GRAND FAIT. — SIMPLE HISTOIRE
L^ Association alimentaire est une réunion de personnes qui font préparer leurs aliments dans une cuisine commune. Ces aliments sont ensuite emportés à domicile ou consommés dans des réfectoires attenant à la cuisine même. Le titre de sociétaire s'acquiert au moyen d'une carte, qui, selon Tune ou l'autre hypothèse, coûte 25 c. ou Ifr. par an.
Les aliments sont délivrés, le matin, de sept heures à neuf heures; puis de onze heures à deux heures, et, le soir, de six heures à huit heures et demie.
Le sociétaire, porteur de sa carte, se présente d'abord à un guichet situé dans la cour d'entrée de l'établissement. Là> il achète des jetons.
Il y a six espèces de jetons : soupe, viande, légumes , vin, pain, dessert. Chaque jeton porte d'un côté les armes de la
ville de Grenoble, avec cet exergue ; Association alimenta et, de l'antre côté, le nom de la denrée qu'il représeï Les jetons sont en cuivre et varient par leur couleur et 1 forme.
Le sociétaire, muni de jetons, demande les aliments q veut emporter chez lui, à un guichet qui communique d cuisine à la cour d'entrée. S'il a le droit de prendre repas dans l'intérieur, il s'adresse à un autre guichet, pi entre la cuisine et le premier des réfectoires. Le sociét livre , en échange de chaque ration qu'il reçoit , le je correspondant :
Les rations sont ainsi composées et taxées :
1® Soupe, un litre. 10 c<
2"" Viande, environ 130 grammes, ou environ
200 grammes de poisson sec et cuit 20
3° Légumes (une bonne assiettée) 10
4° Vin , un quart de litre 10
5** Pain, 132 grammes environ. 05
6° Dessert 10
Un sociétaire ne peut consommer plus d'un demi-litr< vin par repas.
Nulle soupe de ménage ne vaut la soupe de l'Associa alimentaire; le pain, la viande, fournis par un boulange plusieurs bouchers avec lesquels des marchés ont été pas sont de première qualité. Les légumes , apportés chi matin ou achetés par grosses provisions , selon l'èspi sont parfaitement choisis ; le vin est bon, entièremeiit ] toujours acheté longtemps d'avance. Les desserts se c posent de portions de fromage, de fruits très-variés, cui< crus, entiers ou fractionnés, selon l'espèce. Parmi les f| figurent les oranges , les melons, les fraises ^ et oelli sont assaisonnées avec du sucre «
Tous les mets sont préparés et servis avec une propreté extrême.
Les convives de Tintérieur apportent eux-mêmes leurs rations sur la table où ils veulent se placer. Là ils trouvent assiettes, cuiller, fourchette, couteau, verre , carafe, sel, poivre, vinaigre et moutarde.
Les assiettes sont en porcelaine opaque; les cuillers et les fourchettes sont en fer battu et étamé.
A Feutrée de rétablissement est un tableau qui fait connaître les mets préparés pour chaque repas.
De sept heures à neuf heures du matin, on ne délivre que du pain, du vin, delà soupe et des desserts.
n y a deux réfectoires : Tun, exclusivement réservé aux femmes qui veulent être seules , ou aux familles , a sept mètres de long sur six de large ; l'autre , où les convives peuventse mêler indistinctement, se compose de deux pièces communiquant entre elles par un grand arc. L'une a seize mètres sur six, la seconde a neuf mètres sur cinq. Les plafonds ont partout plus de quatre mètres d'élévation; l'air et la lumière pénètrent avec abondance par de nombreuses fenêtres donnant sur la cour d'entrée. Cette cour est, à proprement parler, un gracieux jardin. Pendant la belle saison, des pots de fleurs sont constamment placés sur les fenêtres.
L'Association est administrée par une commission de quinze membres nommés en assemblée générale.
n y a en outre un comité de cent membres choisis par la commission, et dont beaucoup appartiennent aux premiers rangs de la population. Tous les jours, trois membres de ce coinité sont de service dans l'établissement; l'un reçoit les jetons au guichet intérieur, l'autre les reçoit au guichet extérieur; tous les deux surveillent en même temps la distribution. Le troisième parcourt les réfectoires»
Le personnel salarié est ainsi constitué :
Un commissaire ou directeur général,
trésorier lOOfr. parmt
Un économe 75 —
Un agent comptable 65 —
Uu cuisinier en chef 50 —
Un deuxième cuisinier 45 —
Divers employés subalternes, de 20 à 30 fr.
A ces frais généraux il faut principalement ajouter le loj r éclairage , qui est au gaz , le chauffage et la nourrit des employés salariés, autres que le commissaire-directe
Chaque soir, les commissaires de service comptent jetons versés pendant le jour dans des boites à six compai ments. Les commissaires et l'économe mentionnent sur livre spécial le nombre des jetons de chaque espèce qi ont trouvés. Ces jetons, placés ensuite par nombres de ( quante dans de petites boîtes de fer-blanc, sont remi ragent comptable. Le commissaire-directeur inscrit suri livre, à la page Entrée, la totalité des jetons, et à la p Sortie , le nombre de ceux qui ont été livrés à Tag comptable. L'agent comptable, à son tour, inscrit sur livre, à la page Entrée, les jetons qu'il a reçus, et àlap Sortie, ceux qu'il a vendus. L'on connaît ainsi, jour jour, le nombre et l'espèce des jetons, soit vendus, ! consommés, et par conséquent, la valeur en argent des et des autres.
A la fin de chaque mois , le président de la commiss administrative, d'après les notes que lui remet l'économe qu'il vérifie , délivre aux fournisseurs des mandats sui trésorier-
Enfin, des livres de comptabilité générale sont tenus le pr^cî/li^nt.
Organisée sur de telles bases , Fassociation alimentaire exclut ridée à^ aumône, mais elle est la charité.
Elle représente une réunion de forces éparses, qui s'agglomèrent pour constituer une puissance d'attachement mutuel. Ib'association alimentaire est un vaste ménage, une grande famille. Là, personne ne donne ni ne reçoit , parce que tout le monde reçoit et donne. Là, chacun est chez soi, et chacun est chez son associé. Là, aucun amour-propre n'est blessé, jarce que là il n'y a ni bienfaiteurs , ni obligés ; le bienfait est dans l'association même et il est l'œuvre de tous ; la reconnûssance est mutuelle, comme le service est réciproque ; puis, une autre reconnaissance, pure d'envie et d'aigreur, remonte j^squ'à ceux qui protègent l'œuvre ou l'administrent, jusqu'à ces commissaires de surveillance dont le zèle quotidien est si utile, si désintéressé, enfin jusqu'à cette civilisation chrétienne qui fait éclore et prospérer de telles combinaisons.
L'association alimentaire est une école de décence, de discipline, de respect de tous pour tous, de chacun pour soimême. Quel spectacle digne d'intérêt offrent ces ouvriers, ces mères de famille , ces enfants , ces commis, ces expéditionnaires, ces vieux serviteurs de l'état, aux modestes ressources, se pressant autour des guichets 1 et, dans l'intérieur, quel ordre ! quel calme ! Là, on voit des ecclésiastiques, qui craindraient peut-être d'entrer dans un restaurant de premier ordre, debout, la tête découverte, réciter leur benedicite et ne recueillir que des égards. Combien l'homme est relevé à ses propres yeux par cet échange de convenances qu'il pratique et dont il est l'objet ! quel profit pour la dignité humaine!
L'association alimentaire est une institution de prévoyance, par la facilité donnée au consommateur de faire d'avance une provision de jetons. On voit des ouvriers qui, autrefois, dépensaient au cabaret leur salaire de la semaine.
acheter pour 25 fr. de jetons à la foiâ ; on Voit des femmes mariées venir faire elles mômes ce salutaire approvisionne^ ment. Comme leur visage exprime Tair de conquête I elles 3ont tranquilles désormais: que de bonheur dans la sécurité I
L'association alimentaire est, par la force même des choses, une institution de tempérance, puisque nul ne peut consom-* mer dans les réfectoires plus d'un demi-litre de vin par repas. Quelle voie plus simple pour faire faire pénétrer dans les mœurs des habitudes de sobriété 1
A l'association aUmentaire, on consomme tout ce que l'on prend, et Ton ne prend que les rations que Ton peut consommer; aussi, jamais de restes. Quatre personnes mw^ géant ensemble peuvent y faire un excellent repas pour 40 cent, par tête. Que d'économies réalisées 1 et ces écono^ mies tournent, ensuite, sous les formes les plus diverses, au bien-être de l'individu et du ménage.
Enfin, un grand nombre de personnes aisées prennent des cartes de sociétaires, dans le seul but d'avoir le droit d'acheter des jetons; ces jetons sont ensuite distribués à des personnes pauvres, qui se présentent au guichet extérieur. Un secours ainsi donné ne peut jamais recevoir un mauvais emploi, et, l'origine des jetons étant inconnue, il emprunte un nouveau prix au mystère même qui le recouvre.
La fondation de l'association alimentaire date du 5 jan« vier 1831.
En 1850, j'étais maire de Grenoble. Plusieurs membres du conseil municipal avaient appris qu'une association alimen-* taire existait à Genève. J'écrivis à l'administration municipale de cette ville, je reçus des renseignements que je communiquai au conseil. Sur ma proposition, le conseil s'empressa de nommer une commission dont j'étais membre de droit et composée, en outre, de MM. Joseph Arnaud, aujourd'hui député de l'Isère, Michal-Ladichère, avocati et
Sestier, aujourd'hui conseiller à la cour impériale. Le 29 juillet, je fis au conseil un rapport favorable, au nom de la commission, et le conseil vota, en principe, la fondation d'une société alimentaire à Grenoble. Mais je voulus voir. Parti pour Genève, le 2 août, j'étais de retour le 12, et, le 14, je lisais au conseil le compte-rendu de mon voyage. Je n'avais vu qu'un germe, que l'enfance d'une idée qui devait périr, car depuis longtemps l'association alimentaire de Genève n'existe plus. Le conseil avait mis gratuitement un local à la disposition de la société qu'il s'agissait de fonder. Les travaux d'appropriation à faire exécuter étaient consi*' dérables. Il fallait se hâter. Je rencontrais dans l'opinion publique le doute, l'étonnement, quelquefois l'incrédulité. La lenteur pouvait tout perdre : je ne voulus ni plan , ni devis, ni adjudication. Le conseil m'avait donné carte blan-* che. J'allais tous les jours sur les travaux, commandant et pressant au fur et à mesure. Je fis frapper à Grenoble même 6,000 jetons de vin, 6,000 jetons de pain et 3,000 jetons de chaque autre espèce. Total 24,000 jetons. J'achetai à crédit le mobilier et les ustensiles nécessaires. Le 24 octobre, je convoquai à l'Hôtel de Ville les présidents et présidentes de DOS sociétés de bienfaisance mutuelle ; je leur exposai la nature, le but delà fondation que je poursuivais. Le même jour je fis placarder sur les murs de la ville un extrait du compte-rendu de mon voyage. Aussitôt je fis porter à domicile un registre sur lequel s'inscrivaient les futurs sociétaires; le 27 novembre, le nombre des inscriptions 8'élevait à 824. Ce jour-là, je convoquai tous les souscripteurs dans une grande salle. Je leur prêchai publiquement les bienfaits de l'Association alimentaire. Je répondis aux objections et donnai tous les éclaircissements demandés. Je proposai une liste de commissaires de surveillance qui fut adoptée. Elle portait des noms de citoyens des opinions les plus opposées. Je voulais faire de la philanthropie et non
delà politique. Le 4 décembre, je fis adopter un règlement par les commissaires, et le bureau d^ administration fut formé. Le 9 décembre, je nommai les employés, dont le choix, par un sentiment plein de courtoisie, me fut pour cette première fois abandonué par le bureau. Je voulus que le cuisinier sortit d'une grande maison. II le fallait ainsi pour la réputation de la nouvelle cuisine, je le pris chez un marquis. Mais j'eus bien soin de prendre l'économe dans. les rangs délit classe ouvrière, dont il devait connaître les mœurs et les besoins. Le H décembre, le conseil municipal délibéra, sur ma proposition, que, si la tentative échouait après un certain temps, la caisse municipale ferait face au déficit, sauf à la société à se dissoudre aussitôt, ou à fonctionner désormais à ses risques et périls. Le 5 jauvier 1851, le local était prêt, et ce jour-là, l'association y fut installée dans un banquet, où vinrent s'asseoir toutes les conditions sociales^
Un journal de la localité rendit compte de la fête, en ces termes :
« C'est avant-hier dimanche qu'a eu lieu l'inauguration de Y Association alimentaire, inauguration simple, sans bruit, sans pompe officielle, mais digne d'admiration pour ceux qui voient plus avec le cœur qu'avec les yeux, et qui jugent avec un esprit dégagé de toutes préventions, de toutes préoccupations politiques.
« Le nombre des convives avait été arrêté â l'avance: la listQ se composait du conseil municipal, de la commission administrative de Y Association ; des présidents et présidentes des sociétés de bienfaisance mutuelle, et de divers invités appartenant aux sociétés.
« En tout, 220 personnes environ ont pris place aux tables dressées dans les deux grands réfectoires contigus de Y Association.
« On avait calculé la quantité de places disponibles, elles ont été toutes occupées sans qu^on ait été obligé de renvoyer personne. En un mot, du commencement à la fin, Tordre matérielle plus complet n'a cessé de régner tant au dedans (pi'au dehors des salles.
« Mais c'est moins cet ordre matériel qui nous a touchés que cet ordre moral, sans lequel Tautre est peu de chose, qui dominait notre fraternelle réunion. Là, point de manifestation bruyante, point de ces joies éclatantes, symptôme d'une excitation du cerveau plus que de la satisfaction du cœur; mais, en revanche, sur tous les visages, cette sérénité ouverte qui traduit à tous les yeux l'approbation la plus marquée et la plus vive sympathie.
« Quel spectacle, d'ailleurs, que celui de cette réunion où se trouvaient à la fois de hauts fonctionnaires et d'estimables ouvriers, les chefs élus des sociétés d'hommes et les dames qui président aux sociétés de femmes 1 Et entre tous les convives, il y avait échange de prévenances ' et d'appréciations, d'approbations pour le présent et d'espérances pour l'avenir ; et c'était plus que de la politesse : pour nous, il nous semblait qu'un véritable sentiment religieux animait ces longues files de convives, et chacun nous paraissait "parfaitement comprendre qu'il était moins là pour dîner que pour s'associer à une œuvre dont il n'est pas plus difficile de saisir la portée morale que d'en voir les résultats matériels.
« Aussi quand M. le maire, dans son discours, où il a , d'une manière aussi simple qu'heureuse, fait comprendre le but de l'association, après avoir parlé de nos sociétés de bien- Usanee que la cité montre avec orgueil à la France qui les envie, a dit qu'un jour viendrait où Grenoble pourrait s'enorgueiUir également de son association alimentaire et de notre féconde initiative, nous avons recueilli partout la manifestation non équivoque d^ la plus complète adhésion.
n M- le miûpç 9, p»rlé s^dul ; eala avait été eônvenu ainsi. Parmi Iqs ç)onvivQ$, il nous a été dit qua beaucoup auraient voulu qu'on réponclU à M« la mairç par un toast en sop hoQueur #t en celui 4u eonsiQil municipal, mais levant la règle tracée à T avance au sein de la oommission adrainiii^ trativQ et qu^on ^e transmettait débouche en bouche, iln^y a pasf ^u le moindre eif^aide transgression, tant est puissante, au milieu de notre admirable population, Tidée d' ordre; taut QU y comprend et on y pratique bien le respect de
Fautorité.
(Sitmt 4u PatfifiH dês Alpes, du 7 janviep 4a54.)
Voiei le texte de mon allocution t
« Messieurs,
« Pans cette réunion simple at modeste, qui a un wWh tère tout fraternel, nous inaugurons la soeiété cdimentaire.
# Cette institution est la mise en œuvre d'un principe larg^ et fécond.
f$ L'isolement représente T impuissance; la forée résulte
d^ Tassociation»
« Les aliments préparés dans notre cuisine ne seront pai seulement livrée 4 un priij: minime ; ils se feront surtout remarquer par leur qualité et leur propreté parfaite. L'asse» cié pourra le^ ^mporter à domicile, ou les consommer dans çe^ réfectoirei^ «pacieui^i bien aéréis, bien éclairés, et dent la dignité sévère commande le respect,
« Libérée d'un souci importun, la femme de raiseeîé consacrera plus de temps à ses enfants et aux occupatiens destinées à accroître les ressources du ménage. C'est Véman^ çipi^tion de la femme, non au profit de Toisivete, Biais au profit du travail*
« Uae nourriture saine et substantielle influera néoes- MÔrementsur le bien-être des consommateurs.
« Le bien<^tre produit le contentement ; le contentement apaise cette envie instinctive qui, procédant de la souffrance, engendre le désordre dans les idées et conduit au désordre dans les faits.
« J'ai entendu dire que la société alimentaire contrariait la loi du mariage. Erreur étrange I L'homme ne prend pas une femme pour trouver en elle une cuisinière ; il se marie pour jouir des affections les plus pures, les plus douces, et pour revivre dans ses enfants. L'homme aimera d'autant mieux la famille, qu'elle sera plus exempte de ces nécessités nmtérielles qui en diminuent les joies morales.
K J'ai oui dire aussi que la société alimentaire, en rendant la rOle de la femme moins utile, tendait à restreindre son influence. C'est une autre erreur. L'influence de la femme grandira à mesure que celle-ci parviendra à une position {dus libre, plus digne et plus relevée.
« Maintenant, Messieurs, je vais plus loin. Je crois que OQOS fondons aujourd'hui toute une révolution, révolution pacifique, et qui s'accomplira au profit de la santé générale.
« Certaines industries qui préparent l'alimentation d'un grund nombre de personnes seront désormais stimulées par une large concurrence. Elles sortiront de leur funeste j^othior Elles augmenteront les quantités, amélioreront les fuslités et baisseront les prix,
« La consommation s'accroîtra par ces conditions meil-*leures. Un tel résultat sera une conquête pour tous.
« Serait-il vrai, Messieurs, que nous fassions aujourd'hui iu socialisme? Tout ce que je sais, c'est que nous faisons ime bonne chose. Il y a des mots dont on abuse. Qu'importe la forme, si le fond est sans reproche? Que de gens a effrayés le mot de libéralisme! Qui oserait dire aujourd'hui qu'il n'est pas libéral? L'homme sage marche droit i son but ; il
se confie au temps, qui est un grand maitre, et à la divine Providence, qui mène les choses de ce 'monde et sait bien distinguer entre les théories praticables et l'antique folie de certains rêves.
« J'avoue que notre institution est neuve. La nouveauté rencontre des esprits timides et incrédules. Respectons tous les doutes ; cependant, plaignons les partisans de l'immobilité, et n'oublions pas que le progrès que l'on contrarie s'installe par la tempête.
« Ce ne sont point là de vaines paroles, c'est de l'histoire trop méconnue.
« La première société de bienfaisance mutuelle fut fondée à Grenoble il y a un demi-siècle. J'ai vu des vieillards qui n'ont pas oublié qu'elle eut ses détracteurs. Aujourd'hui, les sociétés de bienfaisance mutuelle sont au nombre de trente * et Grenoble peut les montrer avec un légitime orgueil au reste de la France qui les admire.
« Il était réservé à cette noble cité de donner aussi le premier exemple d'une société alimentaire. Un jour viendra oi elle ne sera pas moins bénie pour cette conception généreuse. Du reste, la société alimentaire a été comprise dès son apparition, et qu'il me soit permis de remercier ici tous ceux qui, sans vouloir en profiter directement, lui ont prêté un concours empressé et un appui sympathique.
« Je porte un toast, Messieurs, au succès, à la propaga** tion de la société alimentaire, à l'union des citoyens, à h prospérité de notre chère ville de Grenoble. »
Le 26 janvier, le nombre des sociétaires s'élevait à 1,481. Pendant tout ce mois , ce fut dans les réfectoires un flot incessant de curieux. Ce flot s'apaisa peu à peu, et, depuis