DES CONTRACTURES PROVOQUÉES CHEZ LES HYSTÉRIQUES
SOMMAIRE
I. Des contractures provoquées chez les hystériques. Travaux de MM. Brissaud et Richet sur l'état d'imminence de contracture.
H. Conditions de provocation des contractures expérimentales : excitations cutanées, musculaires, ostéo-fibreuses, psychiques.
III. Phj'siologie pathologique des contractures expérimentales. Intervention des centres
nerveux.
IV. Excitations susceptibles de faire cesser les contractures expérimentales des hysté-
riques.
V. Effets de l'ischémie locale, de l'aimantation, des applications métalliques sur les contractures provoquées.
Messieurs,
L'étude des contractures hystériques comprend deux chapitres distincts : le premier relatif à l'histoire des contractures expérimentales ou provoc/uées, le second à celle des contractures pathologiques ou spontanées. Nous nous occuperons tout d'abord des contractures expérimentales.
Les auteurs anciens ne connaissaient pas la contracture, ou plutôt ils confondaient deux phénomènes que nous considérons maintenant comme différents l'un de l'autre : la paralysie flaccide et la rigidité permanente des muscles. Aussi, chercheriez -vous en vain dans les œuvres de Sydenham, de Georget, de Landouzy, de Louyer-Villermay, etc., une description détaillée de la contracture hystérique. Briquet est le premier observateur qui lui ait consacré un chapitre spécial.
Le syndrome contracture était donc à peine étudié quand, il y a
une vingtaine d'années, M. Cliarcot commença à diriger sur lui son attention et ses efforts. Depuis cette époque, les mémoires inspirés par ce maître éminent se sont succédé sans interruption. La contracture secondaire des liémiplégiques \ la contracture consécutive aux lésions diffuses ou systématisées de la moelle épinière^ la contracture hystérique'' devinrent l'objet de nombreux et importants travaux, dont vous trouverez d'excellents résumés dans la thèse d'agrégation de M. Strauss^ et dans la thèse de doctorat de M. Blocq \
Ces travaux modifièrent du tout au tout les notions scientifiques professées par les anciens auteurs. Ils démontrèrent que la contracture est un phénomène d'une autre nature et d'une autre signification clinique que la paralysie flaccide, et que, même dans les cas très fréquents où l'impotence paralytique et la rigidité musculaire coexistent, chacun des deux symptômes éventuellement associés conserve son autonomie clinique et sa valeur séméiologique propre. Ils établirent que la contracture spasmodique est toujours le résultat d'une hyperexcitabilité protopathique ou deutéropathique des centres médullaires. Ils donnèrent enfin à ce syndrome la place qu'il mérite d'occuper dans le groupe des phénomènes dépendant des altérations fonctionnelles ou organiques du système nerveux.
Les choses en étaient là, lorsqu'en 1876 M. Heidenhain '^ entreprit l'étude des principaux symptômes de l'état hypnotique dont il avait observé avec étonnement les manifestations dans le cours des séances publiques données en Allemagne par le magnétiseur Ilansen. Dans le remarquable mémoire qu'il publia à cette époque, il décrivit avec beaucoup de soin les contractures réflexes qui se produisent, pendant le sommeil somnambulique provoqué, sous l'influence des excitations légères et répétées de la peau (passes magnétiques, frictions, insufflation, etc.).
1 Charcot, Leçons sitr les localisations dans les maladies du cerveau. Paris, 1876. — Bouchard, Les dégénémtlons secondaires de la moelle éplnière (Archives générales de médecine, 18(36). — Brissaud, Recherches sur la contracture permanente des héml- 2Jlégic}nes. Th. doct., Paris, 1880.
2 Charcot, Leçons sur la sclérose en plaques, sur la compression lente de la moelle éplnière, sur le tahes dorsal spasmod^ique, etc., in Leçons sur les maladies du système nerveux. — Bourneville et Guénard, De la sclérose en iliaques disséminées. Paris, 1869. — Bétous, Du tahes dorsal spasmodique. Th. doct., Paris, 1876.
3 Charcot, De la contracture hystérique, in Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, leçon XII. — Bourneville et Voulet, De la contracture hystérique permanente. Paris, 1872.
* Strauss, Des contractures. Th. agr., Paris, 1875.
^ Paul Blocq, Des contractures. Th. doct., Paris, 1888.
« Ilcidonhain. Veher die sorjeuannte Ihierlsche Magnetismus. 2" édit., Leipzig, 1880.
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Les faits avancés par M. Ileidenliain étaient faciles à contrôler; aussi furent-ils bientôt vérifiés par tous les observateurs qui voulurent se donner la peine de répéter les expériences du physiologiste de Breslau. Ils furent reproduits en particulier à la Salpôtrière, où MM. Gbarcot et Paul Richer^ complétèrent l'étude des symptômes musculaires de l'hypnotisme en décrivant, à côté et indépendamment des contractures réflexes de l'état somnambulique, déjà signalées par Heidenhain, les curieux phénomènes de l'hyperexcitabilité neuro -musculaire de l'état léthargique.
Pendant ce temps, MM. Brissaud et Charles Richet, qui s'occupaient de déterminer, par la méthode graphique, les caractères des réactions des muscles contractures, découvrirent qu'on pouvait souvent provoquer des contractures musculaires durables, chez les hystériques à l'état de veille, par le fait d'excitations assez analogues à celles qui étaient employées pour déterminer la rigidité expérimentale des muscles pendant le sommeil hypnotique -. Ils utilisèrent surtout dans leurs recherches l'extension passive des muscles préalablement contractés par un effort volontaire, et les secousses brusques des membres. Ils démontrèrent, en outre, que la malaxation des tendons des muscles contractures ou le massage des muscles antagonistes faisaient cesser rapidement les contractures expérimentales.
En somme, c'est à MM. Brissaud et Richet qu'on doit la connaissance de ce fait très important, que certains hystériques sont perpétuellement en état cV imminence de contracture, c'est-à-dire qu'il est possible de provoquer chez eux, à tout instant et par des manœuvres d'une extrême simplicité, des rigidités musculaires qu'on peut ensuite faire disparaître à volonté par d'autres manœuvres tout aussi simples que les premières.
On a reconnu depuis, que Vétat d'imminence de contracture n'est pas une anomalie rare, exceptionnelle, mais qu'au contraire il existe, à des degrés divers, dans la majorité des cas d'hystérie confirmée. M. Berbez, ayant appliqué un lien circulaire autour des membres de soixante-dix hystériques, a obtenu cinquantedeux fois la contracture des muscles sous-jacents à la ligature ^ II
1 Charcot et Paul Richer, Conlrlhuiïon à l'étude de Vlujpnotisme chez les hysténques : Du phénomène de rhiiperexcUabiliténeuro-miisc.{Arch.deneurologie,t.ll,lS8l).
'2 Brissaud et Ch. Richet, Faits pour servir à l'histoire de la contracture (Prorjrès médical, 1880).
^ Paul Berbez, Sur la diathèse de contracture et en particidicr sur la contracture produite chez les sujets liystériques (liommes et femmes) par l'application d'une
résulte de ces chiffres que la diathèse de contracture se rencontre chez plus des trois quarts des hystériques. Elle constitue donc un symptôme fréquent, habituel; elle peut, à juste titre, être classée, à côté de Tanestliésie des téguments, du rétrécissement concentrique du champ visuel, etc., parmi les stigmates révélateurs dont le clinicien ne devra pas négliger la recherche dans les cas oii son diagnostic ne sera pas suffisamment établi par l'étude des autres manifestations de la maladie ^
Les procédés susceptibles de provoquer des contractures chez les hystériques sont beaucoup plus nombreux que ne l'avaient pensé MM. Brissaud et Richet. Ils ont été étudiés en détail, ici même, par un de vos anciens camarades, M. Descubes -. On peut les diviser en quatre groupes, selon que leur point de départ se trouve: 1° dans la peau; 2° dans les muscles ou les tendons; 3° dans les os ou les tissus fibreux péri-articulaires; 4° dans les centres psychiques.
Les excitations cutanées comprennent : le frôlement léger, le chatouillement, l'insufflation douce et prolongée, l'aspersion avec de l'eau froide ou chaude, l'électrisation superficielle, etc.
Parmi les excitations musculaires il faut ranger : la contraction volontaire énergique, contrariée ou non par un obstacle extérieur, la pression ou la malaxation des masses musculaires, la percussion des muscles ou de leurs tendons, la faradisation tétanisante, et probablement aussi la ligature circulaire des membres et le contact des diapasons en vibration.
Les excitations ostéo-flhreuses sont : la traction passive des articulations, les secousses brusques imprimées aux membres, les coups de pied ou de poing lancés dans le vide, la pression et la percussion directe des os, etc.
ligature {Progrès médical, 9 octobre 1886, p. 835). Sur les 70 sujets soumis aux expéliences de M. Berbez, il y avait 27 hommes et 43 femmes. La contracture s'est manifestée sur 19 liommes et sur 33 femmes,
1 Voir à ce sujet :
Ballet et Delanef, Gazette médicale de Paris, 1882.
Bruiict, Étude clinique et pathologique de l'état d'opportunité de contracture. Th. doct., Paris, 1883. ^
'- Pierre Descubes, Études sur les contractures provoquées, chez les liystériqiies à l'état de veille. Th. doct., Bordeaux, 1885.