SCÈNE IV Mistrîss SENTFORT, JONES
MTSTRISS SENTFORT.
A quel sujet faites- vous donc tant de tapage ? Vous êtes amis, et vous ne pouvez vivre ensemble un quart d'heure, sans vous quereller !
JONES
Parce qu'il est maladroit sous les armes, il m'a dit des injures; si vous n'étiez pas venue, je lui proposais un combat à coups de poing, et....
MISTRISS SENTFORT.
Je VOUS ai dit cent fois qu'il ne falloit pas voir un coquin comme celui-là. Une bonne fois pour toutes, ne vous encanaillez plus avec un tas de vauriens, qui vous auront bientôt fait manger le produit des fatigues de votre père. C'est un honnête homme, un bon mari, un bon père, un citoyen utile ; ne le faites pas mourir de chagrin. Il vous a bien élevé ; mais au lieu de l'aider dans son travail, et d'imiter sa conduite, vous battez le pavé ; vous fréquentez les plus mauvaises coteries, vous nous faites sécher de douleur.
Je VOUS promets, ma mère^ que je ne verroi plus
Hermann, ni sa séquelle; je me défierai même de lui.
MISTRISS SENTFORT.
Portons nos plaintes; faisons le mettre en prison.
JONES
Gardons nous-en bien ; il pourroit me calomnier et me susciter de mauvaises affaires [A pari).... Il ne diroit que la vérité.,. {Haut). Mais j'ameuterai ses créanciers : de rage, il en tuera quelqu'un ; alors il verra beau jeu.
MISTRISS SENTFORT.
Vous en avez aussi beaucoup vous-même, de créanciers; tous les jours je n'entends parler que de vos dettes.
JONES
J'arrangerai mes affaires à votre mutuelle satisfaction .
MISTRISS SENTFORT.
Il ne tient qu'à vous queles choses prennent une bonne tournure. Votre père et moi nous ne cherchons que votre avantage. Votre sœur a pu vous dire que nous avons formé le dessein d''acquitter vos dettes, si vous voulez être sage et épouser la fille de notre voisin le Boucher, dont l'alliance ne peut que nous faire honneur.
Je n'avois aucune envie de me marier ; mais
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vous êtes si bonne, si complaisante, que je me fais un devoir de vous satisfaire en tout.
MISTRISS SENTFORT.
Tu me pénètres de joie. La mère et la fille doivent venir sur les midi. Ne manque pas de te trouver ici, comme par hazard; tâche de leur plaire : tu réussiras sûrement, et nos arrangements seront bientôt faits.
JONES
Il faut avoir l'air propre, pour une telle entrevue ; et je n'ai pas un ajustement qui mérite d'être présenté; toute ma garde-robe tombe en guenille.
MISTRISS SENTFORT.
Qu'avez vous fait de l'argent que votre père vous avoit donné pour vous acheter un habit neuf?
JONES
J'ai trouvé une famille d'honnêtes gens dans la misère ; on vendoit leurs meubles, et ils étoient sur le point de faire banqueroute. Ce spectacle m'a touché ; je leur ai tout prêté ce que j'avois. {A part.) La bonne histoire que j'imagine-là I
MISTRISS SENTFORT.
Il est satisfaisant de faire de bonnes œuvres ; mais vous auriez dû garder une partie de votre argent pour vos besoins personnels.
JONES
Vous n'auriez pu y tenir vous-même: un père, une mère et quatre malheureux enfants sur la paille ! [A party en riant.) Oh I rien de plus touchant !
MISTRISS SENTFORT.
Tenez.voilà six guinées; allez au plus tôt acheter un habit propre et décent ; et vers les deux heures au plus tard, vous vous rendrez dans la salle, où vous trouverez la compagnie. Votre père compte sur votre obéissance; ne le trompez pas.
{Elle lui donne de Purgent, et sort.)