FUSION
Cire jaune 1
! A hpillps . . .
— blanche 1
— de Chine
Cicada limbata
— du Japon
! il,97
— des Andaquies..
Mélipone d’Amérique
Composition immédiate. Dans la cire des abeilles, John et après lui Boissenot et Boudet ont constaté l’existence de deux principes immédiats gras distincts qu’ils ont nommés Cérine et Myricine. En 1844, M. Lewy a de plus reconnu un troisième principe différent qu’il a nommé Cér oléine.
On sépare très-aisément ces trois principes au moyen de l’alcool rectifié et bouillant, qui dissout la Cérine et la Cérolêine et n’attaque aucunement la Myricine. On renouvelle plusieurs fois le traitement par l’alcool pour bien dépouiller celle-ci des deux parties solubles.
L’alcool bouillant abandonne par son refroidissement la Cérine en petites aiguilles très-fines. Par la filtration, on sépare l’alcool, et en évaporant celui-ci, on obtient la Cérolêine qui reste molle.
DES CIRES. 32 1
La cire d’abeilles fournit enviroi%30 p. 100 de myricine, 4 à 5 p. 100 de céroléine et 65 à 66 p. 100 de cérine.
Dans la cire du myrica, il y a 87 p. 100 de Cérine et 13 p. 100 de
myricine.
La céroléine fond à -f- 28°,5. Elle a une réaction acide.
La cérine , fusible à -f- 78°, a aussi une réaction acide : c’est pourquoi Brodie l’appelle acide cérotique. Elle est représentée par C54H8404.
La myricine , fusible à -f- 72°, est presque entièrement volatile ; elle a pour formule C92H9204.
D’après ce qui précède, vous voyez donc bien, Messieurs, que la cire n’est pas plus un principe immédiat unique que les huiles et les graisses. 11 y aurait même encore dans ce produit, d’après MM. Boudet, Boissenot, Ettling et Gerhardt, de l’acide margarique et un carbure d’hydrogène solide, nommé cérotcne ou 'paraffine (C84H84).
Propriétés de la cire d’abeilles. — La cire blanche d’aheilles, la plus employée, a les propriétés distinctives suivantes :
Elle n’a ni odeur ni saveur ; sa densité est de 0,966.
Elle devient molle et ductile à -f- 35°, et fond entre -f- 69° et 70°, d’après M. Lepage. (La cire jaune fond entre -j- 64° et 66°. )
Elle brûle facilement, au contact de l’air, avec une belle flamme blanche et brillante, sans répandre ni odeur ni fumée; c’est pour cela qu’elle est si propre à faire des bougies.
Elle ne fournil, dans sa distillation sèche, ni acroléine ni acide sébacique, ce qui offre un moyen très-simple de reconnaître la présence du suif ou de tout autre corps gras, formé d’oléine, de margarine ou de stéarine, dans la cire falsifiée, puisque ces corps gras donnent toujours plus ou moins d’acide sébacique ou sébique et d’acroléine dans les mêmes circonstances. Après la distillation, on lave les produits condensés avec de l’eau ; celle-ci, dans le cas où la cire est fraudée par le suif, a l’odeur vive et pénétranîe propre à l’acroléine, et donne, en outre, par l’acétate de plomb, un abondant précipité de sébate de plomb. Les plus petites quantités de suif peuvent être ainsi reconnues dans la cire, et aussi dans le blanc de baleine, qui ne fournit pas non plus d’acide sébacique et d’acroléine sous l’influence delà chaleur.
Elle est complètement insoluble dans l’eau, mais soluble en toutes proportions dans les huiles et les graisses, ainsi que dans le sulfure de carbone, la benzine et les huiles essenlielles. En faisant bouillir la cire, jaune ou blanche, avec l’un ou l’autre de ces véhicules, on la dissout complètement, et on s’aperçoit bien alors si elle est falsifiée avec de la fleur de soufre, delà fécule, de la farine de pois, de la sciure de bois, de la pondre d’os calcinés, du gypse, du kaolin, matières qu’on a trouvées à différentes reprises dans les cires du commerce, et qui sont tout à fait insolubles dans les véhicules précédents. On a rencontré jusqu’à 60 p. 100 de fécule dans certaines cires commerciales.
Girahdin. — III. 21
Lorsque les cires sont falsifiées a^pc de la colophane ou de la poix de Bourgogne, on les traite à plusieurs reprises avec de l’alcool tiède à 36°, qui dissout très-bien les matières résineuses, qu’on peut obtenir solides par l’évaporation des teintures alcooliques.
La falsification des cires blanches avec Y acide stéarique ne peut être reconnue par ce moyen. Il faut alors recourir à l’ébullition avec de l’eau distillée ou avec de l’eau de chaux. — Dans le premier cas, l’eau rougit le papier bleu de tournesol et précipite avec les sels solubles de baryte, en raison de l’acide sulfurique dont l’acide stéarique du commerce est presque toujours imprégné. — Dans le second cas, l’eau de chaux perd son action sur le papier rouge de tournesol, et se trouble fortement en laissant déposer une matière blanche granuleuse, qui est du stéarate de chaux. L’eau de chaux reste transparente avec la cire pure.
M. Lebel a indiqué, en 1849, un autre procédé qui permet de reconnaître dans la cire 1/1 0e d’acide stéarique. On fond une partie de cire dans deux parties d’huile ; on bat cette solution avec son poids d’eau pure, et on y ajoute quelques gouttes de sous-acétate de plomb. S’il y a sophistication, le mélange acquiert une grande solidité par suite de la formation de stéarate de plomb.
La présence de la paraffine dans la cire blanche peut être découverte, d’après Landolt, en la traitant par l’acide sulfurique fumant et chaud, qui charbonne la cire et n’attaque pas la paraffine ; aussi celle-ci surnage et se prend par le refroidissement en une couche blanche et translucide.
La cire ne se dissout que dans les solutions alcalines concentrées et bouillantes ; elle forme alors un véritable savon. La cire punique , dont les anciens se servaient pour peindre à l’encaustique, est une espèce de savon composé de 20 parties de cire et de i partie de soude, d’après Lorgna. C’est encore une sorte de savon de cire imparfait que Y encaustique dont on enduit les carreaux et parquets mis en couleur, afin de les disposer à recevoir la cire qui doit les rendre brillants. Voici comment on prépare cette composition :
On fait dissoudre dans 5 litres d’eau 125 gr. de savon blanc; on y ajoute 500 gr. de cire jaune coupée en petits morceaux, et l’on fait fondre à chaud. On met alors dans le mélange 60 gr. de carbonate de potasse, on agite, on laisse refroidir en remuant de temps à autre, afin que les parties de densités différentes soient mélangées en une sorte d’émulsion épaisse. Cette composition peut recouvrir 48 à 56 mètres de surface ; quinze à vingt heures après, on peut frotter.
Usages de la cire blanche. — La cire blanche est très-employée chez les pharmaciens, principalement pour faire le cérat. Cette espèce de pommade n’est autre chose qu’un mélange d’huile d’amandes douces, de cire blanche et d’eau de rose, battu dans un mortier jusqu’à son entier refroidissement. Les parfumeurs consomment aussi
DES CIRES
beaucoup de cire blanche pour la fabrication de leurs cosmétiques.
Ductile, pouvant recevoir et garder les empreintes et les formes qu’on lui donne, cette substance est précieuse pour les modeleurs, qui la façonnent en tleurs, en fruits, en représentations d’animaux. On en fait les bustes qu’on voit chez les coiffeurs, et souvent des personnages entiers connus sous le nom de figures de cire , qui se meuvent par l’action de ressorts et imitent automatiquement les mouvements des personnes vivantes (f). On en fait une autre application du même genre, mais beaucoup plus utile, qui consiste dans la reproduction exacte des organes sains ou malades, pour l'étude de l’anatomie et de la pathologie. Cet art a acquis de nos jours une perfection vraiment admirable, et rend chaque jour de grands services à la science.
Mais c’est sous forme de bougies et de cierges qu’on consomme le plus de cire blanche.
La bougie de cire a sur la chandelle de suif l’avantage de ne point avoir d’odeur désagréable, de ne pas répandre de fumée en brûlant, de moins couler, et de ne pas pénétrer les étoffes sur lesquelles elle tombe. Les taches de cire s’enlèvent aisément par le frottement et un peu d’essence de citron, ou de benzine, ou d’alcool bouillant.
La bougie de luxe ou de table est coulée dans des moules de verre et se fabrique de la même manière que la chandelle. Pour les cierges, on verse au moyen d’une cuillère de fer de la cire fondue sur les mèches attachées à un châssis circulaire; on laisse refroidir et on répète ces arrosages dix à douze fois de suite jusqu’à ce que les cierges aient pris le diamètre qu’on veut leur donner.
La petite bougie, dite Bougie filée , et vulgairement Rat de cave, se fabrique en faisant plonger les mèches (d’une longueur indéterminée) dans un bain de cire d’où elles sortent en traversant une filière pour s’enrouler sur un grand tambour d’une manière analogue au procédé suivi, dans les tréfileries, pour tirer les métaux en fils (2).
(1) Chez les Grecs et chez les Romains, Y art céréoplastique , c'est-à-dire le moulage et la fabrication de toutes sortes d’objets imités en cire, fut porté à une très-grande perfection ; cet art avait des ouvriers célèbres comme la statuaire en marbre et en bronze ; ils s’appelaient en Gr,èce cérèoplastes , à Rome sigillariarii, eu faiseurs de poupées , de statuettes. Les bustes en cire se nommaient thora cides et thoracœ. Les magiciennes de la Thessalie façonnaient des figures à la ressemblance des personnages qu’elles voulaient soumettre à leurs enchantements; elles les chargeaient d’imprécations, leur enfonçaient des aiguilles dans le cœur* et les exposaient ensuite dans les différents quartiers de la ville. Ceux ■dont on avait copié les portraits, frappés de terreur, se croyaient dévoués à la mort, et cette crainte abrégeait quelquefois leurs jours. Ces odieuses pratiques passèrent à Rome, se continuèrent dans le moyen âge, et on les retrouve encore en usage à l’époque de Catherine de Médicis.
(2) L’usage des cierges est bien ancien, puisque l’histoire nous apprend que les Indiens, les Japonais et les Chinois brûlaient de la cire devant leurs idoles et même dans leurs maisons. Les Chinois, qui savaient extraire une matière grasse concrète des semences d’une euphorbe arborescente ( Croton sebiferum%
Les bougies de cire végétale répandent moins de lumière que celles qui sont confectionnées avec la cire d’abeilles ; on y ajoute toujours du suif pour pouvoir les mouler, car elles sont très-cassantes.
Des Huiles volatiles.
Les Huiles volatiles , que les anciens chimistes nommaient Essences r Huiles essentielles , parce qu’ils les regardaient comme constituant à elles seules l’existence ou l’essence des plantes, et Huiles éthérées , Esprits , Quintessences , à cause de leur légèreté, de leur inflammabilité ou de la manière dont on les obtenait; les huiles volatiles, dis-je, sont des produits immédiats des végétaux, que l’on peut en extraire par la distillation avec de l’eau, et qu’un ensemble de caractères bien tranchés distingue parfaitement des huiles fixes ou grasses dont j’ai fait précédemment l’étude.
Caractères généraux. — La plupart des huiles volatiles sont ordinairement liquides à la température ordinaire ; quelques -unes d’entre elles sont solides ou en partie cristallisées (camphre, huile de rose, d’anis, de fenouil (fig. 906), d’aunée (fig. 907), etc.). Aucune, d’ailleurs, n’a le toucher gras et onctueux des huiles fixes, ni cette apparence; qu’on considère ordinairement comme huileuse.
de Linné), dite arbre a suif, se servaient de cette matière grasse clarifiée pom” en confectionner des chandelles ; mais comme celles-ci n’auraient pu conserver leurs formes pendant l’été, ils les enveloppaient d’une mince couche de cire d’abeilles ordinairement colorée "en jaune, en rouge, en vert ou en bleu. Nos marchands, qui entourent d’une pellicule d’acide stéarique le suif ou la graisse moulés qu’ils vendent impudemmènt sous le nom de bougies stéariques, ne sont, comme vous le voyez, que de tardifs plagiaires des industriels chinois.
En Grèce, on fabriquait des cierges au moyen de joncs ou roseaux recouverts d’une couche de cire. On allumait ces cierges autour des corps qu’on exposait dans le vestibule des maisons avant l’inhumation ou l’incinération. Les Romains et les Gaulois employaient aussi cette sorte de luminaire. Le nom de cierge vient du latin cerei (au singulier cereus). La dénomination de bougie apparaît pour la première fois, d’après Legrand d’Aussy, dans une ordonnance de Philippe le Bel, en 1313, par lequel il défend de mêler du suif à la cire.
On a prétendu que l’art de filer la bougie avait été apporté de Venise en France vers le milieu du dix-septième siècle. Le fait n’est pas vrai. En 1357, après la bataille de Poitiers et la prise du roi Jean, le prévôt des marchands fit vœu, au nom de la ville de Paris, de présenter tous les ans à la Vierge, dans la cathédrale, un cierge dont la longueur égalerait la circonférence des murs de la ville; ce ne pouvait être qu’une bougie filée. D’ailleurs, par les règlements que Charles VI fit en 1381 pour la réception d’un maître boucher, il est ordonné que le nouveau maître payera, entre autres choses, au chef de sa communauté, une bougie roulée.
Olivier de Serres rapporte que de son temps, en 1600, on faisait des bougies do toutes couleurs, jaunes, vertes, rouges, jaspées, etc. Cependant il ajoute que ce luminaire ne convenait qu’aux princes èt grands seigneurs, et que les autresétats devaient se contenter de chandelles de suif.
DES HUILES VOLATILES
Toutes sont odorantes, mais, sous ce rapport, elles offrent tant de •variétés, qu’il serait difficile de rendre compte des différences infinies
fie nuances qu’elles présentent dans ce caractère. Leur odeur rappelle, en général, celle de la plante ou de l’organe, d’où elles proviennent; mais elle n’est jamais aussi suave.
Leur saveur est âcre, irritante
Fig. 906. — Fenouil.
et même caustique. Elles agissent comme de violents poisons sur l’économie animale.
Leur couleur varie autant que leur odeur ; il y en a de jaunes (essences de citron, de cédrat, de menthe, de thym, etc.), de rougeâtres (essences de cannelle, de sassafras, de girofle, de néroli, etc.), de vertes (essences d’absinthe (fig. 908), de valériane, de genièvre, de cajeput), de bleues [essence de camomille (fig. 909)]; mais ces couleurs tiennent ■évidemment à des corps qui ne sont point indispensables à leur composition, puisqu’on peut les faire disparaître, soit à l’aide du charbon, soit par la simple distillation.
Leur pesanteur spécifique varie aussi, non-seulement dans les diverses espèces, mais même à l’égard de la même huile, dans des circonstances différentes. Elles sont presque toutes plus légères que l’eau; quelques-unes cependant tombent au fond de ce liquide, et il est à remarquer que ce sont principalement celles qu’on retire des substances exotiques, comme de la racine de sassafras, de l’écorce de cannelle, des calices de girofle, etc. Leur densité se trouve comprise dans les limites de 0,832 (densité de l’essence de rose concrète) à 1,173 (densité fie l’huile de Gauliheria).
Quoiqu’on les appelle huiles volatiles , elles ont cependant moins de
tension que l’eau, puisqu’elles ne bouillent, en général, qu'entre -j- 140 et 160°. Elles distillent alors sans altération. Lorsqu’on les
chauffe avec de l’eau, elles se volatilisent à 100°. Leur volatilité est ordinairement en raison inverse de leur densité, de telle sorte que les plus denses sont les moins volatiles.
A l’air libre, elles s’enflamment subitement par l’approche d’un corps en combustion, et brûlent avec une flamme intense, en produitsant beaucoup de fumée.
Le contact de l’air les altère peu à peu ; elles se foncent en couleur, perdent leur odeur, s’épaississent et finissent par se transformer en une matière solide qui se rapproche des résines. On tire parti, dans les arts, de ces huiles épaissies pour la peinture sur verre et sur porcelaine. Ces changements sont dus à une absorption d’oxygène, ainsi que l’ont reconnu Priestley et Théodore de Saussure.
La plupart s’acidifient dans ce cas: ainsi l’huile d’amandes amères se change en acide benzoïque ; T’huile de cannelle, en acide cinnamique ; l’essence de cumin, en acide cuminique; l’essence de valériane (fig. 910), en acide valérianique , etc. Dans le cas le plus général, elles donnent naissance à des résines et à de l’acide acétique, et il se produit, en ou-
DES HUILES VOLATILES
tre, du gaz acide carbonique, ce qui explique les cas d’asphyxie déterminés par le séjour dans des magasins peu aérés de grandes masses d’essences contenues dans des vases mal bouchés (1).
Comme la lumière active singulièrement l’action de l’air, on a soin de conserver les essences dans de petits flacons toujours pleins, bien bouchés et tenus dans l’obscurité.
Les huiles volatiles sont très-peu solubles dans l’eau, mais assez pour lui communique rieur odeur. L’eau qui distille avec ces huiles en est saturée ; elle est alors très-aromatique, mais louche. Ces sortes de dissolutions portent en médecine le nom d’Eaux aromatiques.
Elles sont, en revanche, trèssolubles dans l’esprit-de-vin, et d’autant plus solubles que ce liquide contient moins d’eau et qu’elles sont plus oxygénées. Ces dissolutions, appelées vulgairement Esprits aromatiques, Eaux spiritueuses , sont troublées par l’eau qui en sépare l’huile.
Parmi ces dernières compositions, il en est une qui jouit d’une célébrité universelle, sous le nom d’eau de Cologne, parce qu’elle fut d’abord préparée dans cette ville. C’est tout simplement une dissolution d’huiles essentielles dans de l’esprit trois-six (2); et voilà pourquoi, en y ajou-
Fig. 910. — Valériane officinale.
(1) Thénard n’a plus trouvé d’oxygène dans l’air d’un caveau de droguiste où de l’essence de térébenthine était répandue sur le sol par suite de la rupture du tonneau qui la renfermait ; aussi cet air était asphyxiant au plus haut degré. Mais indépendamment de cette modification chimique que les huiles volatiles exercent sur l’air pour le rendre irrespirable, elles ont par elles-mêmes, à l’état de vapeurs, une action toxique, comme le démontrent les expériences de MM. Mialhe et Marchai (de Calvi). Les accidents morbides qu’on éprouve par le séjour dans un appartement récemment peint à l’essence doivent être attribués à celle-ci plutôt qu’à la céruse.
(2) Les meilleures de toutes les recettes pour faire l’eau de Cologne, et il y en a autant que de fabricants, sont les suivantes :
Pour la ire qualité.
Alcool à 36° 27 lit. 1/4
Essence de néroli bigarade 87 gram.
— de romarin 56 —
— d’écorce d’orange. 141 —
— — de citron. 141 —
— de bergamote 56 —
Pour la 2e qualité.
Alcool à 36° 27 lit. 1/4
Essence de petit grain.. .. 56 gram.
— de néroli bigarade 14 —
— de romarin 56 —
— d’écorce d’orange. 113 —
— — de citron. 113 —
— de bergamote 113 —
tant de l’eau, il en résulte une sorte d’émulsion, par la suspension et la division extrême des huiles au milieu du liquide aqueux. L’eau de Cologne n’a aucune des nombreuses et merveilleuses propriétés qu’on lui attribue, et qui en feraient une véritable panacée pour toutes les maladies. Ce n'est, en réalité, qu’une eau de toilette, qu’un parfum agréable.
Les huiles volatiles dissolvent en toutes proportions les différents corps gras, la cire, les résines, et, en général, tous les composés organiques riches en carbone et en hydrogène. C est à cause de cette propriété qu’on les emploie, à chaque instant, pour enlever, sur les tissus de soie ou de drap qu’on ne peut savonner, les taches d’huile, de graisse ou de cambouis (1) qui y sont appliquées. On donne le nom d 'Essence vestimentale, dans l’art du dégraisseur, à un mélange de parties égales d’huiles essentielles de citron et de térébenthine récemment distillées, qu’on utilise pour cet objet.
Bien différentes en cela des huiles grasses, les huiles volatiles ne forment point de savons avec les alcalis. Quelques-unes, cependant, foncliônnent à la manière des acides (huiles de girofle, de piment de la Jamaïque, etc.), et produisent avec les alcalis de véritables sels à proportions définies, cristallins et solubles dans l’eau.
L’acide azotique concentré, mélangé surtout d’un peu d’acide sulfurique, les attaque avec une telle énergie, que, versé en certaine quantité sur une essence, il en détermine l’inflammation subite.
Toutes les actions oxydantes, déterminées avec certaines précautions, soit par l’acide azotique, soit par le chlore, soit par les alcalis caustiques à -f- 200 ou 300°, font naître dans ces liquides des acides nouveaux.
Les sels d’or et d’argent sont réduits très-rapidement par les huiles volatiles. En 1844, un ingénieur anglais, M. Drayton, a eu l’idée de les substituer à l’aldéhyde que M. Liebig avait indiqué, dès 1835, pour l’argenture du verre, et il a commencé à mettre en pratique l’étamage des glaces par ce moyen, qui n’a pas tardé à être adopté et perfectionné. Le procédé Drayton s’exécute de la manière suivante :
A 30 gr. d’azotate d’argent dissous dans 60 gr. d’eau distillée, on ajoute 15 gr. d’ammoniaque, puis, vingt-quatre heures après, 29 à 30
On mêle et on agite; on laisse reposer pendant quelques jours avant d’en faire usage. On aurait une liqueur plus suave, si on la soumettait à la distillation.
(1) On donne le nom de cambouis aux graisses impures, chargées de particules métalliques et d’autres matières étrangères, qui ont servi à lubréfier les axes des machines ou les essieux des voitures et des chariots. Ces graisses, de couleur noirâtre, sont employées dans la médecine vétérinaire et pour former, avee de l’argile et de l’étoupe, des mastics au moyen desquels on bouche les fissures ou crevasses des conduits, etc.
DES HUILES VOLATILES
gouttes d’essence de cassia ou de girofle dissoutes dans 90 gr. d’alcool à 60°. La glace, sur laquelle on doit agir, est parfaitement nettoyée, placée dans une position horizontale, entourée d’un rebord de mastic, et recouverte de la liqueur sur une hauteur de 4 à 5 millimèlres. L’argent réduit se dépose peu à peu à la surface du verre et y adhère fortement. Au bout d'une heure environ, on fait écouler la liqueur superflue, on lave la surface avec de l’alcool, on sèche à l’étuve, et on recouvre la pellicule d’argent d’une couche de vernis au suif et à la cire.
La glace, argentée ainsi, offre un plus bel aspect et possède un pouvoir réfléchissant plus considérable que la glace étamée par l’ancien procédé. Il y a une économie notable, car chaque mètre carré d’argenture ne prend guère que pour \ fr. 53 d’argent, tandis que la même surface absorbe environ 183 gr. de mercure et 550 gr. d’étain représentant une valeur totale de 4 fr. 40. Mais ce qu’il y a surtout d’avantageux dans le procédé de Drayton, c’est qu’il n’a aucune influence fâcheuse sur la santé des ouvriers. Il a été importé en France, eiH845, parM. Tourasse. D’après M. Wagner, les huiles de camomille romaine et de rue sont bien préférables aux autres essences, parce qu’elles renferment des aldéhydes dans leur composition (1).
(1) MM. Haie Thomson et Robert Mellish ont modifié, en 185?, la composition de la liqueur à argenter, de la manière suivante : on fait un mélange de
00 gr. d’azotate d’argent, 90 gr. d’eau, 90 gr. d’esprit-de-vin et 30 gr. d’ammoniaque. Lorsque le sel est dissous, on y ajoute 15 gr. de glucose dissous à l’avance dans un demi-litre d’eau et un demi-litre d’esprit-de-vin. L’argenture d’une glace par cette liqueur demande deux ou trois jours.
En 1857, M. Petit-Jean a remplacé l’huile volatile et le sucre par l’acide tartrique. Pour 300 gr. d’azotate d’argent et. 200 gr. d’ammoniaque, dissous dans
1 litre 30 décilitres d’eau distillée, on ajoute 35 gr. d’acide tartrique dissous dans quatre fois son poids d’eau. On étend ensuite la. liqueur de 15 à 17 litres d’eau. C’est là ce qu’on appelle la solution n° 1. On en fait une seconde, dite n° 2, qui renferme le double d’acide tartrique. C’est en faisant agir successivement ces deux solutions sur le verre bien nettoyé et poli, pendant quinze à vingt minutes, qu’on argente parfaitement. On lave ensuite à l’éau chaude, on fait sécher et on enduit avec un vernis brun. On obtient de cette manière des glaces et des miroirs beaucoup plus beaux, plus légers et enduits d’une manière plus solide que par le procédé ordinaire.
En 1863, M. A. Martin a indiqué un procédé d’argenture à froid pour les miroirs en verre des télescopes ; c’est un perfectionnement de celui de MM. Thomson et Mellish. On verse dans un flacon 12 centimètres cubes d’une dissolution contenant 100 gr. d’azotate d’argent par litre, 8 cent, cubes d’ammoniaque à 13° Cartier, et 20 cent, cubes d’une solution de soude contenant 40 gr. de soude caustique par litre ; on ajoute ensuite assez d’eau distillée pour faire 100 cent, cubes. — D’un autre côté, on prépare une solution de sucre interverti, en faisant bouillir pendant vingt minutes 25 gr. de sucre blanc dans 200 gr. d’eau distillée avec 1 cent, cube d’acide azotique à 36° ; on y ajoute assez d’eau pour faire 500 cent, cubes. — On procède à l’argenture de la manière suivante : on ajoute à la première liqueur 1/1 0e à 1/1 2e de la seconde, et l’on y plonge la surface à argenter, préalablement nettoyée à l’acide azotique et à l’eau distillée. Sous l’influence de la lumière diffuse, le liquide devient jaune, puis brun, et, au bout de deux à cinq minutes, l’argenture envahit la surface du verre. Après dix à
Un dernier caractère qui distingue parfaitement les huiles volatiles des corps gras, c’est qu’elles font sur le papier une tache transparente qui disparaît très-facilement par l’application d’une douce chaleur.
11 n’y a donc, comme vous le voyez, Messieurs, aucune analogie, sous le rapport des propriétés physiques et chimiques, entre les huiles fixes et les huiles volatiles. 11 n’y en a pas davantage sous le rapport de leur composition et de leur manière d’être dans les organes des plantes.
Composition élémentaire. — En ayant égard au nombre des éléments qui les constituent, on peut les répartir en trois classes distinctes :
1° Les huiles hydrocarbonées, c’est-à-dire uniquement formées d’hydrogène et de carbone ; ce sont de véritables carbures d'hydrogène, dont beaucoup sont isomères et dans lesquels le carbone et l’hydrogène se trouvent dans le rapport de 5 équivalents du premier et de 4 équivalents du second. Exemples : huiles liquides de rose, de styrax (C5H4) ;
quinze minutes, la couche a atteint une épaisseur convenable ; on la lave à l’eau distillée et on la sèche : il suffit alors de passer dessus un tampon de peau de chamois recouvert d’un peu de rouge à polir, pour lui donner un superbe brillant éminemment propre aux besoins de l’optique.
On varie maintenant de mille manières l’argenture du verre. On le dore et on le platinise par des procédés analogues. C’est le chimiste allemand Bœttger qui, le premier, a eu l’idée de substituer le platine à l’argent pour la confection des glaces ; mais c’est M. Dodé, chimiste dans l’usine de MM. Creswell et Tavernier, à Wailly-sur- Aisne, qui a réalisé l’application industrielle. L’opération est des plus simples. La plaque de verre, posée verticalement, est recouverte au pinceau et très-également d’un mélange de chlorure de platine et d'essence de lavande dans lequel on a délayé un fondant en poudre impalpable composé de litliarge et de borate de plomb. On laisse sécher, puis on porte le verre dans un four à recuire, ce qui met en fusion la litliarge et le borate et détermine par suite l’adhérence au verre ramolli du platine réduit par l’essence.
Les glaces ainsi préparées sont fort brillantes et douées d’un pouvoir réfléchissant qui ne les dépouille pas de leur transparence, de sorte que le même verre, interposé entre le jour et l’œil, est une vitre, et, vu du côté où la lumière le frappe, est un miroir. Dans ce dernier cas, pour empêcher toute transmission de lumière, on recouvre la face postérieure du verre d’un léger vernis rouge. On ne recourt pas à ce moyen quand le verre platiné doit servir de carreau de fenêtre, de vitre pour cuisine, arrière-boutique, couloir, etc. ; on l’orne souvent alors de dessins variés, en corrodant sa surface et en métallisant seulement le fond. Ces verres d’ornement sont d’un très -bel effet et offrent l’avantage de tout voir sans être vu.
Le platinage s’effectuant en avant et non en arrière de la plaque de verre, contrairement à ce qui a lieu pour l’étamage et l’argenture, il en résulte une notable économie, parce qu’on évite les coûteuses et longues opérations de polissage et de dressage préalables du verre, et qu’ainsi on peut employer toutes les espèces de verre, même les plus communes. Avec 1 franc de platine on peut métalliser un mètre carré de glace.
DES HUILES VOLATILES
huiles de citron, d’orange, de cédrat, de bergamote, de limette, d’élémi, de Tolu, de copahu (C10H8) ; de cubèbe (C15H12) ; de térébenthine, de sabine, de genièvre, de poivre noir (C20H16), etc.
2° Les huiles oxygénées , ou formées de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. C’est le plus grand nombre. Exemples : huiles de rose concrète, d’amandes amères, de cannelle, de cumin, de valériane, d’anis, d’angélique, de girofle, de piment, d’ulmaire, de gaultheria, d’absinthe, de romarin (fig. 9H), de camomille, de rue, de carvi, d’au-
née, de menthe concrète, de lavande officinale (fig. 912), de camphre des lauriers, etc.
3° Les huiles sulfurées ternaires, quaternaires ou quinternaires ; telles sont celles de moutarde noire, de cochléaria, de raifort, d’alliaire, d’oignon, de lepidium, de cresson, de houblon, de capucine, d’ail, d’asafœtida, etc. Ces deux dernières ne contiennent pas d’azote, par exception.
Composition immédiate. — Dans tous les cas, ces différentes huiles ne sont presque jamais des principes simples, mais des mélanges de plusieurs. Ainsi, outre le principe colorant, variable pour chaque espèce, il est rare qu’une huile volatile ne soit pas composée de deux sortes d’huiles distinctes, l’une solide, cristallisable dans certaines limi-
Fig. 911. — Romarin.
Fig. 912. — Lavande officinale.
332 CINQUANTE-UNIÈME LEÇüiN.
tes de température, nommée Stéaroptène ou Camphre , l’autre constamment liquide, nommée Êléoptène.
Il y a des huiles qui ne consistent qu’en un principe solide; tel est, par exemple, le Camphre des lauriers. Il en est d’autres qui ne contiennent que du principe liquide; telle est l’essence de Cajcput. Mais dans le plus grand nombre, les deux principes sont associés en proportions fort diverses. Celles dans lesquelles le stéaroptène est très prédominant, ont habituellement la consistance du beurre entre -f- 10 à 15°, mais se fluidifient sitôt qu’on élève un peu la température; exemples : huiles de rose, d’anis, de fenouil, d’aunée. Les autres ne laissent déposer leur sléaroptène qu’à des températures très-basses ( — 20 à 2il°) ;
Fig . 913. — Menthe poivrée.
Fig. 914. — Mélisse officinale.
exemples : huile de menthe poivrée ( fig . 913), de mélisse (fig. 914), de lavande, de cédrat, etc.
Ce sont surtout les huiles oxygénées qui renferment les deux principes immédiats, et leur éléoptène est presque toujours un hydrocarbure de la formule C8H4. La séparation de celui-ci du stéaroptène oxygéné est ordinairement assez facile à opérer, le point d’ébullition de ce dernier étant presque toujours de beaucoup supérieur à celui du premier. Gerhardt et M. Cahours ont trouvé un moyen ingénieux de séparer ces deux sortes d’huiles, en ,chautfant l’huile brute
DES HUILES VOLATILES
avec de la potasse caustique fondue; l’huile oxygénée, en décomposant l’eau de l’hydrate alcalin, fixe son oxygène pour produire un acide qui reste uni à la potasse, tandis que l’huile hydrocarbonée, n’éprouvant aucune altération de la part de cet agent, se sépare et passe à la distillation.
État naturel. — Je vous ai dit précédemment que les huiles grasses ou fixes sont généralement localisées soit dans les semences, soit dans le péricarpe des fruits. C’est tout le contraire pour les huiles volatiles, qu’on rencontre dans tous les organes, à l’exception des semences et des péricarpes, si ce n’est quelquefois dans la partie la plus externe ou l’épicarpe.
Ces huiles sont renfermées dans des vaisseaux propres ou dans des glandes, cellules ou utricules, comme on le voit dans la peau ou zeste des citrons, des oranges, des cédrats ( fig . 915) ; mais c’est principalement dans les feuilles et les fleurs qu’elles abondent.
Dans la plupart de ces dernières, elles se forment à la surface des pétales, et elles se volatilisent immédiatement après leur formation ; de là l’odeur qu’exhalent ces organes. Quand elles sont renfermées dans des glandes ou utricules, la dessiccation ne les dissipe pas.
Certaines plantes renferment de l’huile volatile dans tous leurs organes, à l’exception, toutefois, de la substance propre des semences; exemples : angélique, thym, romarin, matricaire, etc. 11 arrive quelquefois que les diverses parties d’une même plante contiennent des huiles de différente nature; ainsi, on retire du citronnier et de l’oranger trois huiles distinctes, selon que l’on traite les fleurs, les feuilles ou le zeste du fruit.
Extraction. — 1° Par distillation . — Pour les extraire des organes qui les contiennent, on profite, le plus habituellement, de la propriété qu’elles ont de se volatiliser. On introduit donc, dans la cucurhite d’un
334 CINQCJANTE-UNIÈME LEÇON.
alambic en cuivre, la racine, l’écorce, les feuilles ou les fleurs dont on veut retirer l’essence ; on y ajoute assez d’eau pour que la matière en soit baignée ; puis, après quelques heures de macération, on procède à la distillation.
La vapeur d’eau, chargée de l’huile essentielle, et condensée dans le serpentin, se rend, à l’état d’un liquide trouble et laiteux, dans un récipient en verre {fig. 916), qui a la forme d’une carafe dont le col va en se rétrécissant vers le sommet; à la base se trouve un bec, qui s’élève le long du corps principal du récipient, mais qui ne monte pas aussi haut que son col. Par cette construction, l’huile, ordinairement
Fig. 916. — Récipient florentin.
Fig. 9l7. — Récipient florentin perfectionne.
plus légère que l’eau, se rassemble dans le col, et l’eau sort par l’extrémité du bec, à mesure que la distillation marche. On appelle cette carafe récipient florentin , du nom de la ville où il a été inventé. On en retire l’huile au moyen d’une pipette.
Pour éviter les pertes d’essence, MM. Desmarets et Mèro ont modifié la forme du récipient florentin {fig. 917), de telle sorte que l’essence s’écoule dans un flacon, à mesure qu’elle se produit, par un petit conduit b pratiqué à la partie supérieure de l’éprouvette qui remplace la carafe. L’eau s’écoule par le col de cygne c. Le produit de la distillation est reçu dans un entonnoir recourbé e qui verse l’eau et l’essence de bas en haut dans l’éprouvette; de cette manière, l’essence reste toujours à la partie supérieure et ne va pas se mélanger à l’eau, comme cela arrive dans le récipient ordinaire.
Pour l’extraction des huiles peu volatiles (girofle, sassafras, cannelle, etc.), on place dans l’alambic de l’eau saturée de sel marin, dont le point d’ébullition s’élève ainsi à -f- 110°. On obtient, par ce moyen, une plus grande quantité de produits volatils dans un temps donné.
DES HUILES VOLATILES
Généralement, la chaleur et la sécheresse sont favorables à la formation des huiles essentielles dans les organes des plantes; aussi, estce dans le midi de la France, en Espagne, en Italie, dans l’Orient, que les végétaux fournissent le plus d’huile par la distillation. Sur les montagnes embaumées de la Provence, on rencontre de petites distilleries nomades, dont les produits sont versés dans les grandes parfumeries de Grasse.
C’est aussi par une espèce de distillation, ou mieux de sublimation, qu’on extrait l’huile volatile concrète qui se trouve en abondance dans presque toutes les espèces d’arbres de la famille des lauriers, et qui porte dans le commerce le nom de Camphre.
Le laurier-camphrier (fig. 9 [8 et
9), qui croît en Chine, au Japon
Fig. 918. — Laurier-camphrier de Chine et du Japon.
■et dans les îles de la Sonde, est principalement exploité pour ce produit (1). Dans ces pays, on fait bouillir les racines et les branches de l’arbre, coupées par petits morceaux, dans des vases de fer sphériques,
(l)Le laurier-camphrier (JLaurus camphora de Linné) acquiert jusqu’à 15 mètres de circonférence. Son exploitation, pour en extraire l’huile essentielle con crête qui se trouve dans son tronc, ses branches et ses racines, est très-ancienne au Japon, puisque le camphre a été connu des Arabes, qui le nommaient Kaphur ou Knmphur. On retirait aussi et on retire encore des fruits de cet arbre une huile grasse pour le service de l’éclairage (Thunberg. Voyage au Japon, l‘9G),
recouverts par d’autres vases de fer d'une forme allongée, servant de chapiteaux et remplis intérieurement de paille de riz ou de roseaux. Le camphre, entraîné par la vapeur d’eau, se volatilise et vient s'attacher à la paille, sous forme de petits cristaux grisâtres. On le ramasse et on l’expédie dans cet état d’impureté. 11 est connu, dans le commerce européen, sous le nom de Camphre brut de Chine ou du Japon.
Le premier arrive en caisses carrées contenant 50 kil. environ de matière ; ces caisses sont doublées à l’intérieur de feuilles de plomb, mais il est rare qu’elles soient en bon état, aussi renferment-elles beaucoup d’impuretés. Le camphre du Japon est expédié dans des tinettes de la contenance de 48 kil. environ ; il est plus blanc et plus pur que celui de Chine.
Les impuretés dont il s’agit de débarrasser le camphre brut sont du chlorure de sodium, du soufre, des débris de feuilles et de tronc de l’arbre, une petite quantité de matière goudronneuse provenant de la sublimation, enfin des quantités d’eau variant de 2 à 10 p. 100. On le raffine en Europe, en le faisant sublimer dans des matras hémisphériques en verre soufflé, très-mince, chauffés au bain de sable {fig. 920),
Fig. 920. — Raffinage du camphre brut.
après l’avoir mélangé avec 3 ou 5 p. 100 de chaux vive, récemment délitée, et avec 1 à 2 p. 100 de limaille de fer quand il contient du soufre. Cette opération est longue (elle dure environ vingt-quatre heures) et dif-
DES HUILES VOLATILES. 337
ficile, en raison du peu de distance qu’il y a entre le point de fusion (175°) et celui de volatilisation (204°) du camphre.
On chauffe d’abord lentement jusqu'à 120° et, après une demi-heure, on pousse rapidement le feu jusqu’à 180 ou 190°, de manière à chasser toute l’eau et à déterminer la fusion du camphre, ce qui arrive au bout de trois heures et demie. A ce moment, on dégarnit de sable la partie supérieure des matras, qu’on découvre de plus en plus au fur et à mesure de la condensation du produit, après qu’on a introduit dans le col de chaque vase un bouchon de papier. En poussant peu à peu la température jusqu’à 200°, on a grand soin d’éviter l’ébullition du liquide, car autrement les portions de camphre déjà sublimées pourraient fondre et toute la masse, venant à se détacher, briserait forcément les matras. Lorsque ceux-ci sont à moitié découverts et que leur fond paraît sec, on abat le feu et on les retire du bain de sable. Une demi-heure après, on les asperge d’eau en même temps qu’on les frappe avec une baguette flexible, ce qui brise le verre et décolle instantanément les pains solides de camphre. Ces pains, d’un kilogramme environ, sont concaves d’un côté, convexes de l’autre, avec un petit trou central. C’est le camphre raffiné du commerce.
Le camphre du Japon perd, au raffinage, de t à 4 p. 100,- celui de Chine, de o à 6 p. 100. C’est surtout en magasin et après le raffinage que le camphre perd de son poids ; on le conserve donc bien emballé et couvert, dans des magasins à parois en briques ou en pierres de taille, bien secs et privés de courants d’air. Les Vénitiens ont exercé seuls pendant longtemps le raffinage du camphre ; les Hollandais s’en sont ensuite emparés; mais, depuis une quarantaine d’années, il y a en Angleterre, à Copenhague, à Hambourg et même en France, des raffineries de camphre.
2° Extraction par expression. — On a recours quelquefois à la pression pour obtenir certaines huiles volatiles; c’est lorsqu’elles sont renfermées en abondance dans l’enveloppe extérieure et charnue des fruits. Les citrons, les oranges, les cédrats, les bergamotes et tous les fruits analogues contiennent de l’essence dans l’écorce jaune ou zeste qui entoure leur pulpe acide. Vous avez tous pressé entre les doigts la peau d’une orange, et vous avez vu jaillir au dehors un liquide très-odorant, qu’enflamme le contact d’une bougie. Fh bien ! c’est l’huile essentielle qui est logée dans les utricules du zeste. On râpe toute la partie jaune superficielle de ces fruits, et on la soumet à la presse dans un sac de crin. Ces huiles, ainsi obtenues, sont bien plus suaves que lorsqu’on les extrait par la distillation ; mais elles sont plus susceptibles d’altération ; elles sont moins pures, elles font tache sur la soie et ne se dissolvent qu’imparfaitement dans l’esprit-de-vin.
3° Extraction par macération. — Pour isoler l’odeur fugace du Gin ardus. — III.
jasmin, de la tubéreuse, du lis, de l’iris (fig. 921), de l’héliotrope, de
Fig. 921. - Iris.
la jonquille, du réséda, du muguet, de la violette (fig. 922)j etc., qui
Fig. 922. — Violette.
DES H U il ES VOLATILES .
ne donnent pas la moindre trace d’huile par là distillation, les parfumeurs ont recours à un procédé spécial bien ancien, qui est connu sous le nom de Macération ou Enfleurage. Il consiste à imbiber d’huile d’olive des draps de laine ou de coton, à les étendre sur des cadres garnis de fils de fer ( fig . 92 3) et à les recouvrir d’une couche de fleurs B. On empile ces cadres les uns sur les autres A, et on ne renouvelle les fleurs qu’au bout de douze à soixante-douze heures. On continue de cette manière jusqu’à ce que l’huile fixe se soit bien chargée de l’odeur. On soumet alors les draps à une grande pression (fig. 924) pour en extraire l’huile grasse parfumée.
Si l’on veut convertir celle-ci en esprit ou essence de jasmin , a’hélio trope , de violette, etc., on l’introduit, avec une suffisante quantité d’alcool.
Fig. 923. — Châssis pour
Fig. 924. — Presse des parfumeurs.
dans le bain-marie d’un alambic et on procède à la distillation. L’alcool enlève Tarome des fleurs à l’huile d’olive et se volatilise.
4° Extraction du parfum des fleurs. — En 1856, Millon, alors chef <le la pharmacie militaire centrale à Alger (1), a fait connaître une méthode nouvelle pour extraire le principe odorant des fleurs, qu’il regarde comme tout à fait distinct des huiles essentielles. 11 introduit les fleurs dans un appareil de déplacement et les recouvre d’éther ; au bout de dix à quinze minutes, il laisse écouler le liquide et fait passer une nouvelle quantité d’éther sur les fleurs pour les laver et les bien épuiser. L’éther dissout de cette manière tout le parfum et l’abandonne ensuite, par la distillation, sous forme d’une matière butyreuse, diversement colorée, assez semblable à l’essence de rose des Orientaux. Cette matière est étalée en couches minces et maintenue en fusion à une très-douce température, jusqu’à ce que les dernières traces d’éther aient disparu. On a alors un résidu sec qui reproduit, dans toute sa pureté et son intensité, l’odeur primitive de la plante ou de la fleur.
Le parfum des fleurs, ainsi obtenu, est inaltérable à l’air et se conserve des années entières dans des tubes ouverts sans rien perdre de ses propriétés spéciales. 11 est donc bien différent, à cet égard, des huiles essentielles. 11 se dissout parfaitement dans l’alcool, dans les huiles c‘ dans les graisses.
M. Piver, très-habile parfumeur de Paris, a rendu industriel le procédé de Millon, en substituant à l’éther le sulfure de carbone et les essences légères de pétrole bien rectifiées, connues dans le commerce sous le nom d 'Éther de pétrole. Comme la mauvaise odeur de ces dissolvants nuit à la suavité des parfums obtenus par leur intermède, le résidu de la distillation est chauffé au bain-marie dans un évaporateur clos, muni d’un agitateur, pendant qu’on fait passer dans la masse un courant d’air.
D’après M. Piver, un hectare de terre, planté d’héliotropes, a donné une quantité de fleurs qui, traitées par la méthode Millon, ont fourni G kilogr. de parfum valant 3000 fr. Quatre grammes de ce parfum suffisent pour aromatiser convenablement un kilogramme de pommade.
I^roduction artificielle des essences. — Un des faits, sans contredit, les plus curieux que la science moderne ait révélés à propos des
(i) Millon (Eugène), né à Châlons-sur-Marne, le 23 avril 1812 et mort le 22 octubre 1807, dans l’établissement hydrothérapique de Sainte-Seine, dans la Côte-d’Or, où il se faisait traiter pour une anémie contractée pendant son séjour prolongé en Afrique, a rendu de grands services, non-seulement à l’enseignement, biais aussi à la science qu’il a enrichie de ses découvertes et de ses publications. Il est auteur d’un Traité de chimie organique (2 vol. in-8°, 1845-1848), que, le premier, il a définie la Chimie du carbone , et de 1845 à 1852, de concert avec MM. Jules Reiset et Hoefer, il a rendu compte, dans un Annuaire de chimie (7 vol. in-8°), des découvertes et des nouveaux travaux en chimie faits dans les diverses parties de l’Europe. On lui doit encore des mémoires fort intéressants sur les composés oxygénés de l’azote, du chlore et de l iode, sur diverses questions de physiologie, des travaux sur les blés, etc.
DES HUILES VOLATILES
huiles volatiles, c’est la formation de plusieurs d’entre elles, lorsqu’on vient à distiller avec de l’eau certains organes de plantes qui en sont naturellement dépourvus. C’est ce qui arrive avec les amandes amères (Jig. 925), les noyaux de prunes, d’abricots, de pêches, de cerises,
Fig . 925. — ■ Fleurs et fruits de l’amandier amer.
Fig. 926. — Laurier-cerise ou laurier-amandier ( Prunus lauro -cerasus).
les graines de moutarde noire, les feuilles du laurier-cerise (Jig. 926), les feuilles et les fleurs de la reine-des-prés, de la petite centaurée, de l’ortie, du plantain, de la mille-feuille, etc.
Les amandes amères et les semences de moutarde noire, que je prends comme exemple, ne renferment que de l’huile grasse et d’autres principes complètement inodores. Eh bien! si, après les avoir soumises à la presse pour les dépouiller de l’huile fixe, on humecte les tourteaux avec de l’eau, et qu’après quelque temps de macération on procède à la distillation, on obtient une proportion très-notable d’huile essentielle, très-odorante et agréable pour les amandes amères, très-âcre et très irritante pour la moutarde noire.
D’où vient donc l’huile essentielle qu’on recueille à la distillation? Robiquet et M. Boutron, MM. Woehler et Liebig, Bussy et Fremy nous l’ont appris. C’est le produit d’une métamorphose, d’une réaction chimique qui s’établit, sous l’influence de l’eau, entre l’albumine végétale des graines et l’un des principes inodores qui l’accompagnent. Ce principe, dans les amandes amères, est une substance blanche, cristalline, douceâtre, soluble, qu’on a nommée Amygdaline (1); dans la moutarde noire, c’est une matière très-amère, cristalline, fixe, qui consiste en une combinaison de potasse avec l’acide particulier que M. Bussy a désigné sous le nom d 'Acide myronique.
(1) Cette amygdaline, quand elle est cristallisée dans l’eau, est représentée par la formule : = CwH27022Az,6H0.
342 CINQUANTE-ÜNIÈME LEÇON.
Que l’on prenne, en effet, de l’amygdaline, ainsi que je le fais ici ; qu’on la mette en contact avec une dissolution d’albumine des amandes, ou, plus simplement, avec une émulsion d’amandes douces, le mélange acquiert presque immédiatement une odeur forte et aromatique. 100 parties d’amygdaline fournissent ainsi, par la distillation, jusqu’à 42 parties d’essence accompagnée de 5 à 6 parties d’acide prussique ou cyanh^irique.
Et ce qu’il y a de plus singulier, c’est que cette conversion d’un principe inodore en un principe très-odorant n’est opérée que par l’albumine des amandes amères, et nullement par celle des autres végétaux ni par l’albumine des animaux.
Mêmes phénomènes avec l’albumine de la moutarde noire et le myronate dépotasse qu’on extrait de ses semences.
Ce qui prouve bien, d’ailleurs, que l’huile essentielle, dans les deux cas, est formée aux dépens de l’amygdaline et du myronate de potasse, c’est que les amandes douces, qui ne renferment pas d’amygdaline, c’est que la moutarde blanche, qui ne contient pas de myronate de potasse, ne fournissent pas la plus légère trace d’huile essentielle à la distillation.
Si l’on employait de l’eau bouillante pour délayer les tourteaux d’amandes amères et de moutarde noire, le principe volatil odorant ne se développerait pas, attendu que l’albumine, une fois coagulée, est impropre à provoquer sa formation.
- En raison des propriétés toutes spéciales de l’albumine des amandes et de la moutarde noire, qui se rapprochent de la diastase ou du ferment, on a distingué la première par le nom de Synaptase , et la seconde par celui de Myrosine.
Ces réactions remarquables peuvent, jusqu’à un certain point, nous faire entrevoir le mode de formation des essences dans l’intérieur des organes des plantes. On doit en tenir compte dans l’emploi si fréquent de la farine de moutarde sous forme de sinapismes. 11 est évident que, pour la préparation de ces topiques, il faut ne faire usage ni d’eau bouillante, ni de vinaigre, pour délayer la farine, puisqu’en coagulant la myrosine on s’opposerait au développement du principe actif ou de l’huile essentielle. C’est de l’eau froide ou de l’eau tiède qu’on doit d’abord employer, et, lorsqu’on veut associer du vinaigre au sinapisme, l’addition ne doit en être faite qu’après un certain temps de macération de la farine dans l’eau, afin que l’huile volatile ait pu se développer.
Qui aurait prévu qu’une des plus vulgaires opérations de la pharmacie et de la thérapeutique se rattachait d’une manière si étroite à l’une des plus jolies découvertes de la chimie organique : la formation des huiles volatiles dans les plantes ! Ceci n’esi-il pas une nouvelle preuve pour vous, Messieurs, qu’en chimie rien n’est à dédaigner, et que les faits en apparence indifférents ou seulement curieux peuvent
DES HUILES VOLATILES. 343
devenir tout à coup l’occasion d’heureuses applications à l’industrie ou aux actes de la vie commune ?
Un autre fait non moins curieux que celui dont il vient d’être question, c’est la découverte plus récente que certains parfums naturels ne sont autre chose que des éthers composés qu’on peut reproduire par voie de synthèse. Cette découverte, dont l’honneur revient en trèsgrande partie à Piria et à M. Cahours, a bientôt donné lieu à une industrie qui a acquis rapidement une très-grande importance en France, en Angleterre et surtout en Allemagne. Quoique les produits qu’elle fournit soient désignés sous le nom d 'essences artificielles , ce ne sont réellement que des dissolutions de ces essences dans de l’alcool. Je vous indiquerai la manière de les obtenir à mesure que j’aurai à vous parler des matières premières d’où ils dérivent.
Rendement des plantes en Inities volatiles. — J’ai réuni, dans le tableau suivant, les rendements en essence d’un certain nombre de plantes ou d’organes de plantes aromatiques, pour 100 kil. de matières premières :
Girofle de Bourbon
Thym entier sec
Noix muscade
Bois de sassafras, cannelle,
Écorce d’orange
fleurs de cassie
Piment de la Jamaïque
Menthe poivrée entière sèche
Badiane ou anis étoilé .•
Baies de laurier
Semences de carvi d’Alle-
Marjolaine entière sèche...
magne
Baies de genièvre
— de fenouil
Tourteau d’amandes amères
— d’anis
Feuilles de myrte
Poivre de Batavia
Fleurs sèches de camomille
Fruits de cardamome, roma-
romaine.
rin entier frais
Semences de moutarde noire
Feuilles et tiges de Patchouly
d’Italie
Bois de santal, fleurs de la-
Bois de Rhodes
vande
Fleurs sèches de matricaire.
Bois de cèdre, écorce de lau-
Mélisse entière fraîche
rier-casse
Sommités d’ahsinthp
Bacine de gingembre
Feuilles de géranium à odeur
— de roseau aromatique
de rose
— de vétiver
Rose de Provence. . . . 0kg,400 à 0
Usage». — Les huiles volatiles jouent un rôle considérable dans les arts, la médecine et l’économie domestique.
Quelques-unes, notamment celles de térébenthine, de lavande dite d’aspic, sont consommées en énormes quantités pour la confection des Vernis à V essence et des Vernis gras. La première a la singulière propriété de communiquer à l’urine une odeur de violette (1).
(1) Marcus Græcus, au huitième siècle, décrit la distillation de cette huile qu’il appelle Eau ardente, ce qui peut faire penser, avec juste raison, que toutes* les huiles essentielles portaient primitivement, ainsi que l’alcool, le nom d’Eaux
D'autres, comme celles de cilron et de cédrat, sont surtout employées pour enlever les taches de graisse et de peinture à l’huile sur les vêtements, et spécialement de dessus les étoffes de laine et de soie.
La médecine tire un grand parti de plusieurs d’entre elles comme excitantes et caustiques, en variant de toutes les manières leur forme et leur administration. Le camphre, particulièrement, entre dans une infinité de préparations pharmaceutiques, et sa solution dans l’alcool faible, bien connue sous le nom d'Eau- de-vie camphrée , est très-usitée en frictions, pour dissiper les épanchements de sang, à la suite de coups ou de chutes. M. Raspail a mis à la mode ses cigarettes de camphre comme un prétendu remède universel. — L’essence de girofle est un remède populaire contre les maux de dents. Il en est de même de Y Esprit de cochléaria et de celui de raifort , — L’essence d’amandes amères est si vénéneuse que quelques gouttes suffisent pour faire périr des oiseaux, des chats, en moins de quelques secondes (1).
L’huile de cajeput, dont la couleur verte est due à l’oxyde de cuivre, sert à préserver des insectes les collections d’histoire naturelle. 11 en est de même du camphre, dont les pelletiers et fourreurs font une grande consommation pour écarter les papillons et autres insectes qui cherchent toujours à déposer leurs œufs dans les étoffes de laine, de soie, dans les pelleteries
Vig. 927. — Genévrier commun. Fig. 928. — Rameau d'anis avec fleurs et fruits.
C'est avec l’huile de genièvre (fg. 927) que les distillateurs aromati-
ardentes. C’est donc à tort qu’on attribue à Arnaud de Villeneuve, le plus savant chimiste du treizième siècle, la découverte de l’essence de térébenthine, qu’il a désignée sous le nom d 'Huile admirable.
(1) L’essence d’orange amère développe, chez les ouvrières de Marseille occu-
DES HUILES VOLATILES
sent l’eau-de-vie qui prend le nom de Genièvre ou Gin; c’est avec 1 essence d’anis (fig. 928) qu’ils confectionnent les liqueurs de table connues sous les noms d ’Anis et d ’Anisette.
Enfin, dans la parfumerie, on fait un usage considérable de toutes les huiles pourvues d’une agréable odeur pour la préparation des eaux aromatiques, des pommades, des savons parfumés et de tous les autres aromates. Les plus usitées sous ce rapport sont celles de citron, d’orange ou de Portugal , d’amandes amères (t), de lavande, de bergamote, de fleurs d’oranger ou néroli (fig. 929), de menthe, de mélisse, mais sur-
Fig. 929. — Fleur et fruit de l’oranger.
tout l’essence de rose {fig. 930) . Celle-ci est rapportée de Tunis, de Perse, de Turquie et d’autres parties de l’Asie, dans de très-petits flacons (2).
C’est surtout en Roumélie (ancienne Thrace) et en Bulgarie (Mésie inférieure), dans la Turquie d’Europe, qu’on cultive le rosier pour l’extraction de cette essence On en exporte de ces provinces plus de 2000 kil. d’essence dans les bonnes années, 560 à 850 kil. dans les mau-
pées à peler les oranges à confire qu’on vend sous le nom de chinois , des accidents nerveux multiples et très-graves, ainsi que des éruptions sur les mains et les bras.
(1) L’usage de cette essence, comme parfum, paraît avoir été introduit en France sous Louis XIII. La pâte d’amandes fut d’abord employée par Anne d’Autriche, et, plus tard, par Ninon de Lenclos. (Jean Liébault, Quatre livres de secrets de médecine et de la phylosophie chimique , Rouen, 1628.)
(2) On raconte qu’elle a été découverte en 1612 par la femme du Grand-Mogol Djihanguyr. Quelques auteurs pensent néanmoins qu’elle a dû être connue beaucoup plus tôt, puisque l’eau distillée de rose était très-anciennement usitée ; mais les livres orientaux n’en font pas mention avant le commencement du dixseptième siècle.
vaises. On estime qu’il faut au moins 2000 roses pour l*r,77 d’essence. Dans le Westland, aux environs de La Haye (Hollande), on cultive en grand le rosier avec la même destination qu’en Perse et en Turquie,
Fig. 930. Rose à cent feuilles qui fournit l’essence.
Les meilleures préparations de rose, comme parfum, se font à Cannes et à Grasse, en France. Les fleurs n’y sont pas traitées pour l’essence; elles sont soumises au procédé de la macération dans la graisse ou dans Fhuile pour obtenir des pommades ou des huiles parfumées (1).
(1) L’usage des parfums est originaire des Indes et de la Perse, si riches en aromates, et il était bien plus répandu chez toutes les nations de l’antiquité qu’il ne l’est aujourd’hui. La parfumerie constituait, chez elles, une branche d’industrie fort importante. On connaissait déjà plusieurs huiles essentielles à l’état de pureté (celles de citron, de laurier, de térébenthine); mais leurs compositions cosmétiques et odoriférantes étaient des solutions d’essences dans les huiles grasses, obtenues par la macération de substances aromatiques (myrrhe, cannelle, cardamome, calamus, safran, rose, narcisse, lis, mélilot, marjolaine, iris, styrax, etc.) da is les huiles d’olive, de sésame, de ben. Ces huiles odorantes étaient habituellement colorées avec du cinabre et de l’orcanette ; on les préservait du contact de l’air et de la chaleur.
Plusieurs villes avaient une grande réputation pour l’excellence des produits de ce genre qu’elles fabriquaient, telles, entre autres, que Mendès en Égypte, Tyr en Phénicie, Soles en Cilicie, Corinthe, Rhodes, Cos, Chypre en Grèce, Naples, Capoue, Préneste en Italie.
Sous les empereurs romains, l’amour des parfums fut porté si loin qu’il pénétra même dans les camps, puisque les aigles des légions étaient parfumées les jours de fête. Pendant les représentations théâtrales, d’étroits tuyaux disposés avec art faisaient monter à une hauteur considérable et retomber sur les spectateurs une suave rosée aromatisée de safran.
Dans les Gaules, si peu favorisées en produits balsamiques, les druides parfu-
DES PRINCIPES RÉSINEUX
DES PRINCIPES IMMÉDIATS NEUTRES (suite).
Sommaire. — Des Principes résineux. — Résines, gommes-résines et baumes.
— Des huiles et des savons de résine, des boules pyrogènes, des cires à cacheter, des vernis et des mastics hydrofuges. — Acides des baumes. — Acide benzo'ique. — De la Benzine et des nombreux produits de la distillation du goudron de houille. — De la Nitrobenzine et de Y Essence de mirbane. — Du Caoutchouc. — Propriétés curieuses de ce principe et ses nombreux usages.
— Caoutchouc vulcanisé et durci.— Glu marine. — De la Gutta percha et des services qu’elle rend.
Iles Principes résineux.
Naturellement, après l’étude des huiles essentielles, je dois vous parler des matières que les naturalistes désignent sous les noms de Résines , Gommes-résines et Baumes, parce que ces matières paraissent être le produit de l’oxydation des essences elles-mêmes.
État naturel. — Elles accompagnent habituellement ces essences dans les vaisseaux propres d’un grand nombre de plantes herbacées très-aromatiques des pays chauds, ou dans les méats situés sous l’écorce des arbres de la famille des Conifères, tels que pins, sapins, mélèzes, genévriers, etc.
maient leurs autels avec quelques labiées, des bois résineux ou des baies de genévrier.
A notre époque, c’est en France qu’on prépare les meilleurs parfums, aussi en exporte-t-on annuellement pour plus de 30 millions de francs. Les lieux de fabrication sont Nice, Montpellier, Nîmes, Grasse et Cannes. Ces deux dernières ailles produisent, année commune :
150000 kilogr. de pommades et huiles parfumées,
d’essence pure de néroli,
— de petit grain.
— de lavande,
— de romarin,
— de thym.
Ce qu’on désigne sous le nom de Petit grain , c’est l’essence qu’on tire par distillation des feuilles et des fruits verts des différentes espèces d’oranger et de citronnier. Elle est inférieure au Néroli bigarade , qu’on extrait des fleurs de l’oranger amer ( Citrus bigaradid), et même au Néroli Portugal , qu’on retire des fleurs de l’oranger doux ou Portugal. Le premier néroli entre en grande quantité dans la fabrication de YEau de Hongrie, de Y Eau de Cologne et autres parfums pour le mouchoir. Le Petit grain sert principalement à parfumer les savons.
Ramollies ou liquéfiées par un excès d’huile essentielle, elles se font souvent jour au travers du tissu végétal et s’écoulent sous la forme d’un liquide visqueux, parfois lactescent, qui s’épaissit au contact de l'air et finit à la longue par devenir tout à fait solide et cassant.
Souvent aussi c’est au moyen d’incisionspratiquées surle tronc, les branches ou les racines des végétaux, qu’on leur donne issue. La figure 931 vous montre comment on s’y prend dans les Landes et la Gironde pour l’extraction de la résine liquide (térébenthine) du pin maritime.
L’ouvrier, armé d’une petite hache à manche courbe, à lame concave et parfaitement tranchante, appuie, le long de chaque tronc d’arbre une perche taillée à dents; il monte prestement à cette échelle improvisée et fait une incision longitudinale dans une longueur de quelques centimètres sur le tronc dénudé. Le suc résineux qui coule de la plaie s’amasse dans des pots vernissés adaptés aux arbres au moyen de crampons. Chaque semaine on agrandit l’incision, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à une hauteur de 3 à 4 mètres. L’année suivante, on fait une autre entaille à côté de la précédente, etc., en avançant successivement autour de l’arbre. On enlève les récipients quand ils sont pleins et on transporte leur contenu dans des seaux de liège jusqu’aux réservoirs qui l’attendent (1).
Récolte de la térébenthine à Arès (Gironde).
(1) C’est à Colbert qu’on doit le développement qu’a pris dans les Landes la culture du pin maritime. Il fit venir, en 1G38, des ouvriers suédois qui enseignèrent aux habitants la construction des fours à goudron, ainsi que les secrets de la fabrication des résines d’après les procédés connus dans le Nord. Aujourd’hui, dans les Landes de Gascogne, plus de 140000 hectares d’anciennes landes et dunes sont plantés de pins.
Un arbre de vingt-cinq ans fournit, en moyenne, 2 kil. de résine brute dans l’année; jusqu’à soixante-dix ans, son rendement augmente et monte à 6 ou 8 kilogr. On appelle Gomme ou Résine molle , la térébenthine qui coule des incisions et se réunit au pied de l’arbre; la récolte se fait de mars à septembre. On nomme Galipot , la résine presque solide qui forme des stalactites le long de l’arbre, par suite de l’évaporation d’une partie de l’essence. On désigne sous le nom de Barrai, les galipots tout à fait secs, adhérents à l’arbre et qu’il
DES PRINCIPES RÉSINEUX
Composition immédiate. — Les sucs résineux du commerce sont des mélanges ordinairement assez complexes. On y trouve réunis des huiles essentielles, des acides organiques, quelques sels à bases de chaux et de potasse, souvent de la gomme, de la cire, de l’amidon, et toujours un ou plusieurs principes insolubles dans l’eau, mais trôssolubles dans l’alcool bouillant; c’est à ceux-là qu’on donne le nom de Principes résineux ou de Résines proprement dites. Lorsque, dans le mélange, la gomme est en assez forte proportion pour que le suc soit en partie soluble dans l’eau à laquelle il communique un aspect laiteux et opaque, les naturalistes l’appellent improprement Gomme-résine. Il prend le nom spécial de Baume , lorsque la résine est accompagnée d’acide benzoïque ou d’acide cinnamique faciles à isoler par une douce chaleur.
On peut raisonnablement considérer les sucs résineux comme des huiles volatiles pli*s ou moins pures, épaissies par suite de l’action de l’air ou plutôt de l’oxygène. Ce qu’il y a de certain, c’est que, par un contact prolongé avec ce gaz, les huiles volatiles finissent par se concréter et acquérir l’aspect et les principales propriétés des sucs résineux. Ceux-ci paraissent, en général, dériver de carbures d’hydrogène qui, en absorbant l’oxygène, se résinifient. C’est ainsi, par exemple, que l’essence de térébenthine, CS0H16, se transforme en colophane, C20R1602, en fixant 2 équivalents d’oxygène. w
Au reste, tous les sucs résineux renferment encore beaucoup d’huile essentielle qui paraît les tenir en dissolution dans les vaisseaux des plantes. Qu’on chauffe, en effet, avec de l’eau, dans un appareil distillatoire, une matière résineuse quelconque, on en extraira de l’huile volatile en plus ou moins grande quantité, et le résidu sera dur, sec et très-friable. C’est ce qu’on exécute sous vos yeux, en ce moment, en agissant sur la térébenthine du commerce ( fig . 932). Voici une certaine quantité d’essence qu’on vient d’en obtenir par la distillation. A Mont-de-Marsan (Landes), à Bordeaux, on distille la térébenthine dans de très-grands alambics de cuivre (1); elle fournit ainsi près de lop. 100
faut arracher avec un instrument en fer. Enfin les Crottas sont les mélanges de térébenthine et de galipot recueillis, en septembre et en octobre, au pied des arbres, et qui sont souillés de sable et de feuilles. La récolte des barrais et des galipots se fait en octobre, novembre et décembre ; ils entrent pour un tiers dans le produit total du rendement.
(1) Depuis un certain nombre d’années, on a remplacé dans plusieurs usines, élevées au centre des forêts de la Teste et d’Arcachon, entre autres à la Hume, l’ancienne méthode de distillation à feu nu par la distillation au moyen de la vapeur surchauffée. L’appareil distillatoire est en cuivre ; c’est un cylindre avec une double enveloppe en tôle dans laquelle circule un courant de vapeur surchauffée. Ce procédé, imaginé par M. H. Violette, directeur de la salpêtrerie de Lille, fournit de premier jet une essence très-pure, qui n’a pas besoin d’être rectifiée parce qu’elle n’est plus souillée de ces huiles empyreumatiques colorées que la distillation à feu nu produit toujours vers la fin des opérations. H donne,
de son poids d’essence. Le résidu est ce qu’on appelle Brai sec, Arcanson , Colophane ou Colophone (1).
C'est à la forte proportion d’huile volatile qu’ils renferment encore,
Fig. 932. — Distillation de la térébenthine avec l’eau pour en extraire l'essence.
que la térébenthine, le baume de copahu, le baume de la Mecque , le baume du Pérou , le styrax doivent leur mollesse ou leur liquidité.
En faisant agir successivement sur le même suc résineux divers agents, comme l’eau, l’alcool faible ou fort, froid ou bouillant, puis l'éther et les solutions alcalines, on parvient à isoler les uns des autres les différents principes qui y sont à l’état de simple mélange.
en outre, 3 p. 100 de plus d’essence, et offre surtout cet immense avantage qu’il met à l’abri des incendies qui arrivent si fréquemment par l’ancien système. Il y a donc là un progrès réel. (Voir le mémoire de M. H. Violette, Sur la distillation des térébenthines et des résines , inséré dans les Mémoires de la Société K des sciences de Lille, année 1802, p. 423.)
(I) Les deux derniers noms de cette matière résineuse viennent de Colophon, ville d’Ionie, d’où les anciens la tiraient presque exclusivement. C’est avec elle que les musiciens frottent le crin de leurs archets, afin qu’étant ainsi poissé, il fasse mieux vibrer les cordes des violons et autres instruments analogues. On la leur vend, pour cet usage, en petits cylindres coulés dans des étuis en papier.
DES PRINCIPES RÉSINEUX
Lorsque les résines n’exsudent pas d’elles-mêmes des végétaux, on met les parties végétales qui en sont les plus riches en digestion avec de l’alcool qui s’en charge. Si l’on ajoute de l’eau à la solution et qu’on la chauffe pour éloigner l’alcool, la résine vient surnager à l’état fondu.
Caractères distinctifs. — Les principes résineux ont une série de caractères communs qui les lient à un même type.
Presque tous sont durs, cassants et très-friables, transparents ou translucides, à cassure vitreuse. Ils s’offrent en masses amorphes, en larmes, ou en grains détachés.
Ils sont souvent colorés en brun ou en rouge, mais il est probable que, dans l’état de pureté, ils sont incolores ; on est parvenu à décolorer complètement, au moyen du charbon, les résines de scammonée et de jalap.
Leur saveur est presque toujours forte, âcre ou amère, chaude et brûlante. Leur odeur est généralement très développée, parfois douce et suave ( baumes de benjoin , de Tolu , de la Mecque , êlémi, mastic , etc.), mais très-souvent aussi désagréable ( térébenthine , copnhuy sagapenum, galbanum , assafœtida , ete.). T /assa fœtida exhale une odeur alliacée si fétide, que les anciens l’avaient nommée fiente du diable ; et cependant les Orientaux l’emploient à l'assaisonnement de leurs mets (1). L’odeur si agréable du citron était bien en exécration chez la plupart des peuples anciens! Jamais dicton populaire ne fut plus sensé que celui qui dit qu’il ne faut pas disputer des goûts et des couleurs.
Les sucs résineux étant, comme les huiles volatiles, fort riches en hydrogène et en carbone, sont, par cela même, très-combustibles. Ils s’enflamment par l’approche d’une bougie et brûlent avec une flamme forte et jaune, en répandant beaucoup de fumée. C’est en conduisant cette fumée dans des chambres ou dans des sacs, qu’on obtient le noir de fumée, comme je vous l’ai dit dans la première partie du cours.
Les résines donnent, par la distillation sèche, des produits trèscomplexes. 11 apparaît d’abord des gaz carburés qui brûlent avec une flamme brillante, et dont on s’est servi, dans quelques localités, comme gaz d’éclairage. Entre -f- 108° et 150°, il se volatilise des huiles, dites Vive essence , qui sont principalement formées de deux carbures d’hydrogène, nommés Rétinaphte (CUH8) et Rétimyle (C18H12). A partir de 4- 280°, il passe à la distillation une huile, dite Huile fixe ou lourde , qui est un autre carbure d’hydrogène, appelé Rétinole (C32H,G).
(1) Dans l’Amérique du Nord, les chasseurs ont reconnu depuis longtemps que l’odeur de l’assa fœtida produit sur les renards une espèce de paralysie qui leur ôte l’usage de toutes leurs facultés. Lorsque les chasseurs font une battue, ils sont armés de brandons de résine ordinaire à laquelle on a ajouté de l’assa fœtida. La fumée qui s’exhale de leurs torches, fortement imprégnée de l’odeur de cette substance, suffit pour ôter aux renards jusqu’à la volonté de s’enfuir.
A -}- 350°, il se fige dans les récipients une matière d’un brun noirâtre ou bleuâtre, qu’on nomme dans les ateliers Matière grasse , et dans les laboratoires Rétistérine ou Métanaphtaline (C20H8). Enfin, il reste dans la cornue ou la cucurbite un charbon brillant. Dans les usines, on retire moyennement de la colophane, 3,75 p. 100 de vive essence, 34 p. 100 d’huile lourde et 60 p. 100 de matière grasse et goudron.
La vive essence remplace l’essence de térébenthine dans quelquesunes de ses applications. Vhuile lourde , décolorée et clarifiée par le contact d’une lessive de soude à 41°, sert dans la peinture en bâtiments, pour certaines encres d’imprimerie, et pour fabriquer des mélanges ou graisses noires qui remplacent avec économie les corps gras ordinaires pour lubréfier les roues de voiture, les engrenages de métiers et de machines, etc. (1).
M. Krafft obtient une huile volatile incolore, très-propre à l’éclairage, non congelable, sans action sur les métaux, en soumettant la vive essence et Y kutle lourde à une rectification sur 15 p. 100 de chaux éteinte. Le produit distillé est mis en contact, pendant une heure, à deux reprises différentes, avec de l’acide sulfurique ; on le décante, on le lave à l’eau chaude et on le distille une seconde fois, mais sur du noir animal. Cette nouvelle huile représente 40 p. 100 déjà résine employée. Elle est bien supérieure aux huiles de schiste et de houille (2).
En faisant arriver un jet de vapeur surchauffée à la surface de la résine fondue, MM. Hunt et Pochin en effectuent la distillation intégrale, sans qu’il se forme aucun des produits dont il a été question précédemment. La résine, ainsi distillée, est à peu près incolore, pres-
( I ) Chez M. Serbat, manufacturier à Saint-Saulve, près Valenciennes, où l’on distille plus d’un million de kilogr. de résine par an pour en obtenir des huiles • propres à la fabrication des graisses à lubréfier les mouvements des machines, on a reconnu que pour avoir des huiles de bonne qualité, il faut que la résine soit distillée dans de grandes chaudières en fonte de la contenance de 12 hectolitres, et que l’opération soit menée lentement. Elle dure environ trente-six heures Le produit n’est pas uniforme d’un bout à l’autre de la distillation ; on le fractionne en quatre qualités; on l’abandonne à un long repos, puis on le décante.
Pour fabriquer les graisses noires, on fait bouillir l’huile pendant trente à trente-six heures sur de la chaux éteinte. Celle-ci abandonne toute son eau, ainsi que la silice très-divisée dont elle est mélangée, à mesure qu’elle se dissout et se combine à l’huile.
La première qualité de ces graisses est obtenue avec l’huile de résine pure. La deuxième qualité est faite avec un mélange de cette huile et de naphtaline du goudron.
(2) En opérant avec les mêmes agents, mais employés en sens inverse, sur l’essence de térébenthine, M. Mathieu, de Marseille, est parvenu à la purifier et à la désinfecter. Ainsi, il l’agite avec 2 p. 100 d’acide sulfurique à 66° et, après une heure de repos, il décante la partie limpide qu’il distille sur un peu de carbonate de chaux. La nouvelle essence est limpide, très-fluide et ne conserve qu’une légère odeur empyreumatique qui disparaît par une seconde distillation sur une huile grasse.
DES PRINCIPES RÉSINEUX. 353
que inodore, et elle est bien supérieure à la résine ordinaire pour la fabrication des savons et des vernis.
A l’exception des résines désignées sous les noms de copal dur et de copal demi-dur , toutes les autres se dissolvent dans l’alcool froid, et à plus forte raison dans ce liquide bouillant, et en quantités d’autant plus grandes qu’il est plus rectifié. Ces dissolutions sont connues, depuis longtemps, sous le nom impropre de teintures. L’eau en précipite surle-champ les principes résineux et leur donne l’apparence du lait, parce que ces principes se séparent en flocons blancs et opaques, qui restent longtemps en suspension. La teinture alcoolique du benjoin ou du baume de Tolu, mélangée avec l’eau, forme le lait virginal des parfumeurs, auquel ils attribuent la propriété de nettoyer et d’adoucir la peau.
Après l’alcool, les meilleurs dissolvants des résines sont : l’esprit de bois, la benzine et autres hydrocarbures, l’alcool caprylique, l’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, les huiles grasses et volatiles, les huiles de pétrole, les acides acétique et chlorhydrique.
Les solutions alcooliques ou éthérées d’un grand nombre de résines rougissent le papier de tournesol.
M. H. Violette, de Lille, a constaté, en 1862, un fait curieux qui rentre dans cette classe de phénomènes moléculaires qui s’accomplissent sous la double influence de la chaleur et de la pression. Les résines copal et leurs congénères, ainsi que le succin, qui ne sont pas naturellement solubles dans les différents dissolvants cités plus haut, y deviennent solubles, à froid ou à chaud, lorsqu’elles ont été préalablement exposées, en vases clos, à une température variable entre -+- 350 et 400°, jusqu’à ce qu’elles aient perdu à peu près 25 p. 100 de leur poids en matière volatile. Après ce traitement, ces résines n’ont point changé de nature, mais elles ont pris un autre arrangement moléculaire qui leur donne des propriétés nouvelles et les transforme pour ainsi dire en des corps nouveaux. Elles sont alors très-propres à servir à la fabrication des vernis à l’essence ou des vernis gras (1).
L’acide sulfurique et, surtout, l’acide azotique attaquent les sucs résineux avec énergie, et les convertissent en une substance particulière qu’on appelle Tannin artificiel, à cause de certains rapports de propriétés qu’elle offre avec le tannin des végétaux.
A part quelques résines qui refusent de se combiner aux alcalis, toutes les autres se dissolvent facilement, surtout à l’aide de la chaleur, dans les lessives caustiques ou même carbonatées, et donnent naissance à de véritables sels dans lesquels l’alcali est quelquefois complètement neutralisé. Les résinâtes de potasse et de soude moussent avec l’eau et peuvent être employés comme les savons ordinaires. De là, est
(1) Mémoire sur les résines, par H. Violette {Mémoires de la Société des sciences de Lille , année 1866, p. 193).
Girardin. — III.
venu l’usage, d’abord en Amérique, puis en Angleterre et en France, d’introduire dans certains savons communs, notamment dans les savons de suif, une certaine proportion de résine, 18, 20 et môme 30 p. 100, en sus du poids du corps gras, afin d’avoir des produits moins chers.
Les savons de résine ne sont pas précipités par le sel marin, comme les savons formés uniquement par les corps gras, aussi sont-ils employés de préférence à ces derniers à bord des navires. Voici comment on les fabrique le plus généralement.
On introduit dans une chaudière autoclave :
Suif 350 kil.
Résine sèche ou arcanson 150 —
Huile de palme 150 —
Lessive caustique (contenant 115 gr. de soude par kilogramme) 600 —
On chauffe soit directement, à feu nu, soit à l’aide d’une double en-
veloppe recevant la vapeur d’un générateur ; on porte rapidement la température à + 1 50°, et on la maintient à ce terme pendant une heure. La saponification est alors complète ; on fait couler le savon dans des moules.
Le savon de résine bien préparé a la composition suivante :
Soude 9
Acides gras 48
Résine 13
Eau 30
En France, dans ces dernières années, on a tellement abusé de la résine et si mal fabriqué les savons dits économiques , que ces derniers sont tombés dans le plus grand discrédit.
En ayant égard à leur manière de se comporter avec les alcalis et le tournesol, on peut donc partager les résines en deux classes :
1. Les résines acides ou négatives (Ex. : térébenthine, sandaraque, copal de l’Inde, gomme-gutte, oliban, baume de Tolu, etc.);
2. Les résines neutres ou positives (Ex. : galbanum, opopanax, assa-fœtida, euphorbe, sagapenum, élémi, bdellium, scammonée, jalap, etc.).
Usages. — Les résines sont très-employées en médecine. Plusieurs servent de matières colorantes aux peintres et aux teinturiers, telles que la gomme-gutte , le sang-dragon et la résine dite improprement gomme-laque. — La sandaraque, réduite en poudre fine, est d’un usage général pour donner du corps au papier qui a été aminci ou déchiré par le grattoir et pour l’empêcher de boire l’encre. Les Arabes l’appliquèrent, dans des temps fort antérieurs, à la fabrication des vernis,
Fig. 933. — Rameau avec fleurs de l’arbre au benjoin ( Styrax benzoïn).
DES PRINCIPES RÉSINEUX. 355
pour lesquels on fait aussi intervenir les résines animé, élémi, la térébenthine, etc.
Les résines aromatiques, et notamment les baumes de benjoin [fig, 933), de styrax, de Tolu,du.Pérou, etc., servent à composer différents aromates et des pastilles odorantes pour parfumer l’air (1); ils entrent aussi dans plusieurs mélanges pharmaceutiques : Veau hémostatique de Pagliari n’est autre chose qu’une forte décoction de benjoin additionnée d’alun.
Le baume de la Mecque, qu’on récolte dans l’Arabie Heureuse et l’Égypte, au moyen d’incisions qu’on pratique à la tige d’un petit arbre appelé Amyris opobalsamum , est si estimé chez les Turcs, comme parfum , que le Grand-Seigneur l’envoie en cadeau aux souverains.
Chez les Orientaux, les femmes font un continuel usage de la résine dite
mastic, qu’elles mâchent pour se fortifier les gencives et communiquer à leur haleine une odeur agréable. On s’en sert quelquefois chez nous pour remplir les cavités des dents cariées ; pour cela, après avoir nettoyé et séché l’intérieur de la dent, on y introduit une boule de coton imprégnée d’une solution saturée de mastic dans l’éther; celui-ci s’évapore, la boule adhère à la dent sans coller à la joue.
Voliban ou Y encens, gomme-résine apportée, de tout temps, de l’Ara- .bie, servait, dès l’antiquité la plus reculée, à parfumer les temples, coutume que l’Église catholique a adoptée. C’était la nécessité de masquer l’odeur désagréable qu’exhalaient les animaux sacrifiés dans les temples qui fit naître l’usage de brûler de l’encens, car alors on ne connaissait pas d’autre moyen de purifier l’air et de le désinfecter.
En Italie et en Sardaigne, on fait des fumigations dans les chambresde malades avec la résine d’ olivier qu’on jette sur une plaque de fer chauffée ; les vapeurs qui s’en exhalent ont une odeur de benjoin et de girofle.
J’ai déjà mentionné plusieurs des applications industrielles des résines communes des pins, telles que la production du noir de fumée, des huiles pyrogénées dites Huiles de résine, la fabrication des savons. C’est avec le brai sec qu’on prépare les torches si commodes pour les che-
(1) Les clous fumants , que vous voyez vendre sur les places publiques, sont un mélange de 48 parties de charbon léger en poudre, 16 de benjoin, 4 de baume de Tolu, 4 de santal citrin, 1 de ladanum et 2 d’azotate de potasse, qu’on moule en pastilles au moyen d’un mucilage fait avec 2 pp. de gomme arabique, Ide gomme adragante et 12 d’eau de cannelle.
mins de fer, ainsi que les boules pyrogènes ou pyrophifes, généralement employées à Paris dans les ménages pour allumer rapidement le feu. Ces boules ne sont autre chose que des copeaux de menuiserie trempés dans un mélange de brai sec et de graisse. On les vend 1 fr. îiO lecent. On s’en sert à bord des navires.
Les usages industriels les plus 'étendus des résines sont, sans contredit, la préparation des cires à cacheter et celle des vernis. Je dois vous en dire quelques mots.
1. Cires à cacheter. — Les matières résineuses spécialement employées pour faire les cires à cacheter sont la résine-laque et la térébenthine on remplace une partie de la première, dans les cires communes, par de la colophane. On fond les matières à une douce chaleur, on y incorpore la substance colorante, qui est ordinairement une poudre minérale, puis on coule la masse dans des moules de fer-blanc dont l’intérieur est enduit d’huile ; après le refroidissement, on donne le poli aux bâtons en les passant rapidement à travers la flamme d’un fourneau ou d’une lampe à alcool.
On emploie comme colorant les poudres suivantes :
Pour le rouge cinabre ou vermillon ;
le noir noir de fumée;
le jaune. . ... jaune royal ou oxychlorure de plomb ;
le brun ocre rouge ;
le bleu bleu minéral, outremer;
le vert vert-de-gris.
On aromatise les belles cires avec le benjoin, le tolu, le baume de Pérou.
Voici la recette d’une bonne cire à cacheter de couleur rouge :
Résine-laque en écailles 48 parties.
Térébenthine de Venise 12 —
Baume du Pérou 1 —
Vermillon 36 —
Les Indiens, qui récoltent dans leur pays la résine-laque, furent les inventeurs de la cire à cacheter. Les premiers échantillons de cette cire qui parvinrent en Europe furent portés à Venise, de là en Portugal, et enfin en Espagne. Ce dernier peuple en fit un grand commerce ; voilà pourquoi cette composition porte encore le nom de Cire d’Espagne. Ce n’est que sous le règne de Louis XIII que cette matière adhésive est devenue d’un usage un peu général. C’est en France qu’on prépare actuellement la meilleure cire à cacheter.
La Cire à sceller , bien différente de la précédente, puisqu’elle s’applique à froid sur le papier, les tissus, le bois, qu’on veut recouvrir d’un cachet, est préparée avec 4parties de cire blanche et 1 partie de térébenthine de Venise, qu’on fond ensemble et qu’on colore avec du vermillon. Avant d’appliquer cette matière plastique, on la ramollit en la malaxant.
DES PRINCIPES RÉSINEUX
2. Vernis . — Quant aux Vernis , ce sont des liquides qui, étendus en couches minces sur les corps solides, donnent à leur surface un aspect brillant et agréable, tout en les préservant de l’action de l’humidité et de l’air qui pourrait les altérer.
Ces vernis sont des dissolutions de résines, de gommes-résines ou de baumes dans l’alcool, l’essence de térébenthine ou l’huile de lin cuite. On peut les partager en trois grandes classes, suivant la nature du dissolvant : Vernis à l’alcool, Vernis à l’essence , Vernis gras . Je donnerai seulement quelques exemples de chacun d’eux.
a. Vernis à l’alcool. — Ces vernis, qui ne sont employés que dans les intérieurs, pour faire l’office de glace, sont en général brillants, souples et très-siccatifs; mais ils ont peu de corps et de consistance. Ils conviennent aux objets de toilette, cartons, découpures, étuis, boîtes et meubles amovibles. Ils jaunissent bien vite, surtout ceux qui contiennent beaucoup de térébenthine, et n’ont pas tous le même degré de solidité.
L’alcool qui sert de véhicule doit avoir de 95 à 9G° alcoométriques à + 12° centigrades. Les matières résineuses qui sont utilisées sont surtout : la sandaraque, le mastic, le copal tendre, la colophane, le galipot, la laque en écailles ou en grains, la térébenthine, le benjoin, l’élémi, l’animé. Comme matières colorantes, on a recours à la gomme-gutte, au sang-dragon, au safran, au santal, au rocou, à la cochenille (î).
Le mode opératoire est fort simple. Les résines sèches, réduites en poudre,
Fig. 934. — Appareil pour la fabrication des -vernis à l’alcool.
sont mélangées avec du verre blanc pilé grossièrement et introduites avec l’alcool dans un matras en cuivre à col court a (fig. 934), muni d’un support cir-
(1) On emploie beaucoup aussi les couleurs artificielles dérivées du goudron de houille. On n’a pas réussi à les faire servir à la coloration des vernis à l’essence et des vernis gras.
358 cinquante-deuxième leçon.
culaire b, dit panache , à l’aide duquel le matras repose sur le bord d’une chaudière en fer montée sur un fourneau et servant de bain-marie. On porte l’eau à l’ébullition qu’on maintient pendant une heure ou deux, en ayant soin d’entre tenir la matière dans un mouvement de rotation par le moyen d’un bâton de bois blanc arrondi par le bout. A l’aide de cette agitation et de l’interposition du verre pilé, on empêche la résine de s’agglomérer en une seule masse, ce qui favorise une plus prompte solution. Lorsque celle-ci est opérée, on ajoute la térébenthine, quand celle-ci entre dans la composition du vernis; on laisse encore le matras pendant une demi-heure dans l’eau, et on le retire enfin, en continuant d’agiter le vernis jusqu’à ce qu’il soit un peu refroidi. Le lendemain on le soutire, on le filtre au coton pour lui faire acquérir la plus grande limpidité possible et on le renferme dans des bouteilles de grès bien bouchées et tenues à la cave: sans ces dernières précautions, il y a déperdition d’alcool, épaississement et coloration du vernis.
Voici quelques exemples de vernis à l’alcool :
VERNIS A DECOUPURES, A BOIS DE SPA, etc.
Sandaraque lavée deux fois. ... 5 kil.
Térébenthine suisse 4.5