‹ Leçons de thérapeutique [electronic resource] (volume 3)Chapitre 3 sur 45 · DE L'ACTION MÉDICAMENTEUSE (FIN · texte numérisé non relu

DE L'ACTION MÉDICAMENTEUSE (FIN

Nature de l'action médicamenteuse. — Elle se résout en modifications physico-cliimiques du protoplasma cellulaire. — Deux modes d'expression de l'action médicamenteuse : troubles nutritifs, modification des propriétés spécifiques. — Loi de l'électivité médicamenteuse. — Distinction des effets des médicaments en effets physiologiques et en effets thérapeutiques.

Messieurs,

Nous avons donné dans la précédente leçon une solution à la première question que nous nous étions posée, celle de savoir à quoi s'adresse le médicament. Vous savez qu'il impressionne l'organisme, et cela dans tous les cas, même lorsqu'on vise la cause de la maladie ; mais que cependant, dans certaines conditions, il peut atteindre cette cause morbide elle-même.

Nature de En poursuivant l'étude de l'action médicamenteuse,

ictiou médi- , . , , . i j' »•

amenteuse. nous dovons maintenant examiner quel genre cl action le médicament exerce sur l'organisme; en d'autres termes, nous avons à nous préoccuper de la nature de l'action médicamenteuse.

Les théories qui ont été émises sur ce point ont varié aux diverses époques de la médecine. Pour traiter la question en historien, il faudrait passer en revue toutes les doctrines médicales. Nous limiterons notre rapide discussion à l'époque contemporaine.

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Il nous paraît inutile de revenir sur les théories du vitalisme moderne, bien que l'ouvrage de Trousseau et Pidoux, conçu dans un esprit vitaliste, ait exercé une influence considérable sur la thérapeutique de nos devanciers. Nous nous placerons d'emblée sur le terrain plus solide de la physiologie.

Au moment même où l'école vitaliste moderne faisait entendre ses derniers échos par la voix de Pidoux, de Chauffard et de l'école de Montpellier, les physiologistes, et surtout Cl. Bernard, s'efforçaient de démontrer que les faits d'ordre thérapeutique s'identifient avec ceux d'ordre physiologique pur, que les uns et les autres sont soumis à des lois communes.

Pour ce grand expérimentateur, l'action médicamenteuse chez le malade relève du déterminisme des faits physiologiques. Cette proposition générale réclame quelques explications.

La réforme tentée par C. Bernard ne pouvait être accomplie qu'à l'aide des progrès de l'anatomie. 11 fallait pouvoir remonter par l'analyse jusqu'au siège primordial de l'action médicamenteuse.

Ce but n'a pu être atteint qu'après la découverte des cellules organiques, de sorte que je suis conduit à vous énoncer une vérité qui peut étonner au premier abord, à savoir, que c'est au microscope, à la connaissance de la vie et de la pathologie de la cellule que nous devons la rénovation de notre science.

En effet, le résultat le plus général dû à l'application de la méthode expérimentale, autrement dit de la méthode physiologique,» à l'étude de l'action médicamenteuse est relatif au siège de cette action.

On a pu établir par des expériences variées que le médicament introduit dans l'organisme entre en conflit

avec les éléments anatomiques ou, pour parler plus exactement, avec le protoplasma cellulaire.

En dernière analyse, c'est le protoplasma qui est modifié : les conditions de la vie normale de la cellule sont changées.

Les altérations que peuvent subir les cellules vivantes au moment où se fait sentir l'action médicamenteuse sont encore mal définies. Mais il est impossible que ces modifications ne soient pas toutes d'ordre physicochimique.

Les troubles produits par l'intervention thérapeutique peuvent, d'une manière générale, être distingués en mécaniques, physiques et chimiques.

Les phénomènes mécaniques sont presque absolument en dehors de notre sujet, puisque nous ne nous occupons que du vrai médicament. Dans un organisme compliqué, comme celui des animaux supérieurs, il se produit souvent d'une manière indirecte des phénomènes d'ordre mécanique. Je vous citerai par exemple l'élévation de la tension sanguine par suite des effets produits par certains médicaments sur le cœur ou sur le système vaso-moteur. Mais c'est là une des conséquences d'une action médicamenteuse exercée directement sur les éléments musculaires du cœur ou sur certaines cellules nerveuses. Il ne faut pas confondre les effets apparents avec la cause première de ces effets.

Ce que nous venons de dire des phénomènes mécaniques s'applique avec presque autant de justesse aux désordres purement physiques. Ceux-ci ont été peu étudiés, cependant il est certain qu'ils sont très fréquents. L'action médicamenteuse doit effectivement s'accompagner maintes fois de modifications thermiques ou électriques des éléments anatomiques, et par suite,

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des tissus ou organes qu'ils constituent. Elle peut avoir aussi pour conséquence des altérations dans certaines qualités des organes ou tissus connus sous le nom de qualités physiques, telles que l'élasticité, la porosité, le poids spécifique, etc. — Mais n'est-il pas logique d'admettre, lorsqu'il s'agit du médicament proprement dit, que toutes ces variations dans les propriétés physiques ne sont aussi qu'une des conséquences de l'action chimique?

Nous sommes amené, par suite, en ce qui touche la Modification

T chimique du

nature de l'action médicamenteuse, à rattacher cette protoplasma

, , , . , j. cellulaire.

action d une manière a peu près exclusive a une moaification chimique du protoplasma cellulaire. Malheureusement, en raison de la complexité de ce protoplasma et de l'insuffisance de nos connaissances actuelles sur la constitution de la molécule albuminoïde, la plus importante de celles qui entrent dans la composition des éléments vivants, les actes chimiques intra-cellulaires d'ordre médicamenteux sont presque inconnus.

Il peut y avoir une simple imbibition du protoplasma par l'agent médicamenteux, un simple passage à travers la cellule organique. Dans d'autres cas l'agent médicamenteux entre en combinaison avec le protoplasma à la façon des matières qui servent normalement à sa nutrition. Enfin sous cette influence, et parfois peutêtre par simple action de présence, l'agent médicamenteux est l'origine, la cause provocatrice d'actes chimiques auxquels il ne prend lui-même aucune part, et d'où résultent une accélération ou un ralentissement des actes de la nutrition normale, actes tels que phénomènes d'hydratation, de déshydratation, de dédoublement, etc.

Il serait très intéressant de savoir dans quelle mesure

la constitution des diverses cellules peut varier sans qu'il en résulte une cessation de la vie cellulaire. Nous n'avons sur ce sujet que des données très vagues. Dans la majorité des cas, la nature intime de l'altération chimique intra-cellulaire reste inconnue ou du moins très obscure ; nous n'en apprécions guère que les principaux résultats. Deux modes Il est extrêmement important de remarquer et de d action. j^.g^ retenir que le médicament, en agissant chimiquement, provoque deux espèces bien distinctes de désordres de la vie cellulaire : 1° des troubles dans le fonctionnement des éléments anatomiques sur le terrain de leurs propriétés communes, c'est-à-dire des modifications nutritives ; 2" des troubles dans le fonctionnement de leurs propriétés spécifiques, résultant de leur irritabilité propre.

Tels sont les deux modes de l'expression physiologique de l'action médicamenteuse.

Troubles uu- On admet généralement que les perturbations nutritntifs. ^.^^^ peuvent avoir lieu dans deux sens opposés, celui de l'augmentation, celui de la diminution ou du ralentissement. Il faut y joindre les perversions nutritives plus ou moins complexes conduisant à la dégénérescence atrophique des éléments anatomiques.

Ainsi, dans certains cas, il y a augmentation ou même excitation de la nutrition cellulaire, se traduisant par une hypertrophie ou une multiplication des éléments anatomiques; dans d'autres le mouvement nutritif est ralenti, enrayé plus ou moins complètement, sans qu'il en résulte de modifications anatomiques bien sensibles. Enfin, comme conséquence d'un autre genre de perturbation de la nutrition, il survient souvent une dégénérescence atrophique du protoplasma,

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constituée le plus habituellement par l'apparition de graisse intra-cellulaire provenant de la destruction des matières- albuminoïdes.

Tels sont, par exemple, les effets produits sur la constitution des éléments anatomiques par le phosphore, l'arsenic, l'antimoine, etc.

Mais que de modifications chimiques passagères ou durables du protoplasma cellulaire restent encore inconnues !

Je puis vous en citer un certain nombre qui sont pour ainsi dire spéciales et qu'il serait impossible de faire entrer dans une division arbitrairement dichotomique des altérations de la nutrition.

Où pourrait-on ranger, entre autres, la substitution de l'oxyde de carbone à l'oxygène dans le globule rouge, dans l'empoisonnement oxycarbonique? Et, de même la transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine, in situ, sans destruction globulaire.

Très évidemment les modifications chimiques qui peuvent avoir lieu dans le protoplasma cellulaire sous l'influence des médicaments sont bien autrement nombreuses que les désordres nutritifs d'origine pathologique, et pour le moment il serait prématuré de chercher à sortir des faits généraux pour essayer d'en donner une idée détaillée.

Les modifications du second ordre, celles qui por- Modifications tent sur les propriétés spécifiques des éléments anato- P':oP"étés miques, ne sont pas moins importantes. Ce sont celles qui se traduisent par l'exaltation ou l'extinction des propriétés physiologiques normales.

Cl. Bernard a découvert cette loi générale, à savoir, que tout élément frappé à mort par un agent toxique commence par être excité avant d'être paralysé.

G. Hayem. — Thér. II.

La mort physiologique d'un élément anatomique serait donc en quelque sorte le résultat d'une excitation exagérée. Mais ce qu'il importe de remarquer ici, c'est que- toute excitation est liée d'une manière inévitable à quelque changement physico-chimique. Ce n'est pas le médicament qui fait la spécificité de l'action médicamenteuse, mais bien la spécificité de l'élément anatomique auquel s'adresse le médicament.

Un grand nombre de faits démontrent la nature physico-chimique de ces actions. Qu'il me suffise de vous en citer quelques-uns.

Vous connaissez certainement l'influence de la température sur la contractilité amœboïde du protoplasma. Elle peut s'observer facilement sur les globules blancs du sang. C'est là un exemple d'action physique, excitatrice des propriétés des éléments anatomiques. Vous savez aussi que, d'après Binz, la quinine aurait pour effet de ralentir ou de paralyser les propriétés contractiles des globules blancs. Dans ce dernier cas, il ne peut s'agir que d'une action chimique.

Il en est de même en ce qui concerne l'influence des alcalins et des acides sur les mouvements des spermatozoïdes et des cils vibratiles.

C'est à cette catégorie d'actions qu'appartiennent évidemment les puissants effets des alcaloïdes et d'une manière générale de toutes les substances médicamenteuses ou toxiques agissant fortement à très minimes doses, telles que la strychnine, la digitaline, l'aconitine, l'atropine, etc.

En réalité il n'y a aucune modification nutritive apparente des éléments anatomiques touchés; mais cela ne veut pas dire que l'excitation ou la paralysie des propriétés physiologiques de ces éléments soient

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indépendantes de tout changement chimique du protoplasma cellulaire. En tout cas, il n'est pas douteux q-u'il y ait une pénétration de la substance dans le protoplasma.

En effet, les matières médicamenteuses ne restent pas dans le sang; elles ne font que le traverser et tendent à être éliminées au dehors. Mais auparavant, portées dans tout l'organisme, elles se fixent pendant un certain temps sur quelques-uns des éléments anatomiques.

Alors même qu'elles ne forment aucune combinaison connue avec le protoplasma de ces éléments, c'est par suite de leur contact avec ce protoplasma qu'elles en exaltent ou en paralysent les propriétés physiologiques.

Dans la curarisation, dans la strychnisation, les phénomènes toxiques produits par ces substances coïncident avec l'imprégnation de l'organisme par ces poisons. Ils cessent, chez la grenouille, au fur et à mesure que l'élimination par les urines entraine ces substances au dehors.

On n'a pas encore pu, il est vrai, démontrer, dans ces cas, de modification appréciable dans les éléments nerveux impressionnés; mais n'est-il pas évident qu'il doit y avoir un changement quelconque dans l'état physico-chimique du protoplasma cellulaire au moment où les propriétés physiologiques des éléments nerveux subissent de si profondes atteintes ?

Cl. Bernard, à l'aide d'expériences ingénieuses, a fait voir que l'action des anesthésiques, malgré la volatilité de ces substances, ne peut s'expliquer que par une imprégnation des cellules des centres nerveux par ces remarquables agents, et depuis, quelques observateurs ont cru reconnaître des changements appréciables dans

l'aspect du protoplasma des cellules nerveuses anesthésiées.

Récemment, j'ai entrepris avec mon ami M. Barrier des expériences qui semblentbien démontrerl'existence de profondes modifications dans le protoplasma des cellules nerveuses au moment de l'anesthésie. Ces recherches, non encore publiées, ont consisté à répéter sur des chiens, soumis préalablement à l'éthérisation, à la chlorotbrmisation ou à la chloralisation, les expériences de transfusion que nous avions faites préalablement sur des chiens normaux décapités. Tandis qu'après la détroncation des animaux non anesthésiés, la transfusion sanguine de la tête, faite dans certaines conditions, est capable d'entretenir divers ordres de mouvements et même des manifestations volontaires, les mêmes opérations exécutées sur des chiens préalablement anesthésiés jusqu'à disparition du réflexe cornéen ne sont suivies d'aucun réveil des centres nerveux, alors même que la transfusion sanguine est poursuivie pendant vingt à vingt-cinq minutes.

Toute manifestation vitale s'éteint dans les têtes des chiens anesthésiés après décapitation, exactement de la même manière dans les cas suivis de transfusion immédiate que dans ceux où les têtes des animaux sont abandonnées à elles-mêmes. L'éther, le chloroforme, le chloral, restent fixés dans les cellules nerveuses et les empêchent de réagir en présence d'un sang absolument dépourvu cependant de substance anesthésique.

Un des grands caractères des actions dites spécifiques est leur limitation apparente à certains départements de l'organisme.

En d'autres termes ces actions sont soumises à une loi générale qui a été surtout mise en relief par

DE l'action Médicamenteuse. 37 Cl. Bernard. Je veux parler de Yélectivité tnédiramenteuse.

Pour employer le langage de notre grand physiologiste, je vous rappellerai que, transporté partout par le sang, le médicament interroge pour ainsi dire tous les éléments et que quelques-uns seulement y répondent.

C'est précisément en vertu, non des propriétés communes, mais des propriétés spécifiques des éléments anatomiques qu'éclate ce fait dit de l'électivité médicamenteuse, c'est-à-dire de l'action limitée à quelquesuns de ces éléments à l'exclusion des autres.

11 peut se faire que dans certains cas, tout au moins, cette électivité physiologique soit la conséquence d'une véritable affinité chimique.

De même que nous voyons les substances tinctoriales se porter plutôt sur certaines parties des cellules que sur d'autres, de même les agents médicamenteux d'imprégnation peuvent être fixés par certains protoplasmas plutôt que par d'autres en raison de particularités qui nous échappent quant à présent.

Pour Cl. Bernard, le but principal qu'on doit se proposer dans l'étude des substances toxiques et médicamenteuses consiste à déterminer l'élément anatomique auquel s'adresse un médicament donné.

Un seul élément serait touché. Cela ne veut pas dire qu'un seul élément fixe la substance active. Cela signifie qu'un d'entre eux se montre particulièrement sensible. Et en réalité l'électivité médicamenteuse est un fait relatif et non absolu.

Ainsi, dans l'exemple classique delà curarisation, les efPets du poison ne restent pas exclusivement localisés à la plaque nerveuse motrice ; ils tendent à se généraliser. C'est aff'aire de temps et de dose.

Mais on comprend combien il est important pour le thérapeutiste qui emploie de petites doses de connaître l'élément touché, ou mieux, réagissant avant tous les autres et plus fortement qu'eux.

D'ailleurs, alors même qu'il se produit une généralisation des actions, les effets restent souvent limités à certains systèmes d'éléments ayant une structure et une fonction analogues, tels par exemple que les éléments du système nerveux sensitif ou du système nerveux moteur.

Nous voici donc conduit, en résumé, à considérer le médicament comme une sorte d'excitant des éléments anatomiques.

Comme tout excitant, il en change l'état physicochimique, et le résultat de ce changement se traduit par une modification dans les actes physiologiques^ portant tantôt seulement sur les phénomènes physiologiques communs (dits de nutrition), tantôt sur les phénomènes d'ordre spécifique, en rapport avec les propriétés spécifiques des éléments impressionnés.

Il serait impossible d'aller plus loin dans l'analyse de la nature intime de l'action médicamenteuse sans tomber dans le champ des hypothèses. Nous ne savons pas comment un changement physico-chimique du protoplasma cellulaire peut se transformer en actes physiologiques, puisque nous ne savons pas ce qu'est la vie. Il ne nous est pas permis d'aller au delà de la détermination des conditions dans lesquelles se produit l'action médicamenteuse.

Dès qu'on cherche à sortir de cette réserve, on s'expose à sortir de la voie scientifique et à encombrer la thérapeutique de vues systématiques qui ne sont pasi sans quelque danger.

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Pour compléter cet aperçu général sur l'action médicamenteuse, il nous reste encore à présenter quelques considérations sur les effets des médicaments.

Jusqu'à présent nous n'avons envisagé que l'action sur la cellule vivante supposée isolée du tout vivant. Mais les animaux supérieurs ne sont pas de simples agrégats de cellules. Chaque individu représente une sorte de fédération sociale compliquée dans laquelle les parties travaillent les unes pour les autres et sont reliées entre elles par des dispositions préétablies, notamment par le sang et par le système nerveux.

11 s'ensuit que la mise en oeuvre de certains départements cellulaires est le point de départ de phénomènes secondaires qui représentent souvent, en thérapeutique, les effets utiles ou recherchés.

De là résulte, dans notre science, la distinction des effets des médicaments en : 1° effets apparents ; 2° effets primordiaux.

Les apparents sont ceux qui sont directement observables et qui nous frappent au premier abord, telle la paralysie produite par le curare.

Chez l'individu malade, ils ont été souvent désignés sous le nom d'effets utiles ou thérapeutiques.

Les primordiaux, c'est-à-dire ceux qui sont le point de départ de ces derniers, sont en quelque sorte explicatifs, et leur découverte nécessite le plus souvent l'intervention de l'expérimentation.

C'est à l'aide de la méthode expérimentale qu'on a déterminé la cause toute particulière de la paralysie curarique.

A la vérité ces distinctions ne sont pas rigoureuses, l'effet utile peut être primitif comme dans l'anesthésie,

tout aussi bien qu'une des conséquences plus ou moins éloignées de l'action primordiale.

Effets physio- Au poiut de vue de la thérapeutique générale il

logiques et . , t .• i , '

etîets thé- existe une distinction beaucoup plus importante à rapeutiques. ^^^^^ touchant les effets des agents médicamenteux.

C'est celle qui concerne les effets dits physiologiques et les effets thérapeutiques.

N'allez pas croire qu'il s'agisse de deux espèces différentes d'effets. Mais dans l'étude de l'action des médicaments sur l'organisme, il faut séparer nettement le cas dans lequel l'organisme est sain, du cas où il est malade, sous peine de ne rien comprendre aux rapports de la physiologie et de la thérapeutique.

Pendant longtemps les médecins ont repoussé les explications des physiologistes en faisant observer avec raison que bien souvent les effets thérapeutiques sont sans rapport avec les effets physiologiques. Et, aujourd'hui encore , certains thérapeutistes se bornent de parti pris à tenir compte exclusivement des effets observés sur les malades.

La même substance, produisant chez tous les sujets les mêmes effets physiologiques, pourra déterminer, suivant les cas morbides, des effets thérapeutiques totalement différents : tantôt nuls ou à peine sensibles, tantôt des plus évidents ou même tout à fait héroïques.

Le mercure et l'iode sont de ce nombre. Administrés à petite dose, ils ne provoquent pas de phénomènes sensibles chez l'homme sain, tandis que chez le syphilitique, et seulement dans ce cas, ils possèdent des pro- . priétés éminemment remarquables.

Ces faits d'observation vulgaire sont irréfutables; mais ce serait une erreur d'en conclure que la thérapeutique ne doit attendre aucune lumière de l'expéri-

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mentalion physiologique; que notre science doit être, condamnée à rester sur le terrain de l'observation pure.

Prenons un exemple plus favorable que celui des effets du mercure et de l'iode dans la syphilis. Envisageons d'abord ceux de la digitale. Nous allons voir éclater nettement la différence entre les effets physiologiques et les effets thérapeutiques, et nous ver-' rons cependant l'intérêt considérable qui se rattache à la connaissance des premiers.

Donnée dans un cas d'iiydropisie par maladie du cœur, la digitale produit comme effet thérapeutique utile une diurèse considérable qui ne tarde pas à faire disparaître l'hydropisie.

La digitale a par suite été mise avec raison par les médecins au nombre des diurétiques. On n'en connaît pas, quant à présent, de plus précieux.

Cependant, administrée à l'homme sain, elle ne provoque pas d'augmentation des urines, elle tend même, au contraire, à restreindre la sécrétion urinaire.

Cela tient h ce que l'effet diurétique est la conséquence de tout un enchaînement de phénomènes.

L'examen attentif des modifications fonctionnelles qui se produisent chez le malade sous l'influence de cette substance permet déjà en partie de reconnaître la filiation de quelques-uns d'entre eux. Mais l'expérimenlation physiologique est seule capable de démêler l'enchaînement précis des faits observés en permettant de remonter à leur point de départ, c'est-à-dire à l'action primordiale du médicament sur le cœur. Nous savons, grâce à elle, que l'augmentation dans l'énergie du cœur fait élever la tension vasculaire et que cette dernière condition force la soupape rénale.

Mais pourquoi la diurèse apparaît-eJle seulement chez le malade et non chez l'homme sain?

Vous trouverez une réponse à cette question en remarquant que les conditions créées par la maladie sont différentes de celles de l'état physiologique. Dans le cas où nous nous sommes placé, le cœur est affaibli, la tension artérielle est diminuée, tandis que la tension veineuse est plus forte, et cet état anormal de la circulation a fait naître une hydropisie.

La digitale n'agit pas autrement chez le malade que chez l'homme sain; les effets seuls sont différents, et ils sont tels parce que les conditions de l'intervention médicamenteuse ne sont pas les mêmes dans l'un et l'autre cas.

Retenez donc bien ceci, qu'en thérapeutique le médicament s'adresse à l'organisme, mais à l'organisme malade, c'est-à-dire placé dans un état particulier; que l'action des médicaments est au fond toujours la même; que les effets qui en résultent seuls sont différents suivant la nature de cet état anormal.

Dans cet exemple, l'action physiologique de la digitale explique parfaitement les résultats thérapeutiques obtenus quand on tient compte du déterminisme des phénomènes pathologiques.

Mais il n'en est pas toujours ainsi. Certains effets thérapeutiques semblent être sans rapport aucun avec les effets physiologiques et c'est cette particularité surtout qui a permis d'attaquer vivement les prétentions de l'école physiologique. Nous y faisions allusion tout à l'heure à propos de l'action antisyphilitique du mercure et de l'iode.

Il s'agit ici de la question tant de fois débattue des spécifiques. Nous pouvons aujourd'hui l'envisager sous

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un jour nouveau; elle ne nous apparaît plus comme incompréhensible depuis la découverte des conditions particulières dans lesquelles se trouve l'organisme en présence d'une maladie spécifique.

D'après les considérations que nous avons développées dans les deux précédentes leçons, il nous suffit de répéter maintenant que, dans certains cas, non prévus par l'école expérimentale de C. Bernard, les médicaments s'adressent aux causes morbides elles-mêmes.

Quand nous n'avions que des notions tout à fait insuffisantes sur la pathogénie des maladies spécifiques, l'eff'et spécifique des médicaments restait incompréhensible.

Vous voyez que c'est la connaissance d'un détail du déterminisme pathologique qui nous permet actuellement de comprendre cet effet thérapeutique et de le rattacher à la conception générale de l'action médicamenteuse.

L'action spécifique est donc un cas tout particulier de l'action thérapeutique. Dans tous les autres, alors que nous n'agissons que sur l'organisme, je tiens à vous faire remarquer, en terminant, que toute action thérapeutique bien définie est toujours spéciale. Elle est rendue telle par les conditions particulières dans lesquelles le médicament intervient.

Je viens de vous citer l'effet pharmacothérapique de la digitale. Prenons maintenant l'exemple du fer. ici encore, l'action médicamenteuse n'est rendue sensible que par l'état de maladie.

Chez l'homme sain, le fer utilisé à dose thérapeutique est à peu près inactif. Dans la chlorose, c'est un médicament héroïque.

En résumé, l'action thérapeutique des médicaments

LEÇONS DE TFIÉRAPEUTIQUE.

relève du déterminisme des faits pathologiques, de même que l'action dite physiologique ressortit au déterminisme des faits physiologiques.

C'est aux malades qu'on administre les médicaments et c'est chez eux qu'on en doit juger les effets. Ceux-ci ne restent obscurs ou incompréhensibles que dans les cas où nous ignorons la physiologie pathologique des états morbides ou des maladies dans lesquelles nous intervenons.

La pharmacothérapie est par suite bien autrement complexe que la pharmacodynamique. Elle suppose cette dernière parfaitement connue et elle s'appuie, en outre, sur la connaissance de la physiologie pathologique des éléments morbides et des maladies.

En négligeant ces diverses notions, en s'en tenant à l'observation pure et simple des faits, il serait impossible d'élever la thérapeutique à l'état de science et de la faire sortir de l'empirisme.

Aussi, dans les études que nous poursuivons sur les médications, nous appliquons-nous à tirer nos indications de l'étude de la physiologie des éléments morbides correspondants. Cette méthode est difficile, compliquée ; mais elle offre un caractère scientifique indéniable. La complexité des problèmes, les difficultés qu'on éprouve cà les résoudre, sont les principaux attraits de la médecine, qui, placée au sommet des sciences biologiques, embrasse et résume toutes ces sciences pour les faire concourir à un but humanitaire supérieur.

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