TRANSFORMATIONS DU CHANCRE
mun chez la femme. Nous en avons ici presque conslummcnl des exemples sous les yeux.
Inutile d'insister pour vous dire ce en quoi il diiïèrc du premier, celui dont je vou? ai entretenus précédemment. Dans l3 premier, c'est le ciiancre qui se transforme sur place, qui devient papule in situ, sans être envahi, modifié, par des lésions de voisinage. Dans le second, ce sont des lésions secondaires qui s'emparent, pour ainsi dire, du chancre, qui le cernent, l'englobent, se l'assimilent, et le métamorphosent en l'absorbant.
C'est donc bien là une véritable transformation du chancre ^jar absorption, par fusionnement, par amalgame in situ avec des lésions secondaires ^
Tel est. Messieurs, sous le double aspect qu'il peut affecter, le phénomène clinique de la transformation du chancre.
Cela posé comme fait, voyons actuellement quel intérêt se rattache au phénomène que nous venons d'étudier.
Ah ! s'il nous était donné d'observer ab ovo tous les cas de syphilis et d'en suivre intégralement la marche, il n'y aurait ni erreur ni discussion possible sur la nature des divers accidents qui composent la maladie. Car alors tout irait de soi : chaque lésion, observée en son temps, serait aisément déterminée comme essence, grâce à ses caractères propres, grâce à son époque d'apparition, grâce à l'ensemble de l'évolution morbide. Mais les choses ne se passent pas ainsi en pratique. Pour un malade, pour line malade surtout que nous observons dès le début de son mal, il en est dix au moins qui ne viennent nous consulter qu'à une période plus ou moins avancée de l'infection. Or, supposez, pour revenir à notre sujet, qu'une femme se présente à nous pour la première fois avec un chancre transformé, transformé suivant l'un ou l'autre (n'importe) des processus pathologiques que nous avons étudiés précédemment. En face de cet accident, que pourrons-nous dire, quel diagnostic pourrons-nous porter? Croyez-
l.Unc série de dessins et de pièces moulées sur nature permet de suivre, au musée de l'hôpital Saint-Louis, les phases diverses de celte curieuse transformation <ln chancre.
466 TRANSFOUMATIONS DU CHANCRE.
VOUS qu'il nous sera loisible de reconnaître le chancre sous son masque de lésion secondaire? J'accorde qu'en certains cas l'induration, l'adénopathie ou quelques circonstances particulières nous permettront encore de le distinguer; mais en d'autres cas, et par des motifs divers, la confusion sera fatale, l'erreur inévitable. N'ayant pas le don de lire dans le passé et ne pouvant juger que de la lésion actuelle, nous prendrons cette lésion pour ce qu'elle est ou paraît être actuellement, c'est-à-dire pour une papule; nous la diagnostiquerons papule, accident secondaire de syphilis ; bref, nous méconnaîtrons le chancre.
Pour la pratique, une erreur de ce genre n'a pas grande importance ; car, après tout, chancre et papule sont expressions et symptômes d'une même maladie. Mais, au point de vue de la doctrine, c'est une tout autre affaire. Yous allez en juger. Celte lésion que nous venons de diagnostiquer papule, c'est la première en date de toute la maladie ; c'est elle que la malade indique formellement comme le premier phénomène qui se soit produit, et nulle part ailleurs, en effet, nous ne trouvons trace de chancre. Donc, conclusion légitime d'apparence, c'est bien elle qui a été l'accident initial de la diathèsc ; donc, la diathèse a débuté d'emblée par unepapule, c'est-à-dire par une lésion secondaire. — Yoyez comme tout cela s'enchaîne ; voyez comment l'apparence trompeuse d'une lésion conduit, par une série de déductions logiques, aux conséquences doctrinales les plus erronées.
Eh bien, Messieurs, c'est ainsi qu'ont raisonné certains auteurs pour instituer ce qu'on appelle la doctrine de la plaque muqueuse primitive. L'accident primitif s'étant présenté parfois à leur observation sous forme d'une papule, ils ont conclu de là que la vérole peut débuter parfois par une lésion secondaire. Leur tort a été de ne voir que la moitié des choses, de raisonner sur des faits incomplètement observés, et de méconnaître la transformation du chancre.
Au point de vue doctrinal, les cas les plus simples, les plus réguliers, les plus méthodiques, peuvent conduire aux interprétations les plus illégitimes, alors qu'ils n'ont pas été observés et suivis intégralement dans toutes les phases successives de leur évolution. Un chancre naît, se développe, puis subit la transfor-