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de la pitié : montrez-leur de près la souffrance. Triste édu-cation, hélas 1 que celle qui s'accomplit uniquement par les livres et qui ne cultive dans l'homme que les facultés de l'esprit I A dix*huit ans, vos fils savent un peu de tout; ils ont vu le café, le bal, le spectacle, les cirques et les ménsr geries. Connaissent-ils l'hôpital? Ont-ils l'idée de l'intérieur d'une famille en proie aux horreurs de la misère? Faits de passions ardentes qui ne demandent qu'un aliment généreux, ont41s appris tout te qu'il j a de consolations à répandre dans ce monde ? Vos filles ont-elles toujours consacré aux pauvres leurs premiers travaux de couture? Sont-elles venues sous la mansarde voît la mère qui gémit, l'enfant qui pleure ? Destinées elles-mêmes à une vie de dévouement et de sacrifice, ont-elles toujours acquis, par le spectacle des maux d'autrui, la force d'âme qui leur sera nécessaire? Se doutent-elles de ce qu'elles peuvent conquérir d'empire durable, de respect et de bonheur intime , par la pratique de la bienfaisance? »
Mes idées d'autrefois seront heureusement servies par mon livre d'aujourd'hui. Une époque viendra où la con-* templation même de la souffrance et l'explication des institutions de charité, feront partie de l'éducation privée et de l'éducation publique. Quelle source de douce moralisation pour de jeunes cœurs , qui n'oublient jamais leurs premières impressions ! Quelle conquête pour l'ordre général lui-mêmet qui gagnera en tranquillité et en sta^
bilité tout ce que Tindividu perdra en froid et dangereux égoïsme I
Ceux qui sont en possession du bien-être de la vie et qui liront ce livre apprendront d'une manière complète la variété des ressources que la charité sait opposer à la variété des maux. Il y en a bien peu, a Grenoble, qui n'apportent leur offrande. Ce livre leur inspirera la pensée de l'accroître. Plus d'un, à son lit de mort, éprouvera une consolation suprême à léguer un dernier bienfait à l'institution qui, pendant sa vie, aura eu ses préférences. Plus d'un, peut-être, pour réparer un oubli, pour racheter une omission, laissera tomber de sa main défaillante le don pieux qui réconcilie avec la terre et le ciel.
Si ce livre est lu par des hommes dont le cœur est bon, mais qu'entraîne l'amour exclusif du gain, qui poursuivent la fortune par tous moyens, par le jeu, par les spéculations de bourse, et dont la vie malheureuse s'use dans de dévorantes émotions, il répandra sur leur âme une douce rosée ; il les fera assister a un monde inconnu ou seulement oubliai Puisse-t-il, s'adressant à des sentiments qui vivent mais sommeillent, réveiller le besoin des satisfactions consolantes que donne l'exercice de la charité I
De ce livre ressortira encore cette grande vérité, que, pour Thomme public, tout le devoir n'est pas dans le souci des choses matérielles ; que chez lui le cœur ne doit pas jouer un moindre rôle que l'intelligence ; que les
instilutioQS de bioDrâisance sont Texpression vivante des plus graves intérêts moraux ; qu'il doit connaître 'ces institutions, les étudier, les protéger, les honorer surtout par ces procédés dont la délicatesse fait le prix, et que, pour lui , a{>pelé à servir la plus noble et la plus généreuse politique, c'est presque la déserter, que ne pas la comprendre.
Un éloquent magistrat, prononçant*le discours d'usage à une audience solennelle de rentrée de la Cour impériale de Paris (1), s'est élevé avec une grande sévérité de doctrine et de langage contre la faiblesse apportée par les tribunaux dans la répression des crimes et délits. Ce n'est pas ici le lieu de discuter les hautes questions agitées par l'éminent orateur. Mais ce livre mettra dans tout son jour la salutaire influence exercée sur les mœurs par les institutions charitables. On y verra une société de secours mutuels adopter pour devise ce vers d'un poète :
Qui prévient le besoin prévient souvent le crime,
pensée profonde, résumant en eli&ia vraie science sociale, et l'on reconnaîtra que, si la société doit se défendre par le châtiment, elle a néanmoins plus à attendre des institutions qui préviennent, que des rigueurs qui répriment. Enfin, l'un de mes vœux les plus chers est que ce livre.
(4) Discours de M. le baron de Gaujal, premier avocat général. Moniteur du 4 novembre 4859.
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répanda dans d'autres villes de France et même en pays étrangers, y provoque l'étude des nobles choses qu'il raconte et y fasse naître de généreuses imitations. Il aura alors atteint son véritable but, qui est de coopérer à la marche paisible et régulière des idées et des faits, à la solution des problèmes de l'avenir, par la propagation du bien, par Tapaisement du pauvre, par la justice rendue au riche , . par le rapprochement de toutes les classes dans le spectacle et l'accomplissement de la solidarité, qui signifie unité, de la charité, qui veut dire amour.
Que des esprits frondeurs et sceptiques ne m'adressent pas le reproche de rêver le paradis sur la terre. Il y , aurait bien assez de ces esprits pour y rendre tout paradis impossible. J'ai trop vécu pour ne pas connaître l'hu* manitéf et je ne me berce point de chimériques illusions. Je poursuis la réalisation du bien possible. Mais ou le bien possible finit-il? Sachez, hommes de peu de foi et de peu d'espérance, que Dieu seul en connaît les limites. Si des esprits prévenus reproduisaient cette objection banale que les institutions de bienfaisance vont contre leur propre but, en multipliant le mal même qu'elles se proposent de corriger, je leur répondrais que , dans ce monde, les liieilleures choses ont, sans doute, leurs inconvénients, mais qu'il faut les apprécier par leurs résultats généraux et non par leurs résultats exceptionnels ; que plus le niveau de la moralité s'élève, moins