EFFETS DE LA VISION COLOREE
pénibles, accompagnées de mouvements désordonnés du tronc et des membres et suivies d'une phase très nette d'hypnose post-convulsive. Ces attaques se répétant régulièrement tous les jours, la malade se décida à entrer à l'hôpital.
Après avoir constaté de visu les caractères des convulsions et reconnu l'existence de quelques stigmates hystériques très précis (anesthésie des deux membres inférieurs et du membre supérieur gauche, anesthésie des muqueuses, polyopie monoculaire, zones spasmogènes et spasmo-frénatrices, etc. (fig. 35), nous pratiquâmes l'expérience des lunettes. Les verres rouges produisaient des effets dynamogéniques très intenses. De plus, quand la malade les avait devant les yeux, elle était gaie, contente et éprouvait une grande sensation de bien-être. Les verres bleus, verts, jaunes, violets étaient indifférents.
Nous confiâmes alors à la jeune fille des lunettes à verres rouges, en lui recommandant de s'en servir aussitôt qu'elle éprouverait les premiers malaises précurseurs des attaques. L'effet fut merveilleux.
Pendant une quinzaine de jours notre jnalade fut obligée de se servir deux ou trois fois chaque jour du talisman que nous avions mis entre ses mains. Mais, en s'en servant, elle évitait l'explosion des attaques. Peu à peu les auras devinrent moins fréquentes, et aujourd'hui, après un mois de cet unique traitement, elles font absolument défaut.
Je ne puis pas dire que la guérison soit complète, car les stigmates sensitivo-sensoriels persistent encore et les zones spasmogènes conservent leur excitabilité ; mais la malade n'a plus d'attaques spontanées.
Tels sont, Messieurs, les principaux moyens qu'il convient d'employer pour arrêter les convulsions hystériques et empêcher leur retour immédiat. Mais pour guérir la diathèse qui domine la situation, il est indispensable de soumettre les malades à un traitement général dont je vous exposerai les règles dans une leçon ultérieure.
VINGT-TROISIÈME LEGON
SOMMAIRE
Il n'y a pas un tremblement hystérique toujours et partout identique, mais bien des tremblements d'origine hystérique, très variables dans leurs expressions symptomatiques quoique dépendant tous d'une même cause.
I. Des tremblements hystériques à forme trépidatoire ; leui^s caractères cliniques. Exemples : 1" tremblement trépidatoire hystéro-alcoolique guéri instantanément par l'application d'un aimant; 2" tremblement trépidatoire des membres inférieurs survenu après une émotion violente et persistant depuis plus de dix ans. Difficultés et éléments du diagnostic.
II. Des tremblements hystériques à forme vibratoire. Leurs caractères cliniques. Vaiùabilité de leur rythme et de leurs apparences symptomatiques. Exemples de tremblements vibratoires persistants, consécutifs à des émotions morales, à des traumatismes, à des intoxications.
III. Des tremblements hystériques intentionnels. Leur ressemblance avec le tremblement de la sclérose en plaques. Exemple de tremblement hystérique intentionnel guéri par l'aimantation. Rapports de l'hystérie avec les tremblements mercuriel et dyscrasiques.
Messieurs^
Le tremblement est un symptôme très commun. On l'observe dans une foule d'affections différentes. Il paraît dépendre assez souvent de lésions anatomiques grossières du cerveau ou de la moelle épinière, tandis que d'autres fois il ne coïncide avec aucune altération organique appréciable des centres nerveux. Malgré les nombreux travaux dont il a été l'objet, sa pathogénie est restée obscure, sa valeur séméiologique incertaine. Les classifications qu'on a cherché à établir pour distinguer les unes des autres ses diverses variétés cliniques sont encore imparfaites, et on rencontre souvent, dans la pratique, des faits qui ne trouvent pas facilement leur place dans les cadres de la nosologie actuelle.
M. Ormerod a présenté, l'an dernier, un cas de ce genre à la
Société de médecine de Londres \ Il s'agissait d'une jeune femme de vingt-neuf ans, atteinte d'accidents liystériques non douteux et d'un tremblement des mains, survenu après une attaque et rappelant tout à fait les apparences extérieures du tremblement de la paralysie agitante. Après avoir examiné la malade, M. Ilughlings Jackson porta le diagnostic de tremblement hystérique et déclara qu'à son avis beaucoup de tremblements dont la cause et la nature paraissent entourées d'une profonde obscurité, ne sont autre chose que des manifestations symptomatiques de l'hystérie.
Cette pensée me paraît profondément juste, et c'est à son développement et à sa démonstration que sera consacrée la présente leçon \ Il me paraît résulter, en effet, de l'analyse d'un certain nombre de faits cliniques réunis et étudiés dans nos salles, dans ces derniers temps, que le tremblement peut revêtir, chez les hystériques, des formes tout à fait dissemblables, qu'il peut être localisé ou généralisé, permanent ou intermittent , lent ou rapide, et qu'en définitive il n'y a pas un tremblement hystérique toujours et partout identique, mais bien des tremblements d'origine hystérique, très variables dans leurs expressions symptomatiques, quoique dépendant tous d'une même cause primordiale.
Je vous proposerai môme tout de suite, pour faciliter le classement des cas dont je vais avoir à vous parler, de diviser les tremblements hystériques persistants en trois groupes distincts : 1° les tremblements trépidatoires; 2° les tremblements vibratoires;
1 The Br'Uish médical Journal, décembre 1887, p. 1216.
^ Cette leçon, faite le 11 janvier 1889, n'a été publiée que huit mois après, par le Progrès médical des 14 et 21 septembre 1889. Quelques-uns des malades qui en font l'objet ont été présentés par mon interne, M. Emile Bitot, à la Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux dans les séances du 20 octobre, du 19 et du 26 novembre 1888 (pages 275, 302 et 304 des Bulletins de cette Société).
A cette époque le tremblement hystérique n'était connu que par quelques observations isolées. Depuis lors ont paru deux importants travaux qu'il convient de signaler :
1" A propos d'une communication de M. Luys, relative à un cas de paralysie agitaiîte(?) traitée avec succès par les miroirs rotatifs, M. Rendu a lu à la Société médicale des hôpitaux de Paris, dans la séance du 12 avril 1889, une Note sur le tremblement hystérique et ses variétés, dans laquelle il s'efforce de démontrer que l'hystérie peut donner lieu à des tremblements ressemblant à ceux de la paralysie agitante et de la sclérose en plaques, et justifiables des moyens thérapeutiques bizarres qui réussissent souvent dans les cas d'hystérie classique.
2» M. Dutil publie en ce moment dans la Nouvelle Iconographie de la Salpêtrîère un mémoire sur Vétude clinique des tremblements hystériques, dans lequel se trouvent d'excellentes observations.
Des cas intéressants de tremblements hystériques ont, en outre, été observés par MM. Duponchel {Société médicale des hôpitaux de Paris, séance du 18 avril 1890), Scalese {Rivista clinica e terapeutica, marzo 1890) et par les auteurs qui se sont occupés dans ces derniers temps de la question des névroses traumatiques.
3° les tremblements intentionnels. La légitimité de cette division ressortira, je pense, de l'étude des exemples que je vais faire passer sous vos yeux.