‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 151 sur 263 · OPHTALMIES SPÉCIFIQUES. — FORMES COMPLEXES · texte numérisé non relu

OPHTALMIES SPÉCIFIQUES. — FORMES COMPLEXES

Inutile d'ajouter que le pronostic de raffeclion est subordonné à son siège. Les rétinites qui affectent la macula, par exemple, sont bien plus graves que celles qui sont localisées sur d'autres points.

Je viens d'étudier sous leurs formes simples les diverses lésions que la syphilis peut produire sur les membranes et les milieux de l'œil. Un point très essentiel me reste à vous signaler actuellement : c'est la tendance singulière que présentent ces lésions à se compliquer réciproquement, à se combiner, à se succéder, à s'ajouter en un mot les unes aux autres. C'est ainsi, par exemple, que l'iritis est fréquemment suivie de rétinites exsudatives ou apoplectiques. Cette remarque, dont je dois la connaissance à M. de Wecker, se trouve pleinement confirmée par la pratique. Ainsi je donne mes soins aujourd'hui à un jeune homme qui, après avoir été atteint d'une double iritis, a été affecté consécutivement d'une rétinite de l'œil gauche. — D'autres fois c'est la choroïdile qui coïncide avec l'iritis {irido-choroidite). — D'autres fois encore c'est la névrite optique qui ne tarde pas à se compliquer dephlegmasies de l'iris, de la choroïde, de la rétine, etc. — Plus souvent, et ceci d'une façon presque nécessaire, la choroïdite retentit sur la rétine et détermine une choroïdo-rétinite, etc., etc.

De la sorte, les lésions oculaires d'essence syphilitique se présentent souvent associées, combinées deux à deux, trois à trois. La multiplicité de ces localisations morbides dans un seul œil ou d'un œil à l'autre est même, au dire de certains auteurs, un signe important dont le diagnostic peut faire son profil. Il n'est guère, en effet, que la syphilis qui prodigue ainsi cl dissémine à ce degré ses manifestations sur les membranes oculaires.

Je ne m'arrêterai pas. Messieurs, à vous décrire les diverses formes sytnptomaiologiques qui peuvent résulter de ces associations morbides. Ce sont là des détails d'ophtalmologie pure, pour lesquels d'ailleurs je récuse ma compétence, et qui ne s.nirnienl

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trouver ici leur place. Un seul de ces types complexes mérite de nous occuper spécialement, en raison de sa fréquence, de son excessive gravité et des lésions singulières auxquelles il aboutit. C'est la choroïdo-réiinile, dont je vais vous dire quelques mots.

Yous savez déjà quels symptômes caractérisent la choroïdite spécifique, à l'époque où la choroïde seule est affectée : amblyopie progressive, brouillard, mouches volantes, scotomes, trouble et flocons du corps vitré, apparence nuageuse de la papille, exsudais clioroïdiens, etc. Si la maladie n'est pas enrayée dans sa marche par des traitements énergiques (et les traitements les plus énergiques n'y réussissent pas toujours complètement), elle ne tarde pas à se propager à la rétine, voire à la papille optique. De nouveaux accidents s'ajoutent alors à ceux qui précèdent: photopsie; — photophobie ; — cécité partielle des couleurs ; — rétrécissement notable du champ visuel périphérique, tandis que la vision centrale se conserve relativement; — cécité nocturne (héméralopie); — puis, diminution toujours croissante de l'acuité visuelle, etc. Ce qui se produit alors, en effet, et ce dont témoigne l'ophtalmoscope, c'est la série des lésions suivantes :

Pour la choroïde : taches atrophiques se multipliant; — destruction du pigment choroïdien, laissant à nu par places le tissu de la sclérotique ;

Pour la papille : diminution considérable des vaisseaux centraux, qui deviennent grêles, filiformes, et disparaissent même en quelques points de leur trajet;

Pour la réline : exsudations disséminées ; — ramollissement progressif, atrophie; — puis, in/iltration graduelle de la membrane par des amas pigmentaires, de couleur charbonneuse, qui forment sur le fond de l'œil des taches absolument noires, de disposition et d'étendue très variées. Tantôt ces taches semblent distribuées au hasard; tantôt elles forment des stries qui figurent en s'entrecroisant une sorte de filet; tantôt elles constituent des demi-cercles, des arcs de cercle, ou même des circonférences complètes, toutes configurations qu'on a justement comparées à la forme circinée des syphilides. .l'ai eu l'occasion de voir, avec M. Galezowski, un cas dans lequel on distinguait sur le fond de l'œil trois anneaux presque complets, résultant de nombreuses

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lâches de pigment. On eût dit de véritables syphilides pigmentaires à forme circinée. Cette comparaison se présentait aussitôt à l'esprit, et peut-être bien était-elle dans la nature même des choses.

C'est à cette forme de rétinite avec infiltration de pigment qu'on a donné le nom de rétinite pigmenlaire.

Voici un exemple aussi complet que possible de cette terrible alTection. Le pauvre aveugle que je vais vous présenter a contracté la syphilis il y a dix ans. Il a eu d'abord un chancre induré, puis de nombreux boulons sur le corps. Ses cheveux sont tombés. Plus tard sont survenues de vives douleurs dans les membres. Ce malheureux ne s'est pas traité, ou ne s'est traité que pendant quelques semaines à l'aide « d'une liqueur blanche » que lui avait conseillée un pharmacien. Vers la fin de la première année de la maladie sont survenues « des ophtalmies », qui n'ont pas été traitées davantage. Puis la vue s'est troublée; puis se sont produits divers symptômes, tels que photopsie, mouches volantes, impossibilité de lire, de travailler, de se promener sans guide, etc. Bref, ce malade a perdu complètement la vue; il est absoluinenl aveugle aujourd'hui. Or, l'examen ophlalmoscopique permet de constater sur lui les lésions suivantes : atrophie complète de la papille; — absence absolue des vaisseaux rétiniens; — fond de l'œil décoloré par places; — et surtout innombrables taches noires, couvrant et bigarrant toute la rétine, laquelle semble mouchetée comme une peau de îtigre et disparaît aux trois quarts sous ces amas charbonneux. — C'est là le type par excellence de la rétinite pigmentaire.

Les dernières lésions que je viens de vous décrire. Messieurs, ont une évolution lente. Ainsi, larélinite pigmentaire demande toujours plusieurs années au moins pour s'accomplir, et ne s'observe en conséquence que dans la période tertiaire. D'autre part et surtout ce sont là des lésions à marche progressive^ à marche /"rt/a/r.si l'art n'intervient pour en conjurer le progrès. Il est superflu de dire, après cela, qu'elles sont essentiellement r/ram. Abandonnées à elles-mêmes, elles tendent à détruire la rétine tout entière et à déterminer une cécité absolue, irrémédiable. Lorsqu'elles datent

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