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Traité des maladies vénériennes, p. 48. Paris

Dans ce cas donc, un mois environ s'éLaiL écoulé entre la conlagion et l'apparilion du chancre.

De même, pour ma part, j'ai eu l'occasion i)lusieurs fois de voir éctore à l'hôpital des chancres syphilitiques sur des femmes qu» avaient été amenées ici par d'autres accidents. Je puis vous donner pour certain que cinq de nos malades, admises à Lourcine pour des vaginites ou des végétations, n'ont commencé leur syphilis 50its nos yeux que treize, quinze, seize, dix-huit et dix-neuf jours après leur entrée, c'est-à-dire après line incubation nécessairement supérieure au laps de temps exprimé par ces chiffres.

Mais voici des faits plus précis.

J'ai été appelé deux fois à surveiller la santé de jeunes femmes pom- lesquelles il y avait crainte d'une contamination syphilitique. Ces deux femmes étaient absolument saines quand elles me furent présentées tout d'abord. Je les examinai presque journellement. Or, les premiers signes de la contagion ne se révélèrent sur elles que trois semaines pour l'une, et vingt-quatre jours pour l'autre, à la suite dii rapport infectieux.

Autre cas non moins authentique : une jeune et jolie veuve résiste aux séductions d'un sien cousin, mais pas assez complètement pour que ses seins ne soient touchés par les lèvres de son trop amoureux parent. Pendant trois semaines entières rien ne se produit; mais au delà commencent à poindre sur les seins quelques insignifiants boutons, qui se convertissent en de véritables chancres indurés et deviennent l'origine d'une syphilis constitutionnelle des moins douteuses. Informations prises, ledit cousin était affecté depuis quelques mois d'une syphilis pour laquelle il recevait les soins de M. Ricord, et présentait à cette époque même des ulcérations secondaires des lèvres, de la langue et de l'arrière-gorge.

De môme, les faits de syphilis transmise aux nourrices par leurs nourrissons démontrent encore d'une façon très positive la réahté de l'incubation chez la femme. Dans bon nombre de ces cas, on voit les lésions du sein ne se produire qu'un temps assez long après l'apparition des accidents buccaux c^cz l'enfant. Il y a pins, et ceci est aussi péremptoire que possiblej : c'est que parfois l'infection n'a commencé à se manifester chez les nourrices qu'un

certain laps de temps aj)rès la mort du nourrisson. Telle est, comme exemple, l'observation suivante, dont j'ai suivi toutes les phases avec mon distingué collègue et ami le docteur Siredey :

Une jeune femme met au monde un enfant sur lequel ne tardent pas à se manifester des accidents syphilitiques aussi multiples que graves, notamment, en ce qui nous intéresse, un coryza purulent et des ulcérations buccales. La nourrice à laquelle on avait confié cet enfant est avertie par nous du danger qui la menace; elle persiste néanmoins à continuer l'allaitement. Tout va bien pour elle pendant quelques semaines. L'enfant meurt. La nourrice, dont on fait passer le lait immédiatement, reste alors au service de la mère et est attentivement surveillée par nous. Or, ce n'est que quinze jours après la mort de l'enfant qu'un bouton commence à poindre sur l'un des seins; ce bouton devient un chancre qui s'indure, et des accidents constitutionnels lui succèdent ^

Je pourrais. Messieurs, multiplier encore ces exemples et mettre sous vos yeux une série d'observations cliniques suffisantes à établii' que chez la femme, comme chez l'homme, les effets de la contagion syphilitique ne se révèlent qu'après une incubation plus ou moins longue. Mais je n'insisterai pas davantage sur les faits de cet ordre, parce que j'en ai de meilleurs à vous présenter, de plus probants encore; et ceux-ci je vais les emprunter à l'inoculation expérimentale.

Six femmes ont été inoculées dans un but de recherches scientifiques, trois avec du pus de chancre infectant, deux avec la sécrétion ou la substance même de plaques muqueuses, une avec du sang syphilitique.

Or, le premier accident qui, cbez ces femmes, a succédé à l'inoculation et a marqué le début de la maladie, ne s'est produit qu'après une incubation qui a varié de quinze à vingt-huit jours.

Voici du reste le détail de ces six expériences :

1. Dans un mémoirR des plus intéressants, M. le D"- Droii (de Lyon) a réuni 17 cas de ce genre relatifs à des nourricf;s qui furent contagionnécs par des nourrissons syphilitiques et chez lcs(|ueiles le ciiancrc no se. manifesta qu'un certain temps (de trois jours à un mois) après la mort de l'enfant ou après la cessation de l'allaitement. (Voy. Annales de Dermatologie et de Sijphiliographie, année 1870, t. 11, p. 161 et suiv.)

INCUliATION.

INOCULATION niATIftUKE AVEC :

Sécrétion do cliancro induré.

Sécrétion do cliancro induré (doux inoculations successives).

Sécrétion de chancre induré.

DLHÉE DE L'INCUBATION

Premier fait (Lindwurm)

Deuxième fait (Lindwurm) Troisième fait (Bœrensprunff)

■15 jours.

fl9 jours.

24 jours.

28 jours.

Q\iati'icmo fait (Bœrcnsprung)

Sécrétion de plaque muqueuse

28 jours (au moins)

Cinquième fait (Lindwurm)

Fragment détaché d'une plaque

muqueuse et appliqué sur le

derme dénudé.

21 jours.

Sixième fait (Lindwurm)

Sang- de sujet syphilitique.

28 jours.

De tels faits sont assez significatifs pour dissiper tous les doutes, et nous pouvons en tirer cette conclusion légitime, à savoir, que : chez la femme comme chez l'homme, le premier accident appréciable qui résulte de l'introduction de la matière syphilitique dans l'organisme ne se manifeste qu'après un laps de temps plus ou moins long, constituant une incu'hation véritable.

m. — Jusqu'ici donc, Messieurs, tout procède chez la femme comme chez l'homme. Mais poursuivons ce parallèle et voyons si cette identité de phénomènes va se continuer sur toute la ligne.

La troisième loi que nous avons à légitimer se formule de la façon suivante : le premier accident appréciable qui résulte de la contamination syphilitique se produit au lieu même où s'est exercée cette contamination, en ce lieu seulement et non ailleurs.

Cette loi, nous l'avons amplement vérifiée pour l'homme. Elle s'applique également à la femme; quelques mots suffiront à l'établir.

Une femme s'expose, dans un commerce intime, au contact d'un homme affecté de lésions syphilitiques de la verge; c'est aux organes sexuels qu'elle sera contagionnée, si elle doit l'être; c'est là qu'apparaîtront les premiers accidents de la maladie. Cela n'est douteux pour personne; cela ressort de l'observation journalière.

Une autre expose sa bouche à la contagion, comme la malade dont je vous parlais précédemment'; c'est à la bouche que se montrent les premiers phénomènes.

Une troisième encourt la chance d'une contagion par le sein,

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