CHAPITRE PREMIER
ZONA TYPIQUE
Le zona était décrit par les auteurs classiques comme une affection bien localisée : à savoir une éruption érythémateuse, vésiculeuse, puis croûteuse, correspondant à un territoire nerveux toujours bien déterminé. Le plus souvent cette éruption siégeait sur le trajet des nerfs intercostaux, c'est-à-dire en ceinture, d’où son nom de zona, ceinture, ou d’herpès zoster. Donc le fait qu'on donnait à une éruption le nom de zona signifiait que cette éruption suivait de plus où moins près un trajet nerveux, correspondait au territoire de distribution cutanée d’un nerf, et s’arrêtait juste au niveau de la ligne médiane de même que les filets nerveux.
Cette affection cutanée semblait donc correspondre à une lésion nerveuse sous-jacente et «le zona aurait dû reproduire, pour être parfait, un syndrome englobant la totalité des troubles de fonctionnement du nerf, troubles de sensibilité, de motricité, de trophicité, et, pour certains nerfs spéciaux, troubles de sécrétions et troubles sensoriels. Mais, de par la bénignité générale de la maladie, deux symptômes seulement sont à retenir, la douleur et
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l'éruption, la douleur même faisant souvent défaut, en parleulier chez les enfants (1). »
Le fait donc d'une éruption localisée à un territoire nerveux, sans autres troubles apparents des nerfs, était du zona. De là découlèrent de nombreuses théories sur la pathogénie et l’étiologie de cette affection « passablement complexe et parfois obscure (2) ».
Au début du xix° siècle, Willan, puis Alibert, en 1822, le classaient encore dans les affections dartreuses; ils n'avaient pas vu le rapport étroit entre les nerfs sous-jacents et l'éruption cutanée: ils en faisaient simplement de l'herpès, herpès zoster, nom d’ailleurs qui devait survivre en Angleterre et en Allemagne.
Mais bientôt Räyer, en 1835, Parrot, en 1856, virent le rapport entre l’éruption et la douleur névralgique, subordonnèrent celle-là à celle-ci; le zona n'était pour eux qu'un trouble secondaire à l'existence d’une névralgie.
Bärensprung, le premier, en 1863, montra l'origine nerveuse de l'affection. Pour lui la lésion principale siéseait dans le ganglion spinal et il se basait sur de nombreuses autopsies. Charcot abonda dans son sens en 1865. Head et Brissaud, puis Achard en firent alors une affection médullaire, une maladie du métamère spinal, et Dongradi s'inspira de ces idées dans sa thèse inaugurale, en 1895. Puis Head revint à l'idée première de Bärensprung et développa la théorie ganglionnaire du Zona.
(1) Champion, thèse Paris, 4899-1900.
(2) E. Rist. zona. — Pratique dermatologique Besnier, Brocq, Jacquet.
Il n'en est pas moins vrai que pour tous ces-auleurs, c'est Ià une affection localisée à un territoire nerveux, que le point de départ soit un ganglion spinal ou un méamère de la moelle, et le terme qui persisla à s'accoler au nom de zona fut celui d'affection localisée.
Landouzy résuma ces théories en disant : « Il est devenu élémentaire d'affirmer, depuis les travaux de Bärensprung, de Charcot, de mon très regretté maïtre Parrot, de Danielssen, de Mittchel, de Wyss et d'autres auteurs, que derrière cette dermopathie se cache une neuropathie. Il y a là lésion d'un ganglion spinal, et l'éruplion vésiculeuse est la traduction du trouble apporté dans la fonction trophique des nerîs tout comme une paralysie radiale ou une névralgie eubitale ne sont que la traduction du trouble apporté dans l'une des fonctions d'un nerf mixte (1), »
Et c'est encore Landouzy qui, en 1883, conçut l'idée du zona , véritable maladie générale, non plus localisée, puisque générale, mais se localisant, et il écrivit cette phrase:
« Le propre de la maladie zostérienne est de se déterminer sur un ganglion nerveux, comme le propre de la maladie ourlienne est de se déterminer sur la parotide (2) »
Il entrevoyait alors la généralisation de la maladie, maladie qui avait tendance à se localiser sur un ganghon spinal pour déterminer une éruplion sur de territoire cutané correspondant.
(1) Landouzy. — Zoster et fièvre zostérienne. Semaine Médicale 1883, p. 245.
(2) Landouzy, Loc. cit.
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Il existe de nombreux cas pourtant dans la littérature médicale où l'éruption quitta ce type classique et si attrayant par <a logique, pour revêtir des formes s’éloignant de plus en plus des formes typiques, pour aller jusqu'à des formes véritablement anarchiques, si bien qu'il semble un non-sens de les ranger encore sous le nom de zona.
“ Dans ces cas que nous allons envisager, l'éruption ne sera plus tres fidèle à un trajet nerveux, d'ailleurs y estelle toujours bien fidèle ? Trousseau avait déjà remarqué ce fait que dans les zonas intercostaux la direction de l'éruption coupait à 25° la direction du nerf, car l'éruption
est à peu près perpendiculaire à l'axe du corps, tandis que les nerfs sont beaucoup plus obliques. Bassereau, dans sa thèse, avait déjà constaté ce fait; puis, plus tard, Dongradi. Néanmoins il est classique de faire du zona « une dermopathie correspondant à une neuropathie sousjacente (|) », neuropathie due probablement, ‘d'après Landouzy et de nombreux auteurs après lui, à des causes générales, à une véritable imprégnation de l'organisme par une infection. Et les faits que nous allons rapporter nous aiderons à nous rallier à cette théorie.
Il est bien entendu que nous éhminons dés le premier abord les éruptions zostéroïdes, comme 1} est convenu d'appeler les zonas symptomatiques d'affections nerveuses « et qui s'observent au cours des maladies de la moelle atteignant le cordon postérieur, surtout dans le cours de l’ataxie locomotrice, sur les membres atteints de dou-
leurs fuigurantes (Charcot): de même ceux qu'on a signa-
(4) Landouzy, loc. cit.