GÉNÉRALITÉS
La syphilis afTcctc-t-elle une évolution identique dans tous les cas possibles, invaria blement? — Deux exceptions bien déterminées : 1» Exception relative à la syphilis héréditaire; 2" Exception relative à la syphilis transmise m utero du fœtus à la mère. — Caractère spécial de ces deux exceptions qui n'infirnicnt en rien les lois précé- <lcntes.
Dernier mot sur ces lois. — Dérivées de faits expérimentaux, elles en comportent l'exactitude et la rigueur.
Messieurs ,
C'est de la syphilis que je viens vous entretenir dan.s le cours de ces Conférences.
Placé ici dans un hôpital de femmes, j'aurai en vue, non pas exclusivement, mais d'une façon plus spéciale, la syphilis du sexe féminin. Je m'attacherai surtout à vous montrer ce que cette maladie présente de particulier chez la femme, ce en quoi elle se rapproche ou diffère de la syphilis chez l'homme.
Pour l'année présente, je limiterai cet enseignement à l'étude de la syphilis j)rimitive, expression initiale de l'action du virus sur l'économie, et de la syphilis secondaire, ensemble des accidents qui suivent à courte échéance les premiers symptômes d'infection. Quant à la syphilis tertiaire, elle sort du cadre que je me suis tracé pour ces leçons, et je compte lui consacrer une autre série de conférences.
Bien que restreint de la sorte, notre programme actuel ne laisse pas d'être encore considérable. Il comprend une foule de questions aussi diverses qu'importantes : questions de symptômes et de pure clinique; — questions de diagnostic; — questions de thérapeutique; — questions médico-légales; — questions de doctrines;— et surtout questions de pratique, de pratique journalière, sur lesquelles j'aurai spécialement à cœur d'arrèler votre attention.
J'essayerai d'aborder devant vous ces nombreux cl difliciles problèmes. J'essayerai surtout, et c'est là mon but principal, de vous montrer, au milieu de ce dédale de controverses et d'opinions contradictoires qui encombrent la pathologie vénérienne, ce que la science exacte compte d'acquisitions définitives, et ce qu'elle ne doit au contraire accepter encore qu'au titre de propo-
PROGRAMME DU COUllS. 3
sillons à l'étude, de conceptions théoriques, d'hypothèses à vérifier.
Je voudrcais aussi, dans ces conférences — et ce n'est pas là, certes, la moindre ambition de mon programme — vous présenter la syphilis sous un côté médical trop négligé, ce me semble, jusqu'à ce jour. Longtemps la syphilis n'a été étudiée que d'une façon presque exclusivement chirurgicale. Longtemps elle n'a paru consister qu'en des manifestations extérieures , visibles et tangibles, telles qu'ulcérations, éruptions, tumeurs, etc.; tandis qu'au contraire, depuis le jour où elle a été plus intimement ana- Ivsée dans ses symptômes, elle a été surprise influençant dès la période secondaire les systèmes intérieurs, troublant les fonctions splanchniques, retentissgint jusque sur les viscères les plus pro : fonds, et déterminant en un mot une foule de désordres dont l'étude rentre dans le domaine de la médecine proprement dite . Médecin, je m'attacherai à étudier la syphilis en médecin, et à vous la décrire sous un aspect encore trop peu connu.
Me plaçant à ce point de vue, je consacrerai plusieurs des réu<nions qui vont suivre à vous convaincre d'une importante vérité que beaucoup de mes confrères considéreront comme un paradoxe, à savoir : que la syphilis secondaire est pour le moins aussi viscérale dans ses manifestations que la syphilis tertiaire; qu'elle n'est pas confinée, comme on le croit généralement, dans ce cadre banal de symptômes extérieurs où la restreint une aveugle routine; que tout au contraire elle a pour habitude, et cela chez la femme plus particulièrement, d'étendre son action aux systèmes intérieurs et d'influencer activement la vie splanchnique.
Combattre et ruiner, si je puis y parvenir, nombre d'erreurs et qvumtité de préjugés répandus sur la syphilis des femmes; — affermir et propager quelques vérités acquises et rigoureusement démontrées; — ajouter au faisceau des notions communes un certain nombre de faits nouveaux que m'a révélés l'étude attentive de la maladie; tel est, en définitive. Messieurs, le programme que je me suis tracé pour ces conférences, et que, dans la mesure de mes forces, je vais essayer de remplir, comptant à la fois, pour me