AU CANADA FRANÇAIS
Mon navire fougueux se cambrait sur la lame, Bondissant, éperdu, seul clans l'immensité. Le rivage fuyait où s'accrochait mon âme Et triste, je pensais : Pourquoi l'as-tu quitté ?
Puis surgissait au loin, et comme une espérance, Un rivage nouveau si pareil à l'ancien Que je ne savais plus si je quittais ma France... Le pays où j'allais semblait toujours le mien.
J 'abordai. J'entendis chanter les mots que j'aime ; Les hommes que je vis, je les avais connus, Je les avais aimés. Ils avaient fait de même ; Nous semblions de loin ensemble revenus.
Aux plis de leur drapeau palpitait ma patrie Et, partout, je revis la croix de nos hameaux Leur Dieu, c'était mon Dieu ; c'est celui que je prie Devant le même autel, avec les mêmes mots.
C'est lui : mon vieux pays, mon vieil honneur, ma race Indomptable, et loyale, et hère et tendre aussi ; Partout de mes aïeux je rencontre la trace. Mes frères de là-bas je les retrouve ici.
Vieux Français, parsemés sur cette terre immense, Ce qu'ont fait les aïeux, les fils le referont- Adieu ! J'entends l'appel du navire en partance : Mais au pays natal, à ceux qui me diront : " Voyageur, d'où viens-tu ? " Je répondrai : de France.
Mgr ROZIER.
Prot. Ap.