‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 110 sur 175 · OBSERVATION DE MUTISME HYSTERIQUE · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE MUTISME HYSTERIQUE

nages (Musmeci), ont donné des succès merveilleux, même dans des cas où l'affection persistait depuis fort longtemps.

Le diagnostic du mutisme hystérique est, en général, très facile. La perte absolue de la parole, coïncidant avec la conservation parfaite de l'intelligence et des mouvements, ne peut guère s'expliquer autrement que par un trouble purement dynamique des fonctions cérébrales. L'aphasie organique n'amène jamais une impotence aussi absolue des muscles de la phonation; en outre, elle est presque toujours précédée d'un ictus apoplectique plus ou moins intense et accompagnée d'une paralysie motrice étendue à tout un côté du corps ou limitée à une moitié de la face et de la langue. Dans les cas douteux on devra, bien entendu, rechercher les stigmates sensitivo- sensoriels de l'hystérie, mais il ne faudra pas attacher à leur présence ou à leur absence une valeur absolue, car le mutisme est souvent un accident isolé; on peut l'observer chez des sujets qui n'ont jamais eu d'autres symptômes névropathiques et qui ne présentent aucun des stigmates révélateurs de l'hystérie.

N'ayant pas aujourd'hui sous la main d'exemples de mutisme hystérique, je me contenterai de vous rappeler les principaux détails de l'observation d'une malade qui a été traitée dans le service en 1885 :

Mutisme hystérique. — Emilie M..., âgée de vingt et un ans, est entrée à l'hôpital Saint -André le 1^'' mai 1885.

Antécédents héréditaires : Père alcoolique, d'un caractère extrêmement violent, mort à quarante-deux ans d'une fluxion de poitrine. Mère irritable et boudeuse, morte de couches. Frère maladif, acariâtre, s'adonnant à l'ivrognerie. Sœur très bien portante.

Antécédents personnels : Dans son enfance, Émdie a toujours été très impressionnable. La moindre contrariété l'exaspérait. Elle était sujette à des crises de hoquet qu'il était impossible de réfréner et qui duraient souvent plusieurs heures consécutives. Réglée à quatorze ans; jamais d'attaques de nerf}?; jamais de maladies sérieuses.

A dix-huit ans, elle vint à Bordeaux et se plaça en qualité de cuisinière. Elle avait de temps en temps des bizarreries d'humeur qui étonnaient un peu ses maîtres ; mais comme elle était honnête et vaillante, on ne faisait pas attention à ses caprices et à ses bouderies.

Début des accidents : Le 29 avril 1885, Émdie, qui depuis deux jours était triste et maussade, vint trouver sa maîtresse et lui dit sur un ton très vif que la bonne du premier étage se moquait d'elle et que cela ne pouvait durer plus longtemps. Sa maîtresse la gourmanda doucement; mais Emilie ne voulut pas entendre raison. Elle alla se cacher dans la cave

et y resta trois heures, assise sur un tas de bois. Puis elle monta dans sa chambre; là elle perdit connaissance .et eut une violente attaque de nerfs, la première de sa vie, à la suite de laquelle elle perdit l'usage de la parole. Elle paraissait comprendre ce qu'on lui disait, mais elle ne pouvait y répondre que par gestes. On la garda deux jours, et, la maladie ne cédant pas, on finit par se décider à l'envoyer à l'hôpital.

Étctt actuel le 3 mai : Emilie M... a les apparences extérieures d'une santé florissante. Son œil est vif, son teint coloré. Elle a conservé ses forces et son appétit. Si on lui parle, elle entend fort bien ce qu'on lui dit; elle montre par ses gestes et sa mimique qu'elle comprend ce qu'on lui demande, mais elle est incapable de répondre. Cependant, quand la visite est arrivée dans la salle, Emilie, qui était debout auprès du lit d'une de ses voisines, a dit très distinctement ces mots: «Tiens! voilà les médecins! » puis elle est allée à son lit et est retombée dans le mutisme absolu.

Les lèvres, les joues, la langue ont conservé intégralement leur sensibilité et leur motilité. La déglutition est normale. Les organes des sens ne présentent rien d'anormal. Légère hypoesthésie de la moitié gauche du tronc et des membres du côté gauche.

Le diagnostic de mutisme hystérique étant porté, on chercha à faire exécuter à la malade une série de mouvements forcés des lèvres. Peu à peu elle arriva à prononcer la lettre a, puis les voyelles o, i, u, é, puis les consonnes. Le lendemain on pouvait lui faire dire quelques mots : bonjour, madame, etc., mais elle avait encore beaucoup de difficultés à prononcer. Le jour suivant, 4 mai, la malade parlait sans hésitation ni difficulté; elle était guérie du mutisme pour lequel elle était entrée à l'hôpital.

Le bégaiement, le bredouillement, le zézaiement et, d'une façon générale, tous les vices de l'articulation qui dépendent de contractions spasmodiques des muscles phonateurs, se développent fréquemment à l'occasion d'émotions morales vives et se comportent, par la suite, comme de véritables accidents hystériques. Après avoir résisté pendant des années aux traitements les plus rationnels, ils disparaissent quelquefois tout à coup, sous l'influence d'une nouvelle émotion morale ou par l'effet d'une de ces méthodes curatives qui appartiennent plutôt à la médecine d'imagination qu'à la thérapeutique physiologique.

L'étude des cas de ce genre n'a pas été faite jusqu'à présent avec tout le soin qu'elle mérite. 11 serait certainement intéressant de la reprendre et de la compléter par des observations originales

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