‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 23 sur 175 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

ANESTIIÉSIE HYSTÉRIQUE DES MEMBRANES MUQUEUSES, ANESTHÉSIES DE L'ODORAT ET DU GOUT,

SOMMAIRE

I. Historique. Variétés d'anesthésies observées sur les membranes muqueuses. Anesthésies hystériques de la conjonctive, de la langue, du pharynx, de l'épiglotte, du larynx, du nez, du conduit auditif externe, des organes génitaux, de l'anus.

n. Symptômes de l'anesthésie des membranes muqueuses : abolition des réflexes au chatouillement, conservation des réflexes organiques.

ni. Aneslhésies hystériques du goût et de l'odorat. Fréquence et caractères cliniques de ces anesthésies.

IV. E.apport existant entre la perte de la sensibilité générale des muqueuses linguale ou nasale et la perte des sensibilités spéciales correspondantes.

Messieurs,

Au point de vue de Tanatomie et de la physiologie générales, il existe de grandes analogies entre la peau et les membranes muqueuses; aussi ne serez -vous pas étonnés d'apprendre que les muqueuses des hystériques peuvent être le siège de troubles de la sensibilité tout à fait semblables à ceux que nous avons déjà étudiés sur la peau.

L'anesthésie des muqueuses n'avait pas échappé à l'observation des anciens démonologistes. Pour découvrir la marque des sorciers, ils ne craignaient pas d'explorer toutes les parties accessibles du corps, sachant par expérience que Satan, «clans le but d'éluder la justice et de tromper ses officiers i>, imprime souvent ses marques « ou en des parties si sales c/u'on a horreur de les y aller

chercher, comme le fondement de Vhomme ou en la nature de la femme; ou bien (comme il est extrême et dénaturé) au lieu le plus noble et le plus précieux qui soit en toute la personne, où il semble impossible de l'imprimer, comme tes yeux ou dans la bouche ^ ». Mais les médecins n'ont connu et étudié ces anesthésies qu'après que les travaux de Gendrin, Ilenrot, Briquet, etc., en eurent révélé l'existence et démontré la fréquence. Aujourd'hui on les recherche avec le même soin que celles de la peau et on leur attribue à juste titre la même valeur séméiologique.

Les variétés d'anesthésie qu'on observe le plus souvent sur les muqueuses des hystériques sont Vanesthésie totale et complète, Vhypoesthésie et Vanalgésie. J'aurai l'occasion de vous en montrer plusieurs exemple? dans quelques instants. La thermoanesthésie est beaucoup plus rare, mais elle existe certainement sur les muqueuses comme sur la peau. Elle est très nette sur le conduit auditif, externe droit d'un de nos hystériques mâles, François C... A ce niveau, notre malade sent très bien le contact d'un corps étranger; il se plaint vivement si on le pique; mais si on le touche avec le bouton d'un stylet préalablement chauffé à la lampe, il n'éprouve pas de sensation de brûlure. Sur la muqueuse du conduit auditif externe du côté opposé, on peut constater le phénomène exactement inverse, c'est-à-dire que les sensations thermiques sont seules perçues. Le contact simple, la piqûre, ne provoquent aucune perception, tandis que l'application du stylet chaud détermine une vive sensation de brûlure (anesthésie avec thermoesthésie).

Les autres formes d'anesthésies partielles n'ont pas, à ma connaissance, été signalées sur les muqueuses. Je les ai recherchées chez quelques malades sans les rencontrer, mais cela ne veut pas dire qu'elles ne puissent pas exister sur d'autres. En revanche, le phénomène de Vhaphalgésie se présente avec la même netteté sur les muqueuses que sur la peau.

Ces divers troubles de la sensibilité peuvent être observés sur toutes les muqueuses accessibles à l'exploration.

L'anesthésie de la muqueuse conjonctivale est si commune que Briquet la considérait comme un signe caractéristique de l'hystérie.

« L'anesthésie des conjonctives, dit-il, et principalement de la

. 1 Pierre de Lanrre, Tableau dâ t inconstance des mauvais anges et démons, etc. Paris, 1612, p. 183. Bodin prétend également qu'il y a des sorciers marqués par le diable sous la jiaïqiière de Irr^il, sous la lèvre et même nu fondcmenf Que. cit., p. 213, 21i)<

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