SCÈNE IIÎ
Miss ARLOWE, WILLIAM.
MISS ARLOWE,
Êtes- vous William Sentfort?
WILLIAM
C'est moi-même.
MISS ARLOWE.
J'ai à vous parler en secret.
WILLIAM
Nous sommes seuls, vous pouvez parler hardiment.
Miss ARLOWE.
Je suis désespérée de la peine que je vais vous faire, en vous apprenant l'accident le plus funeste.
WILLIAM
Mon fils serait-il mort ?
MISS ARLOWE.
Non, Monsieur William ; mais il est bien dans l'embarras.
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WILLIAM
Hâtez-vous de m'apprendre quelle est sa situation ?
MISS ARLOWE.
Il S* était lié avec un coquin nommé Hermann, qui, par jalousie, est venu chez moi m'en dire beaucoup de mal, et prétendait me contraindre à ne jamais le revoir. Outré de ma résistance à ses projets, il est sorti furieux, en me menaçant d'arracher la vie à son heureux rival. J'en ai prévenu votre fils, qui, voulant aujourd'hui me parler dans le Parc Saint- James, s'est muni d'une épée, dans la crainte d'y rencontrer son ennemi. Ils se sont joints, en effet, après quelques injures mutuelles, comme Hermann portait aussi des armes, ils se sont battus, malgré mes eff'orts et mes cris : Hermann est tombé par ierr3, blessé de deux coups mortels ; votre fils a pris aussi-tôt la fuite; confondue dans la foule, j'ai vu expirer son indigne agresseur. Mais on le croit assassiné, et l'on ne tardera pas à poursuivre celui qui ne l'a tué que par une défense légitime. Il est absolument nécessaire que votre fils s'éloigne de Londres dès cette nuit.
WILLIAM
S'est-il battu en galant homme?
MISS ARLOWE.
Oui, il a montré beaucoup de bravoure.
WILLIAM
Je suis au désespoir qu'il ait eu le malheur de tuer un homme, même en défendant sa propre vie.
MISS ARLOWE.
Vouliez-vous qu'il se laissât percer?
WILLIAM
Non, j'aurais voulu qu'il eût pris la fuite, plutôt que de s'exposer à verser le sang de son semblable.
Miss ARLOWE.
Moi, je m'intéresse davantage à son honneur.
Oserai-je, Miss, vous demander qui vous êtes, et comment vous avez connu mon fils ?
MISS ARLOWE.
J'ai fait sa connaissance, parce qu'il donnait de l'ouvrage à ma mère, qui travaillait en linge, ainsi que moi : il m'aime honnêtement; et je lui rends la pareille.
WILLIAM
Il ne doit plus songer qu'à sa sûreté... Mais qu'est-il devenu?
MISS ARLOWE.
Il s'est d'abord réfugié chez moi ; et pour qu'il soit plus à couvert de toutes poursuites, je l'ai con-
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duit dans une maison voisine, chez des gens charmés de rendre service, où il est impossible de le déterrer.
WILLIAM
Je vous rends mille grâces, obligeante Miss, [de l'asile qu'il doit à vos soins, son combat est une affaire d'honneur : ainsi je me flatte que nous trouverons la Justice favorable, après que les premières clameurs se seront dissipées.
MISS ARLOWE.
Sans doute. Il m'envoie auprès de vous. Monsieur William, pour que vous me remettiez une centaine de livres sterlings, qui le conduiront dans le pays étranger, et lui faciliteront le moyen d'y vivre
WILLUM.
Cela est juste, son départ est nécessaire ; mais il faut que je le voie avant qu'il nous quitte. Je me rendrai secrètement chez vous; de là vous me conduirez à la faveur de la nuit, dans la retraite que vous lui avez choisie.
MISS ARLOWE.
Mais son état actuel exige de prompts secours et VOUS pourriez toujours me confier quelqu'a-compte qui lui annonceroit des bontés plus considérables.
WILLIAM
Non, je lui remettroi moi-même tout ce qu'il
me demande; deux ou troisheures d'attente seront bientôt passées. Nous concerterons ensemble l'usage qu'il pourra faire de mes dons, et la route qu'il prendra pour dépayser ceux qui voudroient le poursuivre.
MISS ARLOWE
Est-ce que vous vous défiez de moi? Ce serait me faire injure.
WILLIAM
Quel soupçon formez-vous, Miss?