Ve muet se prononce
AU JAUDIN Dli:S OLIVES. i-O
« Le fils de Dieu sera proscrit; » ses bourreaux seront sans pitié, )) et depuis la plante du pié )) jusqu'au chef, il sera sanglant. »
N.-Dame.
Las! las! ô spectacle dolent, torture plus que mort affreuse !
pauvrette mère angoisseuse, ne puis-je donc rien obtenir?
Jhésus.
Las! je voudrais vous soutenir, mais le glaive de la douleur vous doibt percer l'âme et le cœur.
Et cependant, vous confortez, ma mère, et haut le cœur portez, car du deuil de vostre pensée serez en tout récompensée en joie et exultation après ma résurrection :
alors je vous visiterai et vostre cœur esclairerai de joie et parfaicte lumière!
N.-Dame.
fils, quoi que je vous requière, au moins ne voulez-vous m'entendre?
C'est donc ATay, il faut congé prendre!
Que tristement je vous écoute, car, de ce congé, je ne doubte qu'il ne doive estre le dernier!
Mais, las! je ne puis dénier que c'est la volonté divine, et devant elle je m'incline :
iiO MISTÈRE DK LA PASSION.
baisant vos mains, cV amour profonde, comme la chose de ce monde qui m'est la plus tendre et plus chère, je vous rends à Dieu, vostre père.
Adieu, mon fils!
Jhésus.
Adieu! ma mère.
/cy, moult piteusement se despart Nostre-Dame de Jhésus et dict Jhésus aux apostres :
Jhésus.
Frères, veuillez vous écarter ce pendant qu'icy vais rester afin de prier Dieu mon père dessus la passion amère que je sens moult fort approchant.
Et, pour ce qui vous est touchant, priez, par humble affection, pour éviter tentation ; paresse est mauvaise de soy.
Pierre, venez avecque moy, vous, Jean, et Jacques vostre frère.
Icy se retraict encore plus loing et se met à genoux et s'entend très dolente musique disant Vangoisse du Saulceur,
Quand la peine bien considère
en laquelle me faut passer,
j'ai peur plus qu'on ne peut penser,
mon âme se douloie* fort
et est triste jusqu'à la mort.