professaient la morde la plus pure, étalent divisés hiérarchiquement en ctasses, menaient' une vîe simple et uniforme, élevaient des enfants et formaientdes néophytes, n'admettaient et negflpdaientque des gens de bonne conduite, vivaient dans l'abstinence et la morlif cation des passions. Leurs dé^ fauts étaient l'orgueil, l'intolérance, la séparation absolue •des castes, le secret des doctrmes >et Fenseignement du fatalisme. L^s Thérapeutes vivcdent d'une manière analo^ 'gue ; seulement leurs habitations étaient isolées les unes des autres. Ces communautés ascétiques furent les prédécesseurs des monastères et des anadiorètes.
Le eommunisme a qu^quefois élevé la prétention de iahre remonter sa filiation au christianisme. C'est unblas^ phèoae. L'Evangile ne contient pas un mot en feveoT'de la eommunauté, pas une parole contraire à la' propriété individuelle; il reconnaît la propriété, tout en 'of donnant ^aumône, en préchant le Tenoneement spontané au profit des pauvres. L'exemple des ap6tres et des disciples du Christ ne prouve rien : s'ils ^véeurent en commun, ce'fiit par la nécessité de s'aider mutuellement et par le désir de travailler à leur perfectionnement moral ; mais oes premières^ assocMiions durèrent peu et ne purent se^ov*
tenir qae par le pouvoir donné aux apAlres de distribuer à chacun selon ses besoins. Les actes des apôlres, les épttrès n'ordonnent pas, ne recommandent pas la vie en commun. Le régime de la communauté fut proclamé par des hérésiarques. Au commencement du 2« siècle^ Carpocrate et son fils Epiphane fondèrent une secte qui mettait en commun les propriétés, les repas, les femmes } ib se livraient à toutes sortes d'écarts et de débauches ; le5 Garpocratiens furent repoussés avec horreur et mépris. ; La vie monastique commença dans le 4« siècle : ceux
Îui s'y livraient, loin de chercher, dans la communauté^ ! es jouissances matérielles, s'imposaient des privations et des épreuves rigoureuses, s'adonnaient à la prière, à la contemplation, à des travaux manuels. Rien de commun entre cette existence ascétique et les exigences de satisfaction physique imposées par le communisme, qui, d'ailleurs, prétend s'appliquer à des nations entières, sans le lien de la règle religieuse.
On a invoqué l'exemple des établissements des jésuites au Paraguay et celui des frères moraves ; mais les jésuites ne parvinrent à maintenir, dans leurs réductionsy des mœurs pures, un certain degré de civilisation et la vie commune, qu'au moyen du pouvoir absolu et du principe religieux : et la société factice qu'ils créèrent ne leur survécut pas. Les frères moraves, petites associations répandues dansc quelques localités, surtout en Allemagne, se maintiennent par Texaltatiou du mysticisme; ils n'ont pas aboli la propriété individuelle, et ne mettent en commun qu'une partie de leurs bénéfices : ils pratiquent le mariage; mais ils relâchent les liens de famille par l'éducation en commun, et par la division en groupes ou chœurs, formant des communautés partielles déterminées par l'âge et la condition civile.
Plusieurs écrivains communistes ont voulu rattacher leurs doctrines aux grandes hérésies de Pelage, des Taadois et des Albigeois, et aux agitateurs du !&•* et du 15" siècle. M. Sudre a parfaitement démontré leur erreoc Pelage et ses disciples ont émis quelques idées exagérées sur le renoncement aux richesses : mais ces exagéra-
lions, réfàtées par saint AugnsUn, partaient d'un excès de charité et d'an rigorisme religieux, tandis que le communisme fait appel aux appétits matériels, pousse à la spoliation et ne voit de bonheur que dans les jouissances sensuelles. Quant aux Yaudois et aux Albigeois, les faits historiques, les témoignages de leurs contemporains, et leurs propres écrits, les justifient suffisamment du reproche de communisme et de promiscuité des sexes. On ne trouve non plus ni les doctrines ni la pratique de la communauté, de régalité absolue, de Taboliliou de la famille, chez Loilard et ses disciples, chez Wiclef, qu'on a, mal à propos, mêlé aux grandes insurrections populaires de son temps, ni chez les Hussites. Les hérésies et les révoltes de ces hommes et de ces sectes présentent des caractères tout différents de ceux du communisme.
Les vrais antécédents du communisme sont moins dans les écarts de la raison que dans l'exaltation des appétits sensuels, des besoins matériels, des passions, qui sont et seront les mêmes dans tous les temps. C'est à ces entraînements de la convoitise que se rapportent les prédications et les succès éphémères du Persan Mazdack, à la fin du 5« siècle ; il se prétendit prophète et enseigna la communauté des biens et des femmes. Il disait : « Toutes choses, tant animées qu'inanimées, appartenant à Dieu, il est impie à un homme de vouloir s'approprier ce qui est à son créateur, et ce qui, en cette qualité doit rester i Tusage de tous... Nous divisons toutes choses également entre les homn>es; nous restituons aux pauvres ce qui leur est dû pour vivre : ^uand les hommes se disputent les biens et les femmes, ils s'arrachent la vie pour les obtenir. » Ces doctrines eurent de nombreux sectateurs : on y comptait le roi lui-même. Les disciples, conséquents avec la théorie, pratiquèrent le rapt et le pillage, désolèrent le pays, qui se fit justice par une révolution i la nation te souleva, chassa le roi et le remplaça par son frère Mazdack et ses adhérents périrent dans les supplices ; sa doctrine disparut avec lui.
L'application la plus large, la plus hardie, la plus logique du communisme est due aux anabaptistes du 16* siè-
de. (Voy. M. Sudrc, chap. VIII, IX cl X.) Celte secte enlpoar chef leplas exalté Mûnzer, qui dédoisit, du principe de la fraternîlé chrétienne, Tégalilé ahsolne, l'abolition de toute autorité, rexpropriation générale et la communauté des biens. Ses prédications enflammaient les populations de la Saxe. « N'avons-nous pas droit, disail-il, à régalité des biens, qui, de leur nature, sont faits pour èlre partagés, sans distinction, entre tous les hommes ? La terre est un héritage commun, où nous avons une part qu'on nous ravit. Quand avons-nous cédé notre portion de Thérédité paternelle ? Qu'on nous montre le contrat que nous en avons passé. » Munzer profita de l'insurrection des paysans pour lever, de son côté, une armée en faveur de ses idées qui, loin de servir à la cause de l'affranchissementdu peuple en Allemagne, contribuèrent à sa perte : il y a longtemps que la démagogie est l'ennemi le plus dangereux de la liberté. Persécuté, et après des vicissitudes diverses, il s'empara de Mulhausen, ville impériale, en fanatisa les habitants, et fit donner le pouvoir à lui et à ses partisans. Il se constitua le distributeur suprême des biens, qui furent tous mis en commun. On lui apportait toutes les richesses dans son palais : les ouvriers cessaient leurs travaux, pour vivre, dans l'oisiveté sur le fond commun : mattre absolu, Mtinzer rendait nue justice arbitraire. Il voulut faire une guerre de propa- ^ gande, souleva des masses, et se disposait à joindre l'armée des paysans, commandée par Metzler, quand il fut battu, pris et envoyé au supplice. Après lui, les anabaptistes se dispersèrent dans difiérentes parties de la Suisse et de l'Allemagne; les uns donnèrent l'exemple des plus hideux excès, d'autres fondèrent de petites communautés honnêtes, que les facilités, de la vie commune corrompirent et que l'anarchie détruisit.
L'anabaptisme n'avait pas renoncé à la guerre ni à la propagande ; son chef le plus célèbre de cette époque est Jean de Leyde. Ce jeune homme, beau, lettré, instruit par ses voyages, poète, sensuel, emporté, avait quitté sa femme pour dogmatiser en Hollande et en Allemagne. Il fascina la multitude et les femmes de Munster, fomenta une
émeale^ pilla les églises, chassa, Tépée à la main, tous ceux qui ne se joigoaient pas à lui } le séuat fut dissous : les anabaptistes en Dommèrent un autre et choisirent deux consuls ; ce qui restait des églises et des couvents fut livré au pillage; les objets d'art et tous les livres, à Texoeption de la Bible, furent détruits. Malhias, le prophète, ne tarda pas à se faire remettre toute l'autorité. 11 établit la communauté des biens, et fit distribuer les aliments à chaque famille. Il voulut faire la guerre, et périt dans une sortie. Jean de Leyde, caché dans une retraite d'une habile humilité, parvint à s'emparer du pouvoir ; il institua douze juges, piis parmi ses partisans dévoués, leur fit décréter la pluralité des femmes, et donna l'exemple, en se mariant dix-sept fois: ce désordre, poussé jusqu'à la promiscuité par la facilité des divorces, souleva une opposition qui fut étouffée dans le sang. A l'aide d'ignobles impostures, Jean de Leyde se fit décerner la royauté. L'apôtre de l'égalité s'entoura d'une cour fastueuse, se fit livrer Ions les objets précieux, jugea lui-même les procès relatifs aux mariages, exécuta plusieurs fois, de sa main, les condamnations à mort, se fit proclamer chef de la religion, et osa de sacrilèges imitations des actes du Christ. Assiégé par les troupes de l'évèque de Munster, il essaya de faire une diversion par une insurrection communiste à Amsterdam. La tentative échoua ; Jean de Leyde résolut alors d'obliger la ville à une résistance désespérée : pour frapper les habitants de terreur, il trancha lui-même, en public, la tète de la veuve deMathias, une de ses femmes, coupable d'avoir intercédé en faveur d'une population affamée» La ville fut livrée par un transfuge ; Jean de Leyde, pris en combattant, périt sur l'échafaud dressé à la place où avait été élevé son trône. Ainsi finit- ce hideux règne de deux années, marqué par l'abolition complète de la propriété, de la famille, de la liberté, et par le honteux despotisme sans lequel le régime de la communauté est impossible.
Apres les saturnales sanglantes les rêves innocents ; avec le grand schisme du 16* siècle et le retour aux études classiques se prépare une nouvelle ère pour le corn-
manisme. et c'est par la philosophie spéculative qa'it est ramené a de nouveaux essais d'application. 'Thomas MoroSydans son 17/opte, refait Platon^ proscrit la propriété i avec des déclamations qu'on croirait écrites de nos jours, fait du travail une peinture attrayante, conserve la iistmille et le mariage, mais admet l'esclavage; lelout est présenté sous la forme d'une sorte de roman dont l'auteur ne se dissimule pas les vices essentiels ; il reconnatt l'impossibilité de la société vivant en communauté.
Le moine Campanella imagine, sous le nom de Cité du ioleil, une société fantastique, renouvelée de Sparte et de Platon, où il n'y a ni propriété ni famille, où tout est réglé despotiquement, jusqu'à rassortiment des couples amoureux.
Le IS^" siècle, qui a remué tant d'idées et amassé tant de ruines, ne pouvait manquer d'attaquer la propriété avec le reste. Parmi les novateurs de ce temps de destruc-^ tion, les uns se bornent à la théorie, comme Rousseau^ les autres enseignent le communisme appliqué, comme Mably et Morelly ; Babœuf le traduit en institution et en organise l'établissement par l'insurrection.
Rousseau n'est point communiste, du moins d'intention; il jette l'anathème sur l'imposteur qui inventa la propriété : u Vous êtes perdus, dit-il, si vous oubliez que les fruits^ sont à la terre, et que la terre n'est à personne; » il ne parle pas avec moins d'amertume de la société en général ; mais il conclut en disant qu'il ne faut songer à abolir ni la société, ni la propriété qu'il reconnaît comme une condition essentielle de l'existence sociale. Il est communiste sans le vouloir quand il soutient que la propriété n'est qu'une création de la société, et qu'il attribue à la loi un droit souverain sur les biens des citoyens. Le communisme est-il autre chose que l'absorption de la propriété individuelle par le corps social 7 II y conduit eacore par ses idées sur l'égalité des fortunes et par les moyens oppressife qu'il propose pour la maintenir. — Comme Rousseau, Linguet et Necker se déchaînent en rhéteurs contre l'inégalité et contre les misères des paa-
-Si -
vres^ qu'ils présentent comme exploités par le despotistHé des riches.
Mably, plus rigoureux dans ses théories, formule franchement le principe communiste. Il nie la propriété \ il invoque la république de Sparte ^ il reconnaît que la com* munauté ne peut être immédiatement établie, mais il veut qu'on la prépare par une éducation commune des enfants, par la limitation des fortunes, par des lois agraires, par des restrictions au droit de succéder, et la prohibition du droit de tester, par des lois somptuaires et la proscription du commerce.
Le Code de la nature^ attribué d'abord à Diderot, est l'œuvre de Morelly^ écrivain obscur, réhabilité par de ce* lèbres communistes de notre temps, qui lui ont emprunté les idées qu'ils donnent comme leur système. Suivant Morelly, l'homme est né bon } ce sont les institutions sociales qui le rendent mauvais, en lui inspirant les passions cupides; donc il faut trouver un ordre social où 1 homme ne puisse être dépravé. Les bases de la constitution parfaite se résument dans ces trois propositions : « l"" Rien dans la société n'appartiendra singulièrement ni en propriété à personne, que les choses dont il fait un usage actuel, soit pour ses besoins, ses plaisirs ou son travail jour- Dalier ; 2'' tout citoyen sera homme public, sustenté et entretenu aux dépens du public ; S"" tout citoyen contribuera pour sa part à l'utilité publique, selon ses forces, ses talents et son Age ; c'est sur cela que seront réglés ses devoirs, conformément aux lois distributives. » Yoilà le droit an travail et la formule des droits proportionnels aux besoins. — ^Morelly punit toute tentative de retour à la propriété privée, établit une telle égalité politique que les fonctions de l'Etat passent à tour de rêle à chaque citoyen; règle et impose, par la loi, la nature, la durée et les procédés du travail, les vêtements et les aliments, les heures du sommeil, du repos et des récréations; oblige tout le monde à se marier, élève les enfants en commun, prescrit tout ce qu'on doit leur enseigner, fait donner aux jeune» gens, par l'autorité, la prof^ion qu'ils doivent exercer, limite le nombre des personnes à qui il est permis de cul-
tiver les arts et les sciences, marque le cercle d'où ne peuvent jamais sortir les sciences morales, et fonde une philosophie de l'Etat, qu'il est défendu de discuter ou de contredire. Le produit net de ce système, qui renferme tout le communisme, est donc un despotisme absolu sur la pen sée comme sur toute l'existence du citoyen.
Un écrivain devenu célèbre comme homme politique^ Brissot de Warville, avait écrit un livre intitulé Recherehes phUoêophiques sur U droit de propriété et le vol C'est la dernière et la plus violente expression du matérialisme : l'auteur attaque à outrance la propriété, le mariage et tous les principes de Tordre social ; il ne reconnaît d'autre base des droits que les besoins ^ il avoue et proclame que la vie sauvage, sans frein et sans lois, est la seule conforme à la nature ; il place les animaux sar le même rang que l'humanité; il montre les riches comme des criminels, et pousse directement à la spoliation et au supplice.de ceux qui possèdent. M. ProudhoD, si fier de sa belle définition la propriété, c'est le vol, n'en est pas l'inventeur, quelque orgueil qu'elle lui inspire ; il l'a prise à Brissot, qui dit en propres termes : u La propriété exclusive est un vol dans la nature... L'atteinte portée à ce droit s'appelle vol, et pourtant le voleur, dans l'état naturel, est le riche. » U faut dire, à l'honneur de Brissot, que plus tard il abandonna ces indignes sophismes. Pourquoi n'espérerait-on pas la conversion de< M. Prondhon?
Les idées de Rousseau ont inspiré Robespierre et Saint- Just; celles de Morelly ont produit Babœuf. Ce tribun, chef de la secte des égaux, formée des débris da terrorisme, prépara un projet d'insurrection formidable^ dont l'histoire a conservé les détails. On n'a jamais rien conçu de phis radical que les projets de ce conspiratear couHnuniste. Il prélude à l'établissement de sa république par le règlement de l'insarrection. Ses plans définitif sont consignés dans une déclaration de principes et dans une suite de décrets. Voici les principales dispositions : grande communauté nationale, comprenant tous les biens de TEtat, des communes^ des hospices, et les produits
de nombreases confiscations ; abolition des droits de succession et de testament ; formation d'ateliers nationauxi dirigés par des cbe& électifs, sons la surveillance de Tautorité, et avec faculté pour le pouvoir de déplacer les travailleurs; emmagasinage des produits de l'agriculture et de rindustrie^ répartis par des magistrats spéciaux ; garantiCy à chacun des membres de la communauté, d'uue aisance médiocre et frugale; repas en commun; suppression du commerce intérieur et extérieur par les particuliersy la communauté seule procurant, par des échanges en nature avec les peuples étrangers, les denrées et marchandises exotiques; transports opérés par des fonctionnaires spéciaux ; abolition des dettes publiques et privées, suppression des monnaies, prohibition de l'importation de l'or et de Targent. Tout le monde ne fait pas de plein droit partie de cette communauté, qui semblerait, au premier abord, destinée à assurer le bonheur de tous ; ceux qui restent en dehors payent seuls les impôts, qui sont doublés, et doivent être acquittés en nature au profit de la communauté ; les exclus contribuables peuvent être requis de livrer leur superflq en denrées et en objets fabriqués. Pour faire partie de la communauté, il faut vivre d'un travail utile, c'est-à-dire de ragricullure, de la pèche, de la navigation, des arts mécaniques et manuels, de la vente en détail, du transport, de la guerre, de l'enseignement et des sciences, la littérature et les arts demeurant proscrits. Ceux qui vivent de leurs revenus sont des étrangers : ils sont sous la surveillance directe de l'administration, qui peut les chasser de leur domicile et les envoyer dans des lieux de correction, et qui astreint à des travaux forcés les individus des deux sexes dont ('incivisme, l'oisiveté, le luxe et les dérèglements donnent à la société des exemples pernicieux i ienrs biens demeurent acquis à la communauté nationale; les étrangers suspects et les individus arrêtés sont envoyés dans des lies rendues inaccessibles, pour y être astreints à des travaux forcés. Tels sont les moyens employés à la destruction de la propriété : l'absurdité de cet odieux despotisme n'a de comparable que la férocité des moyens d'exr-
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termîBaiiOD . qoi ' devaient . ioangarer la r^bU^ de* éjaùx.
Les théoiiciens pacifiques venus après les terroristes; Comme les utopistes avaient succédé aux anabaptistes, ent reproduit, sous d'autres formes, leurs prédécmeurs. Les cités communistes des 16* et 18* siècles se retrouvent dans les sociétés coopératives d'Ov^en. Les saint-simoniens sont communistes par l'abolition de l'héritage et de la famille, par l'attribution, conférée à un pouvoir irresponsable, de disposer des biens et des personnes, par les théories sur la femme libre, qui conduisent directement à la promiscuité des sexes. La doctrine de Fourier est aussi communiste, par la communauté d'habitation, d'existence, de travaux, de plaisirs, par l'exploitation en cornmun des terres et des ateliers industriels, par l'éducation commune des enfants, par la réhabilitation des passions, la sanctification des jouissances, la suppression des lois répressives, par un système de relations entre les deux sexes qui n'est qu'un déguisement de la communauté des femmes ; mais il reconnut les droits du capital et du talent, maintient la propriété individuelle, repousse le despo- \ tisme. Il laisse à la vie sociale une telle liberté, avec de t^les théories morales, qu'un phalanstère, réalisant les conditions de la doctrine, est radicalement impossible.
M. Cabet est franchement communiste, et il le déclare; comme Morns, qu'il a pris pour modèle, il trace une utopie, un roman, le portrait d'une société idé(de, qu'il orne de toutes les perfections imaginables. Son Icarie est une merveille incomparable } la communauté, à la manière de Morelly et de Babœuf, y règne dans tout son éclat. Il maintient le mariage et la famille, grave inconséquence qui a produit un schisme parmi ses disciples. Ses idées politiq\ies, adressées plus particulièrement aux classes ouvrières, poussent aussi loin qu'il est possible les exag^ations démocratiques qui agitent si puissamment les masses, et sèment de si affreux germes de haine, ao nom de la fraternité, et, le croirait-on 7 sous l'invocation du dirlstianisme et des philosophes, des publicistes les plus éloignés des aberrations du communisme I
ploient les formeî^smSRlBqnBanitTo^y..^
Texception des atelierJs'natioiiaQXy prbposeDt pea de moyens pratiques. Les ouvriers allemands et suisses organisent le commanisme par les sliciétés secrètes.
M. Louis Blanc ne se dit pas, ne *âe croit peut-être pas communiste; il Test, au fond, par ses théories sur.rorganisation do travail. M. Pierre Leroux se rallies également au communisme. Cela résulte, malgré l'obscurité générale de ses formules et malgré les précautions restrictives de son style, d*un passage de son livre de XHutna^ nité, où, après avoir dit qu'on ne peut admettre que la propriété qui ne détruira pas « la communion de l'homme avec l'univers et avec ses semblables, » il ajoute qu'un des moyens de détruire cette communion, « c'est de diviser la terre, ou, en général, les instruments de produotion, d'attacher les hommes aux choses, de subordonner l'homme à la propriété, de faire de l'homme un propriétaire. »
Quant à M. Proudhon, il est à la fois l'ennemi juré de la propriété individuelle, et l'adversaire du communisme. Personne n'a réfuté avec plus de puissance que lui les différents systèmes socialistes. A travers ses négations, M. Sudre a cherché à dégager une doctrine caractéristique : ce travail était difficile; M. Proudhon lui-même vient de le rendre inutile ; il a donné tout récemment son dernier mot (dernier quant à présent). « De système, ditil, dans le Peuple du 21 mars ISA-O, je n'en ai pas, je n'en veux pas, j'en repousse formellement la supposition : le système de l'humanité, nous ne le comprendrons qu'a la fin de l'humanité. Du but, je m'en soucie peu. Appelez-le communauté, phalanstère, ou tout ce qu'il vous plaira, celar m'est égal, je ne m'en occupe pas : je cherche des moyens. » Comprenne qui pourra; des moyens cherchés sans savoir pour quel but! un ingénieur construisant une route qui ne conduit nulle part ! M. Proudhon ( c'est lui qui le proclame ) n'a ni système, ni but, il ne sait ce qu'il veut; c'est au néant qu'il consacre ses efforts ! Etonnez- vous donc qu'il n'arrive à rien!
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tarmîiiaiioil qn\ devaient inogûrer la république des égaux. , .^^^r,,.^,.,,^ .„<>rfj>oiiations,
"^" Tft M itlKfariwon^nff^j'' "■"<y^ 'faSiigft que le commonisme de tous les temps a.fait sabir à l'hamaDité, intstent le^ réformatears nùàicaQx imiter l'exemple de M. PraiiâhoD, et renoncer à l'esprit ée système, l'ennami né de Tesprit de progrès! Les améHorationS vraies ne procèdent .^int d'anemanièFe si superbe; elies-s'occiipent de bien faire, piQSiqae de bien argumenter; ellé& cherchent moins le •bruit que les bons râaltats. Du ' bauif de sa chaire ou an fond de smi cabinety un gt'aod^ÉÉalisle a beau travailler à renouveler le.monde.: seiR^bdlesitlléories nevau^ dront jamais un bienfmt en action. Que^de pagts philosophiques je donnerais pour bbç oeiwre 0(Hha^ êeties de l'abbé Fissiaut à Marseille» de M« Sobatzemberger à Oswald, de lif. Demetx à Mettray ! Le génie des. novateurs alaissé et laissera- des souvenirs mèià-d'éionnemenl, de douleur et de malédictiODft; beurens l'homme dont- la mémoire .mérite ee mot simlime de l'Evangile s «.Ua passé en faisant du bien ! » -s '