CONTRACTURE MUSCULAIRE
On en fait justice assez facilement, et cela à l'aide du traitcmcnl interne, aide de quelques applications locales (liniments narcotiques, chloroforme, sinapismes, badigeonnages à la teinture d'iode, aubesoin même petits vésicatoires volants). — Les bainsde vapeur, alors qu'ils ne son t pas contre-indiqués par d'autres raisons, sont encore d'un utile emploi pour soulager ce genre de douleurs.
II. Contracture musculaire. — La contracture musculaire qui se produit sous l'influence syphilitique, à l'époque où nous étudions la diathèse, est un phénomène rare. Il me suffira donc d'en spécifier la caractéristique en quelques mots.
C'est presque toujours le biceps brachial qu'affecte l'accident singulier dont je vais vous entretenir, et voici ce qu'on observe : le malade se présente avec Vavant-bras fléchi sur le &ras et immobilisé clans cette attitude. Il ne peut étendre le membre ; l'essaie-t-il, qu'il en est empêché par une douleur vive; il n'y parvient pas davantage alors même qu'il s'efforce de surmonter cette douleur. Venez-vous à tenter l'extension par vous-même, non-seulement alors vous déterminez par cet essai de mouvement communiqué une angoisse des plus pénibles, mais de plus vous sentez une résistance particulière, une rigidité véritable du bras, laquelle maintient le membre dans la flexion. Bref, le mouvement d'extension de l'avant-bras sur le bras est devenu impossible, voire au prix de la douleur, et l'avant-bras est fixé d'une façon permanente dans l'attitude de la flexion.
Tel est le fait. Or, si vous en recherchez la raison par une exploration minutieuse, vous n'aboutissez qu'à la constatation d'une série de signes négatifs. D'abord, intégrité de l'articulation du coude. Nulle tuméfaction, nulle douleur de la jointure ; — de plus, intégrité des os; — état normal des muscles. Le biceps, qui est spécialement en cause ici, ne présente ni gonflement, ni dureté générale ou circonscrite; il est sensible simplement à la pression (encore cela n'est-il pas constant), et c'est tout. Du côté des autres muscles, aucune altération, aucun trouble; rien de morbide en un mot.
Que conclure de cet examen? Faut-il rapporter le trouble en
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question ii unemyosalgie simple? Non; car, d'une pari, la uiyosalgie vraie comporte une douleur bien plus vive à la pression, et d'autre part, si intense qu'elle puisse être, elle permet toujours aux mouvements de s'exécuter, alors que le malade consent à dominer la souffrance. D'ailleuvs, indépendamment de la douleur, il est ici de toute évidence un phénomène spécial, l'impossibilité de l'extension, que n'expliquerait pas une myosalgie. — Pourrait-on croire à une myosite? Le peu d'intensité de la douleur à la pression, l'absence de dureté, de noyau circonscrit, etc., sont peu favorables à cette hypothèse, laquelle cependant, je l'avoue, ne saurait être exclue que sur les données négatives de l'examen liistologique. — S'agit-il enfin d'une névrite? Nous serions admis à le supposer par voie d'analogie pathologique, mais la démonstration de cette névrite nous fait absolument défaut. — Somme toute, nous voyons un effet dont la cause nous échappe. Dans notre ignorance, bornons-nous donc à constater le phénomène et à le dénommer par lui-même. C'est bien manifestement une contracture qui se produit dans le muscle pour déterminer les accidents que nous étudions; résignons-nous, au moins quanta présent, à qualifier cet accident du nom de contracture, sans nous aventurer à en déterminer l'origine d'une façon plus précise.
Peu nous importe, au reste, l'interprétation. L'essentiel pour nous, c'est le fait clinique. Rappelez-vous donc seulemeni le fait, Messieurs, car il est très réel, très positif. Vous le rencontrerez plus d'une fois sur vos malades, et il ne laisserai! pas devons causer quelque embaras, si vous n'aviez en souvenir les relations qui le rattachent à la syphilis secondaire.
m. Affaiblissement, débilité musculaire. — Il est très fréquent, dans la période secondaire de la syphilis et surtout dans les premiers temps de cette période, à une époque peu distante du début de la maladie, il est très fréquent, dis-je, que la force musculaire soit affccléc el diminuée d'une façon pkis ou moins notable. Les malades ont conscience de ce phénomène, lis se plaignent de perdre leurs forces, ils disent» ne plus se sentir les mômes » au point de vue de la vigueur; ils ne supi>orlent
plus aussi racilonienl la marche, l'exercice, la fatigue; ils ne sont plus capables de l'aire comme travail ce qu'ils faisaient autrefois.
Lorsqu'elle est très accentuée, cette diminution de force est aisément appréciable pour le médecin. Dans ces conditions, faitesvous simplement serrer la main par le malade, en le priant d'y déployer toute sa vigueur; cela seul suffira pour vous rendre compte que la pression exercée n'est pas en rapport avec la taille, la musculature, l'habitus général de l'individu.
Ce n'est là, certes, qu'un procédé plus qu'élémentaire pour apprécier la déperdition des forces. Si vous voulez avoir une détermination exacte du phénomène, il vous faut recourir à une autre méthode — celle-ci mathématique et sûre — qui vous est offerte par le dynamomètre. Mesurez avec cet instrument la force musculaire à diverses périodes delà maladie, et vous pourrez delà sorte juger avec précision l'influence exercée sur les muscles par la diallièse.
Par un exemple je vais immédiatement fixer vos idées sur ce point.
Une femme entre dans nos salles pour divers accidents d'une syphilis secondaire de fraîche date. Celte femme estjeune, grande, bien musclée, de constitution assez robuste. Elle raconte cependant que depuis quelques semaines elle se sent très affaiblie et ((. toujours courbaturée, même sans avoir rien fait ». Nous examinons le degré de force musculaire au dynamomètre. L'instrument marque 31 kilogrammes.
Dans la quinzaine qui suit, la malade est prise d'accidents nouveaux : céphalée vespérine, arthralgies, périostites circon" scrites, accès de fièvre nocturnes, etc. — La force musculaire baisse successivement à 29, 27 et 26 kilogrammes.
En dépit du traitement, les accidents persistent ou ne disparaissent que pour faire place à d'autres: douleurs multiples, syphilides rebelles, phénomènes nerveux des plus variés, névralgies, analgésie, refroidissement des extrémités; accès de fièvre nocturnes, erratiques, de type très irrégulier; inappétence; courbature; affaiblissement allant jusqu'à l'aslhénic. — La force musculaire ne cesse de décroître, et le dynamomètre arrive à ne plus marquer que 23, 22, 20 et 19.
Le traitement est poussé avec vigueur et détermine mêine une stomatite, que nous nous empressons d'enrayer le plus hâtivement possible. Les accidents s'apaisent , la fièvre disparaît, les syphilides s'effacent. Tout aussitôt la force musculaire se relève à 24, 25, 28 et 30.
Huit jours plus tard, la malade se trouve dans un état presque satisfaisant, tout en restant analgésique et sujette à divers troubles nerveux. — La force musculaire subit une ascension continue (35, 36 et 38).
Le traitement est repris. L'état général s'améliore de jour en jour. Les accidents diathésiques disparaissent complètement. — Un mois plus tard, la malade se trouve assez bien pour nous quitter. Le jour de son départ, elle marque au dynamomètre42, chiffre qui doit être approximativement le taux normal de la force musculaîi'e chez cette femme en état de santé.
Eh bien,reprenonsactuellement les indications dynamométriques qui précèdent. Nous les voyons se diviser tout naturellement en deux séries, à savoir :
Une série descendante, dans laquelle la force musculaire décroît progressivement de 31 à 19.
Une série ascendante, dans laquelle la force musculaire se relève de 19 à 42.
Or, voyons parallèlement à quelle direction, à quel courant de l'évolution morbide, si je puis ainsi parler, correspond chacune de ces séries.
La série descendante répond d'une façon précise à la période pendant laquelle tous les accidents morbides s'accusent, s'accentuent et atteignent leur apogée de développement. C'est le stade d'augment de la maladie ; et, à mesure que la maladie s a ffirme de plus en plus, la force musculaire baisse proporiimnellemcnt .
La série ascendante, au contraire, répond d'une façon non moins exacte à la période pendant laquelle les accidents s'apaisent, s'atténuent, disparaissent. C'est le stade de décroissance morbide, de rémission, de retour àla santé ; et, à mesure que lamaladie décline, la force musculaire s'élève de plus en plus.
Quoi de plus clair, quoi de plus net et de mieux fait pour démontrer l'influence exercée par la syphilis sur la force musculaire?