‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 124 sur 175 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

démonstratifs. Ces faits sont au nombre de cinq, et sur les cinq trois paraissent se rapporter à des paralysies hystériques ^

Il ne faut pas douter, Messieurs, de la réalité matérielle de ces guérisons dites miraculeuses ; ce serait faire acte de scepticisme systématique et se placer hors des règles de la logique scientifique. Oui, certains malades, paralytiques depuis de longues années, ont repris subitement l'usage de leurs membres paralysés devant les os de saint Louis, sur le tombeau du diacre Paris, dans la grotte de Lourdes, comme d'autres ont guéri tout à coup au dernier jour d'une neuvaine, au contact d'une relique vénérée ou dans le cours d'une invocation religieuse fervente. Est-ce à dire qu'une puissance surnaturelle soit intervenue pour changer en leur faveur les lois de la nature? Nullement. Ces malades ont guéri parce qu'ils avaient des paralysies dynamiques, sans lésions organiques, et que les émotions morales, de quelque nature qu'elles soient, sont susceptibles de provoquer la disparition immédiate de ce genre de paralysies. « On ne saurait s'imaginer, dit Briquet, jusqu'à quel degré le moral a de l'influence sur la paralysie hystérique, » laquelle est, vous le savez déjà, le type le plus complet des paralysies dynamiques. Telle paraplégique qui se croyait dans un état désespéré se met à marcher après avoir pris connaissance de la consultation d'un médecin qui la déclare curable ^; telle autre guérit après une frayeur intense, après une colère^ ou après l'administration d'une substance inerte qu'elle croit très active *

* Ce sont ceux de l'abbé de Mussy, de M"" de Foiitenay et de M™» Guerrier.

^ (.( Consultés, un jour, M. le D'' Fauconneau-Dufresne et moi, sur Fétat d'une jeune personne paraplégique, à ce qu'on pensait, par suite d'une maladie de la moelle épinière, nous reconnûmes, d'après les documents qui nous furent remis, que la malade était hystérique et nous nous convainquîmes que la paraplégie était hystérique. Notre consultation fut rédigée en conséquence et nous donnâmes beaucoup d'espoir. Dès qu'elle arriva à la connaissance de la malade, qui se croyait dans un état désespéré, remplie de confiance, elle essaya ses forces et se mit incontinent à marcher, elle qui n'avait pas pu quitter le lit depuis deux mois. La paralysie avait complètement cessé et n'a plus reparu. » (Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris, 1859, p. 449.)

3 M. Bouchut, dans un mémoire publié en 1877 par la Gazette des hôpitaux, raconfe l'histoire d'une dame d'Arras, retenue au lit par une paralysie des membres inférieurs qui, au moment où la poudrière de cette ville venait de sauter en faisant tomber avec fracas les vitres de son appartement, eut une telle frayeur qu'elle put sortir de son lit et se sauver en chemise jusque dans la campagne voisine; il parle aussi d'une femme paralysée du bras, qui, insultée par son fils, entra dans une grande colèi'e^ souflleta l'insolent de sa main paralysée et fut guérie par le fait même. (De Vinfluence des impressions morales sur la production de la guérison de certaines paralysies, in Gazette des hôpitaux, 1877, p. 322.) U serait facile de réunir un bon nombre de faits analogues épars çà et là dans la littérature médicale.

^ Guéneau de Mussy (Clinique médicale, t. I, p. 127-131) rapporte plusieurs exemples de paralysies hystériques guéi^ies par l'administration, avec une mise en scène de nature à happer l'imagination des malades, de pilules fulminantes e mica panis accompagnées

OU d'un simulacre de cautérisation de la colonne vertébrale avec des fers froids qu'elle croit rougis à blanc ^ Ce sont là, si je ne me trompe, des guérisons aussi surprenantes que celles qui se produisent sous l'influence des idées religieuses.

Mais revenons à nos malades et tâchons de les débarrasser des impotences paralytiques dont elles sont atteintes.

S'il est des paralysies hystériques qui résistent pendant fort longtemps à tous les efforts de la thérapeutique, il en est d'autres (et ce sont heureusement les plus nombreuses) qui cèdent facilement à l'emploi des procédés les phis simples. La provocation d'une ou de plusieurs attaques convulsives, la suggestion hypnotique, le massage ou l'électrisation des muscles impotents, etc., suffisent très souvent pour rappeler en quelques instants la motilité dans les parties paralysées.

de 125 grammes de protoxyde d'hydrogène à titre d'antidote, dans le cas où la pilule viendrait à produire des eflets trop véhéments. Dans un de ces cas, il s'agissait d'une paraplégie hystérique durant depuis plusieurs mois et ayant résisté à toutes sortes de médications. Guéneau de Mussy eut recours, avec les précautions d'usage, à l'emploi des fameuses pilules. La malade, en avalant la première, éprouva un sentiment de brûlure tel qu'elle se jeta sur la bouteille de piotoxyde d'hydrogène pour boire quelques gorgées. Le reste de la journée elle fut très abattue. Le lendemain, elle put se promener pendant près d'une heure, ce qu'elle n'avait pu faire depuis quatre mois. Les faits de ce genre permettent, dit Guéneau de Mussy, « d'apprécier sous leur véritable jour les guérisons merveilleuses vantées par les faiseurs de passes, les vendeurs de globules et les autres débitants d'arcanes de cette espèce. »

1 Bouchut raconte le fait suivant :

« J'ai vu, dit-il, à l'hôpital Necker, dans les salles de M. Guillot, une fdle hystérique et frappée depuis quelques mois d'une paralysie des membres inférieurs qui avait résisté à tout traitement. On lui annonça qu'on allait la guérir par la cautérisation du dos avec le fer rouge. Au jour fixé, assise nue devant le brasier où chauffaient les fers, on prit un cautère froid dont on se servit pour toucher la colonne vertébrale. Aussitôt la jeune fille, qui n'avait rien vu de cette substitution, pousse des cris de douleur comme si on l'avait brûlée, et, faisant des eiforts pour échapper à cette cautérisation imaginaire, se lève, se sauve comme si elle avait le feu dans les reins. » [Dictionnaire de thérapeutique. Paris, 1866, Introduction, p. 25.)

Le même auteur rapporte, d'après un article de la Revue brltannkpie, un fait encore plus curieux : Un médecin anglais, le D"" Beddoes, croyait que l'oxyde nitreux était un spécifique certain contre la paralysie. Avec les D>s Davy et Cobridge, il tenta une expérience sur un paralytique abandonné par les médecins. Le malade ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commença par placer sous la langue du paralytique un petit thermomètre de poche pour observer les elfets de la médication sur la température du corps. A peine le malade eut-il senti le thermomètre entre ses dents qu'il fut pei'suadé que la cure s'opérait: « Ah! s'écria-t-il, je me sens mieux. » On renouvela, avec toute la solennité convenable, l'application du thermomètre les jours suivants et^ api'ès quiu/,e jours de ce traitement, le malade était guéri sans avoir fait usage de l'oxyde nilrcux ni d'aucun autre remède.

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