Leçons sur le chancre, 2e édition. Paris
obtenir du mercure tout ce qu'il peut donner, pour obtenir de lui surtout ce qu'on a intérêt à lui demander, c'est-à-dire une influence curative pour l'avenir, il faut l'administrer longtemps, plus longtemps qu'on ne le fait en général, plus longtemps que ne le prescrivent les formules thérapeutiques dont je viens de vous parler.
Et cela, je l'ai appris âmes dépens, par mes insuccès personnels, par une série d'échecs que je déplore, mais qui du moins ont fait mon éducation à ce point de vue. Ce que j'ai vu, en efi'et, c'est que :
i° Si l'on donne le mercure comme le voulait Dupuytren (un temps égal après la guérison des accidents à celui qu'ont exigé ces accidents pour guérir), on ne produit rien de sérieux, on laisse subsister la maladie en son entier, avec toutes ses conséquences ultérieures.
2" Si l'on administre le mercure à la façon de Broussonnet, Yidal et autres, on n'obtient encore qu'un demi-résultat, ou plutôt — disons les choses crûment — on n'obtient rien de bon. On n'arrive avec cette méthode fixe, avec ce traitement écourté (100 cuillerées de liqueur de Van Swieten, 100 à 110 pilules de sublimé), qu'à éteindre les accidents présents et à reculer les manifestations futures ; mais on n'agit pas sur la diathèse d'une façon suffisante, on ne parvient pas à l'influencer assez énergiquement pour tarir la source d'accidents ultérieurs.
Consultez, en efi'et, les recueils d'observations, et vous y trouverez qu'un très grand nombre de malades, traités de la sorte au début de l'infection pendant deux ou trois mois, ont été affectés plus lard d'accidents sérieux, graves ou mortels. Ce sont même, je puis le dire, les malades de cette catégorie qui fournissent le plus gros contingent à la vérole tertiaire, car assez rares en somme sont les sujets qui s'abandonnent pleinement et absolument à l'expectalion. L'histoire la plus commune de la vérole tertiaire est la suivante : Un jeune homme prend la vérole ; il se traite au début de son mal pendant quelques semaines, deux mois, trois mois, quatre mois. Tout disparaît. Ce malade alors se croit guéri; il ne fait plus rien, il vit sur la garantie illusoire d'une immunité plus ou moins prolongée. Puis surviennent tout à coup, au milieu d'une