‹ Le vray mistère de la passionChapitre 35 sur 90 · AU JARDIN DES OLIVES · texte numérisé non relu

AU JARDIN DES OLIVES

dont autrefois m'avez servie en disant que de ceste vie brèvement vous faudra partir.

Jhésus.

Je ne me dois pas départir de ce que Dieu m'ordonnera; Mère, Theure s'approchera que la chose soit accomplie,

N.-Dame.

Hélas! mon tils, je vous supplie que jamais vostre corps n'habite en ceste cité tant maudite où vous avez tant d'ennemis, tant d'envieux, si peu d'amis.

Vous voyez qu'il n'y a personne qui un morceau de pain vous donne, et, dussiez-vous de faim périr, nul ne vous ose secourir; ainsi sont-ils accouardis par ces pharisiens maudits, dont rien, fors trahison, ne vient.

Hélas! si la chose parvient qu'en leurs mains vous soyez livré, par qui serez-vous délivré?

Pourra le peuple contredire?

Vous voyez qu'il n'ose mot dire sur ces pharisiens mauvais.

mon fils, n'y allez jamais!

ne veuillez pas abandonner vostre mère, pour vous donner à ceux qui vous ventent détruire.

Jhésus.

Ma mère, je me dois conduire

ainsy que mon père l'a dict.

Dans l'Escripture il est escript :

(( j'ai nourri mes enfants assez, » puis eslcvùs, puis exaulcés, )) et puis m'ont desprisé enfin. »

Rien n'est de prophétie en vain, et pour endurer ceste peine ai-je formé ma chair humaine en vos entrailles vénérables; pour sauver les hommes coupables, mon corps doit estre à mort traicté ; cecy fut dict et décrété pour l'humaine rédemption; et par ma seule passion entrera l'homme en Paradis.

N.-Dame.

Ja Dieu ne plaise, mon cher fils, bien que mon amour s'y oppose, que j'empesche si haulte chose :

humble, sans répugner jamais, à vostre vouloir me soubmets.

Mais aussy, n'est-il pas licite que moy, vostre mère petite, vous consentiez un peu ouïr et en quelque chose obéir?

Daignez écouter ma requeste :

ô fils tant doulx et tant honneste, vois le ventre qui t'a porté et le sein qui t'a allaicté le temps de ta tendre jeunesse, et considère ma faiblesse qui ja résister ne sçaiu'oit

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