ŒUVRE DE LA MISERICORDE
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/a cêfceré eram et pe»istis ai me,
J*éUis en prison et vods êtes venns me fisller.
Saint Mathibo, chap. 98, v 36.
L'œuvre de la Miséricorde est une association de d(imes pieuses qui se propose pour but de donner aux prisonniers des secours temporels et spirituels.
L'œuvre de la Miséricorde, institution toute grenobloise, remonte à une époque très-reculée. Ses plus vieux registres sont de 1777. Les registres antérieurs n'ont pas été retrouvés.
Le 31 juillet 1794, l'œuvre de la Miséricorde cessa de fonctionner, par suite de l'orage révolutionnaire. Elle reprit son cours le 28 avril 1795.
A cette époque, elle vivait de traditions ; le règlement primitif avait été perdu.
Le 16 avril 1797, un règlement nouveau lui fut donné par M. Brochier, vicaire général, en l'absence de Mgr du Lau, évéque de Grenoble, exiU pour la défense de la religion i
Voici les principales dispositioniï de ce règlement :
« On admettra dans la société des personnes de tous les états, des femmes mariées, des veuves et des filles chrétiennes qui sont d'un âge mûr, d'un esprit solide et d'une piété éprouvée et soutenue. Dans le choix de celles qui se présenteront pour être reçues , on n'aura aucun égard aux distinctions de la naissance et des richesses, que le monde recherche, mais qui ne sont rien aux yeux de Dieu.
« Les dames de la société se comporteront entre elles dans une parfaite union d'esprit et de sentiment, en sorte qu'on puisse dire d'elles ce que les actes des apôtres nous rapportent des premiers chrétiens : qu'elles ne sont toutes qu'un cœur et qu une âme. Pour maintenir cet esprit d'union, elles éviteront dans leurs assemblées toute distinction de rang et de préséance ; elles s'adonneront indistinctement, chacune selon son pouvoir et ses forces, aux diSereptes œuvres de miséricorde qu'attendent d'elles les malheureux prisonniers confiés à leurs soins; enfin, elles ne chercheront en tout, dans la vue de la plus grande gloire de Dieu, qu'à pourvoir autant qu'il dépendra d'elles à tous leurs besoins spirituels et temporels.
« La société des dames de la Miséricorde sera sous la protection de saint Pierre, prince des apôtres, chargé de fers à Jérusalem et à Rome, pour le témoignage qu'il a rendu à Jésus-Christ son divin maître. Le V^ août, jour auquel Téglise honore ses vénérables chaînes, qui sont la gloire de son apostolat, sera leur principale fête. Xe jour-là, elles communieront toutes pour se renouveler dans cet esprit de charité qui doit les animer dans toutes les œuvres de miséricorde qu'elles exercent envers les prisonniers, et demander à Dieu la grâce de les remplir toujours d'une manière qui tourne
i sa plus grande gloire, au soulagement des malheureux qu'elles servent, et à leur propre sanctification.
« Ce même jour, elles s'assembleront pour faire Télection d'une supérieure. Cette élection se fera par-devant le supérieur qui leur aura été donné par nous et nos successeurSi par des billets secrets dans lesquels chacune en particulier écrira le nom de celle qu'elle croit la plus capable d'être à la tôte de l'œuvre. La dame qui aura réuni la pluralité des suffrages de l'assemblée, d'après la vérification des billets qui sera faite par le supérieur, sera aussitôt proclamée supérieure, et elle exercera cette charge pendant trois ans. On procédera, en la même forme, à une nouvelle élection, dans laquelle l'ancienne supérieure pourra être continuée encore pendant trois années *, mais lorsqu'elle aura rempli cette charge pendant six années, les dames seront obligées d'éUre une autre supérieure.
« La supérieure présidera toutes les assemblées qui se tiendront pour les afiTaires de l'œuvre, en Tabsence du supérieur ; elle veillera avec soin à ce que le règlement soit observé et à ce qu'on pourvoie avec charité et eiutctitude à tous les besoins spirituels et temporels des prisonniers. Elle ne se dispensera d'aucune des œuvres auxquelles la société est dévouée ; mais se regardant au contraire comme la mère de toutes les dames qui la composent, elle les animera à en remplir tous les devoirs, autant par ses exemples que par ses discours.
« La supérieure élue, les dames nommeront une ti^ésor rière qui sera chargée de recevoir les revenus et aumônes destinés à l'œuvre des prisons, et de payer toute la dépense» laquelle tiendra à cet effet un registre dans lequel, d'un côté, elle couchera jour par jour tout ce qu'elle recevra, et de l'autre côté tout ce qu'elle dépensera. Elles nommeront en même temps une secrétaire, qui sera dépositaire du registre des délibérations qui seront prises dans les différentes
assemblées. Ces deux dames seront nommées pour trois ans comme la supérieure ; mais elles pourront être continuées de trois en trois ans, tout autant de temps qu'on le croira convenable ou qu'elles voudront bien se charger de ces deux emplois.
« La société des dames de la Miséricorde s'assemblera tous les premiers jeudis de chaque* mois, après midi. Toutes les dames sont invitées à se rendre exactement à ces assemblées^ où on traitera de toutes les affaires qui intéressent l'œuvre, et on avisera aux moyens de la rendre toujours plus utile aux prisonniers. La trésoriëre y présentera un bordereau de la recette et de la dépense qu'elle aura faite pendant le mois précédent, à Veffet qu'on puisse juger de la situation de la caisse et pourvoir aux besoins. Les comptes de la trésoriëre seront arrêtés à la fin de chaque année. L'assemblée commencera par le VenisancteSpiritikS, etc., le verset et l'oraison, elle finira par \eSub tuum praesidium, eUi.,et\eDeprofundi$, etc., pour les dames, les prisonniers et les bienfaiteurs défunts.
« Au commencement de chaque année, on dressera un tableau de l'ordre dans lequel toutes les dames feront par semaine le service de la prison. Ce service a été fait jusqu'à présent par une seule dame ; mais on pense que ce service étant devenu aujourd'hui plus pénible et plus assujettissant, soit par le plus grand nombre de$ prisonniers, soit par les secours plus multipliés qu'il faut leur tendre, il est convenable que ce service se fasse chaque semaine par deux dames, une ancienne et une nouvellement reçue.
« Les deux dames de service se rendront à la prison chaque jour de la semaine, i une heure réglée, le matin et l'après-midi, pour visiter les prisonniers, et leur porter les consolations dont ils auront besoin. Elles donneront une attention particulière aux malades, à l'effet qu'on leur donne exactement les bouillons et les remèdes ordonnés par le médecin. Après les malades, les criminels détenus dans les
cachots doivent être Tobjet de leur sollicitude. Elles visiteront les malheureux lorsqu'elles en auront la facilité, et tâcheront d'adoucir l'amertume de leur situation par des paroles de consolation : elles veilleront à ce que la femme\;bargée de leur distribuer la soupe et la viande s'acquitte de son devoir exactement et aux heures indiquées, de manière qu'aucun des prisonniers ne souffre. Enfin, elles pourvoiront à tout ce qui leur sera nécessaire, avec cette charité compatissante qui adoucit les maux, gagne les cœurs, et qui est par conséquent si propre à disposer les malheureux à recevoir avec fruit les avis salutaires qu'elles leur donneront dans toutes les occasions favorables.
« Lorsqu'il y aura quelque prisonnier dangereusement malade ou condamné à mort , elles doivent redoubler leurs soins auprès de lui, le préparer d'avance avec douceur et ménagement à se disposer à la mort, lui parler plus fréquemment de Dieu, de ses terribles jugements et de son infinie miséricorde , suivant ses dispositions ; le presser de rentrer en grâce avec lui par une sincère confession de tous ses crimes : en un mot, ne rien oublier pour le disposera une bonne et sainte mort.
« On a vu depuis quelque temps, avec la plus grande admiration, les dames de la Miséricorde accompagner jusqu'à Téchafaud les criminels condamnés à mort. Cet acte héroïque de courage et de charité est un hommage éclatant qu'elles rendent à la vérité et à la sainteté de notre religion qui seule peut Vinspirer ; il est une source de grâces et de consolations pour ces criminels, qui, dans ce moment si pénible à la nature, sont privés des secours que leur prodiguèrent autrefois avec tant de zèle les prêtres catholiques. Nous les conjurons par tout ce qu'il y a de plus touchant et de plus sacré, par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, de continuer à remplir à l'égard de ces malheureux le ministère de la plus sublime charité.
« Les dames de la société, après avoir vécu dans une sainte union et avoir pratiqué tant d'œuvres de miséricorde envers les prisonniers, ne doivent, pas s'oublier elles-mêmes pendant leurs maladies et après leur mort. Lorsqu'une d'entre elles sera malade, les autres auront soin de la visiter et de lui procurer avec piété et charité tous les secours qui lui seront nécessaires . Lorsqu'elle sera décédée, elles se rendront dans son appartement , - une à une , ou de deux en deux , suivant leur nombre, a l'heure qui leur sera indiquée par le tableau dressé à cet effet par la dame secrétaire, et prieront Dieu pour la défunte pendant une heure, en récitant l'office des morts et autres prières. »
Le 25 janvier 1798, l'œuvre de la Miséricorde fut encore une fois interrompue. Cette interruption cessa le 13 juillet 1801, en vertu du désir formellement exprimé par le préfet du département et par le maire de la ville.
Un arrêté de M. Renauldon, maire, en date du 25 août 1807-, confirma l'œuvre de la Miséricorde, en ces termes :
« Considérant que les grands avantages qui résultent de cette pieuse institution ne peuvent être attribués qu'au zèle infatigable et à l'esprit d'ordre et de charité qui anime les dames à qui la direction en est confiée ,
« Le maire arrête qu'elles sont invitées à vouloir bien continuer de rempUr envers les prisonniers les honorables fonctions dont elles se sont acquittées jusqu'à ce jour avec un courage et une persévérance qu'on ne peut trop admirer, et qu'on ne pouvait attendre que de leur grande piété. »
En 1809, survint un incident qui offre le plus vif intérêt.
Sa Sainteté le pape Pie VII arriva à Grenoble, le vendredi 21 juillet, à six heures du soir, et n'en partit que le 1'^ août. Elle était accompagnée de Son Erninence Mgr le cardinal
Pacca, son secrétaire d'état, et du prince Doria, son maître de chambre. Sa Sainteté descendit à Thôtel de la préfecture, et le cardinal Pacca à Thôtel de Belmont.
Sa Sainteté disait la messe tous les matins, à huit heures, dans une des salles de la préfecture. Les fidèles s'y portaient en foule pour recevoir sa bénédiction.
Chaque jour, à six heures du soir, Sa Sainteté paraissait sur les terrasses du jardin de ville, accompagnée de H. Renauldon, maire, et de M. Girard, conseiller de préfecture, faisant fonctions de préfet. Une multitude de personnes se réunissaient dans le bois du jardin, dont la partie supérieure était fermée.
Le 29 juillet, les dames composant l'œuvre de la Miséricorde se rendirent sur la grande terrasse en passant par la maison de M. de Viennois. Beaucoup d'autres personnes s'y introduisirent à leur suite.
Bientôt, Sa Sainteté sortit deThôtel de la préfecture par la porte du milieu, qui s'ouvre sur le parterre. Toutes les fenêtres d'où on peut découvrir le jardin de ville étaient garnies de personnes de tous les états, de toutes les conditions, avides du bonheur He voir Sa Sainteté. Dès qu'elle parut, un silence subit et profond régna de tous côtés; chacun se découvrit; tous les genoux fléchirent; il y eut des larmes d'attendrissement.
Sa Sainteté, dans son costume de souverain pontife, s'avança jusqu'à l'extrémité du parterre, vint près du jet d'eau, parcourut l'allée des Veuves, donnant sa bénédiction à la foule qui était séparée d'elle par la grille. Elle revint ensuite sur ses pas et se dirigea, le long de l'autre grille, vers la grande porte de fer de la rue Montorge, donnant encore sa bénédiction, s'arrètant de temps en temps pour bénir des chapelets, des crucifix, des enfants que des mères pieuses lui présentaient.
Ensuite, Sa Sainteté monta sur la terrasse où toutes les
personnes qui avaient passé par la maison de M. de Viennois se trouvaient réunies. Là, aussi, on voyait de jeunes enfants entre les bras de leurs mères, tenant des corbeilles pleines de chapelets à bénir. D'autres allaient au-devant du saint père, se jetaient à ses pieds et lui offraient des fleurs. Sa Sainteté caressait avec bonté tous ces enfants et semblait ne les quitter qu'avec regret.
Après avoir extrait ces détails d'un long procès-verbal, transcrit sur les registres de l'œuvre de la Miséricorde, je laisse parler le procès-verbal lui-même :
« Dès que Sa Sainteté fut arrivée près des dames de la Miséricorde, M. Renauldon, maire de la ville et protecteur zélé de la Miséricorde, qui accompagnait Sa Sainteté, s'empressa de lui présenter M°*^ de Bardonnenche, supérieure de Tœuvre, et toutes les dames de la Miséricorde qui étaient présentes. — Sa Sainteté demanda à M. le maire, à qui elle donnait des marques de confiance, dans toutes les occasions, de préférence aux autres personnes qui l'approchaient, ce que c'était que l'association de l'œuvre'dela Miséricorde. M. le maire rendit compte à Sa Sainteté de l'établissement de l'œuvre, de son ancienneté, de son régime, de tous les devoirs de charité et œuvres de miséricorde qu'exercent les dames envers les prisonniers et les malheureux qui sont condamnés au dernier supplice, qu'elles accompagnent jusque sur les échafauds quand il est nécessaire ; à mesure que M. le maire instruisait Sa Sainteté de tout ce qui concerne l'œuvre de la Miséricorde, Sa Sainteté donnait de grands applaudissements à chaque article et invitait ces dames à remplir avec le même zèle des œuvres aussi utiles aux malheureuses victimes de la justice des hommes, et si honorables pour la religion. M*"" la supérieure étant seule debout devant Sa Sainteté, lui a demandé, avec la dignité qui lui est naturelle, plusieurs grâces en faveur de la Miséricorde ; elle a supplié Sa Sainteté t
« lo De vouloir bien bénir les croix et chapelets qui étaient contenus dans une grande corbeille qu^elle lui a présentée, et d'y attacher des indulgences ;
« 2® D'attacher des indulgences plénières, en faveur des malheureux condamnés à mort, au crucifix qui est mis entre leurs mains avant d'aller au supplice et qui est conservé avec soin dans la chapelle des prisons ;
« 3o De confirmer les indulgences pléniëres pour les trois fêtes particulières de la société et pour le jour des exécutions, accordées aux dames de laMiséricorde par Son Éminence Mgr le cardinal Caprara, son légat et celui du Saint-Siège à Paris, par un bref du 4 septembre 1802, et dont Mgr Tévèque a ordonné l'exécution par son décret du 3 novembre suivant, mis au dos dudit bref, lequel bref M™* la supérieure a présenté à Sa Sainteté et l'a ensuite déposé dans les archives de la société.
« it" D'accorder une nouvelle indulgence plénière par semaine en faveur de la dame de l'association qui fait le service des prisons par semaine, et une autre indulgence de sept ans et autant de quarantaines pour les jours de travail en faveui^ des dames de la société et des autres personnes qui viennent les aider à travailler.
« Sa Sainteté a daigné écouter avec une extrême bonté M*"* la supérieure, et lui a accordé très-gracieusement tout ce qu'elle lui a demandé. — Toutes les dames de la Miséricorde ont ensuite reçu individuellement la bénédiction de Sa Sainteté après avoir eu le bonheur de lui baiser les pieds et son anneau. La vue de Sa Sainteté, la douceur de son langage, le respect qu'elle inspire ont laissé dans le cœur des dames de la Miséricorde un sentiment de vénération qui ne s'effacera jamais; et ce jour a été Tépoque la plus flatteuse et la plus consolante qui fut jamais pour elles. — En quittant les dames de la Miséricorde, Sa Sainteté a continué sa marche et suivi tous les rangs qui étaient sur
la haute terrasse, formés des personnes qui s'y étaient introduites. De la haute terrasse, Sa Sainteté s'est portée à la grille qui donne sur la rue du Quai, aussi remplie d'une multitude de personnes qui toutes présentaient quelque chose à Sa Sainteté pour bénir. Après avoir parcouru tous les points du jardin et des terrasses, et donné sa bénédiction partout, urbi et quasi orbi. Sa Sainteté s'est retirée dans son appartement, accompagnée des mêmes personnes qui en étaient sorties avec elle. »
La supérieure dont il s'agit dans ce procès-verbal est M"'" Belmont de Bardonnenche qui, après avoir fait partie de Tœuvre de la Miséricorde pendant cinquante-quatre ans et donné le plus touchant exemple d'une foi vive, d'une charité ardente, d'un zèle éclairé et d'une prudence consommée, mourut le 14 octobre 1811, a Tàge de 86 ans, comblée dé mérites et de vertus.
Plus tard, sur la demande de M"* Rosalie de Lagrée, nouvelle supérieure, et par deux brefs des S8 août et 18 septembre 1818, Sa Sainteté Pie VU donna un règlement à l'œuvre de la Miséricorde, et confirma les indulgences qu'elle lui avait accordées verbalement, à Grenoble, en 1809.
La demande de M"** de Lagrée, les brefs de Sa Sainteté et une lettre du cardinal Bardaxi d'Àzara sont transcrits sur les registres de T œuvre.
Le règlement donné par Sa Sainteté était, pour le fond, la reproduction du règlement de 1797, qui, à vrai dire, renferme encore aujourd'hui, à quelques détails près, la constitution de l'œuvre de la Miséricorde.
Pendant longtemps, l'action des dames de la Miséricorde, dans la prison de Grenoble, fut très-indépendante. Ainsi, ces dames pénétraient même dans le quartier des
hommes; les prisonniers des deux sexes recevaient d'elles des vivres et du linge supplémentaires.
La population de Grenoble a un usage touchant, qui date de fort loin et qui consiste à déposer dans un tronc de l'argent qui doit être employé à secourir les prisonniers, et dans unautre tronc, de Fargent destiné à des messes.
Le premier tronc produit par an une moyenne de 1 ,iOO fr. ; le second, une moyenne de 1 ,200 fr.
Les dames de la Miséricorde avaient la libre disposition du tronc de secours.
Désormais, Faction de ces dames est plus restreinte.
Elles ne peuvent plus pénétrer dans le quartier des hommes; elles ne peuvent plus distribuer ni linge, ni aliments supplémentaires.
Elles sont seulement admises à faire le catéchisme et des instructions religieuses aux femmes détenues.
Elles se réunissent une fois par semaine dans la lingerie de la prison pour confectionner des vêtements, soit d'hommes, soit de femmes. Elles achètent les étoffes.
Les vêtements de femmes sont distribués par elles-mêmes à des prisonnières pauvres , mais seulement quand elles sortent de la prison, et après que le directeur s'est rendu juge de leurs besoins. Ces prisonnières peuvent même recevoir un secours en argent légitimé par un état de détresse absolue, au moment de lepr mise en liberté.
Les vêtements d'hommes sont délivrés parle directeur ou par la commission de surveillance aux prisonniers dont la position réclame ce secours, mais également lors de leur sortie.
Les dames de la Miséricorde n ont plus que la clef du tronc de secours. Les fonds qu'il renferme sont comptés en leur présence par la commission de surveillance, et c'est avec ces fonds que les vêtements ci-dessus sont payés. Le direc*teor en tient une comptabilité spéciale.
Comme par le passé, une messe est célébrée chaque mois pour les dames de la Miséricorde, dans la chapelle de la prison, parle supérieur spirituel de l'œuvre.
Le jour de Saint-Pierre aux Liens, patron de l'œuvre, une messe est célébrée dans la même chapelle par Mgr Tévéque. La commission de surveillance est invitée à y assister.
Les dames de la Miséricorde ont conservé la prérogative d'aller chaque jour consoler dans son cachot le condamné a mort et le préparer à bien mourir. Elles raccompagnent jusqu'au pied de Téchafaud.
Une section de Tœuvre de la Miséricorde était spécialement chargée des prisonniers militaires, détenus à la citadelle.
Depuis 1S54, Vœuvre a un caractère complet d'unité. La dame qui est de semaine à la prison civile va visiter ellemême la prison militaire, en se soumettant toutefois aux exigences particulières du règlement de cette prison. Mais pour secourir les détenus militaires, les dames de la Miséricorde n'ont d'autres ressources que celles qui procèdent de leurs cotisations.
Dans la salle de la prison destinée à la lingerie et où les dames de la Miséricorde se réunissent pour travailler, on remarque quatre portraits.
L'un est celui de Mgr Claude Simon, ancien évêque de Grenoble. L'autre est celui du cardinal Bardaxi, envoyé par le cardinal lui-même, le 30 janvier 1819, à l'œuvre de la Miséricorde, en souvenir des consolations qu'il en avait reçues pendant son séjour, pour cause politique, dans la prison de Grenoble. Le troisième est celui de M"* Savoie-RoUin. Le quatrième est celui de IMP'* de Lagrée, au bas duquel Qn lit cette inscription : « M""" Rosalie-Antoinette de Lagrée fit partie, à l'âge de dix-sept ans, des dames de la Miséricorde,
dont elle mourut supérieure en 1846, à Tàgede quatre-vingts ans. »
On s'est beaucoup occupé, il y a un certain nombre d'années, de la réforme pénitentiaire. En effet, les prisons, qui sont un lieu d'expiation, sont loin d'être un lieu de moralisation. On a prononcé beaucoup de discours, on a écrit bien des volumes. Un instant, on s'est arrêté au système cellulaire, puis on y a renoncé. Certes, les intentions généreuses ne manquaient pas. Mais la question est pleine de graves difficultés. En attendant une solution, si elle doit venir, l'œuvre de la Miséricorde moralise, autant qu'il est en elle, les femmes détenues à Grenoble. Elle donne des secours à tous les prisonniers, au moment où ils deviennent libres. Elle ne quitte les condamnés à mort qu'au moment suprême oh leur tête va tomber.
De nobles et sacrés souvenirs se rattachent à Tœuvre de la Miséricorde. Elle rendit de grands services à la religion, à Thumanité, dans des temps difficiles. Elle continue à pratiquer la charité, le dévouement, et les dames qui en font partie sont toujours prêtes à donner l'exemple d'un sublime courage.
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