GOMMES
ARABIQUE. DD SENEGAL.
Les cendres sont formées par du chlorure de potassium, de l’oxyde
de fer, de l’alumine, de la silice, de la magnésie, de la chaux et de la potasse. Cès deux dernières bases viennent du malate acide de chaux et de l’acétate de potasse qui préexistent dans ces gommes, avec des traces de matières colorante, grasse et azotée.
Voici les propriétés spéciales des deux sortes de gomme soluble :
100 parties d’eau à +20° en dissolvent 17,75 parties,
100 — à l’ébullition.. .. — 23,54 —
La dissolution est mucilagineuse, gluante; sa viscosité l’empêche de passer à travers le papier non collé, et lui permet de retenir longtemps en suspension les corps divisés qu’on y mêle; c’est pour cette raison qu’on ajoute de la gomme à l’encre pour empêcher le dépôt du tannate et du gallate de fer. Les corps solubles, tels que le sucre, les sels, ne peuvent plus cristalliser au milieu d’elle. Elle s’acidifie peu à peu au contact de l’air, et se recouvre de moisissures. Voici l’action des principaux réactifs sur elle, lorsqu’elle est concentrée :
Arabine
Eau interposée, Cendres
Alcalis
Sous-acétate de plomb
Sous-silicate de potasse
Azotate mercureux
Chlorure et chloride stanni-
ques.
Alcool concentré
Chlore à l’état de courant
Teinture de noix de galle
Teinture d’iode
Coagulum blanc, qui se dissout ensuite.
Précipité blanc, abondant, caséiforme.
(Trouble, et, peu après, flocons jaunes et épais.
Flocons blancs, mous, opaques, abondants. < Flocons blancs, acides, ne se produisant l qu’au bout de quelque temps.
| Rien.
Sulfate de cuivre, puis potasse en excès
Sulfate ferrique neutre
Chloride ferrique neutre
( Précipité bleu, insoluble dans les alcalis, soluble dans l’eau pure, mais ne donnant pas par l’ébullition d’oxyde rouge de cuivre, comme cela a lieu avec le même composé fourni par la dextrine.
(La liqueur se prend bientôt en une gelée fort consistante, rougeâtre et translucide, que les acides et les alcalis font disparaître.
Cette précipitation de la gomme par les sels de peroxyde de fer
DES GOMMES
peut expliquer les dépôts qui ont lieu dans l’encre au bout d’un certain temps, c’est-à-dire lorsque toute la couperose a été peroxydée par l’air.
Enfin, comme toutes les matières organiques fixes, la gomme jouit, mais à un faible degré, de la faculté de masquer les oxydes; en sa présence, une dissolution d’azotate de bismuth cesse d’être précipitée par l’eau.
Usages. — Les gommes rendent d’immenses services à la médecine, à l’économie domestique et aux arts.
Dans l’art de guérir, toutes les gommes et les mucilages sont employés avec un grand succès comme adoucissants, à l’intérieur et à l’extérieur. On administre les gommes arabique et du Sénégal, soit en nature, soit sous forme de sirops, de pâtes ou de dissolutions. Les fûtes de guimauve et de jujubes ne sont que des mélanges de gomme et de sucre aromatisés convenablement. — Les mucilages de lin, de coings, de carragaheen ou mousse ferlée ( Fucus crispus des botanistes) sont aussi très-employés en médecine. — La gomme adragante est surtout utilisée à la confection de mucilages qui servent à lier les pâtes que l’on destine à la fabrication des pastilles et tablettes, et à tenir en suspension dans l’eau les matières huileuses qui n'y sont pas solubles.
Dans les arts, les gommes du Sénégal et d’Arabie sont consommées en quantités prodigieuses, pour la fabrication de l’encre, du cirage, l’apprêt des toiles, le lustrage des tissus, des rubans, des taffetas, l’épaississage des couleurs et des mordants des fabricants d’indiennes. On s’en sert encore pour rendre plus brillantes les couleurs sur le papier, dans la peinture en miniature, à l’aquarelle, à la gouache. — Les gommes de France sont utilisées dans la chapellerie pour l’apprêt du feutre. — Les mucilages sont appliqués à l’apprêt des mousselines.
Les parfumeurs préparent, pour le lissage des cheveux, des dissolutions visqueuses aromatisées qui ont surtout pour base le mucilage des pépins de coing ou des graines de psyllium. C’est là ce qu’ils appellent la Bandoline.
Les gommes ne sont point propres à l’alimentation, puisqu’elles ne renferment pas d’azote. On a cru jusque dans ces derniers temps, sur l’autorité de certains voyageurs, que, dans les pays où on les récolte elles formaient la base de la nourriture des habitants. M. Peney, médecin en chef de l’armée du Soudan, a rectifié ces assertions. Ce n’est qu’à défaut de toute autre ressource alimentaire, dans les temps de disette, que les Maures ont recours à la gomme ; mais au bout de quelques jours de ce régime, les malheureux commencent à maigrir, la coloration de la peau s’altère, l’estomac se refuse à digérer la matière gommeuse, et les individus ne tardent pas à tomber dans le marasme et à périr d’inanition. Il paraît, toutefois, que les singes en sont très- Gourdin. — III. 13
friands et qu’ils s’en nourrissent. On en donne souvent, en Afrique, aux chevaux et aux chameaux.
Le Salep, qu’on regarde aussi, à tort, comme très-nourrissant et restaurant, et qui jouit dans tout l’Orient sous ce rapport d’une grande réputation, est réservé, en Europe, à l’alimentation des phthisiques; on le fait manger en bouillie ou en gelée, après l’avoir sucré et aromatisé. Il y a dans les bulbes d’orchis, outre la gomme et l’amidon, une matière azotée, du sel marin et du phosphate de chaux.
Le commerce de la gomme, le long du Sénégal par les Français, et de la Gambie par les Anglais, s’élève à plus de 20 millions de francs par an. Dans le Soudan égyptien, on ramasse chaque année plus de 100000 quintaux de gomme. La gomme d’Arabie arrive à Marseille en caisses ou en sacs; celle du Sénégal vient presque en totalité à Bordeaux en sacs de 70 à 80 kilogr. L’importation de la gomme adragante s’élève annuellement chez nous à la somme de loOOüO fr. ; Marseille est le 'principal entrepôt de cette marchandise, qui est envoyée de Smyrne, d’Alep, de l’Archipel grec en caisses de 90 à 120 kilogr.
Pectine.
État naturel. — Un principe immédiat, qui a quelque analogie avec la gomme, est celui qu’on a désigné pendant longtemps sous les noms de Gelée végétale, de Principe gélatineux des fruits, et que Braconnot, de Nancy, qui l’a obtenu, en 1831, à l’état de pureté, a appelé Pectine, du mot grec peciis, qui veut dire coagulum.
Il existe dans les parties charnues des plantes, et surtout dans les fruits mûrs, notamment dans les fruits riclies en acides, tels que les poires, les pommes, les groseilles, les cerises, etc. Il paraît provenir de la transformation que les acides, aidés de la chaleur solaire, font éprouver à une matière insoluble qui accompagne le tissu cellulaire des fruits, matière que M. Fremy a cru devoir désigner sous le nom de Pectose et qui, d’après lui, se trouve dans la pulpe des fruits verts et de certaines racines (carottes, navets, betteraves, etc.).
Extraction. — Quoi qu’il en soit, pour isoler la pectine, on exprime à froid la pulpe de poires très-mûres, on en filtre le jus dont on précipite la chaux par l’acide oxalique et l’albumine par le tannin. La liqueur claire étant ensuite additionnée d’alcool fort, la pectine se pré- . cipite. sous forme de longs filaments gélatineux. On les lave à l’alcool, on les dissout dans l’eau et on les précipite de nouveau par l’alcool, en répétant la meme opération autant qu’il est nécessaire pour que la pectine ne contienne plus la moindre trace de sucre et d’acide organique. En faisant dessécher cette matière, elle diminue beaucoup de volume, et se réduit en fragments translucides, durs et cassants comme .la gomme arabique.
DE LA PECTINE.
Caractères distinctifs. — Dans cet état, la pectine est inodore, insipide, incristallisable, absolument neutre aux réactifs colorés. Elle se gonfle beaucoup dans l’eau froide et s’y dissout; sa dissolution concentrée se prend en gelée. L’alcool la précipite sous forme de gelée ou de longs filaments, suivant que sa dissolution est concentrée ou étendue. Elle est aussi précipitée par le sous-acétate de plomb, mais non par l’acétate neutre.
Ce qu’elle offre surtout de caractéristique, c’est que très-mobile dans sa constitution, les alcalis la transforment rapidement en deux acides gélatineux, insolubles ou presque insolubles dans l’eau froide. L’un s’appelle Pectosique, e t l’autre Pectique.
Le premier prend naissance, à froid, sous l’influence des plus faibles quantités de potasse, de soude ou d’une terre alcaline; le second se forme par l’action de l’eau bouillante, et surtout par celle des alcalis forts.
Tous deux, du reste, se produisent sous l’influence d’un ferment particulier qui accompagne la pectose dans les tissus végétaux et qui a reçu de M. Fremy le nom de Pectase.
Leurs caractères différentiels sont, au reste, peu tranchés. Ils ont ceci de commun avec la pectine, que l’acide sulfurique faible les change en glucose, que la potasse caustique en fusion les convertit en acide oxalique, et que l’acide azotique bouillant les ramène à l’état d’acide saccharique, puis d’acide mucique. Si on les maintient longtemps sur le feu en présence de l’eau pure, ou de l’eau alcalisée, ils perdent leur apparence gélatineuse, deviennent très-solubles et constituent alors un nouveau produit qu’on a nommé Acide métapectique.
J’ajouterai que la pectine, en contact avec les matières organiques azotées, qui existent toujours dans les fruits (pectase de M. Fremy), se transforme en acides pectosique et pectique gélatineux. Voilà pourquoi les sucs des fruits acides se prennent en gelée peu de temps après avoir été exprimés.
M. Fremy explique ainsi qu’il suit la série des modifications chimiques qui s’accomplissent dans ce cas :
« Lorsqu’un fruit, tel qu’une poire, une pomme, une prune, est soumis à l’action de la chaleur en présence de l’eau, il éprouve les modifications suivantes : l’acide qu’il contient, et qui est ordinairement un mélange d’acides malique et citrique, réagit d’abord sur la pectose et la transforme en pectine ; une partie de celle-ci reste dans le suc, lui donne de la viscosité, et masque par sa présence l’acidité du fruit. En outre, la pectase, agissant sur la pectine, produit une certaine quantité d’acide pectosique qui se prend en gelée par le refroidissement. Si l’action de la pectase est prolongée, l’acide pectosique peut se changer en acide pectique. »
Gelées végétales. — Confitures. — Les Gelées végétales qui parais-
sent sur nos tables se composent donc principalement d’acides pecto* sique et pectique. On prépare celles de fruits rouges, c’est-à-dire les confitures de groseilles, de cerises, de framboises, en ajoutant aux sucs de ces fruits moitié ou trois quarts de leur poids de sucre blanc, et faisant cuire en consistance telle que la liqueur se prenne en gelée par le refroidissement.
Il arrive souvent que le suc de groseille se prend très-rapidement à froid en gelée quand on le mélange avec du siic de framboise. Cette production instantanée de gelée s’explique par ce fait que le dernier suc est très-riche en pectase ; ce ferment réagit sur la pectine du suc de groseille et la transforme en acide peclosique gélatineux.
Lorsque le suc est chauffé rapidement, la pectase est aussitôt coagulée, perd dès lors son efficacité et n’agit plus sur la pectine.
Quand les fruits sont riches en parties ligneuses, on les coupe par tranches et on les lait bouillir dans l’eau. La liqueur est mêlée à du sucre et évaporée en consistance de gelée. C’est ainsi que les confiseurs préparent les gelées de pommes et de coings; souvent, pour donner plus de consistance à ces gelées et économiser les fruits, ils y introduisent une forte proportion de gélatine blanche dite Grenétine.
Dans la coetion des fruits, la pectose seule est altérée, tandis que le tissi* cellulaire n’éprouve aucune modification.
Composition. — On est loin d’être bien fixé sur la composition des différents principes pectiques dont il vient d’être question. Je me bornerai à mettre sous vos yeux les résultats d’analyses de pectine extraite de plusieurs substances végétales.
PECTINE
DE POMMES
douces.
DE FOUIES